TE LE 142 CONFÉRENCES ET DISCOURS
Il y a un livre que j'ai beaucoup lu, qui est tellement supérieur aux autres livres qu’il n’a pas de titre, et qu’il eût été impossible de lui donner un titre convenable, puisqu'il contient à la fois la philosophie, la théologie, l’histoire, la science, la poésie, l’éloquence, l’art; c’est pourquoi on l’appelle tout simplement le Livre ou la Bible, car ce mot bible vient du grec biblion, qui signifie livre.
Ouvrez donc le Livre par excellence, inspiré par Dieu lui-même, vous verrez qu’il n’est pas toujours aimable pour le sexe faible. La première page raconte la chute de nos premiers parents en des termes qui ne font pas précisément l’éloge de la femme. Quelques pages plus loin, vous verrez la singulière métamorphose de la femme de Loth, qui me paraît une épigramme fort salée. Et si vous poursuivez votre lecture jusqu’au Livre des Proverbes, vous serez bientôt d'avis que mes piqûres sont des caresses comparées aux pages satyriques de Salomon ; et il connaissait la femme mieux que moi!
Qu'il soit donc bien entendu entre nous que tous, hommes et femmes, nous sommes un mélange de bien et de mal, de cuivre et d’or, une gerbe mêlée d’ivraie et de bon grain. Mais ne perdons pas notre temps à montrer le bon grain; employons-le plutôt à arracher l’ivraie.
S'il y a des ombres dans le tableau que vous faites, il y a des ténèbres en nous; s’il y a des taches chez vous, il y a des souillures chez nous ; si vous avez des imperfections, nous avons des vices.
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Donc, tous comptes réglés, vous êtes des imparfaites, et nous sommes des misérables. Faisons des efforts généreux pour nous corriger, et acceptons les leçons de bonne grâce, de quelque part qu’elles nous viennent.
Après cela, si vous n'êtes pas encore disposées à l’indulgence, je vous prierai de ne pas vous venger sur moi à la façon de madame Louise Collet.
Vous savez que madame Louise Collet a été un basbleu de la pire espèce, je veux dire du caractère masculin, ce qui n’est pas faire l’éloge de mon sexe. Or madame Collet fut un jour critiquée par Alphonse Karr dans les Guêpes ; et peu après elle se présenta chez le spirituel écrivain. Il rentrait en même temps qu’elle, et voulut la faire passer devant lui; elle s'excusa, et demanda à l’auteur des Guêpes de lui montrer le chemin ; mais comme il montait les premiers degrés de l’escalier, il se sentit frapper de coups de couteau, et la dame s’esquiva.
M. Karr comprit que si les Guêpes piquent, les couteaux piquent aussi très fort. Heureusement, la blessure ne fut pas grave, et l'écrivain humoristique raconta l'aventure en riant. On dit même qu’il garda précieusement le couteau, et écrivit sur le manche: “ Donné par madame Louise Collet... dans le dos!”
J'espère qu'aucune de vous ne songe à me faire un tel présent, et pour vous en ôter toute idé:, ;° vous entretiendrai maintenant du grand précepte de la charité, qui sera le sujet de cette causerie.
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HBÈET ANNÉES
Est-ce un sermon dont je vous menace? Ma foi, je ne réponds de rien. Le sujet y prête beaucoup, j'y suis enclin par nature, dit-on: vous avez une chance de n’y pas échapper. Maïs vous sortez de la sema sainte, et un discours profane vous répugnerait peutêtre. D'ailleurs, je m'encourage en pensant que vous n'êtes pas venues uniquement pour m’entendre, et que les beaux vers de M. Lemay et la musique délicieuse du Septuor Haydn suffisent amplement à vous indemniser. Donc, je risque le sermon sans plus hésiter.
Mesdames et Messieurs, il y a dans les langues modernes un mot magique et trompeur qui a ensorcelé notre siècle et révolutionné les nations, c'est l’égalit ‘ : et, malgré toutes les déceptions qu’il renferme, mal les luttes sanglantes et les immenses calamités dont u a été cause, des peuples entiers ont encore foi dans la vertu de ce mot, et ils en poursuivent l'expérience douloureuse.
Ah! l’on aura beau dire et beau faire, changer les formes de gouvernement, substituer les unes aux autres les diverses couches de la société, placer en haut ce qui est en bas, on ne produira pas l'égalité, parce que l’égalité est contraire à la nature même des choses. Dans le ciel comme sur la terre, et dans l’immensité de la création, l'inégalité existe à l’état d’attribut essentiel des êtres, et elle existera aussi longtemps que le monde. Toujours il y aura dans l’hu-
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manité, inégalité de talents, inégalité de positions, inégalité de fortunes.
Toutes les théories économiques et financières, tous les systèmes d'organisation du travail, tous les tarifs imaginables n’y feront rien ; il y aura toujours à côté d’un homme qui végète ou qui s’appauvrit, un autre homme qui fait fortune; et c'est ce que prévoyait l’'Homme-Dieu lorsqu'il disait : ‘“ Vous aurez toujours des pauvres au milieu de vous !”
Yat-il un remède à cet état de choses? Y a-t-il une organisation qui puisse rétablir un peu l'égalité dans la société, et créer des subsides qui seront le budget des pauvres ?
Oui, cette organisation existe, mais on la chercherait vainement en dehors du christianisme. Elle n’est que là, et elle est fondée sur une loi universelle, obligatoire pour tous les chrétiens, et plus efficace que le libre-échange ou la protection : la loi de charité !
Lorsque la Révolution voulut faire l'égalité, elle résolut d'abattre toutes les têtes qui dépassaient les autres, et elle crut que ce nivellement sanglant suffirait, Mais à peine la tête de Louis XVI était-elle tombée qu’il en surgit d’autres sortant du peuple, Vergniaud et ses compatriotes de la Gironde. Elle les coupa, mais elle vit aussitôt que les têtes des Hébertistes dépassaient le niveau commun. Les têtes des Hébertistes tombèrent, et la Révolution dit dans le moment de terreur qui suivit: ‘ Enfin nous avons l'égalité.” Mais, l'instant d’après, Danton, Camille
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