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CINQUIÈME CONFÉRENCE

(suite)

De la macération du fœtus.

que subit le fœtus dans l’utérus après sa mort, lorsque les membranes sont intactes. C’est de beaucoup la plus fréquente, celle que l’on observe communément quand le sujet a dépassé le 5e mois de la grossesse. Sous les dénominations diverses de fœtus putréfié, corrompu, pourri, etc., elle est restée longtemps confondue avec la putréfaction ; mais cette confusion n’est plus permise, et on lui a donné le nom spécial de macération.

Le fœtus macéré dans F utérus offre un aspect tout spécial que présentait à un haut degré celui qui a été le point de départ de ces conférences. Le cadavre perd ses contours arrondis, il s’aplatit et s’élargit; l’abdomen s’affaisse et retombe sur les côtés et prend l’aspect « d’un ventre de batracien (1). » La tète se déforme

(1) Scntex, hco citalo.

FOETUS TROUVÉ SUR LA VOIE PUDLïQUE.

comme si elle avait subi une forte pression latérale. La coloration de la peau est un des caractères importants : elle est rosée dans toute son étendue, si la macération a duré quelque temps, sauf sur certains points où elle est brune. L’épiderme se détache avec une facilité extrême, se soulève sous forme de bulles ou bien manque sur de grandes surfaces. Par ces surfaces dénudées, et on pourrait dire par tous les pores, suinte une sérosité sanguinolente qui s’accumule principalement dans les cavités splanchniques et sous le cuir chevelu, où elle forme une tumeur gélatineuse semblable à un amas de gelée de cerise. Les os du crâne devenus mobiles, les segments des membres sans fixité, vacillent les uns sur les autres sous l’influence de la pesanteur. Les yeux et les viscères, suivant la durée de la macération, -subissent eux-mêmes des altérations variables, sur lesquelles nous reviendrons.

Après cette vue d’ensemble, je vais reprendre en particulier quelques-uns des signes les plus importants, puis je les grouperai, en réunissant ensemble ceux qui correspondent à un même stade du processus.

Le premier caractère de la macération est la flaccidité spéciale du corps. Il imprime au foetus, dès les deux premiers jours, une physionomie telle, qu’on ne peut le confondre ni avec un enfant mort pendant le travail, ni avec un enfant ayant subi un commencement de putréfaction ou de submersion. Tandis que, dans ces derniers cas, le cadavre conserve sa fermeté, la pureté des contours et sa forme rebondie, dans l’autre, au contraire, il s’affaisse et s’aplatit comme si

le squelette et les tissus ramollis, sans consistance, sans cohésion, ne pouvaient résister à l’action de la pesanteur. C’est là, je le répète, un caractère de la première heure, et on le constate sur des fœtus morts depuis deux jours seulement.

Le deuxième signe est \a coloration rosée de la peau, bien différente des colorations que l’on observe chez les fœtus putréfiés à l’air libre ou dans l’eau. Joint au précédent, il est vraiment pathognomonique. Tout d’abord, il est peu accusé et débute par la face où il reste toujours plus marqué ; puis au fur et à mesure que la macération se prolonge, il gagne toute l’étendue des téguments. Il résulte d’une imbibition de la

peau par cette sérosité sanguinolente qui plus tard soulève les lames épidermiques et le cuir chevelu et s’accumule dans les cavités viscérales. La matière colorante provient évidemment de l’hémoglobine, qui se dissout dans les humeurs et imbibe les éléments anatomiques à la manière d’une solution de carmin.

