‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur ses trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886Chapitre 26 sur 71 · LA STATION DE FRANCEVILLE · texte numérisé non relu

LA STATION DE FRANCEVILLE

Je partis de la station de l'Ogôoué avec vingt-quatre porteurs chargés de marchandises et mes douze hommes ; aucun d'eux ne me fut nécessaire et, cela, dans un pays que nous traversions pour la première fois.

Parla suite, il sera très facile de trouver chez les peuples qui habitent des deux côtés de la route, des porteurs comme dans l'Ogôoué nous avons trouvé des bateliers.

Ces peuplades sont assez nombreuses et pacifiques, et les

chemins pour arriver chez eux n'offrent aucune difficulté naturelle et s'il n'y avait pas quelques obstacles dans mes trois premières étapes, on pourrait parcourir le pays en voiture sans aucune peine ; de plus, le climat y est très sain.

Plus haut, sur les coteaux hauts de 800 mètres, prospère la culture du bananier et du froment.

Actuellement, avec les seuls habitants du pays, on peut faire d\ine station à l'autre des trafics d'une certaine importance. La

VÉRANDAH DE I.A SALLE A MAXGER A FRANGEVILLE

réunion des deux stations assurera le transport des marchandises destinées à payer les travaux que l'on fera faire par les indigènes chez eux-mêmes, travaux consistant en constructions de route et autres choses semblables.

Chemin de la stat ion de Franceville a la station du Congo.

Tu sais que le point où nous sommes arrivés dans notre première expédition près de l'Alima et où nous avons commencé notre descente, se trouve à quarante-cinq milles de la station de l'Ooôoué.

Voilà le chemin à faire, la route à tracer pour assurer le passage entre l'Altlantique et le Congo intérieur.

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La route choisie mesure donc, comme je l'ai dit, 45 milles.

Le pays ne présente pas d'obstacle important et il sera possible sans grande peine, de parcourir cette distance avec des voitures chargées de 4 ou 500 kilos. Je puis dire que je connais fort bien cette route, l'ayant parcourue plus de cinq fois.

Le pays n'est pas boisé; la végétation est faible et l'herbe rare. Les collines sont à pente douce et une voiture peut passer partout.

Travaux à exécuter.

Les travaux à exécuter sont les suivants : l'ouverture d'une route de 5 à 6 kilomètres à travers une forêt voisine de la station; une route de 5 à 600 mètres un petit peu plus loin, un pont sur le fleuve Kom large de 25 mètres et profond de 2 mètres. Reste encore cinq ou six points difficiles à traverser, à cause de la pente très forte à ces endroits ; heureusement ces points difficiles sont de faible étendue et ne dépassent pas 500 mètres. Actuellement dans les villages qui se rencontrent sur notre parcours, on peut trouver deux cents porteurs qui se relayeront à chaque étape, mais il faut compter que très peu pourront faire le parcours. Dans ce cas, on peut faire un choix de six ou sept cents hommes (Batékés) comme porteurs ou bateliers.

De la sorte, on peut compter faire transporter sans grandes difficultés, de la station du Passa (Ogôoué, Franceville) à l'Alima (ce qui ne veut pas dire le Congo intérieur) des vapeurs chaloupes dont les parties pourraient sedémonter, chaque pièce pouvant peser de 150 cà 200 kilos. Quant aux marchandises portées à dos d'homme, en supposant que chaque porteur pût supporter une charge de 25 kilos, cent hommes pourront porter à chaque voyage, 2500 kilos. Tu vois qu'à l'heure qu'il est, tous

ces moyens de transport dépassent tout ce qu'on aurait pu espérer.

Par la suite, on pourra même organiser des transports à dos d'àne et même en leur donnant qu&lques marchandises, on pourra faire faire par les indigènes les travaux nécessaires à rendre praticables aux voitures les cinq ou six points qui empêchent leur circulation.

Au lieu de se servir du transport à dos d'homme, on pourra alors employer le charroi.

Avantages humanitaires déjà acquis par rcxpédition.

Si, avec l'établissement de ces deux stations, l'organisation de ces transports, la paix conclue avec les Apfourou — Ubanko Oubangi, avec lesquels, de même qne Stanley, j'ai dû me battre, mon voyage rendit quelques services utiles à la science, et fit quelque honneur au voyageur, je n'ose m'attribuer en tout ceci qu'un seul mérite, celui d'avoir su profiter de l'occasion, du prestige que j'avais dans le pays, et des ressources de la localité, pour le reste, je n'ai fait que récolter ce que j'avais semé dans notre première longue expédition où j'eus besoin de tant de patience et où j'éprouvai tant de peine. La satisfaction la plus chère que je recueille maintenant des soulïrances de ma première expédition, estla joie d'avoir radicalement;, sans violences, sans hostilités, aboli de fait la traite des esclaves sur l'Ogôoué.

La station de l'Ogùoué est devenue le refuge des esclaves qui cherchent la liberté dans les limites de leur territoire et toutes les peuplades de l'Ogôoué reconnaissent ce droit d'asile et la liberté de chaque esclave qui s'est mis sous ma protection. Actuellement, j'ai une escorte de cent quatre personnes, hommes femmes et enfants, tous esclaves fugitifs de Galoa. Ils sont venus chercher leur liberté à la station de l'Ogôoné, ne pouvant être en sûreté dans les établissements de la côte.

Entreprise de Stanley.

L'entreprise dont j'ai jeté ici les premières bases n'est pas la senle qui soit en cours d'exécution, celle de Stanley a pour objet le Congo intérieur et comme seule différence la route prise. Stanley attaque les obstacles de front. Voici ce qu'il s'est dit : « Vivi, point extrême où les vapeurs remontent le bas Congo, se trouve à 450 kilomètres de N'tamo ; transportons avec la peine nécessaire quelques chaloupes à vapeur à travers ces 450 kilomètres et alors nous nous trouverons sur le Congo intérieur navigable et l'Afrique équatoriale s'ouvrira devant nous. »

Et ainsi Stanley a commencé à s'aventurer dans une route dans laquelle la nature semble s'être complue à accumuler les difficultés; c'est un travail de Titan qu'il a entrepris à coups de millions. Pas avant deux ans selon moi, il ne pourra transporter ses chaloupes à vapeur à N'tamo; et la route qu'il aura ainsi tracée ne sera jamais un chemin commode à suivre. Chacun de ses pesants chariots traîné par deux cents hommes et avec l'aide de la grue, pourra surmonter les épouvantables accidents de terrain semés sur le chemin en question mais aucune autre voiture destinée aux transports réguliers ne pourra suivre la même route. Tant il est vrai que les approvisionnements sont transportés à dos d'hommes, de mulets et d'ânes ({ui, en de certains endroits, ne peuvent même pas suivre le chemin carossable.

A l'époque démon passage, ces chaloupes à vapeur avaient déjà paicouiu une distance d'environ 25 milles et se trouvaient à Ndambi M])ongo et il employait constamment 00 ânes ou mulets i)onr le service de ses approvisionnements.

Quelle quantité d'ànes et de mulets lui faudra-t-il donc quand il en sera à 50 ou 100 milles.

Sais-tu ce que c'est que le transport le long des cataractes et des rapides du Congo ? Pour t'en donner une idée je te dirai qu'il semble que dans une période géologique antérieure, une immense montagne de 650 mètres d'altitude ait séparé l'Atlantique du Congo intérieur, et que le Congo se soit ouvert une route coupant cette montagne. Cette montagnes par drainage,

— ■^^"'faq.

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