AU NOM DES ANCIENS ÉLÈVES, À L'ADRESSE DES ÉLÈVES ACTUELS
Messieurs,
L'accueil chaleureux dont nous sommes l’objet en ce moment, la cordiale bienvenue que vous nous souhaitez, les sentiments pleins d'affection que vous
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nous exprimez ne nous surprennent pas; nous nous y attendions, Le séminaire de Sainte-Thérèse change d'habitants, mais c’est toujours la même famille. Le père y change de nom, et les enfants se dispersent tour à tour ; mais le chef de la maison est toujours un père, et les enfants qui restent sont toujours les frères de ceux qui sont partis.
À vous done, les plus jeunes de cette grande famille, salut et affection ! A vous, le nouvel espoir de notre Alma Mater, succès, allégresse et bonheur !
Après une longue traversée sur la mer de ce monde, au milieu des écueils et des tempôêtes, après bien des alternatives de succès et de revers, de jours de soleil et de nuits d'orage, nous revenons prendre un jour de repos au foyer maternel. Or, ce n’est pas Île moindre de nos bonheurs de constater que nos places n’y sont pas restées vides, et que vous avez su, non pas nous faire oublier,.-une mère n'oublie jamais ses enfants,—mais consoler cette mère de notre absence.
En ce jour nous nous sentons véritablement vos frères aînés. En jetant les yeux sur vous, nous nous revoyons, comme dans un miroir, à cet âge où la vie est un arbre en fleurs, et le cœur plein d'espérance et de promesses. Nos travaux, nos plaisirs, nos rêves et nos aspirations d’alors, sont vos travaux, vos plaisirs, vos rêves et vos aspirations d'aujourd'hui, de même que nos labeurs, nos épreuves et nos espérances actuels seront vos labeurs et vos espérances dans l’avenir. Comme vous nous avez remplacés dans ces murs,
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un jour vous viendrez prendre nos places dans le monde, ces places que Dieu nous a marquées, à tous, aux divers degrés de l'échelle sociale. Comme nous, vous arriverez par divers chemins aux diverses positions plus ou moins élévées, mais toutes honorables, qui vous attendent,
Sans doute vous saurez faire bien mieux que nous, et servir plus utilement la Religion et la Patrie, Vous saurez mieux que nous vous rappeler et mettre en pratique les lecons de sagesse el de vertu que vous aurez reçues dans cette maison bénie, de ses directeurs si distingués par leur zèle, leur dévouement et leur science. Mais il y a une chose dans laquelle vous ne pourrez pas nous surpasser ; il y a un sentiment dans lequel vous ne pourrez que nous égaler: c’est notre amour filial et notre reconnaissance pour Ja maison de Sainte-Thérèse,
Messieurs, nous vivons dans un siècle d’égoisme et d'ingratitude, mais nous ne sommes pas des ingrats, et nous reconnaissons que nous devons à Sainte-Thérèse ce que nous sommes devenus, C’est ici que nous avons acquis ces connaissances qui nous ont permis de remplir différentes missions dans le monde, et que nous avons puisé cet amour de la religion et de Ja patrie sans lequel la science n’est qu’un figuier stérile.
Vous l'avez dit, Messieurs, le sentiment religieux et le sentiment national sont inséparables. Celui qui,
dans notre pays, n'aime pas la religion, ne peut
pas aimer le Canada, et nous ne saurions trop
vous recommander de ne jamais oublier ce double
amour, Gravez-le profondément dans vos cœurs, et
emportez-le dans le monde partout où la Providence
vous conduira, Il vous donnera 4: la force au milieu
des épreuves, et des consolations dans l’adversité. A
sa lumière, vous jiez droit votre chemin, et vous con-
naîtrez les saintes allégresses du devoir accompli, et
les douces énergies des convictions fermes et dura-
bles.
Messieurs, permettez-nous en terminant de vous
remercier, en même temips que vos directeurs, de
votre gracieuse hospitalité, et de vous féliciter de la
part que vous avez prise dans cette fête que vous avez
su rendre si belle et si grande.
Bientôt, hélas! elle touchera à sa fin, mais nous
emporterons son souvenir avec le vôtre, et nous le
conserverons toujours.
Sainte-Thérèse, 23 juin 1875.
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