‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 55 sur 63 · TN D AE SOU UE DT · texte numérisé non relu

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gile, que Lacordaire mettait les ennemis du christianisme au défi de créer, est évidemment irréalisable, et l’entreprendre serait folie. Aussi les impies euxmêmes ne le tentent-ils que partiellement.

Mais en empruntant réellement au christianisme toute l’encyclopédie du droit, ils en nient la divine origine, ils en démolissent les fondements, ils refusent de remonter à ses véritables sources, et ils bâtissent systèmes sur systèmes, d’où ils prétendent faire dériver le droit, qui sera dans leurs écoles purement humain et rationnel.

Ce mouvement révolutionnaire dans la philosophie du droit mériterait une étude complète; mais nous serons forcés de nous borner aujourd’hui à quelques considérations générales.

Dès l’origine du monde il s’est manifesté un antagonisme étrange entre la créature et le Créateur. Dès le commencement, les hommes ont eu i ambition de devenir des dieux.

Au fond, ce rêve n’est pas aussi insensé qu’il le paraît. En réalité, nous sommes des immortels, et nous devons tendre vers une union glorieuse et éternelle avec Dieu; mais pour arriver à la réalisation de ces hautes aspirations, il nous faut suivre le chemin que le Verbe divin nous a tracé.

Or, ce n’est pas ce que veut l’orgueil de l’homme. Il veut devenir dieu, mais par ses seules forces, et de

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là vient l’antagonisme funeste qui s'est manifesté à l’origine du monde et perpétué depuis à travers les âges.

Le seul dieu de ce monde, disent les faux savants, c’est l’homme. Il est né de l’atome, mais il a gravi tous les degrés de l’échelle des êtres terrestres, et le jour vient où ses évolutions successives le rendront semblable à ce Dieu imaginaire que les religions ont inventé.

Ainsi parle aujourd'hui la science athée. N’est-il pas étrange que l’homme même qui ne croit pas en Dieu tende ainsi spontanément, irrésistiblement, à sa propre déification ? Et n'est-ce pas une nouvelle preuve que nous sommes vraiment faits pour ce monde surnaturel d’où nous sommes descendus ?

L'antagonisme qui engendre la révolte de l’homme contre Dieu est donc aujourd’hui plus vivace et plus général que jamais. En face du temple de la foi, s'élève, avec des proportions gigantesques, le temple de la Raison humaine ! En face de l’autel où le Verbe divin reçoit des hommages, se dresse un autre autel, où l’encens fume en l’honneur du verbe humain.

Ecoutez-le, ce verbe, parlant par la bouche de Proudhon :

‘“ Une critique supérieure nous conduit à recon- ‘ naître, d’un côté, que hors de l’Eglise chrétienne et “ catholique, il n’y a ni Dieu, ni théologie, ni religion, ‘ ni foi; d’autre part, que la société doit être fondée ‘ sur la justice pure, raison pratique du genre humain,

358 CONFÉRENCES ET DISCOURS ‘ dont l’analyse et l'expérience s'accordent à démon- ‘“trer l'incompatibilité, dans l’ordre social, avec la ‘ conception d’un monde surnaturel, avec la religion. ‘ L'Eglise croit en Dieu; elle y croit mieux qu’au- ‘“ cune autre secte ; elle est la plus pure, la plus com- ‘ plète, la plus éclatante manifestation de l'essence ‘ divine, et il n’y a qu’elle qui sache l’adorer. Au point ‘ de vue religieux, le catholicisme latin est resté, et ‘ de beaucoup, ce qu’il y a de plus rationnel et de plus ‘ complet ; l'Eglise de Rome, malgré tant et de si for- ‘“ midables défections, est la seule légitime. D'où ‘ vient alors qu’elle souffre de toutes parts contradic- “tion? Ah! c’est que l’âme humaine, bien qu’elle se ‘‘ dise religieuse, ne croit en réalité qu’à son propre “ arbitre ; c’est qu’au fond elle estime sa justice plus ‘exacte et plus sûre que la justice de Dieu; c’est ‘ qu’elle aspire à se gouverner elle-même par sa propre “vertu; c’est qu’elle répugne à toute constitution ‘ d'Eglise, et que sa dévorante ambition est de mar- ‘ cher dans son autonomie. La Révolution affirme la ‘“ justice ; elle croit à l'humanité; c’est pour cela ‘“ qu’elle est invincible, et qu’elle avance toujours.”