Cette rapide dissolution de l’hémoglobine , Messieurs, est un phénomène bien curieux, vraiment inexplicable. En effet, toutes les humeurs normales de l’organisme, le sérum, la lymphe, l’urine même n’attaquent pas l’ hémoglobine. Quant au liquide amniotique, c’est l’un des meilleurs agents pour conserver aux hématies leur forme et leur coloration normales. Vous savez qu’on utilise cette propriété pour diluer le sang dont on veut faire la numération des globules. Comment expliquer que ces éléments baignés de tous cotés, en admettant même des échanges osmotiques entre le fœtus et les eaux, par des liquides conservateurs cèdent

ainsi leur hémoglobine? Le fait cependant est certain, puisque C. Ruge a noté que les globules sont réduits à l’état de disques pilles et délicats , dépourvus de matière colorante , ou bien qu’ils sont ratatinés et détruits. On pourrait admettre que le fœtus a succombé à une altération du sang, analogue à celle que l’on observe dans certaines pyrexies ; mais cette hypothèse tombe devant les faits. Les observations démontrent que les phénomènes de la macération sont à peu près les mêmes, quelle que soit la maladie qui ait tué le fœtus.

La dissolution de l’hémoglobine s’opère avec une très-grande rapidité, puisqu’ après deux jours de macération la coloration rosée est déjà très-marquée, à la face du moins. Une fois dissoute, la matière colorante du sang subit des transformations et se dépose en granulations pigmentaires, qui impriment aux téguments un nouvel aspect. C’est ainsi que se forment ces plaques de coloration ardoisée plus ou moins étendues, plus ou moins foncées, et qui donnent aux parties une teinte sombre, analogue à celle de la peau dans la maladie d’Addisson. La pigmentation se développe en premier lieu à la face, sur le front, puis à l’abdomen, à la partie postérieure du tronc. Son extension successive à ces différentes régions sert à apprécier la durée de la macération. La matière pigmentaire imprègne bientôt tous les organes et, d’après Ruge, se retrouve dans les liquides cavitaires, sous formes d’aiguilles cristallines rouge brun, ou sous la forme rhomboédrique ou à l’état amorphe.

Après un certain temps, tous les tissus, tous les organes sont imbibés de cette sérosité, et la teinte

rosée ou brune a envahi la surface du corps tout entière. D’où le nom de fœtus sanguinolentus , donné à ces fœtus par Martin. Le globe oculaire en est infiltré, et c’est là un phénomène sur lequel M. Scntex a le premier attiré l’attention. On voit alors la cornée, les humeurs de l’œil, le cristallin, puis la sclérotique, se colorer successivement en rose. M. Sentex a tiré de la marche de la coloration de ces diverses parties des éléments pour apprécier la durée de la macération.

La sérosité sanguinolente s’épanche dans les cavités, pénètre le parenchyme des viscères et le tissu cellulaire sous-cutané, et s’amasse plus particulièrement sous le cuir chevelu. Celui-ci est alors soulevé par une tumeur étendue, fluctuante et de consistance gélatineuse. A l’incision, il s’en échappe tantôt une substance liquide et rougeâtre, tantôt une matière épaisse, suivant la durée plus ou moins longue de la macération. Lorsqu’elle est épaisse, son aspect est vraiment singulier : elle ressemble absolument à de la gelée cle cerise. C’est un caractère qu’on ne saurait oublier lorsque on l’a vu une fois.

A la suite de l’imbibition du derme, on voit survenir de profondes modifications anatomiques de la peau. En certains points l’épiderme est soulevé par le liquide et forme de véritables bulles pemphigoïdcs ; sur d’autres les bulles ont été déchirées au passage, ou bien les frottements ont détruit la couche épithéliale, et le derme est complètement à nu dans une étendue d’autant plus grande que l’altération est plus avancée. Enfin là où il est encore adhérent, il suffit

do la plus légère friction pour enlever des lambeaux d’épiderme.

A ces altérations de la peau, il s’en joint d’autres qui n’ont pas encore été signalées par les auteurs. Vous vous rappelez que notre foetus présentait, en différents points, et particulièrement sur l’abdomen, là où le derme était à nu, de petits îlots et des traînées jaunâtres, formant un réseau très-serré, comme s’il s’agissait d’une injection des capillaires lymphatiques. Frappé de cet aspect singulier, que j’avais déjà observé sur un fœtus dans les mêmes conditions, j’ai remis un lambeau de cette peau à M. le docteur Chandelux, maître des conférences d’anatomie générale, qui a bien voulu se charger de son examen histologique. Pour le rendre plus complet et plus concluant, il a eu le soin d’examiner comparativement la peau d’un fœtus du même âge que le notre et mort pendant le travail. C’est à son obligeance et à son zèle scientifique que je dois de pouvoir aujourd’hui vous communiquer in extenso l’étude complète de ce fait intéressant.

