CHAPITRE VII
Conclusion. — Travaux de tous genres accomplis : astronomiques, géographiques et hydrographiques. — Résultats économiques importants. — Conquêtes pacifiques des populations. — Nos possessions territoriales agrandies. — Les desiderata.
Qu'avonsriious fait durant ce voyage de trente-trois mois? Gomment ai-je profité, dans l'intérêt du pays, des pouvoirs et des ressources pécuniaires qui m'ont été confiés?
Au point de vue géographique, de nombreux tracés ont été faits; les travaux de MM. de Rhin s, Dufourcq, etc., ont complété mes anciens travaux sur l'Ogôoué; le bassin de l'Alima est donné par les travaux de MM. Ballay, de Chavannes, Decazes, de mon frère Jacques et les miens propres ;cestravaux, qui se contrôlent, oiïïent donc certaines garanties d'exactitude.
De la N'Kundja à Brazzaville, la rive et les deltas ont été relevés par MM. Dulisieet de Chavannes. De remarquables travaux d'hydrographie, sur la côte du Loango, sont dûs à M. le commandant Cordier ; la topographie sommaire delacôtemème a été faite par M. Manchon qui occupait ainsi les loisirs de sa corvée de gardien de territoires. Les itinéraires de M. Manchon et ceux de M. Dolisie relient Loango à nos stations de la Loudima et à Brazzaville. Enfin deux expéditions marchent aujourd'hui parallèlement dans le blanc delà carte, situé au
256 TRO 1 s i: \ p LORATIONS
Nord de l'Ogooué et de l'Alima. L'une est conduite par mon frère Jacques, je l'ai dit plus haut; l'autre par M. Dolisie, aidé de M. Froment, un homme jeune et tenace, qui venait de passer plus d'un an au milieu des populations de l'Oubangui. Ces deux expéditions sont comme le couronnement de la tâche et ne sauraient manquer d'amener des découvertes importantes à tous égards.
Des données astronomiques ont été fournies pour fixer les points géographiques et avec elles ont été effectuées des observations de météorologie, de minéralogie, de géologie. De belles collections d'histoire naturelle (1) ont été réunies grâce au concours de tous, par les soins spéciaux de mon frère ; elles doivent arriver très prochainement à Paris. A ces collections vien-
1. Cent une caisses de collections arrivées à Paris en mars 1886.
Les premières caisses envoyées par MM. Schwebiseh de Thollon, se rapportent surtout à l'ethnographie duhassin de l'Ogôoué; la botanique n'y tenait qu'une place très secondaire, ainsi que la zoologie.
Puis, c'est la collection de M. Gholet. Cette collection, recueillie dans le Loango et le bassin du Quillou-Niari, comprend cent-quarante-quatre pièces, dont quarante-sept d'ouvrage de coton, libres et vannerie ; vingt-quatre de métallurgie, instruments et produits; quinze instruments de musique; cinq articles de fumeurs; trente-trois objets d'usage domestique, et quinze objets d'art, fétiches, ornements, etc., enfin une collection d'insectes et des notes intéressantes sur les mines de la Loudima.
Toutes ces collections, rapportées par M. Thollon, ont été recueillies principalement dans le Haut-Ogôoué, l'Alima et le Congo. Au point de vue ethnographique, on y trouvera tous les produits de l'industrie indigène, parmi lesquels des bracelets de famille de Makoko, et les colliers et bracelets de cuivre qu'il donne à ses chefs vassaux.
Parmi les collections très complètes d'histoire naturelle, on remarquera des insectes, reptiles, poissons; des singes et des gorilles d'espèce nouvelle du Congo ; mais peu d'oiseaux nouveaux. Les collections géologiques sont, dit-on, fort riches. La plupart des plantes utilisées dans la fabrication des produits indigènes si' retrouvent dans les collections botaniques. Il était sage d'attendre encore avant de faire des collections anthologiques ; mais on a peut-être trop négligé les collections d'essences forestières.
Enfin de nombreux albums de dessins et environ quatre cents photographies sont ducs principalement à MM. de Brazza, Pecile, de Chavanne, Beauguillaume, Didelof, etc.
