CHAPITRE IV
Encore les Apfourou. — « Cartouche ou pavillon. )i — Le Batékô Ossiah. — Dans les États de Makoko. — Audience solennelle. — Cordialité de l'accueil. — Dynastie de Makoko. — Bonté des noirs. — Échange de la terre et de drapeau. — Le pavillon français symbole d'amitié et du protection.
On se le rappelle, mon but était de faire la paix avec les Oubandji, connus à mon premier voyage sous le nom d'Apfourou. Ces Oubandji naissent, vivent et meurent avec leurs familles dans les belles pirogues sur lesquelles ils font seuls les transports d'ivoire et de marchandises entre le haut Alima et Stanley-Pool. C'est avec leurs chefS;, maîtres de la navigation du fleuve, qu'il fallait traiter.
Le chef des N'gampos nous montra de bienveillantes dispositions et se chargea de transmettre aux chefs Oubandji mes propositions.» Choisissez, leur faisais-je dire, entre la cartouche et le pavillon que je vous envoie. L'une sera le signe d'une guerre sans merci, l'autre le symbole d'une paix aussi profitable à vos intérêts qu'aux nôtres. »
Il me sera permis de dire ici quelques mots d'un homme précieux qui m'a accompagné dans tous mes voyages. Le Batéké Ossiah parlant presque tous les idiomes de l'Ogôoué et du Congo inférieur était plus qu'un simple interprète; c'était aussi un précieux conseiller. Absolument dévoué à ma personne et à nos projets dont il comprenait l'avantage pour son
pays, il a été la cheville ouvrière de mon entreprise, et c'est à lui qu'est dû en grande partie mon succès.
Donnant aux esprits un peu surexcités sur le Congo le temps de se calmer, je me rendis alors chez Makoko.
Dans cette partie du pays, les plateaux sont fertiles, mieux cultivés qu'à l'intérieur; la population, plus dense, est également pacifi(|U('. Sous re rapport, je dirai une fois pour toutes que l'éliMuent musulman n'ayant pas pénétré dans cette partie de l'Afri([u<', la civilisatiou rurnpéenue ])euty reuroutrer une défiance bien naturelle pour tout ce qui est nouveau, mais non cette hostilité, cette haine, ce fanatisme qui nous oblige, par exemple, à n'avancer qu'avec des troupes armées du Sénégal au Niger. Là-bas, il faudrait une colonne expéditionnaire pour assurer le transport d'une tonne de marchandises. Ici le grand chef blanc peut maintenant exprimer un désir : des milliers d'indigènes sont prêts à marcher. Si nous n'avons obtenu ce résultat que petit à petit, c'est que le grand nombre des tribus et des chefs rendaient la tâche plus longue.
En arrivaut au Palais des Tuileries de Makoko, composé d'un certain nombre de grandes cases qu'une palissade défend contrela curiosité dupul)lic, nous fûmes prévenus que le roi désirait nous recevoir immédiatement.
Nous procédâmes à un astiquage général et revêtîmes nos meilleurs etTets, nous ne faisions, ma foi, pas trop mauvaise figure.
En ce qui me concerne, j'avais tiré de sa caisse ma grande tenue d'enseigne de vaisseau, un peu fripée, mais dont les dorures faisaient pourtant assez bon clïet. Tandis qu'Ossiah allait frapper sur les doubles cloches du palais pour prévenir la cour de rachêvement de nos préparatifs; je fis faire la liaie à mes hommes qui, suivant l'usage du pays, portaient les armes, le canon incliné vers la terre.