SON LANCEMENT
prait, incendiait loin le ciel, cependant que la lune se mon-
trait blafarde au travers de l'inextricable réseau des branches pendantes et des lianes agitées par le vent. A la nuit close, l'illumination devint générale
J'ai un petit accès de fièvre qui m'avertit de prendre demain une bonne dose de quinine : Quelle vilaine chose que la fièvre ! mais quand je l'ai, je pense alors au beau ciel d'Italie et en y pensant mon esprit se raffermit.
Tu me diras que je suis devenu un peu romantique ; mais que veux-tu? Je t'écris et cette idée me fait considérer lajournée que je passe avec toi comme je regarderais un paysage pour le dessiner et je t'assure que j'écris simplement les impressions comme je les ressens.
Le 23 juin, un homme de la station de Kenkuna est arrivé vers les trois heures de l'après-midi, me dire que quelques Apfourou voulaient parler au blanc; ils étaient huit hommes et trois femmes dans une pirogue, laquelle était chargée de manioc. Que faire? Avant tout, faire ses bagages pour partir le lendemain. Ce que me disait l'homme de la station de Kenkuna n'était pas chose sûre. Les Apfourou voulaient probablement recommencer ce qu'ils avaient fait à Mizon qui, lorsqu'il s'approchait d'eux, les mettait en fuite.
Jl est vrai que Mison les cherchait et que, au contraire, ils venaient, eux-mêmes, chercher le blanc. En tous cas, je me rappelai ce vers : Tirneo danaos, etc.
Le 24 juin, je pars avec quatre Batékés de la station d'Osika pour aller à celle de l'Alima ou même à Kenkuna nom du village près duquel cette station est établie, j'y arrivai au soleil couchant.
Le 25 au soir, arriva le Dr Ballay. Le 27 au matin, Firmin, que nous avionsexpédié avecUgulaau camp des Apfourou, était
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de retour disant mille belles choses de ces mêmes Apfourou qui attendaient pour parler au blanc.
Vers deux heures de l'après-midi, M Ballay, Firmin, moi et et Renkekisa, nous partîmes pour le camp des Apfourou où nous arrivâmes à nuit close. Nous avions traversé tous les villages Batékë, ce qui avait allongé le chemin. Nous avions de plus traversé dans une petite pirogue le fleuve Gambo et passé à gué deux ruisseaux, l'eau nous venant jusqu'à la ceinture. J'ai oublié de te dire que le fils de Kenkuna était avec nous.
Ne pouvant perdre du temps à t'écrire sous une nouvelle Jorme ce que j'ai déjà relaté dans mon journal, je t'en envoie une partie, tout en omettant la description des instruments et du manioc des Apfourou dont je t'ai déjà parlé.
Il était déjà nuit noire quand, grimpés sur une colline au coin d'un bois qui borde l'Alima, nous vîmes briller un feu, c'était le camp Apfourou; j'envoyai en avant le fils de Kenkuna pour annoncer l'arrivée des blancs; quelques minutes après nous nous trouvions assis sur une espèce de petit banc plat près du feu et entourés par les Apfourou qui, étonnés, nous regardaient de la pointe du chapeau à la pointe des pieds.
Après avoir serré la main au chef et frappé une main contre l'autre, les interrogations commencèrent. Ugula, qui parle forbien le Batéké et le Pongué, servait d'interprète et, grâce à lui, nous pûmes compléter divers renseignements qu'on avait réussi à recueillir. La journée passée avec les Apfourou, nous servit d'autant mieux qu'ils connaissaient Makoko et Kunkuna où j'étais déjà allé avec Pierre.
Ils préféraient d'ailleurs pouvoir rejoindre cette fois Makoko en pirogue au lieu de faire le chemin par terre.
La première impression que me causèrent les Apfourou à la lueur du feu au milieu duquel bouillait la marmite caractéristique fut que c'étaient des hommes braves, grands, robustes,
ayant de forts bras, le visage étonné mais loyal. Quelle différence avec ces squelettes de Batéké !
La contemplation intense dont nous étions l'objet se manifestait à chaque moment par quelque exclamation répétée à son tour par chaque bouche. — Le feu, qui brûlait sans flamme, était à chaque instant attisé avec des brindilles que les Apfourou s'empressaient de mettre sucessivement pour pouvoir s'éclairer et observer à leur aise. Ce fut un interminable examen des pieds et des chaussures; ces dernières, ils les voulaient examiner scrupuleusement et les passaientde main en main au milieu de l'admiration générale. Qui aurait dit à mon cordonnier d'Udine que ses chaussures auraient fait la stupeur des Apfourou! Pour moi, c'était un vrai rêve de voir ces visages noirs illuminés par la ilamme et dont les seuls traits éclairés se découpaient sur le bois obscur : au-dessus de notre tète un beau ciel tout constellé sans lune et à travers les arbres 1rs eaux de l'Alima. Je pensais à tant de choses, je me rappelais Pierre quand, pour la première fois, il se trouva sur ce fleuve inconnu arrêté par de nombreuses pirogues pleines de noirs armés de fusils, c'était alors le 3 juillet 1877.
L'endroit où nous étions étaitprobablement celui où pour la première fois Pierre avait vu et découvert l'Alima ; c'était probablement le même jour avec une différence de cinq années
Je ne te parlerai pas du repas fait de manioc, de poisson fumé et de noix de palme rôties ; je ne te dirai pas notre nuit passée tout entière à la discrétion des moustiques qui nous empêchèrent de fermer l'œil et qui nous firent vivement désirer de voir apparaître le jour.
Il serait trop long de teparlerdes innombrables paniers dans lesquels ils mettent le manioc; ils l'échangent avec les Batékés contre du poisson fumé, le manioc est alors en racine, ils le préparent ensuite.
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La conclusion du discours avec le chef fut que, la premièrefois qu'il était venu un blanc, il avait fait la guerre mais que maintenant tout était fini et qu'alors ils voulaient être grands amis des blancs.
Celui-ci voulait que le blanc vînt chez lui pour pouvoir faire avec lui un grand commerce d'ivoire. Son frère qui avait fait la guerre était mort, et, lui, il voulait s'accorder avec les blancs.
Ce chef s'appelle Dombi, il avait la chair de la jambe traversée par une balle dont nous nous sommes bien gardés de lui demander la provenance.
De notre côté, nous lui dîmes que d'autres blancs viendraient volontiers avec de nombreuses marchandises, que nous voulions descendre chez Makoko et que nous les apporterions dans leurs pirogues.
Il fut alors décidé que M. Ballay porterait les marchandises déjà arrivées à Séné, sur les bords du Diélé, et que, lorsque tout serait prêt, je lui enverrais un de nos enfants (c'est ainsi que nous appelions nos hommes) pour le prévenir. Il se mettrait alors en route avec une très grande pirogue à cent rameurs où seraient réunies toutes les marchandises. Le paiement fut fixé ainsi : un fusil à capsule pour Dombi, et trois pagnes d'étoiïe par chaque homme. Un pagne mesure un peu plus de trois mètres.
Le palabre ainsi terminé, nous retournâmes à notre campement après avoir fait notre distribution de cadeaux: un gros grelot, un pagne, du sel, des perles, de la poudre, quelques petits grelots et des kauris (petits coquillages), ils en parurent d'ailleurs fort satisfaits; ce dont ils sont le plus avide c'est l'étoffe rouge.
L'Alima, parait-il, se descend en huit jours jusqu'au point le plus voisin de Makoko; ce point serait indiqué sur la carte sous le nom de Nganchino et je crois„qu'il doit s'écrire Gancin.