‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur ses trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886Chapitre 29 sur 71 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Résultats du second vovage. — Encouragements. — Réception solennelle du conseil municipal de Paris. — Le traité ratifié par le Parlement. — Les crédits votés. — Nommé lieutenant de vaisseau et commissaire général de la République dans l'Ouest aMcain. — Composition delà mission.

Dans mon voyage effectué de 1879 à 1882 tout n'avait pas marché au gré de nos désirs. L'imprévu, en prenant trop de place, avait occasionné de préjudiciables retards. Des résultats importants avaient été néanmoins acquis. Au cours de ces trois années, j'avais pu faire un double périple d'exploration. Franceville avait été fondée et organisée ; une route était désormais tracée entre les bassins de l'Ogôoué et du Congo, et la vallée du Niari ou Quillou avait été reconnue. Enfin un traité avec Makoko, souverain des Batékés, plaçait de grands territoires sous la protection delà France et nous donnait la clef du Congo supérieur.

2C8 TKUIS EXPLORATIONS

D'accord avec le Comité français de l'Association internationale Africaine, la Société de Géographie avait voulu— je ne suis point le coupable — donner à notre première station sur le Congo, le nom de Brazzaville. Pourrais-je lui demander de ne pas laisser mon nom seul attaché à l'Ouest Africain ? Le nom de celui qui m'a précédé dans la tâche et qui appartient au passé^ celui du regretté marquis de Compiègne, ne devrait-il pas être attribué à l'une de nos stations de l'Ogôoué, pour perpétuer sur ces rives le souvenir de l'explorateur qui les foula le premier ?

« En vous rendant compte de ce dernier voyage, je terminais ma conférence à la Sorbonne par ces mots : « Et quant à moi, le )) plus grand honneur que vous puissiez me faire, sera de me » dire : « En avant ! »

)) En avant ! vous l'avez voulu, Messieurs, vous l'avez dit. Le Gouvernement m'a concédé cet honneur que je vous demandais; cette tâche insigne et glorieuse entre toutes m'a été confiée, d'aller porter là-bas encore la paix et la liberté au nom de la France. Mon premier sentiment à ce souvenir est un sentiment de profonde gratitude et je vous en remercie.

» Ai-je rempli cette tâche au gré de l'attente du pays?

» Vous me pardonnerez de ne pas être juge en ma propre cause, c'est à l'opinion publique d'instruire mon procès. Ce que je puis vous affirmer, et vous affirmer en conscience, c'est que j'ai fait tout ce qu'il était en moi de faire, c'est que j'ai gardé avec un soin jaloux le souci des intérêts de la France et de l'honneur du drapeau qui m'était confié. Si la déception est venue parfois à son heure, si des retards et des lenteurs imprévus ont entravé dans une certaine mesure la réalisation rapide du projet et l'achèvement de l'œuvre (ce sont là des contretemps inhérents

(1) Voir Exposé prcrentô par C. Savorgnan de Erazz^ à la Soci-été de Gèogra^ fihiQ lo 21 janvier 18SG,

aux entreprises nouvelles), jamais du moins ma foi n'a été ébranlée ; elle a toujours été soutenue par la conviction que mes actes seraient impartialement jugés le jour où je les porterais devant l'opinion publique de notre pays.

» Ce jour est arrivé, Messieurs, et je comparais à votre barre,

rassuré par vos sympathies, déjà fier du chaleureux accueil que

- m'ont fait la presse et le puljlic à mon retour, heureux de vous

soumettre les résultats de mes efforts et de m'en rapporter à

vous.

» Ainsi que je vous le disais tout à l'heure, le Gouvernement, déférantau désir dupays et àlavolontédesGhambres(l), m'avait

(1) Le 27 décembre 1882, eut lieu à la Chambre des députés la discussion du projet de loi de finances destiné à subvenir aux dépenses de l'expédition dans l'Ouest Africain. Le Gouvernement demandait un million deux cent soixantequinze mille francs, répartis entre les trois ministères : de l'instruction publique (980,000 francs), des affaires étrangères (05,000 francs), de la marine et des colonies (200,000 francs). La discussion fut très courte et se borna à un échange d'observations entre le rapporteur M. Turquet et MM. Cunéo d'Ornano et Gerville Piéache. Le crédit fut voté à la presque unanimité de quatre cent quarante-une voix sur quatre cent quarante-quatre votants. Et le 11 janvier 188^3 la loi était jjromulguée au Journal officiel..

Par décret du l.j février 1883 M. de Brazza fut nommé lieutenant de vaisseau.

En outre il recevait le litige de commissaire général de la Piépubliqiie dans rOuest Africain. Un petit batQau à vapeur VOlumo était mis à sa disposition pour remonter le fleuve de rembouchure aux stations à créer. Le matériel de la mission devait être transporté par des navires de commerce. Le Ministre de la guerre lui donnait en outre un détachement de tirailleurs algériens, qui se joindraient aux trente tirailleurs sénégalais.

La mission était ainsi composée :

État-Major

MM. MiGHELEz, ancien élève de l'Ecole des Mines. DE Lastours, ancien élève de l'École des Mines. Blondel, comptable.

P. MiCHAUD, ancien enlève des Arts et métiers. Degazes, lieutenant de cavalerie, ayant longtemps séjourné au Sénégal.

Agents auxiliaires

MM. DE Ch.'Vvamnes, secrétaire du commandant de l'expédition.

Joseph Michaud, ancien élève des Arts et métiers, ayant déjà fait partie de

la mission précédente.

DE Montagxac, ayant fait un séjour dans le Haut Sénégal. EcKERMANN, employé.

PiERRox, ayant séjourné longtemps à Madagascar.

dit : « ï]n avant ! » Le traité qui établissait nos droits souverains sur les rives du haut Congo avait été ratifié sur la proposition du cabinet Duclerc, et un subside de 1 275 000 francs fut voté à la charge de différents ministères; en ma qualité de Commissaire du Gouvernement, j'avais pleins pouvoirs; enfin ma mission fut placée plus spécialement sous le patronage du Ministère de rinstvuction publique : son caractère pacifique et scientifique indiquait tout naturellement de quelle partie des pouvoirs publics elle devait alors relever.

» Passons sur les détails peu intéressants d'une organisation faite à la hâte. Il fallait agir vite; recrutement du personnel nécessaire, acquisition de matériel et marchandises, préparatifs de départ, tout dut se faire en moins de trois mois, très rapidement, trop rapidement peut-être pour que tous les éléments de l'expédition fussent parfaitement appropriés à leur but.

Weisthoffer.

Rouf.

RuFFERT, employé.

rorderie. •

Lescau.

Rabuteau.

Henri Rogiiefort, fils.

Manchon.

de Ménerville.

Flicotteaux.

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