‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 30 sur 63 · M. LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

M. LE PRÉSIDENT

MEespAMES, MESSIEURS,

Il est deux heures ; c’est bien matin pour se lever, et c’est bien tard pour parler. La province de Québec ne peut cependant pas rester muette, puisqu'elle est du genre féminin. Elle parlera donc, mais elle parlera par la bouche d’un homme, c’est-à-dire brièvement.

En me chargeant de prendre la parole ce soir, ou plutôt ce matin, au nom de la province de Québec, le comité d’organisation de ce banquet m'a fait un honneur très grand, que j'apprécie au delà de toute expression, mais que je remets à sa véritable adresse, je veux dire à la magistrature dont je fais partie,

Pour moi personnellement, c'est non seulement un honneur, mais un bonheur, puisque cela me fournit l’occasion de louer ma patrie.

Le Canada, c'est la patrie commune des races diverses qui l’habitent de l'Atlantique au Pacifique. Mais la province de Québec, c'est tout particulière-

mastes , né AT PP A ne REASON FERA AT TE

is on ‘

ADS TER MEN SR ES De A

ETARE A

ment notre patrie à nous, Canadiens-Français, et la fête Saint-Jean-Baptiste, c’est la fête de notre province.

C’est aussi votre fête à vous tous qui êtes ses enfants, Canadiens-Français des Etats-Unis, des provinces maritimes, d'Ontario, du Manitoba, et c’est avec une tendresse vraiment maternelle qu’elle vous voit réunis autour de sa table.

C’est la fête du présent, c’est la fête de l’avenir,

c’est la fête du passé; et si les grands souvenirs patriotiques peuvent réveiller les morts, nos glorieux ancêtres doivent tressaillir aujourd’hui dans leurs tombeaux.

. Ah! Messieurs, que la Providence s’est montrée généreuse envers nous quand elle nous a donné pour patrie ces magnifiques vallées qu’arrosent le roi des fleuves et ses gigantesques tributaires !

Qu'elle est belle notre province bien-aimée quand elle renaît à la vie sous les caresses du printemps! Quel riche manteau de verdure et de fleurs elle revêt alors! quelles harmonies font alors entendre les flots de ses rivières et de ses grands lacs sur leurs immenses rivages ! quels concerts donnent les oiseaux dans ses forêts, et les brises dans ses feuilles naissantes |

Je m’extasiais, l’autre jour, dans la contemplation d'un de ces paysages admirables qui se rencontrent à chaque pas sur les rives de notre grand fleuve, et qui résument pour ainsi dire toutes les beautés de notre

Pure re

grande nature. Mais il y avait dans ce tableau de renouveau et de jeunesse un personnage qui lui donnait la vie: c'était un semeur qui marchait à grands pas dans son champ fraîchement remué.

Légèrement incliné vers la terre, il y jetait une semence précieuse, confiant dans la fécondité de sa patrie et dans les bienfaisantes rosées du ciel.

Et je me disais en admirant ce robuste semeur: le vrai Canadien-Français, ce n’est pas moi, c’est lui.

Oui, Messieurs, permettez-moi de vous le dire: le vrai type de notre race, ce n’est pas nous qui appartenons aux professions libérales, au commerce, à l’industrie, c’est l’agriculteur, vivant heureux et libre sur la terre que ses mains ont défrichée. Le vrai type canadien, c’est encore le colonisateur, qui a sa personnification la plus haute et la plus pure dans ce prêtre que tout le pays acclame comme l’apôtre de la colonisation. Vous applaudissez, Messieurs, avant que je le nomme, et, de fait, il n’est plus nécessaire de le nommer: on dit son titre de gloire, et tout le monde comprend.

Regardez maintenant notre agriculteur exploitant son domaine.

A l’image de Dieu, il semble avoir le don de créer, et sous ses pas naissent les moissons, les fleurs et les fruits. Ces beaux arbres qui étendent leur feuillage comme un large parasol au-dessus de sa maison, c'est lui qui les a plantés et qui en a pris soin. Ils ont grandi sous ses yeux, vieilli avec lui, et il les aime

comme des compagnons de labeurs et de succès, d'épreuves et de joies.

Ce jardin qui sourit au soleil à côté de sa maison, c'est son œuvre; c’est lui qui l’a taillé, préparé, enclos ; c’est sa vaillante femme qui en cultive les légumes et les fleurs; et quand ses petites filles, fleurs vivantes, y vont tresser des bouquets pour l'autel de Marie, il tressaille de bonheur en songeant qu’il est l’auteur de toute cette vie qui l’environne, et de toutes ces espérances qui s’épanouissent autour de lui et qui dorent son avenir.

Puis ses pensées s'élèvent : il songe que ses parterres fleuris et ses bocages verdoyants sont autant d'encensoirs dont les parfums montent vers le ciel. Toutes ces voix qui chantent dans la nature, toutes ces rumeurs qui s'élèvent de la terre bénissent son créateur.

Mais ce concert d’hommages n'arrive jusqu’à Dieu qu’en passant par son âme, à lui, créature raisonnable. Car l’homme n’est pas seulement le roi de la création, il en est le pontife, et c’est lui qui, par un acte libre de sa volonté, reporte au créateur les louanges, les adorations, les reconnaissances des créatures inanimées ou dénuées de raison.

Vous allez me dire peut-être qu’il y a dans ce tableau plus de poésie que de réalité. Mais veuillez observer que c’est un type, le type de notre race que je veux peindre, et je maintiens que ce type est réel, Non seulement il existe, mais ii éprouve vraiment les

sentiments que je lui prête, sans pouvoir les exprimer peut-être.

Comme ses ancôûtres, il est un semeur de foi, et c’est lui qui garde le plus fidèlement les vertus du foyer domestique. C’est lui qui est le plus solide fondement de notre nrtionalité et la plus ferme espérance de notre avenir.

IT

Messieurs, j'ai dit plusieurs fois, dans mes discours, quelles hautes destinées je rêve pour notre province de Québec. Le rôle que j’ambitionne pour elle sur cette terre d'Amérique, c’est celui que la France a joué dans le vieux monde. Je le disais tout récemment à nos frères d'outre-mer, les Vendéens, et j’ajoutais que nous avions le droit de n'être pas modestes, puisque nous étions les fils de la France et de l'Eglise.

Ces liens de filiation, il ne faut pas les rompre: il convient plutôt d’en augmenter la force.

La mission de la France en ce monde n’est pas finie, et nous devons espérer qu’au delà du sombre défilé qu’elle traverse, elle retrouvera son lustre et sa grandeur des siècles passés. Un jour viendra peut-être où la mère et la fille graviteront comme un grand astre et son satellite autour du même soleil de gloire.

Mais pour arriver à ces glorieuses destinées, il faut que nous restions unis et que la province de Québec garde son autonomie.

LÈ

" n fi le

fi!

ns U mi:

RE

NA # RS > WP. © G, OZ 2% LC A Le le \ “+ \# 4 EXC \Z NZ NT 4 y ” & N7 IMAGE EVALUATION &

Page 1