‹ Conférences (volume 2)Chapitre 7 sur 30 · LXXV · texte numérisé non relu

LXXV

trônes se mèlonl à leurs conspirations. Catherine II, du milieu des steppes de la Crimée , au sortir d'une conquête sur la mer ou sur la solitude, écrit des billets tendres à ces heureux génies du moment ; Frédéric II leur donne une poignée de main entre deux victoires; Joseph II vient les visiter et dépose la majesté du Saint-Empire romain au seuil de leurs académies. Qu'en dites-vous? Que dites-vous du silence de Dieu ? »

Quelle ironique et rapide préparation au tableau des corruptions royales, de la licence et des crimes révolutionnaires , des saturnales de la raison pure, jusqu'à ce qu'on en soit enfin venu à présenter à l'adoration des peuples , pour citer encore l'une des hardiesses de style du P. Lacordaire, le marbre vivant d'une chair publique!

Soit que, dans ses premières conférences, l'orateur rajeunisse, par des pensées neuves et par des expressions plus neuves encore , la démonstration de la nécessité d'une église enseignante; soit qu'il raconte la constitution hiérarchique de l'Église, son autorité morale et infaillible, l'établissement de la papauté; soit qu'il montre le caractère tout spirituel, tout pénitentiaire de la puissance coercitive de l'Église, et qu'il rende manifeste la mansuétude miséricordieuse de ses préceptes, en la séparant de l'élément politique et civil qui trop souvent altéra l'essence de la doctrine chrétienne: partout il sème à pleines mains les vues fines, les rapprochements historiques ingénieux, les considérations sociales delà plus séduisante élévation. On sent toujours que, dans les choses religieuses, il affectionne le côté par où elles touchent à l'organisation des sociétés humaines , aux plus capitales questions de la philosophie et de l'histoire.

Et personne n'a pu oublier avec quel frémissement de voix, avec quel éclair de l'œil, avec quelle fierté radieuse de cœur, dont rien ne peut reproduire l'effet, il s'écriait un jour en parlant des rapports de l'Église avec l'autorité temporelle : « Nous ne tenons pas notre liberté des Césars ; nous la tenons de Dieu, et nous la garderons parce qu'elle vient de lui. Les princes pourront bien se réunir pour combattre les prérogatives de l'Église, les charger de noms flétrissants afin de les rendre odieuses, dire que c'est une puissance exorbitante qui perd les États : nous les laisserons dire, et nous continuerons à prêcher la vérité , à remettre les péchés, a combattre les vices, à communiquer l'esprit de Dieu. Si l'on nous envoie en exil, nous le ferons dans l'exil ; si l'on nous jette dans les prisons, nous le ferons dans les prisons; si l'on nous enchaîne dans les mines, nous le ferons dans les mines ; si l'on nous chasse d'un royaume, nous passerons dans un autre. Il nous a été dit que jusqu'au jour où il sera

demandé compte à chacun de ses œuvres , nous n'épuiserons pas les royaumes de la terre. Mais si Ton nous chasse de partout, si la puissance de Tantechrisl vient à s'étendre sur toute la face du monde, alors, comme au commencement de l'Église, nous fuirons dans les tombeaux et dans les catacombes. Et si enfin on nous poursuit jusque-là , si l'on nous fait monter sur les échafauds, dans tout noble cœur d'homme nous trouverons un dernier asile, parce que nous n'aurons pas désespéré de la vérité, de la justice et de la liberté du genre humain. »

Lorsque l'orateur exposait, en 1837, la doctrine générale de l'Eglise, et qu'il la représentait comme l'union souveraine et complète de la science et de la foi, comme la seule autorité qui possédât le secret du bien et du mal ; lorsqu'il confirmait la suprématie spirituelle de l'Eglise par la Tradition, par l'Écriture, par la Raison et par la Foi ; lorsque enfin il traitait des moyens d'acquérir la foi, et qu'il parlait si admirablement de la Prière, il retrouvait toutes ses plus inépuisables ressources, l'intarissable abondance de son esprit , la magnificence habituelle de ses accents, cette fortune de vives saillies et de rapports secrets qui l'unissent si étroitement à la situation des âmes au XIX« siècle.

En reparaissant, après sept années de silence, dans la chaire de Notre- Dame . l'esprit du P. Lacordaire avait mûri sans doute, mais il n'avait pas vieilli. On s'en aperçut bien, à la manière large et féconde avec laquelle, agrandissant et creusant encore sa propre pensée, il décrivit les effets produits sur l'esprit et sur l'âme par la doctrine catholique.