Et dans un autre endroit Proudhon ajoutait :

‘“ La justice est humaine, tout humaine. C’est lui ‘< faire tort que de la rapporter, de près ou de loin, di- ‘* rectement ou indirectement, à un principe supérieur “ ou antérieur à l’humanité. La notion de Dieu n’a “ rien à faire dans nos constitutions juridiques, pas

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“plus que dans nos traités d'économie politique ou ‘ d'algèbre.”

Il y a dans ces lignes de Proudhon un véritable manifeste, commun aux écoles matérialistes, positivistes, déistes, panthéistes et athées; car, au fond, toutes les différentes écoles philosophiques ne reconnaissent pas d’autres sources du droit que le verbe humain, c'est-à-dire la Raison. Elles croient à l’humanité, comme Proudhon, et elles espèrent que cette croyance remplacera toutes les autres.

C'est ainsi que M. Tissot, dans son Zntroduction à l'étude du Droit, ose dire: ‘On croit faire l'éloge “ d’une législation ou d’un corps de lois en l’appelant “chrétien. C’est une critique. Le droit n’est ni chré- “tien, ni payen : il est essentiellement rationnel. C’est ‘donc un vice, au point de vue du Droit, pour une “législation que de pouvoir être appelée chrétienne.”

Voilà, Messieurs, la profession de foi d’un membre éminent de l’Université, correspondant de l’Institut et dont l'ouvrage, critique violente et injuste de l'Eglise, a été couronné par l’Académie des sciences morales et politiques; ce qui prouve que M. Tissot n’est que l'écho d’un très grand nombre de juristes.

Hélas ! oui, Messieurs, le fait n’est que trop vrai, les écoles philosophiques de la France, de l’Allemagne, de l'Italie, de la Suisse, et même de l’Angleterre (où le rationalisme fait des progrès alarmants), rejet-

tent aujourd’hui la théorie chrétienne du Droit. Il est vrai que les juristes de ces écoles sont loin de

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s'entendre entre eux dans l'application de leurs divers systèmes, mais ils s'accordent tous à ne reconnaître comme source du Droit que la raison humaine ; et niant le Verbe divin, ils se prosternent devant le verbe humain, qui devient le seul dieu de ce monde, comme la multitude en devient le seul souverain.

Relever toutes les erreurs que cette fausse philosophie du Droit propage, serait un travail volumineux dont je ne puis vous indiquer aujourd’hui que les lignes principales. Je commence par les juristes contemporains.

Les uns, comme M. Fouillée, dans un ouvrage récemment publié et intitulé l’Zdée moderne du Droit, ‘“repoussent et condamnent toute doctrine théologique qui prétendrait fonder le droit sur la moralité, sur la destinée humaine, sur la volonté de Dieu.”

‘ La notion moderne du droit, dit M. Fouillée, repose précisément sur le rejet de toutes ces vues finalistes et providentielles, et le vrai fondement du droit c’est la liberté.” Kant, le philosophe allemand, avait déjà soutenu cette théorie du droit, en prenant pour point de départ l'égalité.

Il nous semble que ce système ne soutient pas l'examen. La liberté n’est qu'un des attributs de l’homme, et il est évident qu’elle ne saurait être sans limites. Or, qui posera ces limites, si ce n’est le droit?

L'auteur a cru répondre suffisamment à cette objec-

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tion en disant: ‘La vraie liberté ne consiste pas à pouvoir mal faire, mais À pouvoir bien faire; elle n’est pas la puissance de déchoir mais la puissance de monter.” Très bien; mais qui déterminera ce qui est mal faire et ce qui est bien faire, ce qui est déchoir et ce qui est monter? Voilà ce que l’auteur ne nous dit pas.

On croirait pourtant, par ce qu’il vient de dire, que l’auteur ne reconnaît que la liberté du bien ; mais écoutez ce qui va suivre : ‘Satan, cette volonté ab- ‘* solument mauvaise, comme Ahriman, ce dieu du ‘mal absolu, est un fantôme de l'imagination. Mais ‘fût-il présent parmi nous, il participerait lui-même ‘à l'égalité des droits communs, tant qu’il ne viole- ‘“rait point nos libertés propres, et sa volonté mau- ‘‘vaise, aussi longtemps qu’elle se renfermerait en ‘soi, sans attenter à autrui, conserverait encore son ‘ inviolabilité extérieure. Il ne faut point craindre de ‘le dire, contrairement aux assertions des théologiens, “l'erreur même et le vice ont des droits, et des droits ‘“civilement et politiquement égaux à ceux d'autrui. ‘“ Au point de vue purement social et juridique, nous ‘“avons le droit de nous tromper, et de déraisonner ‘comme de raisonner ; nous avons le droit de faülir ‘comme de bien agir; pour tout dire en un mot, la ‘mauvaise volonté même n’est pas exclue de l'égalité des ‘“ droits.”

