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QUATRIEME CONFÉRENCE

(suite)

Des altérations que subit le foetus dans le sein maternel.

N’oubliez pas, Messieurs, que j’aurais pu résoudre d’emblée la plupart des questions qui nous ont été posées. C’est dans le dessein de rendre ces conférences plus profitables à votre instruction que j’ai laissé jusqu’à présent dans l’ombre le côté le plus intéressant de l’étude de ce fœtus, pour insister sur la méthode générale que l’on doit suivre dans une expertise ayant pour objet le cadavre d’un enfant. Je vous ai montré de quelle manière on détermine l’âge d’un fœtus, indiquant uniquement les caractères les plus constants, les plus réguliers dans leur apparition, les plus faciles à reconnaître et par conséquent les plus pratiques, qui doivent vous guider dans une pareille détermination.

La deuxième question qui nous a été posée est celle-ci : L’enfant a-t-il vécu ?

D’ordinaire pour la résoudre il est indispensable de procéder à une autopsie complète et de rechercher

jusque dans les profondeurs de l’organisme les vestiges des premières manifestations de la vie. On peut bien quelquefois les trouver à la simple inspection de la peau et de l’ appareil ombilical, dans les modifications que subissent ces parties après la naissance ; mais pour cela il faut que le sujet ait vécu un peu de temps. Leur absence n’implique donc pas nécessairement l’absence de la vie.

Je vous ai déjà dit que ces modifications faisaient complètement défaut dans notre cas, et sans certaines particularités qui nous dispensent d’une étude si complète, nous serions obligés, avant de répondre, de pratiquer l’autopsie et en particulier l’examen des poumons. Les signes les plus positifs de la vie se tirent en effet des changements apportés dans l’appareil respiratoire, par la nouvelle fonction qui s’établit immédiatement après la naissance. La pénétration de l’air et la pénétration du sang dans les poumons donnent à ces organes un nouvel aspect, en changent le poids spécifique et leur impriment des modifications si caractéristiques qu’ elles sont un élément de certitude et qu’elles ont servi à établir l’épreuve de la docimasie pulmonaire, l’une des plus brillantes de la médecine légale. Je n’ai pas à insister actuellement sur cette épreuve, qui dans le cas actuel est complètement inutile. Le cadavre qui je vous montre présente en effet les altérations spéciales aux fœtus morts dans l’utérus et qui y ont séjourné plusieurs jours. Il me reste à vous exposer avec plus de détail ces altérations que je n’ai fait que vous indiquer brièvement dans notre précédente conférence.

(»î FOETUS TROUVÉ SUR LA VOIE PUBLIQUE.

Vous devez être frappés de prime abord de la flaccidité extrême de ce cadavre ; complètement affaissé, il est comme une masse gélatineuse, sans consistance, s’étalant presque sur la table. Le ventre est flasque, aplati et retombe en besace sur les côtés ; le torse malgré la résistance de laçage thoracique est déprimé et les côtes saillantes semblent percer la peau. Les membres et les jointures n’ont aucune fixité ; leurs différents segments se meuvent les uns sur les autres, comme s’ils n’étaient plus maintenus que par des lambeaux de peau.

La tête elle-même n’a plus une forme globuleuse, elle est aplatie latéralement et comme écrasée; les os du crâne glissent les uns sur les autres, et rendent complètement impossible la . mensuration des diamètres de la tête. Voilà pour la forme générale ; ce qui la caractérise c’est l’affaissement, le relâchement, le peu de fixité de toutes les parties.