Ce qu'on admira le plus alors, ce fut la pénétration psychologique, tantôt fine et déliée, tantôt énergique et véhémente, dont fil preuve le P. Lacordaire en parcourant le cercle entier des répulsions inspirées à la raison et aux sentiments de l'homme par la doctrine catholique, cl en célébrant la victoire divine et mystérieuse de la loi sainte sur l'opposition réunie des hommes d'État, des hommes de génie et du bon sens positif. Cette savante analyse est comme résumée dans ce mouvement oratoire de l'une de ses péroraisons : « 0 mes amis. Dieu seul connaît vos destinées ; mais quoi qu'il arrive, premièrement et avant tout, ne vous étonnez pas. Le christianisme catholique, c'est Milon de Crotone sur son disque huilé : nul ne l'y fera glisser, et nul ne l'en arrachera. Quand donc vous verrez les vents se lever, les nuées se noircir, souvenez-vous que, si votre part est de prouver la vérité de sa doctrine par la fermeté de votre adhésion et de votre amour, c'est la part de vos adversaires de la prouver aussi, malgré eux, par la violence de leur répulsion ; souvenez-vous que c'est la rencontre permanente de ces deux

mouvements, le croisement invincible de ces deux épées sur la tête de l'Église, qui forme éternellement son arc de triomphe. Et, en second lieu, ô mes amis, que vos vertus soient toujours plus grandes et plus visibles que vos infortunes , afin que la postérité, qui est le premier jugement de Dieu, en vous trouvant par terre, vous y trouve comme ces soldats qui tombent la poitrine vers l'ennemi, et prouvent, tout morts qu'ils sont, qu'ils étaient dignes de vaincre, si c'était le sort du courage et du droit de remporter toujours. »

On remarqua beaucoup aussi les étincelantes couleurs des conférences dans lesquelles l'orateur sacré parla successivement de l'humilité, de la chasteté, de la charité, cette triplé couronne de la doctrine catholique, que tous les plagiats tentés par les fausses religions ou les fausses philosophies n'ont jamais pu lui dérober. Rien ne parut plus beau et plus vrai que les louanges données à l'essentiel et glorieux attribut de la doctrine catholique, la ferveur de l'expansion, le dévouement de l'apostolat, et, comme les nomme le P. Lacordaire, la charité de doctrine et de fraternité. Ce qu'il dit encore des saints et des docteurs catholiques, considérés comme l'un des caractères particuliers à l'Église catholique, ne fut pas moins applaudi (Je tous.

Plus tard , revenant toujours, par le penchant élevé que nous avons souvent remarqué , aux vérités générales et sociales contenues dans le Christianisme , le P. Lacordaire aborda les effets de la doctrine catholique sur la société. Il fit voir que la société intellectuelle fondée par la doctrine catholique est excellemment supérieure à celle qu'ont fondée le rationalisme, l'autocratie ou l'hérésie. 11 signala historiquement et doctrinalcment les raisons de ce fait si grave. 11 démontra l'influence bienfaisante de la doctrine catholique sur la société naturelle , quant au principe du droit, à la propriété, à la famille, à l'autorité. II rappela les services rendus à la dignité de l'homme, au respect de la femme, à la sainteté du mariage, à la liberté humaine et au gouvernement des hommes par l'unité , l'universalité , l'immortalité de l'idée catholique , et prit en main, avec une force toujours croissante, l'immense part qui revient au catholicisme dans la destruction de l'esclavage, dans l'affranchissement graduel de l'humanité, dans les progrès de la civilisation, et dans toutes les plus nobles espérances du droit et de la liberté modernes. Mais il n'oublia pas d'avertir que la religion catholique avait seule la force de tempérer la liberté qu'elle a enfantée dans le monde, et que c'était la destinée des fils de la Bible de conquérir et de couvrir toute la terre.

Enfin, dans la dernière année, après avoir épuisé toutes les merveilles I- 0

morales, inlellecluelles, scientifiques , sociales, produites dans l'Église et par elle, le P. Lacordaire arrive à l'auteur divin de l'Église, a Jésus- Christ. Il considère tour à tour Jésus-Christ dans sa vie intime et miraculeuse, dans sa puissance publique, dans l'élahlissemcnt, la prospéiilé et le progrès de son règne. Il établit, par la révélation primitive, parles prophéties, par la tradition biblique, que Jésus-Christ s'est préexisté à lui-même, comme il s'est survécu à lui même par sa doctrine et par l'enseignement de l'Église. Puis, dans ses trois dernières conférences, il réfute les efforts du rationalisme pour anéantir, dénaturer ou expliquer humainement la vie de Jésus-Christ. Dans l'une, il assigne à Jésus-Christ son caractère et sa place historiques, et il mérite que M. Mignet ait dit de celte conférence que c'était une excellente leçoyidliistoire. Dans la seconde, il fait justice des rêveries érudites du docteur Strauss. Dans la dernière, enfin, il maintient, avec sa grandeur accoutumée, que ni le panthéisme oriental, ni l'hébraïsme, ni le platonisme, où les rationalistes vont chercher les sources naturelles de la religion chrétienne, n'ont pu amener le règne de l'Évangile, et qu'au contraire ces trois pensées religieuses ou philosophiques eussent clé un obstacle de plus, une ardente contradiction de plus à l'avènement du Christ, si cet avènement n'eut été divin.

