‹ Conférences et discours [microforme]Chapitre 8 sur 13 · MONTCALM · texte numérisé non relu

MONTCALM

— Il est certain, mon cher Wolfe, que vos compatriotes ont beaucoup appris sous ce rapport. Ils savent maintenant que la liberté est le vrai fondement des États et la vraie sauvegarde des institutions.

» Les tyrans se trompent toujours lourdement. Ils croient bâtir, et ils démolissent. Ils croient assurer l'avenir, et ils le perdent. En tuant, ils font des immortels.

» Les croix qu'ils dressent deviennent des trônes; les pierres qu'ils jettent aux lapidés forment des monuments de gloire.

WOLFE

— Ton éloquence, mon cher ami, prêche un converti. C'est en lui refusa: la liberté que ma patrie a perdu la Nouvelle-Angleterre ; et c’est en l’accordant au Canada qu’elle a conservé cette incomparable colonie.

CHAMPLAIN

— Très bien dit. Mais cet exemple, Wolfe, ne démontre pas seulement les bienfaits de la liberté; il prouve aussi combien nos vues sont courtes quand nous plongeons nos regards dans l'avenir.

» Quand, au prix de ta vie, tu faisais la conquête de la Nouvelle-France, tu croyais bien que toute l'Amérique du Nord allait faire à jamais partie du royaume britannique. Ta conquête paraissait bien être l'agrandissement de la Nouvelle-Angleterre. Et cependant, ce fut quelques années après seulement que la Nouvelle-Angleterre se sépara violemment de la mère-patrie, et fut à jamais perdue pour la couronne britannique.

WOLFE

— Hélas ! Oui, j'en conviens, la formation de la République Américaine et sa longue inimitié contre l'Angleterre

étaient bien loin d’entrer dans mes prévisions. Mais c’est précisément pour empêcher la même éventualité de se reproduire en Canada que je plaide la cause ce la liberté en faveur des deux races.

» Ceux qui veulent absolument les fusionner ont tort. La fusion n’est pas nécessaire. Il sufit qu’elles vivent en harmonie ; et leurs dissemblances produiront alors entre elles une noble émulation — ce qui est un élément de progrès dans l'ethnogénie des peuples.

» Si jamais l'assimilation se fait, elle sera l’œuvre du temps, et non des hommes. Ceux qui entreprendront d'en hâter l’accomplissement et la retarderont ou la rendront impossible.

» Mais, dis-moi, Champlain, père de la nationalité canadienne-française, qu’espères-tu pour ta fille ? Crois-tu donc à un retour possible de la France en Canada ?

CHAMPLAIN

— Oh! non. La France a dit son dernier mot dans le traité

de 1763. Mais je crois que ce n'est pas pour finir par l’absorption que cette nationalité a survécu à toutes les causes de mort.

» Je crois qu'elle est appelée à jouer un rôle important dans les destinées futures de l'Amérique du Nord.

» Quel sera ce rôle ? Je n’en sais pas plus long que toimême sur ce problème intéressant.

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