La coloration du cadavre n’est pas moins remarquable que sa forme. Au lieu de la lividité et de la pâleur habituelles, vous voyez une teinte rosée générale mélangée en quelques points à une coloration ardoisée. Cette coloration ardoisée est intense au front, vers la base du nez, sur la face, sur l’abdomen, elle occupe en grande partie la région dorsale et tout le cuir chevelu. Elle forme en ces différents endroits de larges plaques plus foncées au centre et dont les contours mal définis, non arrêtés se fondent peu à peu avec les parties rosées. Là où elle est plus prononcée, elle donne à la peau un aspect analogue à celui des enfants nouveau-nés atteints de cette mala-

die décrite par le professeur Parrot et le docteur Charria, sous le nom- de tubulhématie, ou bien encore à la peau (bronzée dp la maladie d’Addisson. Je vous expliquerai fyieqtôt à quoi est due cette .teinte tantôt sombre, tantôt rosée de l’enveloppe cutanée.

Les téguments présentent d’ailleurs des altérations plus profondes encore en divers points.. C’est ainsi que sur les membres inférieurs, vers les pieds, sur l’abdomen, sur les poignets et même sur la face, de grandes plaques d’épiderme sont enlevées, laissant à nu le derme, qui est rose et humide. Dans les points où l’épiderme n’est pas tombé spontanément, il suffit de la plus légère friction avec un linge pour en enlever de vastes lambeaux.

Mais je veux attirer plus particulièrement votre attention sur un fait qui n’est pas signalé dans les auteurs, du moins dans ceux que j’ai pu lire. Au niveau de l’abdomen dans un endroit où l’épiderme est enlevé sur une assez grande étendue, vous voyez que la teinte ardoisée est très-prononcée. Si vous examinez plus attentivement la surface dénudée du derme vous apercevrez de petits îlots jaunâtres , formant des masses extrêmement fines reliées entre elles par de petites traînées de même aspect. On ne peut mieux rendre compte de cet état singulier de la peau qu’en le comparant à une injection des capillaires lymphatiques par de la graisse. J’avais déjà observé le même fait sur un fœtus identique à celui-ci, etM. le docteur Chandelux, maître de conférences d’anatomie générale, a bien voulu pratiquer l’examen histologique

(ili

<lo cette altération et me transmettre une note sur laquelle je reviendrai.

Poursuivons la description de notre sujet. Vous voyez combien la tête est difforme et aplatie. Cette déformation tient de ce que les os du crâne ont glissé les uns sur les autres, mais elle est encore accrue par une espèce de bosse qui soulève le cuir chevelu dans une assez grande étendue. Cette tumeur épicranienne est molle, fluctuante, de consistance gélatineuse, et si nous l’incisons il s’écoule une matière gluante, visqueuse et de coloration rouge. Par sa consistance et par sa coloration elle ressemble, à s’y méprendre, à de la gelée de cerise. C’est la, Messieurs, un phénomène extrêmement caractéristique, que l’on rencontre constamment sur les fœtus morts qui ont séjourné un temps assez long dans le sein maternel.

Le périoste des os du crâne se détache sans le moindre effort sur toute l’étendue de la tète et présente également une teinte rosée. En écartant les pariétaux, vous remarquez qu’ aussitôt la masse encéphalique, diffluente et rougeâtre, s’échappe par son propre poids, se liquéfie et s’étale sur la table. Le périoste des os des membres se détache également bien et les différents segments se séparent par suite de la destruction de leurs attaches.

Je signale spécialement à votre attention la coloration remarquable des cartilages. Vous savez qu’à l’état normal ils sont d’un blanc nacré, un peu bleuâtre, ici au contraire ils sont fortement teintés en rose et tirent sur la coloration rouge cerise de la gelée

du cuir chevelu ; tous les cartilages que nous sectionnons ont cette même teinte. Je ne .; puis vous dire si ce phénomène est constant, je l’ai déjà constaté sur le fœtus auquel je faisais allusion plus haut, mais il est en désaccord avec la description, donnée par M. Lempereur dans son excellente thèse où il dit : .« Les cartilages sont aussi réfractaires et ne font guère que prendre une légère coloration jaune (1). » Il est donc possible que les cartilages présentent tantôt une teinte jaune, tantôt une teinte rose, et que cette différence de coloration tienne à la différence de la durée du séjour dans l’utérus. Il reste à établir par des observations multipliées si l’on peut trouver là un caractère qui marque cette durée.

