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jusqu'au jour du jugement dernier, porteront à la connaissance de 1 homme Ihistoire sanglante de sa propre dépravation. ÎNe vous rappelez-vous pas le spectacle de 1 empire romain dans sa décadence? jNe vous rappelez-vous pas ^éron se montrant à lempire romain, aux descendants de la grande république j Néron, le maître de tant d hommes, chargé dans sa seule tète de représenter ce qu'un orateur anglais appelait divinement bien la majesté d'un peuple ; Néron, 1 héritier des Fabius, des Scipion, de toutes les familles consulaires, couvert de toutes les pourpres amassées par tant de vertus et tant de siècles j Néron paraissant devant les tombeaux de la patrie, devant ses temples, au Forum, environné... Comment pourrais-je le peindre? Et tout un peuple le voyait, mais un peuple préparé par les plus affreux spectacles à ce dernier spectacle.
Personne ne viendra-t-il au secours de l'âme? personne ne se livrera-t-il pour lui rendre un peu de courage et d honneur? Est-ce qu'il n'y avait point de philosophes en ces temps-là? Oh ! il y avait des philosophes, je ne le dis pas avec sarcasme, il y avait de puissants génies qui savaient découvrir de grandes vérités, encore qu'ils ne la découvrissent pas tout entière. Mais les philosophes n'ont rien pu; le sens dépravé a même eu sa philosophie, on lui a fait une philosophie ! Non-seulement, Messieurs, il a eu sa philosophie , mais encore il a eu son sacerdoce , il a eu ses prêtres.
Le prêtre ! ce nom nous représente un homme blanchi dans 1 âge et dans la tradition , qui a visité les royaumes de la vérité et couru sur tous les rivages de l'erreur, d'où il a rapporté, en faveur des hommes, une sagesse plus haute que celle du temps, un regard que les peuples viennent consulter, pour y lire des pensées vénérables. Eh bien! le sens dépravé a eu des prêtres; il a eu des prêtres chargés d'exercer comme un ministère de sainteté cet-effroyable ministère de la dépravation.
Que dis-je ? des prêtres ! il a eu des temples ! Des temples ! mon Dieu ! Quand l'homme est fatigué, quand il est las du jour et n'en peut plus de la vie, il se met en chemin, il va frapper à la
porte d'un temple ; il tombe à genoux, il prie, il monte vers Dieu dans ces murailles qui en sont la demeure ; son âme y respire l'espérance et le parfum d'une vie meilleure ; voilà le temple. Et la volupté la souillé! A l'homme qui venait s'y reposer des songes cruels de la vie, la volupté se montrait sur l'autel et lui disait : Je suis le dernier dieu !
Le genre humain, pourtant, Messieurs, ne lui faites pas l'injure de croire qu il ne fut pas honteux et qu il n aspira pas à secouer le joug. Il y aspirait. Il avait des vestales, il connaissait le mot de chasteté, il en avait quelques illustres exemples, telles que la continence d'un Scipion dans une occasion fameuse. Mais ce n'étaient là que des lueurs, des désirs, des apparitions du bien ; le bien était vaincu. L'homme, pendant quatre mille ans, est resté sous la domination du sens dépravé, jusqu'à ce qu'enfin Ihorloge de l'éternité sonnât une heure, et cette heure disait : « Un sauveur vous est né aujourd hui, gloire à Dieu, au plus haut du ciel, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »
Il nous reste à voir l'effet de cette simple parole sur le monde, et comment elle y a engendré la vertu réservée de la chasteté.
Rome était la tranquille maîtresse du monde ; elle avait rassemblé dans son sein tous les vices des générations qu'elle avait conquises, et, voulant marquer par un monument la plénitude de sa gloire et de sa religion, elle avait élevé au milieu d elle un temple à tous les dieux, son Panthéon, où le dieu de la dépravation avait aussi son image, ses prêtres et son encens. Un jour donc, quelques paysans partis des vallées d'un pays sans renom, vinrent et s'arrêtèrent sur cette place où tous les dieux de Rome étaient renfermés sous la triple protection du temps, de la victoire et de la religion. Ils vinrent; ils regardèrent autour deux toutes ces puissances qui étaient là pour défendre la honte et la volupté divinisées ; et, après avoir fait sur eux un signe sacré, ils allèrent frapper de leur bâton de voyageur la porte du Panthéon . Elle s'ouvrit devant eux. Là tous les dieux anciens étaient rangés; toutes les erreurs passées , tous les crimes fameux , tous y régnaient en marbre, en or et en ivoire. ÎNos paysans n'apportaient
là contre tous qu'un cœur pur. Il fut le plus fort enlîn. La ciiasteté planta au Panthéon son double signe, la croix dabord, la chair de l'homme souffrant par une immolation volontaire ; et à côté , l'image de la Vierge sans tache : tous les deux annonçant au genre humain que le père du monde , ce n'était pas le sang versé dans la volupté, mais le sang versé dans la douleur ; tous les deux lui apprenant que la mère du monde, ce n'était pas la fécondité , même légitime , mais la virginité, la virginité sœur de la jeunesse, de la beauté, de la bonté, du génie, de la force, sœur et mère de toutes les vertus, et avec elle du monde entier.
