‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur les trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886. Texte publié et coordonnéChapitre 69 sur 89 · NOMINATION DU SERGENT MALAMINE · texte numérisé non relu

NOMINATION DU SERGENT MALAMINE

i" Nomination du sergent Malamine

Le sergent Malamine est nomme provisoirement chef de la station française de Ncouna ; il gardera ce poste jusqu'au jour on il sera remplacé par le chef définitif.

Gomme chef de la station française de Ncouna, le sergent Malamine doit, dans la mesure de ses moyens, protection, aide et assistance aux voyageurs européens qui viendraient dans la contrée, quelle que soit leur nationalité.

Le sergent Malamine fixera sa résidence soit à Okila, soit au village d'Otiulu ou à n'importe quelle autre place voisine, sans toutefois sortir des États de Makoko.

L'enseigne de vaisseau, Commandant provisoire des Stations Françaises un Haut-Ogôoué et du Congo intérieur.

Signé : P. Savorgnan de Brazza.

Okila, le :! octobre 1880.

LETTRE DU R. P. AUGOUARD

Banana (Embouchure du Coïk/o)

Le iJ août 1881

Mardi 2 août. — Nous n'avons eu aujourd'hui rien de particulier, sinon que du haut d'une colline nous avons aperçu les dernières catacartes, au-delà desquelles' s'élargissait, comme une mer, l'étang de Stanley. Gela donna du courage à mes hommes; aussi, le lendemain nous finies une marche rapide au milieu d'une immense plaine où nous relevions continuellement des traces d'éléphants et d'hippopotames.

A onze heures nous arrivâmes à la rivière Djué (nommée Gordon Bennet par Stanley). Mais nous fûmes arrêtés par le mauvais vouloir et les exigences du canotier qui ne consentit pas à nous passer à moins de quarante brasses d'étoffe. A peine

avais-je passé la rivière que je vis arriver M. Stanley, venant à ma rencontre. Notre entrevue lut des plus courtoises. Je remis à l'illustre explorateur le pli dont je m'étais chargé pour lui et nous causâmes pendant plus de deux heures. Il meraconta qu'il était arrivé cinq jours avant moi. Il avait été fort mal reçu par les indigènes, qui avaient construit une immense barricade derrière laquelle ils s'étaient retranchés, armés de leurs fusils et de leurs zagayes.

Évidemment M. Stanley, avec ses blancs et ses soixante-dix Zanzibars armés de fusils à quatorze coups, pouvait balayer toute la place en moins de dix minutes. Mais il ne voulait point avoir recours à la violence, et le hardi voyageur se laissa conduire dans une espèce de marécage d'où les indigènes lui défendirent de sortir.

C'est dur pour un homme qui avait ouvert lui-même le chemin et qui trois années auparavant avait laissé le pays ami et parfaitement tranquille. Toutefois je le félicitai de la conduite pacifique qu'il tenaitpour ne point compromettre l'avenir. M. Stanley meconseilla décamper à l'endroit où je me trouvais, car si j'allais directement au village il craignait que je ne fusse reçu à coups de fusil. Je suivis son conseil et j'envoyai prévenir le roi de l'arrivée d'un Français, les seuls nationaux qu'il soufrait depuis le passage de M. de Brazza.

Jeudi 4. — Le lendemain, sur l'invitation du roi, je me rendis à son village et je voulus aller m'établir sur les bords du fleuve. Mais les sauvages Batékés, qui nous regardaient avec un air moins que rassurant, s'y opposèrent.

Je voulus m'établir alors dans un village voisin, niais les habitants déclarèrent formellement qu'ils ne permettraient jamais à un blanc de dormir sur leur terre. Cela me paraissait d'autant plus extraordinaire que je voyais le pavillon français flotter au-dessus de tous les villages. Enfin le roi lui-même

vint nie chercher et fit établir mon camp près do sa tente mais non sans me réclamer le paiement.

Quelques heures après mon arrivée an village d'Omfoa, je vis apparaître le sergent Malainine, laissé par M. de Brazza à la garde du pavillon français à Stanley-Pool. Il me montra le traité d'annexion l'ait par M. de Brazza et dont je vous envoie la copie.

Le soir, j'allai rendre visite au roi avec le sergent etFon m'offrit un siège, le plus riche que j'aie jamais eu de ma vie.

C'était vingt-cinq grandes défenses d'ivoire sur lesquelles on étendit une natte. Le roi me dit que les indigènes voyaient d'un mauvais œil les blancs venir dans leur pays et ne permettraient absolument à personne de faire une case avant l'arrivée de M. de Brazza, qu'ils attendent depuis plus de six mois.