Les yeux offrent aussi des altérations importantes : les cornées sont rouges, et tout autour la sclérotique présente une teinte analogue, plus foncée à la périphérie du cercle cornéen ; les humeurs de l’œil et le cristallin lui-même ont une coloration semblable.

Les muscles sont flasques, pâles, comme disséqués, et baignent dans une sérosité rosée, qui imbibe d’ailleurs tous les tissus et infiltre les téguments dans toute leur étendue. Si nous ouvrons les cavités splanchniques, elle s’écoule de l’abdomen, des plèvres, du péricarde en quantité notable, mais pas aussi abondamment qu’on le voit dans certains cas.

Les poumons offrent le type de l’état fœtal, ils ont une teinte violacée, ils sont mous, ne crépitent point.

(1) Lempereur, Des altérations que subit le fœtus , thèse de Paris, 1867, page 60.

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Sans insister sur l’épreuve docimasique, vous voyez que la niasse pulmonaire tout entière, jetée dans un vase rempli d’eau, tombe rapidement au fond ; qu’un petit fragment, malaxé entre les doigts et placé sous l’eau, ne laisse échapper aucune bulle de gaz, et qu’abandonné à son propre poids, il gagne le fond avec une grande vitesse.

Le cœur et le thymus sont ramollis et de couleur violette. Le foie et la rate son réduits à l’état de bouillie qu’il est impossible de sectionner avec le scalpel, parce que la masse s’écrase au contact de la lame. Les reins forment également une pulpe rougeâtre, violacée, qui se liquéfie à la pression.

Le placenta a une consistance moindre qu’à l’état normal, et il est remarquable par sa pâleur. Les cotylédons sont au complet et offrent tous le môme aspect ; il n’y a donc pas dans cet organe d’altération grossière expliquant la mort du fœtus dans l’utérus. Le cordon est mince et de coloration grisâtre.

Voilà, Messieurs, aussi complète que j’ai pu la faire, la description de ces altérations que vous pouvez considérer comme typiques et indiquant à première vue qu’il s’agit d’un fœtus mort dans le sein maternel, où il a séjourné plusieurs jours. Nous apprendrons bientôt à déterminer la durée de ce séjour.

Ces altérations sont bien distinctes de celles que produit la putréfaction, comme nous le verrons plus tard ; mais si ce cadavre eût été exposé à l’air pendant un certain temps, la décomposition putride n’aurait pas tardé à s’en emparer. Tout est en effet préparé pour cela, les tissus sont infiltrés de liquides, l’épi-

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derme est détaché en différents points, les éléments

anatomiques sont désagrégés, la température de l’air est assez élevée. Si donc ce cadavre ne présente pas encore de traces de putréfaction, c’est qu’il n’a pas été depuis assez longtemps dans un milieu qui la favorise ; c’est qu’il n’a pas subi, depuis assez de temps, le contact de l’air, agent principal de la décomposition putride.

En conséquence, nous pouvons conclure, en réponse aux questions qui nous ont été posées :

1° Le cadavre soumis à notre examen est celui d’un enfant né avant terme, au 6** mois de la grossesse ;

2° Il présente les signes de la macération dans l’utérus, par conséquent il est mort-né , ce qui dispense de répondre à la 3e et à la 4'1 question ;

3° Il a été recueilli sur la voie publique peu de temps après son issue des parties maternelles. Ge laps de temps peut être évalué à quelques heures, à un jour au maximum.

Pour achever notre expertise, il nous reste à établir les indications fournies par le cadavre qui sont de nature à faire reconnaître la mère. Elles se réduisent à bien peu de chose :

1° L’examen que nous avons fait de ce fœtus nous a démontré qu’il était issu depuis peu de temps, vingtquatre heures à peine, des parties maternelles. En conséquence, on doit constater sur la femme tous les signes d’un accouchement récent et tels qu’on les trouve avant l’établissement des lochies ;

2" Elle a porté son enfant mort dans son sein pen-

da'nt une quinzaine de jours, ainsi qu’en témoignent les signes de la macération ;

3° Le fœtus ayant les caractères de ceux qui ont atteint le. 6e mois, cette femme a dû concevoir il y a 6 mois 1/2 environ.

