‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur les trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886. Texte publié et coordonnéChapitre 20 sur 89 · LANDA » LA PIROGUE AM1RALE · texte numérisé non relu

LANDA » LA PIROGUE AM1RALE

remmenai avec Madianga jusqu'à Dumé. J'ordonnai à Madianga, très jeune alors, de rester avec moi. Le croirez-vous, mon père, ils se sont enfuis, de nouveau, tous les deux ensemble.

J'ai parlé dans une autre lettre d'un chef Aduma aussi fourbe que méchant; il est mort, je ne sais si c'est de la petite vérole ou de faim. Attaqué par la variole, il fut transporté

par ses femmes (il en avait sept) dans le bois où on lui construisit une case.

Pendant quelques jours, les femmes lui portèrent à manger, mais ensuite, aifolées par la peur, elles l'ont laissé mourir de faim ou de maladie; c'était une canaille : enfin, qu'il repose en paix.

Encore un trait des coutumes de ces peuplades :

Ballay, depuis deux mois, s'était donné une peine infinie pour soigner les malades des villages voisins et, grâce à lui, la mortalité avait été très faible. Un jour, après avoir visité l'un d'eux il demande à sa mère de l'eau, celle-ci ne lui en apporta point et lui demanda de plus ce que le docteur lui donnerait en paiement pour avoir soigné son malade.

Gnémé est le seul esclave qui me soit resté fidèle.

Ici tout va bien. Une lourde monotonie a succédé à l'agitation fébrile dans laquelle je vivais pour préparer le départ. A ce moment j'étais réellement fatigué de tant d'agitation tandis qu'en ce moment, je commence à me fatiguer de cette monotonie.

Comme je te l'ai déjà dit, je ne tarderai pas à rejoindre le docteur Ballay à la chute de Pubara, je crois le trouver chez les Bakani. Selon moi, Pubara est à une distance de douze jours de pirogue; là nous verrons de nouveau comment nous pourrons continuer d'avancer dans l'intérieur. Les difficultés que nous trouverons seront encore augmentées par celle qui résulteront de la différence des ^dialectes qu'on parle dans les pays que nous allons traverser, espérons que Chico, cuisinier-interprète, qui connaît les langues parlées au Congo, pourra nous être utile.

Nos pirogues commencent à vieillir. « Landa », la pirogue amirale connue sur tout le fleuve et certainement connue de nom dans les pays de l'intérieur, a fini sa carrière.

tS4 TRO J S EXPLORATIONS

Elle n'a pu faire ce voyage. C'était une belle et grande pirogue de 20 mètres de longueur sur QrfiO de largeur, La plus belle pirogue

qui ait jamais existé sur FOgôoué. La pirogue amirale est la petite que j'avais conservée avec moi. J'aime mieux une petite pirogue parce qu'il est plus facile de surveiller les autres. A partir de maintenant, ne soyez plus étonné de ne pas recevoir de lettre. Les communications avec la côte ne sont plus possibles et je doute même que cette lettre t ! parvienne. Je la confie à un Aduma qui la donnera à un Okanda au moment où ils remonteront de nouveau ici. L'Okandà, à son tour, la remettra à un Inenga, lequel Inenga la remettra finalement à un établissement européen.

Voilà déjà treize ans que je vagabonde à travers le monde, et si je ne me trompe pas, j'avais treize ans la première fois que j'ai quitté ma famille et l'Italie. Je suis retourné chez moi à de bien rares intervalles et, cependant, au lieu de devenir cosmopolite, mon cœur est toujours resté dans ma famille et mes pensées ont toujours été parmi vous. Adieu, portez-vous bien.

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