‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur les trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886. Texte publié et coordonnéChapitre 13 sur 89 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Jambes enflées. Je ne puis plus marcher. — L'oiseau de la saison des pluies. — Triste retour sur l'Ogôoué. — Encore le sel. — Le problème africain est résolu. — Importance de l'Alima. — Le bassin de l'Ogôoué relié à celui du Congo. — Importance pour la France. — Pauvres porteurs. — L'esclavage. — Rapide descente de l'Ogôoué. — Voie des Okanda. — Envoi de la Société de Géographie et du roi des Belges. — Enfin! La police française. — Témoignages de reconnaissance. — L'œuvre est à peine commencée.

A partir de la Licona, le voyage devint extrêmement pénible.

Mes jambes, trop cruellement maltraitées [par les broussailles, étaient couvertes de plaies ; mon escorte et mes porteurs n'étaient guère en meilleur état, si habitués qu'ils fussent à marcher dans la brousse. Les marchandises touchaient à leur fin. C'est à peine si j'en avais une quantité suffisante pour assurer mon retour. L'imminence de la saison des pluies, qui menaçait le pays d'une inondation générale, allait me couper la retraite. Je parvins cependant jusqu'à la rivière Lebaï Ocoua, située à un demi-degré au Nord, soit à cinquante-cinq kilomètres de l'équateur et dont la rive opposée est habitée par les Okanda. Mais l'oiseau qui annonce la saison des pluies avait chanté; je repris tristement le chemin de l'Ogôoué. C'était le 11 août.

Presque jour pour jour, il y avait trois ans que j'avais quitté l'Europe !

Lebaï Ocoua, dans la langue du pays, signifie : rivière de sel. En effet, ce produit si précieux en Afrique est obtenu là par les indigènes au moyen de l'évaporation de l'eau des petits ruis-

seaux qui descendent des collines riches en sel. Cette découverte m'amenait à douter de l'existence des lacs de la région du Ouaday auxquelles je pensais que l'Alima devait nous conduire. Le problème de l'hydrographie africaine me semblait de plus en plus obscur, car je ne pouvais imaginer que le Congo roulât ses ondes majestueuses en face de moi, dans la direction du soleil levant. De mieux informés que moi doutèrent euxmêmes de ce fait extraordinaire lors des premières affirmations de Stanley. Pour mon compte, à peine eus-je pris, à mon retour en Europe, connaissance de la traversée de cet explorateur, que tout s'illumina subitement. Cette succession de cours d'eau que j'avais traversés aboutissait au grand fleuve de Livingstone et de Stanley. Je compris alors que la découverte de l'Alima qui devient navigable non loin du point où s'arrête la navigation des pirogues dans l'Ogôoué était d'une importance considérable, non seulement au point de vue géographique, mais encore au point de vue commercial.

En effet, la distance des deux rivières est fort restreinte; elle est à peu près de cinquante milles, et le terrain est plat, commode pour le transport soit des marchandises, soit des canots démontables. Cette région, qui sépare le bassin de l'Ogôoué du bassin du Congo, est formée par des collines sablonneuses de médiocre hauteur offrant plusieurs passages des plus faciles, où Ton ne rencontre pas une végétation épaisse, mais un pays découvert.

Des canots à vapeur d'un fort tonnage peuvent naviguer dans l'Alima au point où nous l'avons atteint. Ils pourraient rejoindre le Congo au-delà des rapides qui barrent ce ileuve du côté de l'Atlantique, point difficile à atteindre à cause de l'hostilité de peuplades qui, de ce côté, monopolisent le commerce. Aussi, si l'Ogôoué n'est pas une voie directe vers l'intérieur, il en est indirectement une, puisqu'il ouvre le Congo et acquiert

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