Le fait que je viens de vous exposer me conduit naturellement à vous entretenir des différentes altérations que subit le fœtus dans le sein maternel, et à les comparer avec celles dont vous avez un exemple sous les yeux.

Des altérations que subit le fœtus dans le sein maternel. — C’est là, Messieurs, un sujet que vous trouverez à peine traité dans vos livres classiques ; aucun, assurément, ne lui consacre une place spéciale en rapport avec son importance. Il est cependant bien connu depuis l’année 1867, où il a été magistralement étudié par M. Lempereur dans sa thèse inaugurale (1), et par M. Sentex dans un mémoire couronné par l’Académie de médecine (2). Certes, on possédait depuis bien longtemps d’innombrables documents sur les altérations du fœtus dans la matrice, et ces deux publications n’ont peut-être pas ajouté des faits nouveaux à ceux déjà acquis ; mais ces auteurs ont eu l’immense mérite de débrouiller ce chaos de documents, et d’en tirer plusieurs groupes de signes correspondant à une égale durée de la macération. Si bien que désormais, à l’aide des caractères qu’ils ont donnés pour chaque période, on est à même de

(1) Lempereur, déjà cité, thèse de Paris, 1867.

■^2) Sentex, Des altérations que subit Ir fœtus... A Delahaye, 1867-

déterminer avec précision la date de la mort du fœtus avant son expulsion. Ils ont accompli sur ce point, avec un égal bonheur, le même travail que M. Devergie avait fait depuis longtemps pour la submersion.

Voilà, Messieurs, un progrès très-réel pour la médecine légale, dont l’importance ne saurait vous échapper. Il me suffira de quelques exemples pour vous en convaincre. Supposez qu’une femme grosse, après avoir subi des violences, mette au monde un enfant mort-né. Elle ne manquera pas de faire peser sur celui qui l’a frappée la responsabilité de la mort du fruit qu’elle portait dans son sein. Le médecin expert sera certainement appelé à donner son avis, et suivant sa réponse il y aura diminution ou aggravation des charges contre l’inculpé. Eh bien, si les voies de fait ont eu lieu 4 ou 5 jours seulement avant la fausse couche, et si le fœtus présente tous les caractères de ceux qui ont macéré 15 jours dans la matrice, l’expert affirmera sans hésitation qu’il n’y a pas de corrélation entre la mort du fœtus et les violences subies par la femme. Au contraire, si les caractères du produit expulsé indiquent que la date de la mort correspond à celle des violences, on peut légitimement admettre que la mort est le résultat des brutalités dont la femme a été la victime.

Encore un exemple : une femme est accusée de s’ être fait avorter; toutes les apparences sont contre elle ; on l’a vue quelques jours auparavant aller chez une sage-femme, puis elle a avorté. Une double accusation est portée contre elle et contre la sage-femme ;

on vous soumet le corps du délit, le produit expulsé, sur lequel vous constatez tous les signes de la macération prolongée dans les eaux de l’amnios. Vous pouvez hardiment affirmer que ces deux femmes ne sont pas coupables, car il n'y a aucune manœuvre qui tue le fœtus, en respectant les membranes et sans réveiller aussitôt les contractions utérines.

Les exemples que je viens de citer, et qu’il serait facile de multiplier, vous montrent l’importance de la question, et cependant elle est à peine abordée dans les livres classiques. Je crois donc l’occasion favorable pour vous en fournir un exposé suffisamment complet.

Lorsque le fruit succombe dans le sein de la mère sans être expulsé immédiatement, il y subit des transformations qui varient suivant différentes conditions. La plus importante de toutes, celle qui tient vraiment sous sa dépendance la nature des altérations, c’est l’intégrité ou la perforation des membranes, permettant ou non l’accès de l’air.

