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LES ORIGINES DES SŒURS DE LA PROVIDENCE

CONFÉRENCE FAITE A LA CLOTURE DU BAZAR ANNUEL DE L'ASILE DE LA PROVIDENCE, LE 22 FÉVRIER 1892.

Mesdames et Messieurs,

C’est la charité qui nous réunit ce soir : vous, pour compléter l'œuvre de dévouement ou de sympathie que vous poursuivez tous plus ou moins, depuis huit jours ; moi, pour la compléter et la clore.

Si l’on vous eût consultés à l’avance, pour vous proposer ce complément, vous vous y seriez peut-être opposés, et vous auriez eu raison, car la charité doit demeurer absolument libre de ses dons.

Mais vous vous seriez privés, par là même, d’exercer cette excellente vertu d’une façon plus parfaite : celle qui commande l’indulgence, la patience, voire même la résignation, celle, pour tout dire, que requiert de vous ce soir l’audition de ma conférence.

La charité m’a demandé cet entretien. La charité vous l’impose. C’est ma seule excuse auprès de vous, c’est le seul titre que j'ose invoquer à votre bienveillance.

On m'avait même suggéré, pour me maintenir tout à fait

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sur cet inviolable terrain, une conférence sur la charité. Le sujet, certes, est vaste et beau, trop vaste peut-être pour être présenté, en un temps si court, sous un jour agréable et quelque peu nouveau. En m'y arrêtant, je m’exposais de plus à verser dans le sermon, et je m’attribuais à coup sûr la tâche au moins inutile de prêcher des convertis : tant que nos œuvres de bienfaisance si nombreuses compteront, mesdames et messieurs, autant de patrons et d’auxiliaires généreux que ceux et celles qui les favorisent aujourd’hui, les sermons et les discours sur la charité seront superflus.

Et pourtant, me disais-je, ne peut-on faire l'éloge de cette vertu, en aviver l'amour, inspirer le désir de sa constante pratique, sans en faire l’objet d’un sermon ou d’un traité didactique ?

Ne prêche-t-on et n’écrit-on pas, tous les jours, la morale en action ?

N'est-ce pas même la forme la plus attrayante et la plus persuasive de la présenter à l’auditeur et au lecteur ?

Pourquoi donc ne lirais-je point, dans une soirée de charité, une page de charité en action? Et dans cette soirée donnée au bénéfice de l'Asile de la Providence, sous les auspices de ses dames patronnesses, quelle page mérite plus la lecture et la faveur d’un auditoire ami que celle qu’écrivit, il y a quelque cinquante ans, dans les annales de notre ville, la vénérable fondatrice de l’Asile et de la Communauté de la Providence, la révérende Mère Gamelin ?

Le sujet choisi, restait à le traiter. Ce n’était pas aussi facile.

Madame Gamelin a très peu écrit, et l’on a peu écrit sur elle. Les lettres, les lettres intimes surtout sont une

révélation dé.isive de l'esprit, du caractère, de la personne entière des morts illustres ou modestes. Elles expliquent et commentent, lorsqu'elles sont sincères et spontanées, des actions et des œuvres dont le témoin et l’historien ne saisissent pas toujours le caractère et la trame, parce qu’ils manquent de lumière directe sur ce dedans de l’homme où s’élaborent ses manifestations extérieures. Elles livrent, de plus, le secret de tout ce qui fait la vie intime de l’âme : ces pensées, ces passions, ces impressions, tour à tour joyeuses et douloureuses, que la vie extérieure ne reflète jamais tout entières, jamais toutes fidèles, et que la tombe enveloppe de son ombre, quand les épanchements de l’intimité n’en ont pas trahi le mystère dans les confidences écrites.

Ces confidences me faisant presque entièrement défaut, je me trouvais privé d’un élément précieux pour peindre un portrait fidèle et vivant.

Restaient, pour la vie extérieure et l’œuvre de Madame Gamelin, les documents écrits et les souvenirs des personnes encore vivantes qui l’ont connue. Ici encore, il y avait relativement peu à glaner.

Madame Gamelin, qui a peu écrit elle-même, vivait dans un temps où l’on écrivait peu, dans un temps aussi — le nôtre ne le continue-t-il pas trop sous ce rapport ? — où l’on ne gardait guère ce qui s’écrivait ou s’imprimait au jour le jour, réservant ainsi aux recherches et aux travaux à venir une tâche toujours ingrate et souvent inféconde.

Les souvenirs personnels des contemporains d’âge de la vénérable fondatrice ne peuvent être plus nombreux ni plus fidèles que ne le permettent le petit nombre des survivants et la fidélité d’une mémoire, de sa nature, infidèle.

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Une partie de ces éléments précieux, toutefois, a été recueillie et groupée par des mains pieuses dans une notice biographique qui m'a grandement servi. J’ai cherché et trouvé les autres un peu partout, à la faveur de bonnes occasions et de bienveillants renseignements, dont je remercie très cordialement ici toutes les personnes qui ont eu l'obligeance de me les communiquer. (1)

Bref, et pour cesser de vous prodiguer les excuses, avec le loisir et les ressources dont j'ai pu disposer, j'ai fait un travail forcément incomplet, dont les limites et les lacunes ont déterminé le titre.

Ce n’est ni le portrait achevé de madame Gamelin ni, proprement, sa biographie : c’est une esquisse, un croquis, si vous voulez, de sa personne et de sa vie dans le monde, de l’origine et des débuts de son œuvre. Voilà

pourquoi j'ai cru pouvoir intituler ce crayon:

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