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CONFÉRENCES ET DISCOURS 349 Se Damme mn 0e
ciel et sur la terre. Et l’un de ses successeurs, Lao-Tseu,
écrivait ces paroles étonnantes qui se rapprochent
beaucoup de celles desaint Jean: Avant la naissance du
Suint, la Ruison résidait duns le ciel et dans la terre;
depuis la naissance du Saint, c'est en lui que la Raison
réside. Si vous méditez ces paroles, vous y trouverez en substance le magnifique début de saint Jean AU commencement était le Verbe, etc., etc.”
Les titres que le philosophe chinois donnait au Dieu attendu, le Saint, la Raison, convenaient parfaitement au Christ, qui à été la Raison suprême et la Sainteté par essence. Mais saint Jean ne lui donne pas seulement un titre, il l'appelle par son nom, le Verbe, et jamais nom ne fut plus dignement porté, Le Christ a été la Parole vivante de son Pie céleste, et comme je vous le disais dans ma première conférence, toute parole de Dieu est une loi. Pendant trois
années consécutives, tous les échos de la Judée, de la
Galilée et de la Samarie ont répété les accents prodigieux de cette parole ; et, comme dit saint Jean, ‘“jamais homme n’a parlé comme cet homme là.” L'impression qu’elle a ca 1sée a traversé les siècles, et elle opère encore des prodiges d'émotion, d'enthousiasme et de foi, partout où la simple voix d’un prêtre, ou parfois même d’un laïc, la répète !
Le monde savant avait entendu les périodes éloquentes de ses orateurs et de ses sages, tout l'Orient avait retenti des accents inspirés des prophètes, tout le peuple juif savait par cœur les livres de Moïse ;
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et cependant, lorsque la voix du Christ s’est fait entendre à l’humanité, les savants et les ignorants, les grands et les petits, les vieillards et les jeunes gens, tous ont exprimé ce sentiment unanime et spontané: non, jamais homme n’a parlé comme cet homme-là.
Ah ! Messieurs, ne nous en étonnons pas, puisque le Christ n’est pas seulement un homme, mais un Dieu. Et voilà Celui que je vous présente comme le législateur de l’humanité. Non seulement il est Dieu, et possède comme tel la science du juste et de l’injuste ; non seulement il peut dire: je suis la loi qui gouverne tout, je suis la lumière des hommes, je suis la voie qu'ils doivent suivre, je suis la vérité qu’ils doivent croire; non seulement il est tout cela personnellement, mais il est le Fils et l’Envoyé de Dieu le Père. Il remplit une mission, la plus haute qui ait jamais été confiée à un homme, et quand il parle, ce n’est pas seulement lui qui parle, mais c’est le Père qui parle par sa bouche.
Ouvrez les Evangiles, écoutez les discours si nombreux et si merveilleux du Christ; partout, à chaque instant vous l’entendrezs’écrier : Je ne suis point venu de moi-même, mais Celui qui m'a envoyé est vérituble ; ma doctrine n’est point de moi, mais de Celui qui m'a envoyé ;
je ne suis pas seul, mais avec moi est mon Père, et mon
Père qui m'a envoyé rend témoignage de moi.
A quoi bon multiplier ces textes ? Vous les connaissez comme moi, Messieurs, et vous les lirez à chaque page des Evangélistes,
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Quelle leçon admirable et terrible à la fois pour les législateurs humains, qui croient si souvent tenir d'eux-mêmes le pouvoir de légiférer! Quel enseignement formidable pour les rois, les empereurs, les parlements, qui s’imaginent posséder par eux-mêmes et n'avoir reçu d'aucune autorité supérieure le pouvoir de faire des lois ! Quelle lumière inonderait leurs intelligences, s'ils daignaient s'arrêter à méditer cette leçon !
Voilà le Christ, Verbe de Dieu, Sagesse souveraine, Justice incomparable, Vérité éternelle, qui dit aux hommes: ‘“ La loi queje vous apporte ne vient pas de moi, mais de mon Père, et je suis envoyé par mon Père pour vous l’enseigner |” Il semble que pour donner des lois à l'humanité il devrait suflire d’être le Christ, le Fils du Dieu vivant ? Eh bien, non, il faut de plus en avoir reçu la mission de Dieu le Père!
O majesté de la Loi! O sublimité du Droit! comment n’aurions-nous pas pour toi un respect sans bornes, quand nous voyons de quelle source tu as jailli!
Personne ne pourra mettre en doute les pouvoirs de ce nouveau législateur, puisqu'il est envoyé par Dieu, et qu’il est Dieu lui-même. Cette fois, il n’écrira pas de sa propre main la loi nouvelle, mais il inspirera ceux qui l’écriront. Dailleurs, le texte originaire, qu'il a écrit lui-même quinze siècles auparavant, subsiste
toujours, et sa mission n’est pas de l’abroger, mais
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bien de l’expliquer, le développer, le perfectionner et l’appliquer à tous les hommes.
“Je ne suis pas venu, déclare-t-il lui-même, détruire la loi ancienne, mais l’accomplir ; ” et cette déclaration est si vraie, qu'après dix-neuf siècles passés sous l’empire de la loi évangélique, les dix articles du Décalogue sont encore aujourd’hui la base permanente de la morale chrétienne et de tout le droit posi-
tif.
Mais tandis que le Décalogue n’a été promulgué qu’au milieu d’un seul peuple, l'Evangile, c’est-à-dire la loi nouvelle, est destiné à toutes les nations, et sera promulgué dans tout l’univers. C’est la loi définitive
et immuable de l’humanité tout entière.
