M. JOSEPH MICHAUD
portage par terre, entre les deux bassins de l'Ogôoué et du Congo. Ce service, dont jadis M. Ballay et moi avions jeté les bases, fut organisé avec tant de précautions et de tact que quelques jours après une caravane de cent soixante porteurs arrivait prendre charge à Franceville et d'autres caravanes la suivirent; mes espérances de ce côté étaient largement dépassées. Ce service a, depuis lors, constamment et admirablement fonctionné. Mon vieux et fidèle laptot Metouta et trois Sénégalais ont conduit toutes ces caravanes, sans qu'il ait jamais
été nécessaire de distraire un Européen pour cette pénible besogne. Dans ce service des transports, où la surveillance semblait devoir être insuffisante, jamais le [moindre vol n'a été commis.
. Dès que la chose fut possible, c'est-à-dire après avoir surveillé l'installation de nos magasins à Franceville et initié aux choses du pays les Européens qui devaient y demeurer, je partis pour rejoindre M. Ballay. Les négociations avec les Bafourou traînaient en longueur, et j'appréhendais de voir l'avantage que devait nous donner la libre descente de l'Alima compromis par une perte de temps considérable.
Quel vif plaisir ce fut pour moi de retrouver mon ancien compagnon de fatigue! Avec quelle joie je l'embrassai après une séparation de trois années !
L'éloge du docteur Ballay n'est pas à faire. Tous savent quel cœur, quelle intelligence, quelle volonté patiente et forte se cachent sous cette physionomie qu'une modestie excessive fait paraître douce, presque timide. Ces qualités ont été justement reconnues quand on a désigné M. Ballay pour faire partie des délégués français à la Conférence de Berlin; il y apportait, avec ses connaissances spéciales, les documents qui assuraient nos droits.
A l'envi M. Ballay et moi nous pressâmes les négociations en cours pendant que le brigadier Roche, au prix de bien des fatigues et de quelques ennuis, amenait sur trois chariots, les chaudières du canot à vapeur qui ilottait impatient sur l'Alima. Les négociations aboutirent enfin. Le chef M'Dombi et plusieurs autres chefs Bafourou, après avoir fait quelques visites préliminaires à notre établissement de Diélé, se décidèrent à un grand palabre. La patience et l'habileté de M. Ballay portaient leurs fruits.
Nos nouveaux alliés désormais nos amis s'engager eut à nous
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vendre une immense pirogue et à escorter eux-mêmes la descente de M. Ballay jusqu'au Congo.
Ils tinrent parole. Le 15 octobre 1883, une pirogue capable de porter près de huit tonnes, venait s'amarrer au débarcadère de Diélé; on y empilait les marchandises et les vivres nécessaires pour six mois. Elle lendemain, M. Ballay, accompagné de quatorze hommes, se laissait dériver au courant rapide de l'Alima, emportant les adieux et les souhaits que couvraient les chants des pagayeurs et les roulements sonores du tambour bafourou.
Elle est saisissante l'impression que produit un départ dans ces contrées lointaines. Ceux-là seuls qui en ont été témoins savent quelle sorte d'émotion muette inspire la séparation, quelle profonde amitié tient dans le dernier serrement de main qu'on échange, quelle sorte de fraternelle tendresse il y a dans le dernier embrassement.
Le Dr Ballay allait donc revoir cette place où jadis nous avions dû nous arrêter devant des hostilités sans motifs. Quelle émotion le gagnerait, quand il passerait entre ces rives basses et boisées d'où jadis partaient des coups de feu? Que devionsnous craindre encore? Pouvions-nous espérer atteindre pacifiquement le but? Telles étaient nos pensées en adressant à l'embarcation qui s'éloignait nos derniers signes d'adieu.
J'avais laissé M. Ballay partir seul, quel que fût mon désir de l'accompagner et d'aller, par cette nouvelle route, remettre au plus vite à notre allié Makoko la ratification de nos traités. Une double inquiétude me retenait. Il m'était possible d'aller sur le Congo sans être renseigné au préalable sur une situation qui pouvait offrir de sérieuses difficultés, et dans laquelle en m'engageant trop tôt, jerisquais de fairefausse route. Je sentais d'autre part, mes derrières mal assurés par suite du désordre où j'avais dû laisser nos ravitaillements à la côte.
DANS L'OUES T A F R I G A ] X o-r,
Quinze jours après, le D' Ballay, par un billet daté du confluent de l'Alima et du Congo, m'informait que tout marchait à souhait. Les indigènes avaient partout manifesté sur son passage une curiosité craintive, absolument sans danger. Ce sentiment s'était même parfois transformé en un véritable bon accueil. M. Ballay venait de nous ouvrir pacifiquement la voie.