Nous attendrons maintenant, qu'avec le concours de la société de géogranhie, du Muséum, du musée d'ethnographie, etc., M. le ministre de l'instruction publique organise l'exposition des travaux et des collections de la mission de l'Ouest Africain, pour en apprécier la valeur.
nent se joindre une quantité de croquis, de dessins, de photographies et de notes ethnographiques d'un grand intérêt.
Tous ces travaux ont été exécutés au milieu d'occupations imposées par la création de huit stations ou postes dans le bassin du Congo, de huit autres dans celui de l'Ogôoué, et de cinq sur la côte ou dans la vallée du Quillou.
A côté de ces résultats scientifiques se placent des résultats économiques plus importants encore.
Le premier est d'avoir conquis sur les populations cette influence définitive qui doit, à mon avis, constituer l'élément primordial essentiel de toute création de colonie. Tirer parti des indigènes, fondre leurs intérêts dans les nôtres, en faire nos auxiliaires naturels, c'était là, suivant moi, un des plus hauts objectifs de ma mission.
A l'heure présente les anciennes tribus de l'Ogôoué sont complètement dans nos mains. Par les traités qui les lient, leurs hommes nous doivent annuellement un temps déterminé de service; en dehors de leur salaire, elles trouvent, dans de sérieux avantages économiques et dans notre protection, une compensation au temps qu'elles nous consacrent.
Les Pahouins eux-mêmes, ces tribus cannibales que de puissantes migrations conduisirent autrefois sur les bords de l'Ogôoué et que leur sauvagerie comme leur instinct de pillage avaient longtemps éloignés de nos vues, y arrivent enfin. Ces mêmes Pahouins qui depuis vingt ans sont en révolte constante contre l'autorité du Gabon, ont été amenés, par les intérêts que nous leur avons créés, à traiter avec nous sur les mêmes bases que les autres peuplades. Ils ontdû, eux aussi, consentir à nous fournir des auxiliaires, et c'est là une garantie considérable au point de vue de la tranquillité; peut-être est-ce même le seul moyen de maintenir une sécurité complète dans un pays qui est absolument — j'allais dire heureusement — hors de la portée
ERAZZA 17
des canonnières, Ces nouvelles recrues sont venues sans trop de répugnance s'encadrer dans les rangs de nos premiers auxiliaires : Adouma, Okanda, Apingui, Okota, Bangoués, toutes tribus dont les avaient toujours éloignés aussi bien une inimitié instinctive que des intérêts faussés et mai compris.
Peu à peu ces Paliouins viendront doubler et tripler le nombre de nos auxiliaires ; leurs aptitudes naturelles, leur force physique, leur sobriété extrême, les rendent merveilleusement propres à nous seconder dans ces contrées neuves.
C'est ainsi que se constitue l'homogénéité des éléments maniables de l'Ogôoué ; tous ces hommes, réunis par les mêmes intérêts dans un même sentiment de dépendance à notre égard, sont aujourd'hui liés à nous par une organisation dont l'idée première m'a été donnée par l'inscription maritime de la France.
Pagayeurs, porteurs ou soldats, suivant les besoins, ces hommes manœuvrent nos pirogues dans les rapides, transportent nos marchandises et sont toujours prêts à suivre et défendre notre drapeau.
C'est enfin là la solution d'un problème que j'ai mis dix ans à résoudre.
Dix ans pour arriver, dans ces contrées, à un embryon d'organisation à la fois économique et politique, peuvent sembler un temps considérable aux personnes étrangères à cet ordre de questions. Eh bien, je puis affirmer sincèrement qu'il y a dix ans je ne croyais pas obtenir en si peu de temps un pareil résultat. Il n'a fallu rien moins que le concours intelligent de mes collaborateurs et des soins constants, pour aboutir à la solution actuelle qui est, je crois, la seule possible. Ce que la patience et la persévérance ont fait en dix ans, la force n'eût pu l'accomplir, même au prix des plus grands sacrifices.