Quand les membranes sont perforées, si l’expulsion du fœtus privé de vie est retardée, l’air atmosphérique pénètre jusqu’à lui, apportant les germes de la décomposition putrique, qui vont trouver un milieu chaud et humide éminemment favorable à leur développement. En pareil cas toutes les autres conditions s’effacent devant celle-là, et il ne se produit qu’un seul genre d’altération : la putréfaction du fœtus.

J’insisterai peu sur le mode de décomposition, qui ne diffère de la putréfaction dans d’autres milieux que par sa rapidité extraordinaire.

Cet état de putréfaction du produit peut être re-

connu bien avant l’ expulsion, par l'horrible odeur qui se dégage des parties maternelles, par le développement exagéré du ventre dû à la distension de l’utérus, par des gaz putrides, ce qui constitue la physomètrie . La matrice, gonflée jusqu’à ses dernières limites de résistance, résonne à la percussion comme un tambour. En meme temps on observe chez la mère des phénomènes généraux graves, sur lesquels je n’ai pas à m’appesantir, pour ne pas empiéter sur le domaine de l’obstétrique.

Le cadavre de l’enfant exhale une odeur infecte, il a une couleur livide, parsemée de taches verdâtres plus ou moins étendues, et ordinairement plus grandes sur les parties les plus directement soumises au contact de l’air. La tête, le ventre, les membres, le corps tout entier sont boursouflés par les gaz et acquièrent quelquefois des proportions monstrueuses ; ils crépitent à la pression du doigt. Ces gaz s’accumulent particulièrement dans la cavité abdominale, dont les parois sont distendues dès le premier degré de la putréfaction. Dans certains cas, cette distention serait telle, que les téguments cédant, laisseraient échapper ces vapeurs avec un bruit semblable à une détonation. « Je coulais doucement la main, raconte l’accoucheur Peu, par dessus la peau de ce ventre corrompu, lorsque la mère fît un puissant effort contre moi ; le ventre bondé par excès, se creva avec un si grand bruit, que je crois qu’on l’entendit de la rue » (1). Ainsi se présentent les fœtus putréfiés dans le sein maternel, vous voyez

(I) Cité par Lempereur, page 203.

qu'il n’y a là rien de comparable à ce que nous avons observé sur notre sujet. L’odeur horriblement fétide, les plaques verdâtres, le gonflement de l’abdomen et des membres par les gaz, sont assez caractéristiques pour ne pas laisser confondre sous un même nom, comme cela se faisait autrefois, la putréfaction et les autres altérations du fœtus, que nous allons passer en revue.

Nous avons dit que la putréfaction du fœtus ne se produit que lorsqu’il y a pénétration de l’air dans l’œuf et qu’en pareil cas elle est fatale, qu’il ne peut pas se produire autre chose. Inversement, les autres altérations ont pour condition commune et primordiale l’intégrité des membranes. Mais comme elles ne sont pas toujours de même ordre et de même nature, elles doivent reconnaître d’autres causes accessoires qui leur impriment un cachet spécial, suivant les cas. C’est ainsi que l’on observe tantôt la dissolution, tantôt la momification, tantôt enfin la macération. De ces causes secondaires, les unes paraissent liées au degré de développement, les autres à la durée du séjour dans l’utérus, enfin il en est qui nous échappent.

La dissolution, par exemple, n’a lieu que dans la première période de la vie fœtale, dans la période embryonnaire i dans les deux premiers mois de la grossesse.