Au premier aspect , il semble fort inutile que nous tracions ainsi , comme une ligne aride, la suite des conférences du P. Lacordaire. Quelques fragments, lus ou cités , en apprendront beaucoup plus sans doute sur leur valeur intrinsèque et extérieure que l'indication sèche d'une sorte de tables de chapitres. Mais il était bon peut-être que nous dissions ce que nous avons dit; car, d'abord, ces prédications étant le devoir, le but, la vie du Frère Prêcheur, elles appartenaient nécessairement à notre plan. Ce n'est pas assez; nous devions montrer par quelles voies moins battues, sous quels aspects moins épuisés, il a voulu prouver ail XIX" siècle la vérité, la beauté, la divinité de la religion chrétienne. Nous avions ensuite à fortifier notre conclusion prévue, c'est que le P. Lacordaire aime à prendre le Christianisme plutôt par ses hauteurs générales que par le côté, pour ainsi dire, individuel; que, sans négliger les rapports du Catholicisme avec l'homme privé, il a jusqu'ici bien plus insisté sur l'influence de la religion sur l'homme social : à ce point que, dans ses plus belles conférences sur la chasteté, l'humilité, la fraternité, la charité, l'apostolat catholiques, sont contenus et agités les principaux problèmes sociaux qui tourmentent les esprits modernes..

Presque toujours ia part dominante de l'éloquence du Dominicain ,

c'est cie faire pénétrer dans l'àme de ses auditeurs la conviction que la doctrine chrétienne donne aux peuples qui la possèdent la nationalité la I)Ius forte, la plus libre, la plus expansive; que nulle autre religion n'a assuré aux sociétés humaines une pareille liberté civile et politique ; que nulle utopie socialiste ou radicale n'arrivera jamais aux merveilles de l'égalité évangélique, et n'introduira entre le pouvoir et les gouvernés , entre les riches et les pauvres, des liens plus doux d'obéissance et de commandement, de secours et de pitié, dégagés de haine, d'envie, d'humiliation, et que nulle autre doctrine enfin n'est plus éminemment favorable au développement moral de l'Etat comme de la famille, à l'ennoblissement des mœurs comme de l'esprit, aux progrès de l'intelligence comme au perfectionnement du cœur.

Le catholicisme ainsi présenté aux douteurs de notre temps, aux folles spéculations métaphysiques, politiques, humanitaires, qui nous inondent, n'a-t-il pas la chance manifeste d'être mieux écouté, mieux connu, mieux jugé? et le P. Lacordaire n'a-t-il pas bien mérité de la cause de Dieu, en l'offrant aux hommes, aux populations, tels qu'ils sont faits aujourd'hui , sous le vêtement , sous la physionomie qu'ils aiment le mieux ?

Que si, dans cette intarissable richesse d'improvisation, qui emprunte à la fois ses doctrines, ses raisonnements, ses exemples, ses couleurs, ses images, à la théologie , à la philosophie, à l'histoire, à la poésie, à toutes les préoccupations du siècle, on a pu surprendre çà et là quelques témérités de langage, quelques inexactitudes de pensée, quelques subtilités de dialectique, quelques étranges contrastes de grandeur et de familiarité, je ne sais quel mélange de mondain et de contemplatif, faudra-t-il donc s'en étonner sévèrement? Et nos paroles n'ont-elles pas suffi à faire comprendre que la place que s'est faite à part le P. Lacordaire dans l'éloquence chrétienne, et dans la vie sacerdotale et religieuse, tient précisément à l'étonnant assemblage de tant de qualités si brillantes et si contraires? Ne pas excuser ce qui lui manque, ne point pardonner les défauts légers qui lui restent, c'est vouloir nier et détruire son originalité. Rectifiez un trait imparfait du visage d'un homme, du visage le plus beau, vous lui aurez à l'instant même enlevé sa physionomie, sa ressemblance.

Qu'importent d'ailleurs quelques taches dans une parole aussi splendide? 0 Athéniens, vous occuperez-vous donc toujours du chien d'AIcibiade?

N'est-ce donc rien que cette parole de prêtre , cette âme et ce cœur de

prèlre et de moine, s'associant franchement à l'ailmiralion de tout ce qui est beau, de tout ce qui est grand, de tout ce qui est noble, de tout ce qui est savant, de tout ce qui est vrai, de tout ce qui est généreux dans le monde et dans son siècle, et transmettant ses impressions chaleureuses et passionnées à l'esprit d'un jeune et nombreux auditoire? Et n'est-ce pas avoir beaucoup profité au règne de l'Évangile, que d'avoir appris aux générations nouvelles à chercher la liberté véritable dans les feuillets du livre divin, et de nous amener à unir ce qui n'aurait jamais du être séparé, la pensée chrétienne avec la liberté politique, l'immortalité catholique avec le patriotisme civil ?