Ailleurs que dans l'Ogôoué, sur les plateaux qui séparent le bassin de cette rivière de celui du Congo, nous avons, dans les groupes de villages voisins de la route, plus de trois mille Batékés qui, pour n'être pas précisément encore enrôlés et disciplinés, n'en effectuent pas moins honnêtement et régulièrement nos transports.
Les Batékés du haut Alima ont commencé à devenir nos pagayeurs. Et à l'Ouest de Brazzaville, les Ballali, en attendant de devenir nos porteurs, nous fournissent plus de travailleurs qu'on n'en saurait utiliser.
Dan s le haut Congo, enfin, chez les peuplades encore barbares, notre action est trop récente pour avoir pu produire de semblables résultats; je ne doute pas, toutefois, que nous les obtenions par la patience. Les immolations humaines, qui sont dans les coutumes deces peuples, deviennent moins fréquentes. Si nous avions voulu moraliser par la force, nous n'aurionspas obtenu ce commencement de progrès, qui nous a dédommagés de lents et pacifiques efforts.
En un mot, à différentstitresetdans des contrées différentes, depuis l'indigène transformé en soldat et qui passe un an sous les armes, jusqu'à celui qui porte un ballot pendant sept jours, environ sept mille hommes sont employés annuellement par nous. Ils perdent à notre contact les vices de leur sauvagerie primitive, notre langue et notre influence se répandent dans leurs familles et dans leurs tribus, et ce groupe, qui représente une population d'environ cinq millions d'âmes se forme progressivement à l'école du travailet du devoir. Une influence ainsi basée doit être stable et féconde et je puis en donner une preuve.
« Il y a douze ans, le seul commerce du haut Ogôoué était la traite des esclaves; le chiffre total du commerce du Gabon atteignait à peine deux millions; aujourd'hui le commerce
licite a remplacé l'ancien trafic et le chiffre des transactions atteint environ quatorze millions de francs (1). »
Enfin, nos possessions qui jadis ne comprenaient qu'une Lande étroite et insignifiantede côte, entre le cap Saint-Jean et le cap Sainte-Catherine, sont actuellement plus que centuplées. Elles ont aujourd'hui pour limites : au nord, la rivière Gampo, à l'Est, l'Afriquecentrale, puisque laconventiondu 5février 1885 nous donne le bassin de la N'Kunja-Oubangui: au Sud, enfin, elles touchent le Congo, limite qui bornait au Nord les prétentions d'une nation amie. Cette limite, historique plutôt que réelle, nous avions tenu toujours à la respecter, nous en avons donnéle gage ;le Portugal voudra certainement à son tour laresr pecter aujourd'hui.
Il nous a fallu au Dr Ballay et à moi, dix ans pour atteindre les résultats que je viens d'exposer. Dans ces dix années nous avons dépensé deux millions deux cent cinquante mille francs.
Notre crédit moral auprès des indigènes et notre manière d'agir ont été pour nous l'équivalent des sommes considérables qu'à dû dépenser l'Association Africaine. Notre lenteur même a valu à notre autorité de s'établir dans ces contrées sans coûter de sang à l'Europe ni à l'Afrique et sans amener aucunfroissement ni aucun trouble dans la politique générale de la France.
Laissant maintenant le passé pour l'avenir, je me demande ce qui reste encore à taire.
Ces contrées de l'Ouest Africain qui constituent notre nouvelle colonie sont loin d'êtretoutes parfaitement étudiées, complètement organisées etne peuvent entrer en exploitation que le jour où les voies de communication auront relié à la mer l'immense rése au navigable dans l'intérieur. Il reste donc à pour-
1. Les colonies françaises, par M. Louis Vignon. Paris Guillaumin et O, 1880
suivre notre œuvre d'étude et d'organisation, et pour la continuer dans les meilleures conditions possibles il suffirait d'y employer une cinquantaine d'Européens et à peu près deux cents noirs, soit une dépense annuelle d'environ un million : c'est prêter à un avenir que je crois solvable, mais il serait de toute nécessité d'établir un sérieux programme d'ensemble. Il faudrait, tout d'abord, que des crédits successifs fussent, dès aujourd'hui, assurés d'année en année.