Les conséquences auxquelles en arrive M. Fouillée, suffisent à démontrer la fausseté de son point de

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départ, puisque, en vertu de son système, le vice a des droits comme la vertu, et que d’ailleurs il ne nous enseigne aucun moyen de savoir ce qui est vertu et ce qui est vice.

D’autres juristes assignent comme source du droit, ce qu’ils appellent le devoir. C’est la thèse soutenue par M. Thiercelin, ancien avocat à la cour de cassation, dans un ouvrage intitulé: Principes du droit. Mais cette thèse, ainsi posée en termes absolus, est fausse ; car tout devoir r’engendre pas toujours un droit. C’est ainsi que le devoir de la charité ne produit pas un droit en faveur du pauvre, et que l’aumône qui lui est fuite est un bienfait, et non pas une dette payée, ce qui n'empêche pas que ce ne soit un devoir impératif de faire l’aumône de son superflu. Mais là n'est pas la principale erreur d: M. Thiercelin, car toute sa thèse pèche par la base, et n’est en réalité qu'un cercle vicieux.

En effet, si nous admettons que le devoir est le fondement du droit, il faudra que M. Thiercelin nous dise quel est le fondement du devoir; et nous n’en serons pas plus avancés. Sans ‘oute, le droit et le devoir sont deux termes corrélatifs ; et, tout en repoussant la théorie trop absolue de l’auteur, on peut dire que, en général, les devoirs engendrent des droits, et que les droits engendrent des devoirs.

Mais qui créera ces droits et imposera ces devoirs ? Et quelle sera la source première des uns et des autres? Voilà ce que M. Thiercelin ne nous dit pas.

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Dès le début de son livre, il écrit : ‘“ On ne pense pas assez qu'autorité et droit sont deux termes opposés, comme révélation et raison, deux puissances qui se combattent, deux idées contraires et qui s’excluent, la négation l’une de l’autre.”

Je ne crois pas qu’on puisse commettre en droit une erreur plus fondamentale, et j'ai trop bonne opinion de vous, Messieurs, pour m'arrêter à la réfuter plus amplement.

D’autres écoles, plus ou moins anciennes et plus ou moins célèbres, ont exposé d’autres théories sur l’origine et le fondement du droit.

En premier lieu, il y a les utilitaires, comme Hobbes, Bentham et Helvétius, qui ne veulent reconnaître d’autres assises au droit que l'utilité ou l'intérêt. Mais ce principe est évidemment faux. Si c’est de l’utilité individuelle qu'il est question, l’on pourrait en déduire au profit du pauvre le droit de voler les riches. Si c’est l’utilité générale, il ne serait pas diflicile de citer un grand nombre de cas où l'assassinat, par exemple, serait très utile au bien général. T'ailleurs, l'utilité générale est et doit être le motif de ja loi, sa raison d’être, mais 2 saurait donner naissance au droit lui-même. iæe législation doit avoir l'utilité générale pour ol et, mais le pouvoir de légiférer et le principe du droit viennent d’ailleurs.

Une autre école encore reconnaît Jean-Jacques

Rousseau comme chef, et pose comme fondement du

droit, une capèce de pacte humanitaire que le philosophe genevois a appelé le contrat social.

Mais cette école devient de moins en moins nombreuse, et si beaucoup de principes prêchés par Rousseau exercent encore une très grande influence dans le monde, son hypothèse du contrat social est aujourd’hui regardée comme une utopie, contredite par les faits historiques et par la nature éminemment sociale de l’homme. Comme le dit très bien M. Lucien Brun, dans sa magnifique Zntrodction à l'étude du Droit, ‘ce sont des rêveries reines de contradictions que personne n'oserait plus détenre.”

Il y a encore le système de Grotius, qui appuie toute sa théorie sur l’état social de l'humanité, ce qu’il appelle socialitas, et le système de Spinosa, qui soutient aue le droit individuel n’est autre chose que la puissance même de l'individu.

‘Les forts, dit-il, sont faits pour asservir les faibles, au même titre que les poissons pour nager et les plus gros pour manger les petits.”

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de réfuter ni l’un ni l’autre de ces deux systèmes. Le dernier assimile le droit à la force, et s’il est vrai de dire que les individus et surtout les nations abusent souvent de leur force, il n’en est pas moins incontestable que la force ne saurait être le droit et la justice.

