CHAPITRE VI
L'ennemi c'est l'esclavage! — Au Gabon. — Suis-je oublié? — En route pour Franceville. — Mon propre chirurgien. — Potager, basse-cour et bétail. — Gomme à Montmorency! — Route vers l'Alima. — Grosses difficultés.— Un conseil mur des ponts et chaussées. — M. Mizon à Franceville. — JBallayn'esf pas arrivé.
En descendant le Congo et remontant ensuite le long de la cote de l'Atlantique, j'éprouvais un grand serrement de cœur en apercevant des hommes portant au cou le hideux carcan de l'esclavage! Je pensais que nous avions jadis ruiné nos colonies par générosité... Mais je m'arrête : nous arrivons au Galion. Là du moins nos couleurs nationales ne couvrent pas le seul adversaire contre lequel j'ai lutté partout, au nom de la science et de l'humanité.
Nous débarquâmes à Libreville, le 15 décembre 1880. Une cruelle déception nous attendait. Ni le docteur Ballay ni le personnel des stations n'étaient arrivés! Fallait-il donc en France plus d'un an pour construire une chaloupe?
Avait-on renoncé à l'exploration de l'Alima?
Étions-nous oubliés, abandonnés!...
Je ne vous dirai pas ce que j'ai souffert en cherchant l'explication d'un retard si préjudiciable à nos projets. La mission que m'avait confié le Comité français de l'association africaine était remplie; je pouvais aller en Europe prendre le repos dont j'avais besoin. Mais non, je ne pouvais pas, je ne devais pas aban-
donner sans ressources nos stations et les braves gens que j'avais laissés à huit cents et douze cents kilomètres dans l'intérieur. Aussi vingt-quatre heures après mon arrivée au Gabon,