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sion fut rédigé et signé conformément aux ordres de Makoko, et les villages arborèrent immédiatement le pavillon.
C'était le 1er octobre 1880. Trois moisà peine s'étaient écoulés depuis notre départ de Franceville : dix hommes et un officier avaient tranquillement parcouru près de sept cents kilomètres. Outre les connaissances scientifiques acquises, ils rapportaient un traité d'amitié et de protectorat conclu avec le chef le plus puissant du pays et venaient de fonder la seconde station française sur le Congo au village de N'tamo, auquel la France a donné le nom de Brazzaville.
Je remercie mes compatriotes. Le titre oblige, je ne l'oublierai pas.
Je laissai mon brave sergent sénégalais Malamine et trois hommes à la garde du poste, et je partis avec les autres.
Précédés jusqu'à présent par notre réputation, nousavions été partout bien reçus. Ici nous nous trouvâmes presque égarés, inconnus à tout le monde. Pour surcroit d'ennui dans le présent nous arrivâmes sans nous en douter dans un pays de mines de cuivre où les habitants se montraient bien défiants.
Dans notre situation vouloir satisfaire notre curiosité c'était compromettre le passé et l'avenir. Mieux valait changer de route. J'avoue que cette sage détermination me coûta infiniment car elle renvoyait la reconnaissance du Niari à une époque indéterminée.
Nous rentrâmes dans un pays accidenté où il fallait constani- 7 ment escalader et descendre des hauteurs de cinquante à cent cinquante mètres, parfois plus, au sommet desquelles étaient généralement situés des villages, dans une position militaire.^
On eût dit que nous étions condamnés à avancer sans relâche. A peine arrivés dans un village nous trouvions des porteurs qui débarrassaient les précédents de leurs charges et repartaient avec le même entrain. Cela ne dura pas.
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Inclinant légèremenl noire route vers le Congo, nous rencontrâmes des populations moins naïves et moins empressées de porter nos ciisscs que de les vider. Elles s'y prenaient, du reste, d'une façon originale, choisissant pour nous voler le moment où elles nous offraient une sorte de divertissement musical.
A leurs grandes et petites flûtes j'opposai les nôtres. Tout en exposant au chef nos réclamations, j'envoyais quelques halles de mon Winchester dans un arbre voisin, et aussitôt on retrouva les objets volés au son d'une plus agréable musique. ^ Nous avions l'ait environ quatre-vingt-dix kilomètres lorsque le voisinage de nouvelles mines de cuivre et de plomb motiva un nouveau changement de direction, cette fois bien marqué vers le Congo, à travers de grandes montagnes de quartz et de grès colorées en rouge et en jaune par l'oxyde de fer.
Ici nous entendons parler des blancs. Nous revoyons des plantes d'importation : goyavier, manguier, des étoffes européennes. Mais le pays est de moins en moins sur. L'hostilité croissante à mesure que nous nous rapprochons d'établissements européens nous impose une excessive prudence. Et je m'estime heureux d'avoir évité tout accident fâcheux en traversant le chaos de montagnes qui, de la rivière Louala, s'étend à < Mdambi Mbongo, l'endroit précis où je rencontrai Stanley.
( îe jour-là, le hasard réunit pendant un instant deux hommes, deux antithèses : la rapidité et la lenteur, la hardiesse et la prudence, la puissance et la faiblesse. Pourtant les extrêmes se touchent; leurs sillons si différents, tracés avec la même persévérance, convergent au même but : le progrès.
Stanley est un explorateur comme moi : nous sommes de. bons camarades. Mais si notre but était le même, les intérêts qui nous ont guidé étaient différents. Il n'y a donc rien d'extraordinaire à ce que nos récits n'aient pas toujours été d'ac-
cord. M. Stanley agissait au nom du roi des Belges pour la Belgique qui voulait alors fonder en Afrique une sorte de comptoir international où elle aurait la suprématie.
Sans doute le roi des Belges était complètement désintéressé. Il donnait ses millions dans le seul but de civiliser les tribus sauvages. Je croyais pourtant qu'il y avait une idée politique au fond des sentiments humanitaires du roi des Belges. J'étais loin de l'en blâmer, mais cela ne m'empêchait pas d'avoir mon idée politique aussi. Et la mienne était fort simple, la voici. S'il y avait un avantage à s'emparer du Congo, j'aimais mieux que ce fût le drapeau français que le drapeau belge « international », qui flottât sur cette magnifique contrée africaine.
Je n'ai jamais eu l'habitude de voyager dans les pays africains en guerrier, comme M. Stanley, toujours accompagné d'une légion d'hommes armés et je n'ai pas eu besoin de faire des échanges, parce que, voyageant en ami et non en conquérant, j'ai trouvé partout des gens hospitaliers.
M. Stanley avait pris l'habitude de se faire respecter à coups de fusil : je voyageais, moi, en ami et non en belligérant. C'est pourquoi j'ai pu faire cette conquête pacifique qui a tant surpris l'explorateur américain au service du roi des Belges. « Les rois africains, dit M. Stanley, ne voient dans un drapeau qu'un morceau d'étoffe plus ou moins heureusement bariolé, dont ils peuvent se faire une ceinture. »
Voilà justement l'erreur de M. Stanley. Ces rois ont vu dans mon « morceau d'étoffe » ce que je leur avais dit d'y voir. Et M. Stanley lui-même a été le premier, en le respectant plus tard, à leur montrer que je ne les avais pas trompés. J'ai dit au roi : « Vous connaissez le frère blanc qui est venu ici et avec lequel vous vous êtes battus. Eh bien, il en viendra d'autres et des plus forts que lui. Si vous arborez le symbole que je vais vous remettre, ils ne prendront pas pied chez vous sans votre
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permission, et ils ne tireront jamais un coup de fusil sur vos sujets. » Ils ont fait ce quejeleur ait dit, et le drapeau français les a protégés.
Le roi des Belges mit beaucoup d'argent à la disposition de M, Stanley. « En France, disait le roi Léopold à un de ses amis intimes, M. de Brazza aura beau se remuer, il ne réussiia jamais à faire ratifier son traité. On jouera avec le Congo comme avec un jouet. M. de Brazza emploierait bien plus utilement son temps en venant se joindre à nous. » Je cite textuellement les paroles du roi Léopold !
Inutile d'ajouter que je ne suis pas de son avis et que ma confiance dans la clairvoyance de nos députés a ratifié l'espoir que j'avais conçu que ma conquête pacifique ne serait pas perdue pour mon pays.
Mais le jour où ils se serrèrent la main en Afrique, ces deux hommes qui s'estiment ont reconnu la dure nécessité de leurs tâches. Stanley m'a rendu justice. De son côté votre missionnaire s'honorera toujours du cordial accueil que lui a fait le plus intrépide explorateur de l'Afrique.