‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur ses trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886Chapitre 55 sur 71 · TROISIÈME PARTIE NOTE RELATIVE AU TROISIÈME VOYAGE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE NOTE RELATIVE AU TROISIÈME VOYAGE

A PROPOS DES COLLECTIONS RECUEILLIES PAR LA MISSION DE L'OUEST AFRICAIN (1)

Le Muséum d'histoire naturelle et le Musée d'ethnographie, combinant leurs efforts, ont réussi à installer dans la grande orangerie du Jardin des Plantes une exposition provisoire des nombreux objets de toute sorte, recueillis par la mission de l'Ouest africain. Le légitime renom conquis par M. P. de Brazza, durant les dix années qu'il a consacrées à la conquête pacifique du Congo français, l'intérêt toujours plus grand qui s'attache en France à tout ce qui nous vient de ces lointaines contrées, la curiosité de plus en plus vive qu'excitent chez les personnes cultivées l'histoire naturelle et l'ethnographie ; tout cela, dit M. Hamy, « devrait contribuer à assurer le succès de notre exposition, succès que sont venues grandir encore les attaques passionnées, dirigées dans ces derniers jours contre

(1) Cette note a été lue parle Docteur Ilamy ù la Société de Géographie, à la séance du 14 juillet 1886.

ceux de nos compalriotes qui ont été chargés de défniir Textrème limite orientale de nos possessions du Congo ».

Des milliers de personnes (prés de trente mille) se sontsuccédé dans le local ou étaient accumulées les collections formées sur notre territoire, depuis le Niari jusquà rOubangai, et ont pu se confirmer dans cette idée que le Congo français est une terre particulièrement intéressante à tous égards et qui remboursera un jour au centuple les faibles dépenses que son organisation impose en ce moment à notre pays.

M. Hamy passe rapidement en revue les collections d'histoire naturelle, et montre quelles ressources la minéralogie, la botanique, la zoologie peuvent fournir à l'indigène et au colon. Il étudie ensuite les caractères anthropologiques et ethnographiques des diverses tribus, en s'arrètant plus longuement sur l'examen de celles dont les industries, les mœurs, les croyances, etc., sont matérialisées par quelque série de pièces à l'exposition de rOuest africain.

Les races nègres sont nombreuses dans les territoires français de rOuest. Ce sont les Akoa ou Pygmées occidentaux, apparentés de fort près aux Akka ou Tikki-Tikki de Schweinfurth et de Miani, dispersés un peu partout dans les parties les moins habitables du pays, estuaire de l'Ogôoué, montagnes des Njavis, etc.; les Congo proprement dits, qui peuplent principalement le Sud du territoire jusqu'au bassin de la Sette; les Peuges ou Pongoués de l'estuaire du Gabon, auxquels se rattaclient les Orongou du Cap Lopez, les nègres du Camma, les Galoas, etc.; les Bengas de Gorisco et des côtes voisines, avec lesquels il faut classer les Okota, les Okanda, les Apindjis et quatre ou cinq autres tribus de l'Ogôoué; les Fans ou Pahouins, Ossyeba, Gliaké, etc., tout un groupe d'anthropophages, dont la migration est récente et qui ont été précédés dans la contrée par un premier ban d'envahisseurs de même

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race, les Bakalais. M. Hamy montre que l'état de disj)ersion (les diverses familles nègres de l'Ouest africain, à l'exception de cette dernière, demeurée comi3acte et marchant en rangs serrés du Haut-Ogùoué vers la mer, met en évidence de la manière la plus nette une loi déjà souvent formulée avec plus ou moins de précision et suivant laquelle les tribus nègres se déplacent constamment du cœur du continent vers l'Ouest ouïe Sud-Ouest. Acculées à la mer, qu'elles ont enfin trouvée sur leur route, les tribus d'immigration ancienne finissent par succomber sous la pression des nouveaux arrivants. Les Pygmées sont disloqués en tout petits groupes; les Congo ont été refoulés dans le Sud; les Pongoués, les Benga représentent sur la carte, au milieu de la masse des envahisseurs Bakalais et Pahouins, une série de taches irrégulièrement parsemées. M. Hamy étudie l'ethnographie de ces anciens habitants de l'Ouest africain en s'attachant plus particulièrement aux tribus de la Loudima et du Niari, chez lesquelles M. Joseph Gholet a formé une belle et curieuse collection, dont l'examen vient confirmer à bien des égards les rapprochements établis jadis par Livingstone entre les mœurs des nuirs de cette partie de l'Afrique et celles des anciens Égyptiens.

