ASPECT GÉNÉRAL DE FRANCEVILLE EN
clavage serait cependant résolue dans ce riche bassin ; riche, en effet par le sol d'une fertilité exubérante où l'on dédaigne la noix de palme, l'arachide, les essences les plus précieuses, bois rouge, ébène..., où le commerce de l'ivoire et du caoutchouc rapporte près de mille pour cent. Toute la contrée n'est qu'une forêt de caoutchouc.
Je ne surprendrai malheureusementpersonne en disant par qui commencent à être exploitées les richesses que nous avons révélées. Mon patriotis me s'inquiète de l'absence de factoreries françaises. Car les colonies et même les possessions ne sont
que des causes d'épuisement pour une nation lorsqu'elle ne peut y envoyer que des soldats.
Ne soyons point les gendarmes de la colonisation moderne, ce serait un métier de dupe. Il faut être humanitaire soit, mais avant tout patriote.
Aux chutes de l'Ogôoué, la pirogue chavira, nous dûmes travailler longtemps dans l'eau pour sauver ce chargement, et je gaguaià cet exercice une dyssenterie qui m'a rendu plus maigre encore. Pardessus le marché, je m'étais blessé assez sérieusement le pied gauche sur une roche. Un charlatan de l'endroit appliqua sur la plaie un diable d'onguent qui me fit enfler le pied gros comme la jambe. Privé de médicaments et de ma trousse que j'avais laissée aux officiers de la mission Stanley je pris mon couteau et taillai dans le morceau jusqu'à un centimètre de profondeur, supprimant tout ce qui n'avait pas une jolie couleur de chair fraîche. J'en fus quitte pour deux mois d'inaction, et en arrivant à Franceville, en février 1881, je fus le premier voyageur à qui notre station hospitalière ait rendu service.
Noguez n'avait pas perdu son temps. Je trouvai là réunis une centaine d'indigènes : hommes, femmes, enfants déjà habitués au travail. Il ne restait plus qu'à achever ce qu'ils avaient si bien commencé. On fit de nouveaux magasins, de nouvelles caves et on prépara de jolies chambres. Nos légumes, nos plantations de goyaviers, d'orangers, de café... notre bétail : cabris, moutons, porcs, etc., tout était soigué et prospérait. Déjà la station vivait uniquement sur ses revenus. J'allais oublier notre âne et notre ânesse, belles et bonnes bêtes qui en voyageant n'avaient rien perdu de leur entêtement. Mais c'était bon là-bas de les entendre braire et encore meilleur de parcourir, monté sur leur dos, notre charmant domaine, tout comme si nous eussions été à Montmorency.
Nos relations étaient établies sur un excellent pied avec tous nos voisins. Il ne s'agissait pas de se perdre dans les délices de Franceville, prête à recevoir ses nouveaux hôtes qui arriveraient sans doute avec le matériel nécessaire à la navigation de l'Alima.
Or, cent vingt kilomètres de route nous séparaient du confluent de rObia et de la Sékéba, tributaire de l'Alima, point choisi pour le lancement di; vapeur. Mais cette route il fallait l'ouvrir et la construire de façon qu'elle supportât la charge de poids énormes; installer un magasin de montage sur l'Alima et enfin organiser le service des transports entre l'Alima et rOgôoué.
La première partie n'exigeait que des jambes et des bras. En effet, après avoir de nouveau exploré le pays afin de choisir le meilleur tracé je me procurai assez facilement quatre cents travailleurs.
Les escouades de défricheurs et de terrassiers furent organisées ayant à leur tête les Gabonais, devenus conducteurs de ponts et chaussées, dirigés par mes ingénieurs Michaud, Amiel et Guiral. Bientôt la large et longue trouée ouverte à travers la forêt fut transformée en une route praticable.
La seconde partie de notre plan était moins pénible mais plus difficile à exécuter. Toutes les tribus dont l'amitié nous était acquise n'étaient pas également intéressées à nos projets.
Il était donc nécessaire d'organiser ici comme sur l'Ogôoué un service général confié à un seul et même personnel. Il importait de l'établir avant que les modifications d'intérêt résultant d'un premier transport eussent frappé l'esprit des diverses tribus.
Voici comment après un premier essai infructueux je réussis à vaincre les hésitations des porteurs de l'Alima qui n'étaient jamais venus à Franceville. M. Michaud, que j'avais envoyé
ravitailler notre station du Congo, s'étant blessé à la chasse et ne pouvant faire ce voyage, je jiartis à sa place. J'emmenai quelques hommes de plus que j'employai à faire construire des ponts et nous continuâmes lentement notre route. Arrivé chez les Aboma, j'expédiai le ravitaillementà Malamine et je revin s aux sources de l'Alima. La nouvelle de la construction des ponts rapides, répandue et amplifiée, avait produit son effet.
Craignant que le commerce ne prit la route de terre de Franceville à N'tamo, les tribus riveraines de l'Alima réclamaient mon concours maintenant. Un grand palabre fut tenu auquel assistaient tous les chefs venus de cinquante kilomètres à la ronde. J'obtins tout ce que je désiraispour l'installation denotre poste de l'Alima et le service de transport entre cette rivière et rOgôoué.
Ceci se passait en septembre 1881. Trop malade alors pour me rendre à Francevillej'y envoyai un de mes hommes prendre des médicaments et prévenir que tout était prêt pour l'exploitation de l'Alima. Je m'imaginais que les compagnons attendus depuis deux ans devaient être arrivés ! Je me trompais.
Seul un de mes camarades, M. Mizon enseigne de vaisseau, désigné pour prendre la direction de Franceville était arrivé à la station le 27 du même mois. J'appris par sa réponse que le docteur Ballay était involontairement retenu au Gabon. De longues réparations exigées par un matériel défectueux reculaient indélininient notre exploration : peut-être même M. Ballay allait-il retourner en Europe.
Vers le 10 octobre je pus aller à Franceville. Il ne me restait qu'à remettre entre les mains de mon successeur une œuvre dont il fallait maintenant tirer parti.