MA CHERE MERE
J'ai reçu tontes teslettres an Gabon, ayant, en cfuittant Lam- ])aréné, donné l'ordre qu'elles m'y fussent gardées.
Je ne m'étais pas trompé dans mes calculs ; si ces lettres m'avaient suivi, jamais elles ne m'auraient trouvé, tandis que je les reçus toutes ensemble lorsque, à l'embouchure du Congo, i 'arrivai au Gabon sur le steamer vapeur « Goanzo. » Tu pourras t'imaginer facilement combien je fus heureux d'avoir de bonnes nouvelles.
Excuse-moi de t'avoir écrit si rarement des leftres, qui ressemblaient à des dépèches télégraphiques; j'ai, à la vérité, fort peu écrit mais, d'autrepart, ce que j'ai fait et le résultat obtenu ont dépassé tout ce que je pouvais espérer.
Voici, en résumé, le but et les avantages assurés de ce voyage pour lequel je suis parti sans pouvoir môme dire adieu.
J'étais chargé de chercher et de recueillir le meilleur point de l'Ouest de l'Afrique pour l'établissement de deux stations scientifiques et « hospitalières », l'une près du haut Ogôoué et l'autre dans un endroit favorable à un moment d'humanité et de civilisation que la France veut exercer dans la région qui entoure le Gabon etl'Ogôoué, partie du Congo intérieur. Si j'en trouvais l'occasion favorable, je devais commencer l'établissesement de l'une ou de ces deux stations et y laisser deux Européens qui m'accompagnaient.
Telles étaient mes instructions, c'était le premier pas que l'on désirait faire dans l'avenir.
11 existe au cœur de l'Afrique une immense voie de communication que les vapeurs peuvent parcourir sur une distance de 5000 kilomètres sûrs et 10000 probables, espaces parcourus par le grand Livingston (Congo) de Urega jusqu'à Stanley-Pool et de ses grands affluents : le M'pama (Alima et Licona), le Quango, l'Ikelemba, le M'burn, l'Aruvimi. Ceci est un fait cons taté et c'est ce point qui servira de pivot et où se soutiendra chaque entreprise humanitaire et scientifique dans la partie la plus riche et la plus peuplée de l'Afrique, la région qui s'étend de l'Ouest de l'Uriga à la cote occidentale et du Nord du Zambèse au Sud du Bimié et de l'Uadat, voilà maintenant le projet :
l"Lancerdesbateaux à vapeur sur cette grande voie navigable. 2' Etablir entre un point de cette route navigable intérieure et la côte de l'Atlantique des moyens de transport continus et pratiques, c'est-à-dire mettre en relations constantes et commodes, l'intérieur du Congo avec la côte et avoir sur le fleuve Congo des vapeurs pouvant parcourir en tous sens une étendue de pays qui comprend le quart de l'Afrique.
Choix des stations.
La station que je fondai à N'tamo est la base des opérations des vapeurs qui devront tous aborder au Congo.
La station que j'établis au fleuve Passa ('Haut Ogôoué) est le point le plus voisin du Congo intérieur qui peut être mis en communication par eau avec l'Atlantique; la distance de la station Nghimi (Franceville) est de 700 kilomètres.
Communication entre Franceville et V Atlantique.
Tu sais que dans ma première expédition, il me fallut au moins deuxans pour remonter jusqu'au fleuve Passa jusqu'alors inconnu. Le fleuve était alors divisé en trois parties et dans chacune d'elles la navigation appartenait à différents peuples: les Ininga,lesGaloa, les Okanda,les Aduma et les Ossyeba. Ce monopole commercial de navigation existant déjà depuis des sièclesn'avait jamais permis à une tribu d'envahir les privilèges de l'autre, de façon que, pour arriver au Haut Ogôoué, il fallait changer trois fois de bateliers et de pirogues; de là, une source inépuisable dennuis et de dépenses infinis; de là, la différence énorme de valeur des marchandises au fur et à mesure qu'elles passaient d'une tribu dans l'autre. Chez les Aduma, par exemple, 4 kilogr. de sel suffisaient pour acheter un esclave. A mon arrivée cette dernière fois, je fis prendre une face nouvelle atout le pays.
Tous les peuples qui ont su prendre en main une perche ou manier une rame, ont pour la première fois parcouru tout le fleuve des établissements européens de la côte à la station de Franceville. En juillet, Franceville pouvait disposer de sept cent quarante Aduma lesquels, à eux seuls, formaient une caravane de secours et actuellement la station peut, au premier
signal, disposer d'une colonie de mille ou mille cinq cents bateliers qui peuvent armer quatre vingts ou cent pirogues, avec lesquelles une fois que les transports seront organisés {et ils le sont à présent) la station peut recevoir tous les trois mois, de quatre-vingts à cent tonnes de marchandises.
Communication entre la station de France ville et N'tamo (Brazzaville).
Feutre N'tamo et Franceville il va uile distance de 180 milles.