Pofst-Scriptuni.

Au moment où ces pages sont déjà toutes écrites , et sans que nous ayons pu en profiter, on nous communique les réflexions manuscrites d'une jeune femme, aussi distinguée que modeste, sur les Conférences. Nous sommes heureux de voir que ses jugements , exprimés avec une remarquable portée d'esprit et une justesse souvent ingénieuse, s'accordent presque toujours avec nos propres jugements. Nous ne pouvons nous refuser au plaisir d'en citer quelques lignes, dans lesquelles le P. Lacordaire est absous, comme par nous-mème, de la nouveauté de son langage et de ses formes oratoires.

<c La prédication chrétienne doit présenter des caractères divers, suivant la diversité des temps; et l'invariabilité de la tradition, si nécessaire dans le dogme, ne ferait, dans les formes du langage, que gêner la sainte liberté nécessaire à l'enseignement religieux. Le langage de la chaire chrétienne de nos jours ne doit plus présenter les mêmes caractères qu'au XVII<= siècle... L'état des esprits n'est plus le même. Mille nuances d'opinion qui existent aujourd'hui n'existaient pas alors. La prédication ne s'adressait guère, dans ce temps, en France, qu'à deux classes de personnes, les croyants, dont il fallait changer les mœurs, qui n'étaient pas conformes à leur foi, et les incrédules, qu'il fallait convertir. La nuance même du doute était beaucoup plus tranchée, et le doute n'était guère alors que l'insouciance de la religion. Aussi ne voit-on pas les prédicateurs du XV1I'= siècle s'adresser à cette inquiétude de l'esprit qui suggère les objections et qui enfante les systèmes. Ils n'y font tout au plus que de rares allusions, et s'appliquent bien plutôt à combattre les égarements des passions en cherchant dans les vérités du dogme tous les fondements de la justice et de la sainteté, ainsi que le remède des misères morales qui affligent la société humaine.

« Les discussions religieuses qui eurent lieu à cette époque difFéraient grandement de celles qui ont lieu aujourd'hui. Elles avaient un caractère bien plus dogmatique , et se trouvaient limitées seulement à quelques points de la doctrine, graves sujets de controverse entre quelques esprits éclairés et convaincus. Le reste de la nation demeurait dans le calme des convictions anciennes, héritage de tous les siècles passés, et auxquelles seulement, dans chaque individu, les vertus privées correspondaient plus ou moins.

« La raison humaine n'a pas en tous les temps les mêmes désirs et les mêmes besoins. Tant que la foi aux, vérités révélées règne chez l'homme dans sa plénitude, l'œuvre de l'Eglise est complète : car celte œuvre est la sanctification de l'homme par la foi. Mais lorsque son œuvre est en souffrance ; lorsque les orages de la pensée humaine ont passé sur ces vastes champs, et que chaque plante y frémit encore sur sa tige ; lorsque l'inquiétude s'est emparée des esprits, et que le doute y a pénétré, l'Église alors donne une nouvelle manifestation d'elle-même, et après la première négation simple et brève, marquée du sceau de son autorité et de sa force, par laquelle elle a répondu à l'erreur, elle veut bien entrer en discussion avec l'esprit humain pour lui dévoiler un à un tous ses égarements. »

Nous sommes bien aise aussi de profiter de ce post-scriptum pour rectifier quelques légères inexactitudes de faits qui nous ont échappé dans notre notice biographique.

Lorsque le P. Lacordaire fit sa première visite à la Chesnaie, au mois de mai 1830, il y alla seul et sans y être attendu, et non pas avec M. l'abbé Gerbet, comme nous l'avions dit par mégarde.

Le P. Lacordaire ne fit pas a Rome des conférences pour les étrangers. Il parut une seule fois, le dimanche de Pâques 1840, dans la chaire de Saint-Louis-des-Français .

Enfin ce ne fut pas le P. Lacordaire qui rédigea la déclaration de doctrines publiée dans V Avenir, avant qu'il cessât et que ses rédacteurs partissent pour Rome. Cette déclaration fut l'ouvrage de M. l'abbé Gerbet, aidé de M. de Lamennais ; mais ce fut M. l'abbé Lacordaire qui écrivit, avec son talent et son habileté ordinaires, le Mémoire présenté à Rome au Saint-Siège, comme complément de la déclai^ation , mémoire qui ne portait plus sur les doctrines, mais sur les intentions et les faits, et que M. de Lamennais inséra en entier dans les Affaires de Ro7ne.

P. LORAIJf.

— TT-Q % 0 "Si —

Page 1