Quant au système de Grotius, il est basé sur un fait historique, la société, mais non sur un principe, ct il conduit à la destruction du droit individue: ou privé.

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Tous ces systèmes pèchent par la base, et l’erreur fondamentale de leurs adeptes est de vouloir se passer de Dieu, et asseoir le droit sur la raison humaine, ou le verbe humain. Mais vous venez de voir à quelles utopies plus ou moins incohérentes, à quelles hypothèses plus ou moins impossibles, ils sont obligés de recourir pour établir leurs théories,

Le spectacle de ces déviations est très afiligeant. Hâtons-nous d’en détourner les regards, et, sans poursuivre plus loin l'erreur dans sa marche tortueuse, revenons à la thécrie chrétienne du droit, qui n’a pas la même confusion d'idées, ni les môûmes obscurités. Pas plus que nos adversaires, nous ne nions la raison humaine, au contraire, nous en reconnaissons les nobles facultés ; mais quand nous voyons ce que cette raison superbe avait produit dans le monde, lors de la venue du Christ, nous disons que ces quarante siècles d'expérience prouvent que la raison humaine a besoin des lumières de la foi.

Nous ne rejetons pas non plus le droit naturel. I est au contraire notre point de départ, et nous en faisons la base de toute la science du droit.

Mais nous disons que ce droit naturel a un auteur, qu'il a fallu un législateur souverain pour en imposer les préceptes à l’homme, et que ce législateur ne peut être que Dieu, source de tout pouvoir.

Qui dit pouvoir dit hiérarchie, et c'est pourquoi le

principe de l'égalité révolutionnaire est la négation de tout pouvoir. Il y a une égalité légitime qui est l’un des principes les plus féconds du christianisme: c’est une égalité relative, limitée À certains rapports des hommes entre eux, et qui n'exclut pas le respect et l’obéissance dus aux autorités légitimes. Mais l’égalité absolue, proclamée dans la déclaration des droits de l’homme, est la destruction de toute autorité ! car l’idée même du pouvoir ne peut exister, ne peut être conçue, sans que l'esprit se représente immédiatement deux êtres dont l’un commande et dont l’autre obéit,

Le droit de commander, d’une part, et le devoir d'obéir, de l’autre, sont donc les deux éléments constitutifs du pouvoir dans son essence ; et celui qui commande doit nécessairement être placé au-dessus de celui qui est commandé,

Mais qui donc aura le droit et le pouvoir de commander à tous les hommes? Qui donc pourra dire à l'humanité toute entière : “ Je t’ordonne telle chose, et je te défends telle autre? Car n'oubliez pas, Messieurs, que nous parlons toujours du droit général, du droit universel, qui est et qui doit être le même chez toutes les nations.

Pour donner, non pas à un peuple, mais à tous les peuples, un code uniforme de lois traçant à l'humanité toute entière les limites exactes du juste etde l’injuste, il faut donc être placé au-dessus de tous les pouvoirs humains, il faut être Dieu! Mais Dieu délègue ses pouvoirs pour le gouvernement particulier de chaque

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nation, et il agit par des subaliernes qui sont les souverains, comme les souverains agissent par des subalternes qui sont leurs ministres, et comme les ministres agissent par d’autres subalternes, qui sont les fonctionnaires publics à tous les degrés de l’échelle sociale.

Telle est l’admirable hiérarchie des pouvoirs, instituée pour conduire l'humanité à sa fin, et qui a pour couronnement la royauté sociale du Verbe de Dieu. L'unité et l’universalité des mêmes principes généraux du droit, applicables à toute la terre, sont une de ces nécessités sociales que la conscience humaine ne peut

“er, et qui ne peuvent être dues qu’au législateur un et universel !

Nous lisons dans la Bible, que Moïse, lorsqu'il redescendit du mont Sinaï, après sa longue et merveilleuse conférence avec Dieu, et portant dans les mains les deux tables de la Loi, avait la figure éclatante, et que tous ses traits rayonnaient d’une lumière surnaturelle.

Ainsi doit-il en être des souverains. Le pouvoir qui leur vient de Dieu semble ceindre leur front d’une auréole, Malgré nous, sans nous en rendre compte, nous sentons, quand nous en approchons, qu'il y a en eux quelque chose de plus grand que nature, et que le principe d'autorité, qui leur vient du ciel, a répandu sur leur personne un éclat étrange qui impose le respect.