Les Ossyeba, dont les séries d'objets recueillis à Booué par M. Micliaud, font connaître l'etlmographie presque entière, ont été rattachés à bon droit aux Pahouins du Gabon par MM.de Gompiègne et Marche, qui les ont les premiers visités. M. Hamy saisit l'occasion qui se présente de montrer que les renseignements publiés par M. Fleuriot de Langle sur les migrations de ces peuples sont entachés de grosses erreurs ; les Pahouins ou Ossyeba viennent du haut de l'Ivindo, grand affluent de droite de l'Ogôoué, à la source duquel MM. Jacques de Brazza et Pecile ont tout récemment retrouvé leurs tribus; ils ne peuvent pas être sortis d'un grand lac équatorial, profondément

ignorants, comme ils le sont, des choses de la pêche et de la navigation. D'autre part, ce n'est point à eux, c'est aux Ovambo du haut fleuve (MM. Tholon et Schwebisch l'ont montré les premiers), qu'appartiennent ces outils en forme de becs d'oiseaux, improprement qualifiés de couteaux de sacrifice, et dont l'existence entre les mains des Pahouins et de leurs congénères était invoquée à l'appui de leur origine orientale par MM. Schweinfurth et de Gompiègne. Ces deux voyageurs trouvaient à ces couteaux des analogies avec lespingahs, armes de jet en fer contourné, des Niam Niam de l'Ouellé. Les nègres du Congo français ont d'autres armes bien plus semblables 3i\ipingah, mais c'est beaucoup plus haut, sur l'Oubangui, qu'il les faut aller chercher.

Les tribus aux abords de Franceville, Obambo, Ondoumbo, Ovambo, qu'on ne sait encore où classer, sont les plus industrieuses et les plus intelligentes de tout le pays. M. Hamy expose en détail leur ethnographie mise en pleine lumière par les énormes collections recueillies par MM. Schwebisch et Tholon, J. de Brazza et Pecile.

Les Batékés, qui viennent ensuite, sont encore un vieux peuple, coupé en deux par l'immigration des Achicouya, descendus du Nord-Est. M. Hamy rappelle, à leur propos, qu'on trouve leur nom sous la forme du singulier Meticas (M'Téké) dans la carte de Dapper, qui juxtapose ce mot à celui de Makoko, titre héréditaire des souverains du pays. Les affinités ethniques, révélées par l'étude des collections rassemblées chez les Batékés par MM.de Ghavannes, J. de Brazza, Pecile, Tholon, etc., nous reportent de préférence vers le Niger. A ne juger la question qu'au point de vue purement ethnographique, on se sent tout porté à croire que les Batékés se rattacheraient au groupe guinéen, tandis que les peuplades qui habitent en amont de Brazzaville la rive française du Congo et les berges de ses

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al'lluents, Alima, Sangha, Nkoudja, se rapprochent étoiiiiammeiit par leurs manifestations industrielles de celles du centre de l'Afrique et même du bassin supérieur du Nil. M. Haniy cite, à l'appui de cette manière de voir, un certain nombre d'exemples empruntés aux collections formées dans leNord-Est du Congo français par MM. de Ghavannes, Dolisie etTholon. Certaines particularités, comme l'usage de Toreiller de bois, sembleraient même indiquer que parmi les immigrants Lobangui, qui sont d'origine toute récente dans le bassin de la Nkoundja, il y aurait de véritables Ethiopiens. Cette intervention d'un élément éthiopien est d'ailleurs fréquemment observée dans l'Afrique équatoriale, où une sorte d'aristocratie appartenant à cette race supérieure, domine les nègres et constitue chez eux une véritable féodalité.

En terminant sa communication, M. Hamy fait ressortir l'intérêt des recherches ethnographiques pour l'étude des relations des peuples et de leurs mouvements à la surface du sol. C'est parce dernier coté que l'ethnographie se rattache surtout à la géographie. Ce sont quelques-uns de ces faits bien frappants, bien démonstratifs, observés par lui dans les collections de la mission de l'Ouest africain, qui l'ont surtout engagé à accepter la proposition qui lui était faite par le bureau de la Société de venir entretenir ses collègues de l'exposition du Jar^ din des Plantes.

« C'était aussi, ajoute l'orateur, dans le but de contribuer, si peu que ce fût, à attirer l'attention du public scientifique sur un grand pays, aujourd'hui français et qui mérite l'intérêt le plus réel. C'était enfin pour avoir l'occasion de rendre justice une fois de plus à M. Pierre Savorgnan de Brazza et à l'étatmajor qui l'environne. Les explorateurs et les administrateurs de l'Ouest africain ont prouvé que la science pouvait compter sur eux; ils ont rassemblé sur une vaste contrée, hier encore

presque inconnue, les documents les plus nombreux et les plus remarquables: ils peuvent compter sur nos efforts pour utiliser ce mac^nifique ensemble au mieux des intérêts de la science et de la patrie. »

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