Sans un avenir ainsi garanti, un programme complet d'exploration et d'organisation ne saurait être exécuté, ni même préparé.
J'ajoute que ce programme doit absolument s'inspirer des vues et des procédés que nous avons employés, seule sauvegarde de la sécurité et du sage développement commercial du pays, seule garantie du maintien de nos moyens d'action et de l'économie dans nos budgets futurs.
L'avenir du bassin du Congo, considéré d'une façon tout à fait générale, dépend en partie des voies de communication à créer. Dans les obscurités actuelles de la question, je ne sais ni où, ni quand, ni comment ces voies seront établies. Mais je puis affirmer qu'elles le seront quelque jour. Plus ou moins tôt, plus on moins tard, cela dépendra encore plus des procédés que du reste. Par là, je m'éloigne peut-être de certaines opinions qui, trop légèrement émises, ne font pas assez la part du temps et des circonstances. Ces opinions diffèrent encore des ^miennes, en ce sens que je considère l'Ouest Africain et le bassin du Congo comme un pays dont l'avenir dépend du commerce et de la culture des indigènes, non de la colonisation par l'émigration.
Nous sommes là en face d'un problème économique et social fort ardu. Pour travailler à le résoudre la science n'aura pas trop de toutes ses notions.
Voilà une contrée neuve encore, où s'acclimateront indivi-
duellement quelques Européens, mais où l'Européen en général, surtout celui du Nord, se trouve dans un milieu défavorable à son tempérament. Cependant on convient que les richesses naturelles de ce pays merveilleusement arrosé sont considérables. Mais il faut les aller chercher au cœur du continent ; en former de grands courants et les diiiger vers la côte.
Il faut compter aussi que certaines cultures convenablement établies s'ajouteraient encore à ces richesses naturelles, sons une latitude qui, tout en étant plus à portée de l'Europe, est celle de Sumatra, de Bornéo et du Brésil.
Sans parler ici de l'ouverture des voies de communication, à laquelle il y aurait à pourvoir d'une manière spéciale; la récolte des produits du sol, rétablissement des cultures, représentent une main-d'œuvre considérable qu'on ne peut demander ni aux Arabes, ni aux Chinois, ni surtout aux ouvriers de race blanche.
Or cette main-d'œuvre, nous la trouvons sur place, dans dépopulations fort primitives, il est vrai, mais non point inintelligentes et qui sont assez maniables pour qui sait les man:er, ne pas les heurter, apporter dans les relations avec elles beaucoup de fermeté, une bienveillance sans faiblesse et une patience
sans limites.
En voulant leur imposer brusquement nos réglementations, nos manières de faire, de voir et de penser, nous arriverions infailliblement à une lutte où nous les conduirions à l'anéantissement. A part même la question d'humanité, la protection des indigènes me semble être, en ce cas. l'hygiène la plus sûre pour la poule aux œufs d'or.
Aussi bien que personne, je connais les difficultés de création d'une colonie sans en forcer le développement, sans vouloir qu'elle rentre dans un type déterminé. Que le haut commerce prenne garde de vouloir bien mettre trop vite en coupe réglée
une possession qu'à vrai dire nous connaissons encore insuffisamment et dont les indigènes ne sont pas encore initiés à ce
que nous voulons d'eux.
Ainsi donc notre action, jusqu'à nouvel ordre, doit tendre surtout à préparer la transformation des indigènes en agents de travail, de production et de consommation ; plus tard viendra l'Européen avec le simple rôle d'intermédiaire.
Je ne saurais assez le répéter ici : préparer un pays à la colonisation est œuvre de temps et de patience. Ce qu'il reste donc à faire, c'est d'étendre à nos possessions du haut ( longo l'action qui s'exerce actuellement sur les rives de l'Ogôoué, cette tâche ne saurait être ni l'œuvre d'un jour, ni celle d'organisateurs qui aurainttoutà apprendre, quels que soient leur intelligence et leur bon vouloir.