D'où leur vient cette majesté qui les enveloppe ? Est-ce de la pourpre qui les couvre? Est-ce du diadème qui couronne leur front ? Est-ce du sceptre

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368 CONFÉRENCES ET DISCOURS qu'ils portent dans leur main ? Non, Messieurs, c'est la dignité dont ils sont revêtus, c’est la mission qu’ils tiennent de Dieu, qui répand autour d’eux ce reflet qui éblouit les peuples et qui courbe les fronts. Ah! je ne m'étonne pas que les tentatives d'assassinat soient -i souvent infructueuses, quand elles sont dirigées contre les rois. Je ne puis croire que le bras de l’assassin ne tremble pas, quand c’est une majesté qu’il va frapper ! Car, après le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, personne ne doit imposer le respect comme un roi vraiment digne de l'être ! Suivant l'expression d’un Père de l'Eglise, on ne peut rien voir de plus sublime qu’un roi qui, les mains étendues sur le peuple, adore le Prince commun du roi et du peuple!

Et ce que je dis des rois s’applique à tous les représentants de l’autorité souveraine, quelque nom qu'on leur donne, qu’ils soient empereurs ou présidents. Car tous tiennent leur autorité de Dieu, même quand ils sont choisis par le peuple.

Telle est, Messieurs, l’admirable harmonie de la théorie chrétienne du Droit. Au sommet de toutes choses, elle place Dieu comme principe de toute autorité et de tout pouvoir, in principio. De cette source souveraine du Droit ont jailli, par l’action du Verbe, comme des fleuves de justice qui ont inondé le monde, le droit naturel et la loi révélée, le Décalogue et l’'Evangile; et de la même source découlent encore tous les pouvoirs religieux et civils, législatifs et judiciaires, qui comme autant de canaux répandent au milieu

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des hommes les eaux vives de la vérité, de la justice, de l’ordre, de la sécurité et de la paix sociale.

Vous avez lu sans doute, ou vous lirez peut-être ce beau titre que les auteurs de droit anglais donnent à Sa Majesté Britannique: fons justitiæ, the fountain of justice. Cela ne veut pas dire que le souverain est l'auteur de la justice, mais qu’il en est le distributeur. J'emprunte ces expressions à Blackstone, Messieurs, et le grand juriste anglais ajoute ces paroles magnifiques : Il n’est pas la source, mais le réservoir d’où le droit et l'équité sont conduits par un millier de canaux à chaque individu: He is not the spring, but the reservoir, from whence right and equity are conducted, by a thousand channels, to every individual.

Vous le voyez, Messieurs, dans la théorie chrétienne du Droit tout s’enchaîne et tout s'illumine, parce que nous croyons que le Verbe en est à la fois la source et le fondement, le commencement et la fin, le sommet et la base, et parce que le droit naturel, le Décalogue et l'Evangile forment dans notre croyance la ligne droite qui va d’un terme à l’autre, et sont les fleuves où les nations doivent puiser le Droit.

Hélas ! la plupart des légistes ont aujourd’hui d'autres idées. Vous savez que notre siècle a rêvé ce qu'il appelle l'émancipation de l’humanité, et qu’il rejette ces doctrines fondamentales. Dans touies les branches des connaissances humaines on veut se passer du Christ. Partout on enseigne un art sans Dieu, une lit-

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térature sans Dieu, une philosophie sans Dieu, une politique sans Dieu, et enfin une science du Droit sans Dieu.

Eh bien! Messieurs, il n’est pas nécessaire d’être prophète pour vous dire que ces enseignements conduiront les peuples qui les suivront à des catastrophes sans précédents, à des écroulements inouïs, puis à la stérilité irrémédiable, au néant!

J'ai commencé cette étude par une grande parole de saint Jean; je termine par une autre non moins admirable du même évangéliste: Sine ipso factum est nihil quod factum est, que je traduirai littéralement, pour vous en faire mieux sentir toute l'énergie: ‘Sans Lui (le Verbe) a été fait le rien qui a été fait !”

Ce n’est pas assez de dire que rien n’a été fait sans lui; le texte va plus loin et signifie que les hommes, sans Lui, ont fait le rien, ont adopté le néant pour principe et pour fin, pour fondement universel, qu'ils veulent renverser et détruire la religion et la société, et tout reconstruire en prenant le rien, nihil, pour base. Cet abîme d’aberration est tel qu’une doctrine célèbre, et qui compte aujourd’hui sur une organisation puissante, a même emprunté son nom au rien, et s'appelle le nihilisme.

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