MESDAMES, MESSIEURS
Ce n’est pas une conférence, moins encore un discours que je viens vous faire ; je viens causer avec vous sans apprêt, sans prétention, sans recherche de style, comme nous ferions au coin du feu, avec cette seule différence qu’au coin du feu vous ne me laisseriez pas parler seul. Cela vaudrait mieux.
Et pour vous bien marquer la différence entre la conférence et la causerie, je vais faire une comparaison.
Une fois la semaine, tous les mercredis, je crois, les Dames de Québec se réunissent au couvent des Dames de la Charité pour y travailler à ce qu’on pourrait appeler le vestiaire des pauvres. Ces mains délicates habituées à broder sur soie ou sur satin, ou à faire de fines dentelles, mettent de côté les fines broderies (je parle du travail manuel et non de leurs broderies intellectuelles qu’elles ne déposent jamais), et prennent l'aiguille pour fabriquer des vêtements d’étoffes grossières qui protègent les pauvres contre les rigueurs de l'hiver.
on ennemie unes mme
DAT UNEN ON FPT TENITNNANENIEUR
Eh bien! je veux faire de même; je mets de côté ce soir la broderie plus ou moins artistique, c’est-àdire la conférence, et je prends la couture, c'est-à-dire la causerie, la couture au gros fil, au fil blanc même, que vous apercevrez de temps en temps.
Lorsque l’aimable Président de l’Institut Canadien m'a demandé de vous adresser quelques mots, j'ai d’abord hésité à répondre, je craignais de n’avoir rien à vous dire. Mais quand il m’a annoncé que c'était pour une œuvre de charité, pour la société Saint- Vincent de Paul, j'ai rougi d'avoir hésité. Eh! mon Dieu, qu'importe le vide de cet entretien s’il peut servir à remplir la bourse du pauvre? Si nous ne parlions que quand nous avons quelque chose à dire, ne pensez-vous pas que les silences seraient longs ? Et puisque ma parole est une monnaie qui a cours, ne la dois-je pas aux pauvres ?
D'ailleurs, comment ne trouverais-je pas une idée, un sentiment à exprimer en présence d’un auditoire si bien fait pour m'inspirer ? Dans tous les cas, je ferai comme le pauvre qui n’est pas encore dans l’indigence : il ouvre sa bourse, et s’il n’y trouve ni or ni argent, il en tire toujours quelques monnaies de cuivre qu’il donne de bon cœur.
Maïs de quel sujet causerons - nous? Du beau temps? du mauvais temps? des longueurs et langueurs du carême? des soirées de madame X,. ou des toilettes de madame B.? Tous ces sujets sont trop neufs pour risquer une opinion ! Il faut les lais-
dire brai
vre
ont ais-
ser vieillir. Parlerons-nous des guerres de l’Afghapistan et de l'insurrection des Zoulous? Ce serait peut-être un excellent sujet de carême, c’est-à-dire peu nourrissant; mais si vous n’y tenez pas particulièrement, nous essaierons autre chose.
Si nous :ommencions par quelques mots sur vous, Mesdames ? Ah! voilà un sujet toujours nouveau et toujours intéressant, un sujet qui permet l'éloge et le blâme, le sourire et les larmes, et qui est mêlé d’ombres mystérieuses et d’éblouissantes clartés ; un sujet qui est pour nous le sphinx de la fable, et dont nous cherchons incessamment le secret. Aussi n’y a-t-il pas un poète, pas un écrivain, pas un orateur, pas un philosophe, pas un homme d’Etat qui n’ait pas parlé de vous. Entrez dans une bibliothèque: sur cent volumes que vous feuilletterez, il y en a quatre-vingtdix-neuf qui touchent à ce fécond sujet.
C’est bien, me direz-vous, parlez de nous si vous voulez, mais n’en dites pas de mal.
Allons donc, voulez-vous sérieusement que je vienne ici rééditer toutes les fadaises que vous entendez journellement dans les salons ?
Plus que personne, peut-être, je rends justice à vos éminentes qualités ; moins que personne j'ignore vos vertus. Mais les ignorez-vous vous-mêmes ? et faudrat-il que je fasse une série de conférences pour vous les faire connaître ? Non, n'est-ce pas? j’ai d’ailleurs sur ce point un grand modèle, une autorité que vous ne rejetterez pas.
FRANS Ar drone hu se SRE nn