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j'ai suivis de loin, dans la magistrature d’abord, et dans l’université ensuite.
Eh vien! Messieurs, il n’est que juste de placer audessus de ma personne les nobles choses dont je me trouve l’indigne représentant, et je me fais un devoir de reporter sur les lettres que j’ai cultivées avec amour, et sur la magistrature à laquelle je suis fier d’appartenir, l’éclat d’un titre que je n’ai pas assez mérité.
Mais vous m'avez donné un moyen de m’en rendre digne, et de m’acquitter en même temps de ma dette de reconnaissance, en me confiant une chaire importante, et je m’efforcerai de vous y faire honneur dans l’avenir.
L'avenir, toujours si incertain pour les hommes politiques et pour les hommes du siècle, est assuré pour des corporations religieuses qui ne cherchent ni le bruit, ni la gloire humaine, ni l’argent, mais la gloire de Dieu et l’avancement de la patrie: et lorsque je jette un coup d’œil sur ces grands édifices, sur les murailles massives de votre grand séminaire, sur ses voûtes de fer et de briques que rien n’ébranle, sur ses larges escaliers de pierre, je me dis que pour bâtir ainsi il faut être bien sûr de l'avenir.
Vous avez raison d’avoir foi, puisque après deux siècles d’existence vous êtes plus jeunes et plus forts. Il me semble même que le dernier décret du Saint- Père est un nouveau point de départ, qui rouvre devant vous une étape nouvelle, et je fais des vœux pour qu’il soit l'aurore d’une ère de prospérité et de paix.
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Il arrive souvent que pour empêcher une œuvre de réussir l’on fasse autour d’elle la conspiration du silence: vous ne vous plaindrez pas, j'espère, d’une telle consairation, et vous devez trouver que l’on a suffisamment parlé de vous.
Peut-être n’avait-on pas absolument en vue de vous rendre populaires ; maïs en tous cas, on vous a fait connaître au loin; ona jeté votre nom à tous les échos, et s’il a réveillé quelques antipathies, il vous a fait des amis dévoués, il vous a attiré de hautes sympathies, et enfin il vous a valu des témoignages inappréciables de la plus haute autorité qui soit en ce monde.
On dit souvent qu’il est utile et avantageux, dans le régime parlementaire, qu’il y ait toujours en face du ministère une loyale opposition prompte à le censurer.
C’est vrai, dans une certaine mesure, et moyennant certaines conditions d'équilibre qu’il ne faut pas négliger ; mais cette université n’est pas une institution démocratique ; elle ne s'appuie pas sur le suffrage populaire ; ce n’est pas au peuple qu’elle est responsable et qu’elle doit rendre compte de ses actes.
Dès lors, je ne crois pas qu'il lui soit utile d’avoir constamment devant elle une opposition même loyale.
Non, l’université Laval (comme toutes les universités) est essent'ellement aristocratique dans son personnel et dans son organisation, et si je me fais gloire de lui appartenir désormais, c’est parce qu’elle
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représente l'aristocratie de l'intelligence et du savoir dans un pays où il n’y en a point d'autre.
Mais son organisation aristocratique la rend-elle irresponsable ? Non, Messieurs, et sa responsabilité est immense.
Si le peuple n’a pas le droit de la juger, il a le pouvoir de l’accuser, non pas devant l'opinion publique, non pas dans la presse, mais devant le tribunal spécial institué pour cet objet par un décret pontifical, et qui se compose des évêques de la province de Québec, et du pape.
Je vous avoue que je ne connais pas d'institution humaine qui soit entourée de plus de garanties, et ceux qui seraient tentés de s’alarmer, devraient trouver là de quoi se rassurer.
Sans doute l’université a pu et pourra commettre des fautes ou des erreurs. Elle ne serait pas une institution humaine si elle était impeccable. Ce qui m'étonnerait, c’est qu’elle n’en eût pas commis pendant une vie qui a déjà duré trente ans.
Mais elle n’en est pas moins une institution dont Québec surtout, et tout le Canada, doivent être fiers, et qui est appelée à faire un bien immense parmi la jeunesse canadienne. Elle n’en est pas moins une institution à l’abri des écarts graves, puisqu'elle est placée sous la haute surveillance de l’épiscopat et du Souverain Pontife.
Je n’entends pas faire l’éloge de ceux qui en ont la direction immédiate; car je me trouverais placé entre
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deux périls : si je disais toute la vérité, je blesserais leur modestie, et si je ne la disais pas, je blesseraiïs la justice.
Mais qu'ils me permettent de leur rappeler l’un des faits les plus éclatants de l’histoire: c’est que toute œuvre vraiment grande a toujours suscité dans le monde, des rivalités, des inimitiés et des luttes. Autour d’elle ont toujours éclaté des orages; mais il arrive souvent que de ces orages tombe une pluie bienfaisante qui fait croître la moisson.
La patience est l’attribut nécessaire du génie, et c’est par elle qu’il triomphe. Mais elle doit être surtout la vertu des communautés religieuses qui, plus heureuses que les individus, ont le temps devant elles. Un peu de patience donc, Messieurs, et dans vingt ans, dans dix ans peut-être, vos détracteurs seront oubliés, et vous vivrez encore pour répandre vos bienfaits sur leurs enfants.
Notre pays est un diamant, mais il a besoin d’être taillé, et c’est à vous qu'a été confiée une grande partie de cette tâche importante. Celui qui plante un arbre n’en voit pas toujours les fruits; mais vos successeurs les recueilleront.
Allez droit votre chemin dans une attitude indépendante et pleine de dignité, ayant le souci non d'acquérir une popularité éphémère et de mauvais aloi, mais de remplir fidèlement la mission qui vous a été confiée.
Poursuivez votre mouvement sagement progressif,