Vendredi 5. — Le lendemain j'allai au camp de M. Stanley pour lui rendre la visite qu'il m'avait faite. Il était établi dans un horrible bas-fond resserré entre le ileuve et une forêt épaisse et ayant à peine vingt mètres carrés.

C'est là ([ne l'ont relégué les noirs, à deux kilomètres du village, complètement bloqué avec défense expresse de lui vendre aucune nourriture. Nous causâmes pendant plus de quatre heures et lesofficiers belgesme dirent que jamais ils ne l'avaient vu aussi expansif et aussi causeur.

Il voulut absolument me retenir à dîner et en mon honneur il invita à sa table MM. Braconnier, Valke et France, ce qu'il ne fait que très rarement.

Avec la plus grande amabilité il me donna la latitude et la longitude de Stanley-Pool et de Manienka, observations qu'il venait défaire avec la plusgrande précision, il me dit lui-même que sur sa première carte il a commis une erreur de soixantedeux milles et demi, et que cela est dû à ce qu'il n'a fait que des observations rapides et approximatives, ayant perdu son cbro-

nomètre qui aurait été cassé dans le dernier combat soutenu dans le haut du fleuve.

En rentrant à mon camp, je vis une foule de Batékés armés, qui entouraient mes hommes et qui leur montraient des dispositions hostiles en leur demandant ce qu'ils venaient faire ici et en leur disant qu'ils n'avaient qu'à partir, car les indigènes n'avaient pas besoin d'eux. J'allai me plaindre au roi de la conduite de ses sujets, mais il me répondit que ce n'était point lui qui avait parlé et que je pouvais encore rester trois ou quatre jours (c'est à dire que, si je n'étais pas parti à cette date, luimême me ferait la guerre).

Samedi G. — Le lendemain je retournai au camp de Stanley qui m'avait prié de venir le voir. Gomme la veille il fut d'une courtoisie et d'une amabilité très grandes et pendant près de trois heures je pus jouir du charme de sa conversation pétillante d'esprit et de finesse. Pendant notre entretien douze Zanzibars, qui étaient allés au loin pour chercher des vivres, revinrent avec de sinistres nouvelles. Ils avaient appris que, pendant la nuit, les trois chefs influents de Stanley-Pool avaient décrété la mort de tous ceux qui vendraient des vivres à Stanley et que, si dans quatre jours les blancs n'étaient pas partis, ils seraient massacrés. Je lui dis que je ne croyais guère à ces rumeurs, mais il me répondit qu'il en était d'autant plus certain, qu'il avait reçu confirmation de cette nouvelle par des espions particuliers qui avaient assisté à ce conseil de mort.

Je retournai à mon camp et j'allai immédiatement chez le roi qui m'assura que, moi Français, je n'avais absolument rien à craindre, mais que je ne pouvais pas faire de case immédiatement.

Voyant qu'il n'y avait rien à faire devant cet entêtement, je lui annonçai que j'allais partir, et je lui fis présent d'un manteau rouge brodé d'or et d'argent. Sa joie ne connut plus de

bornes et il proclama bien haut que j'étais son meilleur ami. Je lui expliquai le but de ma mission et il me répondit que, lorsque je reviendrais je pourrais, m'établir pourvu que je lui apporte deux ânes et un grand chien noir, parce que Stanley avait fait ce cadeau à un autre chef et qu'il en était jaloux.

Dimanche 7. — Enfin le lendemain, avec les plus vives protestations d'amitié nous nous séparâmes les meilleurs amis du monde. J'allai seulement camper sur la rivière Djué, car je n'avais pas l'habitude de marcher le dimanche, et je me tins prêt à marcher le lendemain. M. Stanley, avec une courtoisie qui me toucha, fit une longue route avec ses officiers pour venir me faire ses adieux. Sur mon chemin et en partant il mit à ma disposition son vapeur pour descendre de Manianga à Manghila.

Lundi 8. — Le voyage de retour s'effectua rapidement, car nous n'étions pas arrêtés par l'inconnu et la mauvaise volonté desguides. Aussi parcourûmes-nous en cinq jours la distance qui sépare Stanley-Pool delà station Est de Stanley, en face de Manianga.

Après avoir attendu six jours l'arrivée de M. Valke, que M. Stanley envoyait pour faire le voyage avec moi, nous partîmes de la station belge le vendredi 19, à huit heures du matin, avec le vapeur « Royal ».

Le lendemain (20), vers le milieu du jour, nous arrivâmes à Manghila.

Le lendemain(21)nous nous mimes en marche pour regagner Vivi que nous atteignîmes en deux jours etdemi, après avoir fait douze à quatorze lieues dans les montagnes.

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