L'influence personnelle est grande maîtresse en ces questions. Aussi, à des influences changeantes et variées il faudra préférer l'action continue et persistante des mêmes hommes, qui conduit à tous les résultats chez des peuplades primitives. ( les peuplades aiment d'abord le drapeau pour celui qui le porte, et la plupart du temps personnifient en ceux qu'elles connaissent l'idée vague du pays lointain dont on leur parle. Voilà pourquoi il faudrait, autant que possible, les mêmes volontés à la même tâche, sur les mêmes lieux, les mêmes dévouements aux mêmes intérêts. Faute de similitude dans les procédés dont on use envers eux, les indigènes perdent rapidement confiance, et de la méfiance à la peur et à la méchanceté il n'y a qu'un pas.
Outre que la force est un mauvais moyen, il est impossible de l'employer actuellement dans les contrées de l'intérieur. La présence de nos canonnières du Gabon clans le Remboé et le Congo sont bien loin d'avoir civilisé ou pacifié dans le pays. Les rapides de l'Ogôoué sont, du reste, pour ces engins de guerre une barrière infranchissable
264 TÀOIS EXP LORATIONS
Ce qu'il faut redouter par-dessus tout, c'esl de renverser en un jour l'œuvre de dix années, car l'intervention de la forée dans une œuvre préparée par la patience et la douceur peut tout perdre d'un seul coup.
Il est juste aussi que je vous livre les noms de quelquesuns des collaborateurs demeurés derrière moi, et qui, faisant le sacrifice de leurs plus chers désirs, l'abandon de leur droit au retour, ont consenti à demeurer au poste que leur expérience est toujours prête à défendre. Ceux-là s'appellent :
Lieutenant Decaze, MM. de Kerraoul, Laneyrie, Chollet, Weistroffer, l'adjudant Pierron. MM. Ponel, Roche, Jégou, Manas (1), Devy, Pouplier, Kleindienst et d'autres, parmi lesquels M. Thollon, doyen de tous, qui compte quatre ans de séjour consécutif dans l'Ouest Africain où il a rendu de réels services (2).
J'ai pleine confiance en ces hommes qui ont fait leurs preuves, pleine confiance surtout en celui qui les dirige, M. Decaze. Mais je ne puis me défendre d'une certaine appréhension en songeant qu'une partie du personnel noir, qui est làbas à notre service, a droit à son rapatriement depuis plus de six mois, ce qui entraîne certains risques. Dès le mois de mai dernier j'ai informé qui de droit de cet état de choses: je ne saurais assumer désormais la responsabilité d'une situation qui a cessé de m'appartenir.
Tel est le résumé de nos dernières opérations dans la région de l'Ogôoué et du Congo. Ce sera l'honneur de ma vie que la France ait adopté notre œuvre. Et aucune compensation plus
1. M. Manas a installe à Lékéti une usine primitive où il fabrique l'eau-de-vie d'ananas, l'huile d'arachide et le savon, qui sont consommés par nos Européens sur le Congo.
2. Je ne nomme pas tons les derniers venus; je dois citer encore M. Coste, agent comptable.
grande ne pouvait être accordée aux quelques fatigues, aux quelques soucis qu'il m'en a coûtés pour obtenir ce résultat.
Les territoires assez vastes déjà que les traités passés par moi avec différents chefs avaient placés sous l'influence française, le Congrès de Berlin leur adonné plus d'ampleur encore. Il a inscrit sur la carte d'Afrique, à côté des possessions portugaises, deux États nouveaux : le Congo français, plus étendu que la France elle-même, et FÉtat indépendant du Congo. Par la vertu des protocoles, ces deux immenses contrées, peuplées d'enfants de la nature, sont comme entrées dans le concert des États civilisés. Je veux dire par là que suivant les circonstances et, bon gré mal gré, ils pèseront plus ou moins sur leurs métropoles.
L'État indépendant du Congo, voisin du Congo français, relève nominalement du Souverain d'un royaume avec lequel la France entretient les meilleures relations; ces relations seront certainement les mêmes sur les rives du Congo. Car je ne doute pas que les nobles vues auxquelles le nouvel État libre doit ses origines, continuent à présider de haut à son développement.