‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 26 sur 63 · LU · texte numérisé non relu

LU

Alors tout grelottant et très mal à son aise,

Le bon monsieur Vincent s’accouda sur sa chai Et devant le tableau pendu contre le mur

Il pria ; mais soudain, la Madone au front pu Qui parut resplendir des clartés éternelles, S’anima. Dans ses yeux aux profondes prunelles,

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Brillèrent des regards qu'il n'avait jamais vus, Et dégageant son cou des bras du doux Jésus Qu'elle tenait d’abord serré sur son épaule, Elle tendit l'enfant à saint Vincent de Paule, Et d’un accent rempli de céleste bonté,

Lui dit :—Embrasse-le. Tu l’as bien mérité,

Mesdames et Messieurs, si vous embrassez avec ardeur, avec dévouement, les œuvres de la charité chrétienne, je ne vous promets ni la gloire de saint Vincent de Paul au milieu du monde, ni la faveur extraordinaire de la légende ; maïs je vous promets les suaves émotions du cœur, et les allégresses de la conscience satisfaite. Je vous promets l’estime pour vous-mêmes, et de nobles aspirations vers les deux sommets que je vous ai montrés: le bien-être social et le salut des âmes. C'est à ces deux buts que nous devons tendre comme citoyens et comme chrétiens, et c’est la charité qui nous y conduira.

Relevons le pauvre, il nous élèvera. Donnons-lui la force de marcher, et il nous donnera des ailes. Faisons des heureux par la charité, et nous nous apercevrons bientôt que les plus heureux ne sont pas ceux qui reçoivent, mais ceux qui donnent.

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PRONONCÉ A L'UNIVERSITÉ LAVAL, EN JUIN I885, À LA SÉANCE DE CLÔTURE DE ANNÉE ACADÉMIQUE,

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MonstIaNEUR LE CrranNcerIER Et Messieurs LE8 Di- RECTEURS,

Après l’insigne honneur qui vient de m'être conféré (*) je ne crois pas devoir rester muet. Rassurez-vous cependant, ce n’est pas un discours que je vais faire, Quelques paroles seulement tomberont de mes lèvres pour vous exprimer un sentiment profond de mon cœur, ma reconnaissance,

Ce n’est pas d'aujourd'hui qu'elle vous est due, et je n'ai pas oublié qu’il y a trois ans, à pareil jour, vous m'avez fit docteur ès lettres en compagnie d'hommes qui non seulement en étaient très dignes, muis dont les noms ajoutaient un nouveau lustre au titre luimême. (Ÿ)

Et si je remontais plus haut, je ne manquerais pas

(*) M. le juge Routhier venait de recevoir le degré de docteur en droit, et d’être nommé professeur de droit international à l’université Laval.

(t) MM. Lucien Brun, Claudio Jannet et Albert Lefaivre avaient reçu le même titre le même jour,

162 CONFÉRENCES ET DISCOURS de trouver que vous avez encore d’autres droits à ma gratitude. Elle vous est donc acquise, et si vous voulez en connaître la mesure, retenez bien ces vers de Lamartine :

Le cœur sonore du poète

Est semblable à ces urnes d’or,

Où la moindre aumône qu’on jette Résonne comme un grand trésor.

Or j'ai la prétention d’avoir un cœur de poète, depuis que l’université Laval a couronné mon premier essai poétique, il y a dix-huit ans.

Ce souvenir en évoque d’autres, et je n’ai pu franchir le seuil de cette maison sans me rappeler que lorsque j'y faisais mon droit, je sentais déjà une inclination très prononcée pour les lettres. Mais je combattais courageusement cette inclination, d’après les avis de sages conseillers qui me représentaient constamment, que les lettres n’étaient pas une carrière dans notre pays.

Je dis que je combattais courageusement, mais je n’ajoute pas que je triomphais toujours; je dois méme confesser qu’il m’arrivait quelquefois de faire des infidélités à Thémis et de courtiser la Muse: si l’on feuilletait mes cahiers de droit civil, et surtout ceux de droit commercial, on y trouverait des bouts-rimés qui témoigneraient de mes défaites.

Mais enfin, entre les amis enthousiastes qui me poussaient aux lettres, et les hommes positifs et sages qui m'en détournaient, je me suis efforcé de prendre

un juste milieu ; et sans trop voyager dans les nuages, qui sont toujours un peu dangereux, j'ai tâché d'éviter le terre à terre d’une profession qui dégénère quelquefois en métier. J’ai lieu de m'en réjouir, puisque j’ai pu arriver ainsi aux honneurs de la magistrature et du doctorat ès lettres.

Et maintenant, voilà que l’université Laval met le comble à ses faveurs, en me plaçant au nombre de ses docteurs en droit et de ses professeurs, parmi lesquels je retrouve avec plaisir d'anciens condisciples et d'anciens maîtres.

( C’est un honneur que j'apprécie au delà de toute expression, mais je me hâte d’ajouter que je l’accepte | è moins comme une faveur personnelle, que comme un | hommage rendu à la double carrière que j’ai suivie. C’est un des privilèges les plus importants et les 4 plus bienfaisants de toute université, de pouvoir récompenser par des titres honorifiques les carrières vouées aux nobles travaux de l'intelligence ; et jusqu’à ce jour, les directeurs de cette maison me semblent avoir exercé avec discernement et justice cette éminente prérogative.

Déjà à plusieurs reprises ils ont ainsi honoré et encouragé les lettres. Déjà la magistrature est dignement représentée dans les facultés de Québec et de Montréal, et je suis heureux de rencontrer au milieu de ses docteurs mes deux chefs dans la hitrarchie judiciaire, et deux de mes anciens professeurs, que

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