A ce moment tout concourt à favoriser cette métamorphose : le faible volume de la masse embryonnaire, sa consistance molle et gélatineuse et les éléments anatomiques sans cohésion. De plus, d’après les recherches de Fehling, cette petite masse est

extrêmement riche en eau, elle en contient (J7,5 4 parties pour 100. Il reste donc bien peu de principes solides à détruire pour que sa totalité se liquéfie. C’est en effet ce qui se passe, l’embryon une fois frappé de mort, s’il n’est pas expulsé de bonne heure, subit une désagrégation moléculaire ; quelques-uns de ses principes se dissolvent directement, d’autres après une transformation graisseuse préalable, s’émulsionnent dans le liquide amniotique. Celui-ci clair, transparent, limpide et citrin à l’état normal, devient alors louche, laiteux et trouble. Martin, ancien chirurgien de la Charité de Lyon, qui a observé plusieurs fois ce phénomène, le décrit en ces termes : « L’embryon peut, dans les premières semaines de sa formation, se dissoudre dans l’eau de l’amnios, à peu près comme le cristallin se fond dans l’humeur aqueuse, après l’opération de la cataracte par abaissement; de sorte que, lorsqu’on ouvre la cavité de la membrane amnios, on n’y trouve qu’un liquide blanchâtre, opaque, assez semblable à une dissolution de gomme , on y cherche vainement les traces de l’embryon ; on pourrait même douter qu’il ait existé, si l’on ne savait combien ses organes, à peine ébauchés, se rapprochent de l’état fluide, et si l’on ne rencontrait quelquefois sur la face interne de cette cavité une saillie indiquant le point d’insertion du cordon ombilical et des vaisseaux qui vont, en rayonnant, se distribuer dans le tissu du placenta. Il y a là une métamorphose qui substitue aux éléments histologiques une masse émulsive, un détritus graisseux ; peu importe que l’altération soit subie par un corpuscule de tissu conjonctif, une fibre

nerveuse ou musculaire, Un vaisseau capillaire, le résultat est toujours le même : c’est un détritus laiteux, une accumulation amorphe de particules graisseuses dans un liquide plus ou moins riche en albumine. »

Je n’ai rien à ajouter à la description si saisissante donnée par Martin, de ces faits assez rares qui sont connus en gynécologie Sous les noms d'œufs vidés, (Y œufs clairs, de faux germes, et qui n’ont en médecine légale qu’une importance bien secondaire.

Je passe à un second mode d’altération qui peut survenir quand les membranes sont intactes et que le fœtus n’a pas dépassé le troisième ou quatrième mois de la conception ; je veux parler de la momification du fœtus. Les faits de ce genre sont au moins aussi rares que les précédents; pour mon compte je n’en ai jamais observé, et c’est sur la foi d’autrui que je vous en entretiendrai. Ils ont été décrits par les auteurs sous les noms de flétrissement, émaciation, racornissement, atrophie, dessèchement, etc. Toutes ces expressions vous rendent compte immédiatement de l’aspect que présente le sujet qui a subi cette transformation : il est flétri, racorni, desséché; ses tissus, qui à cette époque de la grossesse sont encore fortement chargés de liquides, ont perdu pour ainsi dire leur eau de constitution, comme s’il s’était opéré un courant osmotique du fœtus vers l’eau de l’amnios. Ils se condensent, se dessèchent, Se resserrent et se collent sur les os.

L’habitus du cadavre est bien différent de celui que nous avons observé, au lieu de flaccidité extrême, de l’affaissement de toutes les parties du corps, les for-

mes générales sont bien conservées et offrent quelque chose de rigide ; le ventre, loin de se déjeter sur les flancs, est comme rétracté, aplati contre la colonne vertébrale. L’aspect de la peau est encore plus caractéristique; au lieu d’ôtre humide, imbibée de sérosité et de se dépouiller de son épiderme, elle est sèche et tannée et les frictions énergiques en détachent à peine l’épiderme; sa coloration est uniformément pâle, terreuse, terne. Nulle part, ni sous le cuir chevelu, ni dans, les grandes cavités, ni dans le tissu cellulaire sous-cutané qui d’ailleurs a presque disparu, on ne trouve cette sérosité sanguinolente, si particulière à la macération du fœtus. On a comparé le produit ainsi plongé dans le liquide amniotique aux fruits conservés dans une liqueur alcoolique: comme eux il y perd son eau de constitution, mais il s’y conserve et il semble que F altération se borne à cette déshydratation.