Lorsque le moment d'accomplir sa mission est arrivé, le législateur divin parcourt donc les villes et les bourgades, et sitôt que la foule l’entoure, il parle, il enseigne, il commande. Il parle dans les temples, dans les synagogues, au bord des rivières et des lacs, sur les versants des montagnes, le long des grands chemins, et les multitudes accourent à sa voix; et toutes ses paroles sont des règles de conduite, des préceptes et des lois. Il explique les textes de la loi mosaïque et des prophètes, il se laisse interroger sur toutes les grandes questions de la destinée humaine, et il n’en laisse aucune sans réponse ; il écoute toutes les objections des pharisiens, et il les démolit ; il ne recule devant aucun problème, et il trouve la solution de tous. Il dicte, en un mot, toutes les lois qui devront
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guider l’homme comme chrétien et comme citoyen, dans sa vie privée et dans sa vie publique. Il pose les principes qui devront gouverner les deux socictés, religieuse et civile, qu'il distingue sans les séparer, et auxquelles il laisse ce précepte si fécond en enseignements: ‘Rendez à Uésar ce quiest à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.”
Mais comment imposera-t-il toute cette législation admirable à l’humanité? Fera-t-il comme les conquérants de tous les temps, comme Alexandre, comme César, comme Mahomet, comme Napoléon? Répandra-t-il des fleuves de sang pour soumettre les peuples à sa Loi? Ah! Messieurs, sans doute il répandra des flots de sang, car ilen faut pour faire germer toutes les semences divines; mais ce sera son propre sang, et ceux qui continueront son œuvre feront comme lui!
Celui dont la majesté faisait trembler le Sinaï, montera sur le Calvaire comme le dernier des scélérats, après un procès ignoble etinique ; mais sa condamnation deviendra son triomphe, et s’il meurt, ce n'est pas seulement pour revivre et remonter vers son Père; c'est pour se constituer un corps mystique qui vivra aussi longtemps que le monde, l'Eglise, qui sera l’interprète infaillible de sa Loi, qui la propagera dans tout l'univers, qui jugera ses transgresseurs, et qui enseignera perpétuellement aux hommes les voies de la justice et de la vérité!
Nous étudierons plus tard, peut-être, l’organisation
et le fonctionnement de cette société, la plus complète
et la plus parfaite qui existe; nous commenterons— au point de vue légal—ce nouveau code appelé l'Evangile, et en même temps que nous admirerons la sagesse de ses décrets, nous ferons passer devant vos yeux l’incomparable tableau des résultats qu’il a produits, et des bienfaits qu’il a opérés parmi les hommes.
Mais l'étude de la législation évangélique, appliquée
au droit privé comme au droit public, est un travail considérable que nous devons ajourner. En attendant, permettez-moi de vous citer à ce sujet une page du P. Lacordaire :
‘ Droit universel et droit immuable, l'Evangile est ‘encore droit principe, c’est-à-dire qu’il a pénétré si ‘avant dans le juste et l’équitable, qu'aucun autre ‘ droit plus parfait ne saurait être conçu. L’Evangile ‘est, comme les Pandectes de Justinien, un livre de ‘“ droit; mais un livre de droit d’une si singulière na- ‘ture, que personne n’a l'espérance de le surpasser, ni même de l’imiter. Il est debout après dix-huit ‘ siècles, gardé par le respect de tous, et même de ses ‘ plus grands ennemis. La pensée humaine, si féconde ‘ en ressources, n’a pu lui découvrir ni un égal, ni un “ défaut. Elle a nié la divinité de Jésus-Christ ; mais ‘“ qu'importe? L’'Evangile reste, il est écrit. Qui donc ‘a fait ce livre? d’où est-il tombé ? qui en maintient ‘l'empire? Après tant de changements et d’expé- ‘ riences, tant de ruines et de fondations, il est tou- ‘jours le même, c’est-à-dire toujours parfait. On
“ Poublie un jour; le lendemain on le regarde, et on ‘se dit: l'Evangile!
‘Je rends justice à ce siècle ; il a senti plus qu'au- ‘“ cun autre le coup évangélique. s’il m'est permis de ‘* parler de la sorte: il a compris qu’un lien secret ‘existait entre l'Evangile et l'humanité, et que tant ‘ qu’on ne ferait pas pour elle quelque chose de mieux ‘que l'Evangile, tant qu’on ne créerait pas un droit ‘ plus parfait, Jésus-Christ continuerait à régner sur ‘le monde. Il a compris que la question n’était pas ‘une question de métaphysique et d’histoire, parce ‘ que le peuple ne se soucie et n’a besain ni de méta- ‘ physique, ni d'histoire ; mais qu’elle était une ques- ‘tion de droit. Nulle entreprise plus grande et plus ‘ profonde n’a été encore conduite contre Jésus- ‘ Christ; mais aussi aucune dont le résultat sera plus ‘“ glorieux pour la vérité, et plus facile à saisir pour ‘tous. Le droit donc! le droit! Notre preuve est faite, Messieurs, à nous autres, catholiques: vous ‘“ savez où nous avons pris le monde sous le rapport ‘“ du droit, et où nous l’avons mené. Prenez l'héritage “à votre tour; créez un droit plus universel, plus ‘“ immuable, plus parfait. Nous vous attendons, et ‘ nous ne demandons pas mieux. Mais à voir vos ‘ premiers essais depuis cinquante ans, je crains bien
‘“ que vous n’en soyez pour vos frais de droit, comme “ vous en avez été pour vos frais de métaphysique et ‘ d'histoire.”
Messieurs, cet autre droit, plus parfait que l’'Evan-
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