Le triomphe était grand et nouveau. L honneur et la publicité de la dépravation étaient remplacés par l'honneur et la publicité de la chasteté. AJais un sacerdoce est nécessaire au maintien comme à la propagation de toute sainte doctrine : quel devait être le sacerdoce de la chasteté, sinon un sacerdoce de vierges? La doctrine catholique l'osa , non pas pour une portion choisie , destinée , comme les vestales, à offrir au monde un rare échantillon de la vertu, mais pour tous sans exception, pour tous, en tout temps, en tous lieux, sous tous les soleils. Elle osa compter à ce point sur elle-même, que d'exiger pour condition suprême du sacerdoce la continence absolue , et de ne vouloir se confier qu'à l'innocence à jamais conservée ou à jamais retrouvée par le repentir. Nul, en effet, ne peut donner ce qu'il n'a pas; et la chasteté seule devait avoir le privilège d'engendrer la chasteté.
Eh bien! Messieurs, qu'en dites-vous? Telle était la prétention de la doctrine catholique; l'a-t-elle réalisée? A-t-elle créé par toute la terre, chez tous les peuples, une race de prêtres chastes, renonçant à ce qui avait paru, pendant quatre mille ans à l'humanité, l'indispensable condiment de la vie? L'a-t-elle fait? Et , remarquez-le , ce ne sont pas des vieillards réduits par les glaces de l'âge à l'impuissance du mal, que la doctrine catholique choisit pour ses prêtres; non, ce sont des jeunes gens, c'est l'homme dans la sève et la fleur de la vie ; c'est saint Jean couché sur la poitrine de son maître; c'est saint Paul courant vers Damas à bride abattue : c'est saint Antoine emportant tout son printemps
au désert de Kolsim. Voilà le prêtre catholique, selon la règle générale. L'Eglise prend par les cheveux la jeunesse toute vive, dévouée par son cœur, séduite par son imagination ; elle la purifie dans la prière et la pénitence, lélève par la méditation, l'assouplit par l'obéissance , la transfigure par l'humilité ; et , le jour venu , elle la jette par terre dans ses basiliques; elle verse sur elle une parole et une goutte d huile : la voilà chaste ! Ils iront, ces jeunes gens, ils iront par toute la terre, sous la garde de leur vertu j ils pénétreront dans le sanctuaire des sanctuaires, celui des âmes; ils écouteront des confidences terribles -, ils verront tout, ils sauront tout ; mille tempêtes passeront sur leur cœur. Ce cœur restera de feu par la charité, de granit par la chasteté. C est à ce signe toujours que les peuples reconnaîtront le prêtre. Le prêtre pourra être avare, orgueilleux, pharisien; son caractère soulfrira, sans doute, de ces vices honteux; mais néanmoins, tant que le signe de la chasteté restera sur son front, Dieu et les hommes lui pardonneront beaucoup ; ce que ces derniers ne lui pardonneront jamais, ce sera une faute, quelquefois l'ombre d'une faute do fragilité, tant, aux yeux de tous, le sacerdoce et la chasteté seront une seule et même dignité, une seule et même expression du Dieu qui a sauvé le monde sur la croix.
Grâce à Dieu, Messieurs, le sacerdoce catholique a subi cette épreuve; il la subit depuis bientôt vingt siècles. Ses ennemis l'ont regardé sans cesse dans le présent et dans l'histoire, ils ont signalé des scandales partiels ; mais le corps entier est demeuré sauf. La foi des générations attentives ne s'y méprend pas ; elle croit à une vertu qu'elle a trop éprouvée; elle amène à nos pieds des enfants de seize ans, des cœurs de seize ans, des aveux de seize ans ; elle les y amène à la face de l'univers et à l'étonnement de limpie; elle y amène la mère avec la fille; les chagrins précoces avec les chagrins vieillis, ce que l'oreille de l'époux n'entend pas, ce que l'oreille du frère ne sait pas, ce que loreille de lami n"a jamais soupçonné. L'humanité proclame par cette confiance miraculeuse la sainteté du sacerdoce catholique, et la fureur de ses ennemis viendra se briser toujours contre cette arche qu il porte
avec lui. Ils la poursuivront, comme l'armée de Pharaon, jusque dans les eaux profondes ; mais le mur, le cristal de la chasteté, s'élèvera toujours entre eux et nous ; ils maudiront ce fruit divin qui naît en nous et qui nous protège ; ils le maudiront vainement, parce que la malédiction qui tombe sur la vertu est comme celle qui tombait sur la croix de Jésus-Christ, lavant-veille de la Résurrection.