M. Robin a depuis longtemps déjà signalé Faction conservatrice du liquide amniotique sur les éléments épidermiques du fœtus. Elle s’exerce également sur les embryons restant plongés dans cette humeur lors de l’expulsion abortive de l’œuf entier, elle en fait le meilleur liquide conservateur dans lequel on puisse laisser l’embryon ou ses parties en attendant le moment de les soumettre à la dissection (1). Nonseulement le liquide jouit de cette action conserva-

(1) Ch. Robin : Sur une particularité du développement des cellules épidermiques superficielles chez le fœtus : In Journal de la physiologie de l'homme et des animaux. Paris, 1861, page 228, et In Leçons sur les humeurs.

/,s foetus trouve SUR LA VOIE PUBLIQUE.

liice, mais lui-même il peut rester longtemps exposé à l’air sans répandre une odeur putride. Cette particularité tient à sa composition chimique, car il ne renferme que fort peu de principes donnant des produits ammoniacaux comme l’urée.

Le fœtus est donc plongé dans un liquide conservateur par excellence, et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il puisse y séjourner longtemps sans plus d’ alteration.

La grossesse peut se prolonger ainsi jusqu’au terme ordinaire et le dépasser; il existe dans les annales de l’obstétrique des faits authentiques où de pareils produits ont séjourné plusieurs années dans l’utérus. Malheureusement dans l’état actuel de la science, nous ne pouvons pas, par le simple examen du fœtus, estimer la durée de son séjour dans l’utérus et reconnaître à quel moment il faut faire remonter la date de la mort. Cette lacune enlève beaucoup d’importance à ces faits, au point de vue médicolégal; néanmoins la connaissance que nous en avons peut trouver son application dans quelques cas, ainsi qu’en témoigne le fait suivant relaté par Moriceau dans son Traité clés maladies des femmes grosses :

On lui présentait un avorton tout flétri, de la largeur du médius, en lui demandant de quel terme pouvait être ce fœtus. « Je luy dis qu’à sa grandeur il ne paraissoit pas avoir esté vivant au ventre de sa mère plus de deux mois, ou environ; mais qu’il pouvait s’y estre conservé encore autant de temps après sa mort, ses eaux ne s’étant pas écoulées devant le temps de l’avortement, et peut estre même davan-

tage;sur cela, elle me dit que c’estoit nue de ses femmes domestiques, qui estoit avortée ce mesme jour de cet enfant, et que, comme le mari de cette femme était absent depuis quatre mois et demy, elle croyoit, voyant cet enfant si petit, que c’estoit un autre homme qui luy avoit fait. Mais pour moy, de crainte d’imputer dans le doute, un crime à cette femme dont elle estoit peut estre innocente, je laissay la question indécise; ne pouvant pas avoir une entière certitude par l’inspection de cet avorton, du véritable temps de sa conception; en ayant vu d’aussi petits, dont les femmes ne se sont délivrées qu’ après cinq mois de leur conception, les ayant portez morts deux ou trois mois en leur ventre, où ils s’estoient conservez sans grande corruption dans leurs propres eaux, comme font certains fruits dans une saumure convenable ; de sorte qu’ils n’estoient que de la grosseur qu’ils pouvoient avoir lors que leur principe de vie avoit esté détruit. »

Cela vous donne un aperçu de la nature des questions posées au médecin en pareille occurence. Le fait n’avait pas sans doute des proportions bien grandes et se réduisait à une simple querelle intestine, terminée, grâce à Moriceau, à la satisfaction de toutes les parties; mais rendre la confiance et le repos à une famille, sauvegarder l’honneur d’une femme soupçonnée à tort, n’est- ce pas déjà pour le médecin un immense résultat ?

Des faits de ce genre donnent lieu quelquefois à des accusations d’avortement criminel, qui tombent d’elles-mèmes, si le foetus peut être examiné ; car la

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