‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur les trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886. Texte publié et coordonnéChapitre 5 sur 89 · LE MARQUIS DE C 0 II P I E G X E · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE C 0 II P I E G X E

emprunter son cours, soit au Lualaba, soit à quelque branche détournée de ce grand fleuve.

Le voyage de MM. Compiègne et Marche n'avait pas été d'ailleurs sans fournir quelques résultats importants. En jetant un coup d'oeil sur la carte de l'Afrique équatoriâle publiée par le docteur Pétermann dans ses célèbres Mitheilungen en 1874, l'itinéraire de nos compatriotes, reproduit avec une parfaite bonne foi, du reste, par le géographe allemand, seprolongedans

^intérieur des terres bien au-delà de celui des voyageurs anglais ou allemands.

En même temps que la modeste expédition entreprise aux fraisd'un naturaliste français, M. Bouvier, trois expéditions avaienl été organisées: une par l'Angleterre, celle de M M. Grandy, et deux par l'Allemagne, celle de MM. Bastian et Gùssfelds. Bien que munie des plus larges ressources, elles échouèrent complètement pour des causes qu'il serait trop long d'énumérer ici. Pendanl ce temps nos compatriotes, dit Malte-Brun dans son Rapport annuels la Société géographique en 1875, « avaient planté le drapeau français au-delà des chiites de « Samba, s dans le pays des Iveia, où jamais blanc n'avait mis le pied. Ils s'étaient surtout conduits parmi ces tribus sauvages de manière à laisser des souvenirs d'humanité, de dignité et de bonne foi qui contribueront sans doute à bien faire recevoir le voyageur et surtout le voyageur français qui viendra derrière eux. »

L'amiral du Quilio, qui commandait la station de l'Atlantique sud, voulut se rendre compte par lui-même de l'importance de ce fleuve, et, accompagné de l'amiral Duperré, alors commandant la Vénus, et du docteur Gaigneron, il remonta jusqu'au confluent et là il conclut des traités avec Benoqué, chef des Inengas,et avec N'gombi, chef des Galois.

Dans la lettre que j'adressai au ministre, j'indiquais seulement les grandes lignes de mon projet. Je voulais d'abord être le seul blanc de l'expédition. Je compris vite que j'augmenterais de beaucoup les chances de réussite, si je pouvais m'adj oindre un autre blanc, deux tout au plus : blancs qui ayant déjà, comme moi, vécu sous un climat semblable, croiraient pouvoir résister aux fatigues de l'expédition. — C'est à la Pointe-Fétiche, où l'Okanda se jette dans l'Ogôoué, que devait réellement commencer l'expédition.

Dans ces pays malsains, parmi des peuples qui monopolisent la traite et qui doivent craindre de perdre Le monopole de nos marchandises si les blancs remontent le fleuve, la prudence bien raisonnée consiste à s'enfoncer résolument dans l'intérieur en remontant le plus rapidement possible le cours du fleuve et en n'ayant, avec les villages riverains, que les relations strictement nécessaires.

Ma lettre se terminait ainsi :

e Je connais, monsieur le ministre, 1rs dangers auxquels je m'expose. Et quoique ma santé pendant mon séjour sur la côte d'Afrique n'ait pas été altérée par les fatigues que, en prévision de cette expédition, je me suis imposées, je sais que la santé la plus robuste n'affronte pas impunément dans ces climats, des fatigues et des privations pareilles. Je sais aussi qu'il faut que je sois très heureux pour que le résultat que j'espère, vienne couronner mes efforts. Néanmoins, fermement décidé et avec un ardent désir de réussir, je l'entreprends et je n'aurai pas été inutile si l'Ogôoué a par moi sa première victime. Car un autre, plus heureux, reprendra la route que j'ai ouverte. »

Le rapport fait au ministre par le directeur du Dépôt des Cartes et plans de la marine à la suite de ma lettre concluait en faveur de mon projet, Je reçus l'ordre de fournir une esquisse plus étendue et mieux étudiée de l'expédition que je projetais. Cette note fut remise par moi à Paris le 14 décembre 181/ \.

J'exposai le plan général de mon voyage.

Il s'agissait d'abord de remonter le fleuve jusqu'à la Pointe Fétiche, au village de Lambaréné. Là se trouvait un vieux roi, Renoqué, qui, quoique aveugle, était le chef le plus influent du fleuve, et dont la puissance s'étendait jusqu'aux Okandas qui habitent la partie supérieure des rapides. Ces peuples ayant le plus grand intérêt à reprendre leurs relations commerciales avec le haut du fleuve accueilleraient certainement nia venue

tg TRO I S EXPLORATIONS

favorablement. Il est vrai que sur l'autre rive habitaient depuis peu les Ossyeba (tribu des Pahouins anthropophages) qui jouissent d'une forl mauvaise réputation.

Rien d'ailleurs, si ce n'est le goût de la chair humaine — et Les nègres en général apprécient fort peu la chair du blanc — ne prouvait que les Ossyeba nous seraient hostiles. Un voyageur arrivant chez eux accompagné de deux Pahouins du Congo pour interprètes serait vraisemblablement bien accueilli, s'il apportait avec lui quelques radeaux, et surtout s'il laissait entrevoir L'effet d'armes perfectionnées. Voudraient-ils même s'opposer à mon passage que leurs fusils à pierre, de peu de portée, chargés avec des fragments de métal, seraient impuissants à me créer de sérieux dangers.

Les Ossyebas une fois franchis je me trouverais chez les Aduma, peuplade amie des Okanda, qui, à partir de Lopé, fournissenties piroguiers. L'Ogôoué, dont les rapides cessent avant la rivière ïvindo, coule, autant qu'on peut le savoir, sans causer de nouvelles difficultés à la navigation.

Il était permis d'espérer que je pourrais, à l'aide du fleuve, m'avancer déjà forl loin dans l'intérieur. Dans les cas où les circonstances me rendraient possible, en quittant cette voie, de continuer à m'enfoncer par terre vers l'est, il va sans dire que mon intention était de poursuivre le voyage. Je me trouverais alors dans une contrée entièrement inconnue, dont les Anglais et les Allemands s'efforçaient à l'envi d'être les premiers explorateurs.

Il était à désirer que la France n'abandonnât pas à d'autres l'honneur "de cette exploration, dont le point de départ est une terre française. Et j'avais le plus ferme espoir de mener à bonne fin une pareille entreprise.

L'aviso ta vapeur le Marabout devait me conduire jusqu'à la Pointe-Fétiche. A partir de ce point, quatre grandes pirogues

DANS L'OUEST A FRIGA I X i:;

pouvant porter chacune vingt à vingt-quatre pagayeurs, m'étaient indispensables. Elles devaient être sans quilles el semblables à celles dont se servent les Galois et les Inengas pour remonter les rapides. Commepersonnel: douze laptots bien choisis, parmi lesquels des hommes parlant les langues de l'inté-

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