La doctrine catholique a fait un sacerdoce chaste. Ce n'était pas encore sa plus grande merveille. Après tout, le prêtre est choisi, il est préparé et consacré; mais le cœur le moins prêt et le moins préservé, le cœur de la femme, la doctrine catholique le purifiera aussi. Elle créera de saintes générations de chrétiennes, vivant libres au milieu du monde , confiées à elle-mémes , gardiennes avec leurs mœurs des mœurs générales, prenant dans la société un empire nouveau, et faisant naître du respect un amour que l'antiquité n'avait pas connu.
Je me presse, Messieurs, j'ai hâte d'arriver jusqu'à vous, vous, le fruit dernier et le plus divin de la chasteté. Car, moins que la femme encore, vous êtes gardé par la nature et la société ; une liberté aussi grande que vos désirs vous a été laissée. Vous pouvez tout contre vous-même, et tout avec une longue impunité. Pourtant la croix vous a touché aussi ; la Vierge sans tache est apparue à votre cœur enivré de vie ; tous deux ont appris à beaucoup d'entre vous le supplice heureux de la continence, et la religion s'est entourée de vous comme d'une illustre pépinière, comme d'une jeune garde d honneur, qui la défend mieux que la poitrine de ses martyrs et lépée de ses docteurs. Tous , vous n'avez pas atteint dès le premier jour de Dieu dans votre àme cette splendeur virginale ; beaucoup en avaient perdu la robe primitive ; déchus du saint baptême, ils avaient passé sous la verge des passions : la jeunesse leur a rendu ce que l'enfance leur avait ôté. D'autres luttent encore contre le poison mêlé à leurs veines ; ils lèvent vers Dieu des désirs suppliants ; ils apprennent dans le combat même, en connaissant mieux l infirmité de la nature, à discerner dans la vertu le doigt qui seul guérit et seul fait renaître.
Ainsi, Messieurs, secerdoce chaste, femmes chastes, jeunesse chaste, tel est l'ouvrage de la doctrine catholique au milieu d"un monde qui n a pas cessé sans doute d "être corrompu, mais qui, même dans la partie révoltée contre le joug de la sainteté, en reçoit encore linfluence, et ne permet à aucun homme sensé de confondre l'état général de la société chrétienne sous ce rapport avec les mœurs de la société païenne.
Je ne rechercherai pas aujourd'hui les conséquences logiques d'une si grande transformation ; vous les prévoyez déjà. Vous pressentez quel compte je demanderai aux doctrines humaines, au nom de la chasteté, non pas seulement aux doctrines passées, mais aux doctrines vivantes. Nos conclusions seront plus victorieuses encore que celles que nous tirions de l'humilité ; car l'humilité est une vertu qui ne se manifeste pas autant que la chasteté, et l'orgueil non plus n"a pas des plaies aussi visibles que la <lépravation des sens.
Je terminerai par quelques paroles destinées à la partie chrétienne de la jeunesse qui m'écoute.
Vous vivez. Messieurs, dans un pays où la morale et la religion furent toujours plus étroitement unies que partout ailleurs. D'autres peuples ont reçu d'autres dons ; le nôtre est celui d'une logique inflexible qui conclut dans les actes ce quelle a conclu dans les pensées. La France naura jamais qu'une religion exprimée et défendue par de grandes mœurs. C'est son instinct, et l'un de ses titres de gloire. Soyez-y fidèles. Messieurs, et pesez bien les conséquences de vos vertus : le siècle dernier n'a vu périr la religion, en France, qu'après y avoir vu périr la pudeur; le sacerdoce n'y a succombé qu'après la disparition de toute jeunesse dévouée à la chasteté. Le jour où ce bataillon sacré fut dissous, c'en était fait du vieil et saint royaume. Vous lavez ressuscitée, Messieurs , cette jeune et sacrée garde de la vérité ; c'est notre meilleur augure, le plus assuré fondement de notre espérance, le plus glorieux drapeau qui flotte pour nous. La religion vous conjure , au nom du monde chancelant , d'en conserver et d'en accroître Ihonneur.