DANS L'OUEST A F II I G A I N 1Ô
Aussitôt la porte s'ouvrit. De uombreux serviteurs étendirent devant mes ballots de riches tapis et la peau de lion, attribut de la royauté. On apporta aussi un l^eau plat en cuivre de fabrication portugaise et datant de deux ou trois siècles, sur lequel Makoko devait poser les pieds. Un grand dais de couleur rouge ayant été déposé autour de ce trône, le roi s'avança précédé de son grand féticheur, entouré de ses femmes et de ses principaux officiers.
Makoko s'étendit sur sa peau de lion, accoudé sur des coussins : ses femmes et ses enfants s'accroupirent à ses côtés. Alors le grand féticheur s'avança gravement vers le roi et se précipita à ses genoux en plaçant ses mains dans les siennes. Puis se relevant il en fit autant avec moi, assis sur mes ballots en face de Makoko. Le mouvement de génuflexion ayant été imité successivement par les assistants, les présentations étaient accomplies. Elles furent suivies d'un court entretien dont voici à peu près le résumé :
« Makoko est heureux de recevoir le fils du grand clief blanc de l'occident, dont les actes sont ceux d'un liomme sage. Il le reçoit en conséquence et il veut que lorsqu'il quittera ses États il puisse dire à ceux qui l'ont envoyé ({ue Makoko sait bien recevoir les blancs qui viennent chez lui, non en guerriers mais en hommes de paix. »
La dynastie du roi de Makoko est fort ancienne. Son nom était connu à la côte au xv' siècle. Bartholomé Diaz et Cada Mosto le citent comme un des plus grands potentats de l'Afrique équatoriale de l'Ouest.
Bien que les cartes du xvr siècle ({ui mentionnent le royaume de Makoko, lui assignent une position géographique passablement exacte, Halez l'avait traversé, sans avoir connaissance de cette dynastie qui l'intriguait vivement.
Quoique diminué par suite des investitures octroyées aux
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membres de la famille royale et par d'autres causes dynastiques la puissance de Makoko est encore assez grande.
Son influence, d'un caractère religieux, s'étend jusqu'à l'embouchure de l'Alima et même au-delà.
LE KOI MAKOKO
Si en face du pays où Stanley livra son dernier combat je suis parvenu à conclure la paix avec les tribus les plus occidentales, qui sont les navigateurs par excellence du Congo, c'est à l'influence de Makoko que je le dois. En effet, c'est par son intermédiaire qu'en signe de paix et de protection le pavillon fran-
çais a été arboré par ces tribus dont nous avions besoin pour assurer par l'Ogôoué et l'Alima, nos communications avec le Congo qui est appelé à cet endroit Mali Makoko.
Makoko tenait beaucoup à ce qu'on établit près de sa résidence de Nduo le nouveau village des blancs. Ce n'est pas sans regret qu'il accéda à ma demande de le fixer plus loin, à N'couna, même après que je lui eus expliqué la raison de mon choix qui était d'ouvrir sur ce point une route plus facile aux blancs français (Fallas). « Ntamo m'appartient, dit-il, je te donne d'avance la partie que tu désigneras. Ngahimi donnera ma parole aux chefs qui tiennent la terre en mon nom et qui dépendent désormais de toi. »
C'est pour répondre à sa demande que j'ai ensuite laissé sur ce terrain concédé, le sergent Malamine et deux hommes, à l'entretien desquels il s'offrit de pourvoir jusqu'à mon retour, tant il savait que j'étais dénué de ressources.
Je suis resté vingt-cinq jours sous le toit de Makoko, j'ai séjourné deux mois dans ses Etats,
Il n'aurait pas mieux traité ses enfants que nous l'avons été par lui. Tous les matins, pendant notre séjour chez lui, sa femme m'apportait elle-même des provisions. Tout le monde voulait nous faire des cadeaux que la modicité de nos ressources nous obligeait à rendre beaucoup moins en espèces qu'en amabilité. Chaque jour j'eus des entretiens familiers avec Makoko, dont la curiosité était insatiable.
Ne connaissant les blancs que par la traite des noirs et l'écho des coups de fusil tirés sur le Congo, il était resté longtemps incrédule aux récits que ses sujets lui faisaient de notre conduite. « Sans redouter la guerre plus que les blancs, nous préférons la paix. J'ai interrogé l'âme d'un grand sage, mon quatrième ancêtre, et, convaincu que nous n'aurions pas à lutter contre deux partis, j'ai résolu d'assurer complète-
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ment la paix eu devenant l'ami de celui qui m'inspirait confiance. »
Accueillis comme ils méritaient de l'être, ces sentiments de bon vouluii- et d'nmitié nous conduisirent à la conclusion d'un traité aux termes duquel le roi plaçait ses États sous la protection de la France et nous accordait une concession de territoire à notre choix sur les rives du Congo.