EXAMEN HISTOLOGIQUE d’üNE PEAU DE FOETUS MACÉRÉ DE 6 MOIS

Par M. le docteur Chandelux, maître de conférences.

La peau de ce fœtus fortement macéré présentait surtout au niveau de l’abdomen un aspect tout à fait particulier, consistant en une coloration jaunâtre semblable à celle du ciment et en un état rugueux et comme chagriné de la surface , de nombreux petits îlots jaunâtres, des traînées de même coloration, sé-

parés les uns dos autres par clos sillons ot clos dépressions légères, ayant conservé la coloration grisâtre du derme normal, donnaient lieu à ces inégalités de la surface et à cette sorte d’état de peau d’orange. — Sur toutes les plaques jaunâtres l’épiderme s’est complètement détaché ; on le retrouve sous forme de lambeaux flottants tout autour d’elles, et il est facile par une traction légère de le détacher des parties sous-jacentes et de l’enlever sous forme de larges lamelles.

La disposition en quelque sorte réticulaire de la matière jaunâtre, qui 'donnait à la peau l’aspect cpie nous avons signalé, pouvait faire penser que la lésion anatomique siégeait dans les réseaux ou les lacunes lymphatiques du derme. Il était donc intéressant de rechercher s’il en était ainsi, ou bien si la lésion dégénérative avait atteint d’autres éléments.

Dans ce but, la peau du foetus, maintenue fixée à l’aide d’épingles sur un petit cadre de liège afin d’empêcher sa rétraction, fut placée successivement, pendant 24 heures, clans l’alcool à 90° ; pendant un quart d’heure clans la solution concentrée d’acide picrique ; pendant 24 heures dans la solution sirupeuse de gomme arabique ; enfin de nouveau pendant 24 heures dans l’alcool à 90°. Ainsi durcie, des coupes régulières en furent faites perpendiculairement à la surface ; cellesci, colorées au picro- carmin et montées clans la glycérine, permettent de voir les détails suivants :

Avec Foc. 1 et l’obj. 1 de Verick on reconnaît dans, cette peau deux zones bien distinctes, qui sont en allant de la superficie vers la profondeur :

1° Une zone de tissu fibreux à faisceaux généralement parallèles à la surface, denses, présentant dans leurs interstices de nombreuses cellules du tissu conjonctif (Planche 1, fig. 1-a) ;

2° Une zone de tissu adipeux formée par de nombreux îlots de forme ovalaire et allongée (PL I, fig. 1-b), séparés les uns des autres par des faisceaux de fibres conjonctives qui se détachent de la coupe superficielle pour aller se confondre avec une mince lame conjonctive profonde. Chaque îlot adipeux est ainsi circonscrit et contenu dans une petite logette ou alvéole limitée à sa périphérie et séparée de ses voisines par les faisceaux fibreux qui proviennent de la couche superficielle.

Au-dessous de la zone adipeuse, nous trouvons une lame conjonctive d’épaisseur variable, mais généralement faible, dont les faisceaux disposés en couche planiforme sont généralement parallèles à la surface du tégument (PI. I, fig. 1-c).

La texture de cette peau, étudiée dans son ensemble, devait être mise en parallèle avec la texture normale d’une peau d’un fœtus de même âge, ayant succombé au moment de son expulsion prématurée. L’occasion m’a été offerte d’établir la comparaison, et j’ai pu ainsi vérifier, sur une peau d’un fœtus de 5 mois 1 /2, recueillie trois heures après la mort, que nous retrouvions les deux couches principales déjà signalées ; la lame fibreuse profonde, il est vrai, paraissait dans ce ‘cas notablement atténuée et réduite à quelques fibres. Sans doute, il ne faut voir dans cette différence, non point un phénomène pathologique, mais

simplement une variété, dont l’explication est fournie par ce fait que la peau n’a point été recueillie, clans les deux cas, en des régions identiques. Sur le fœtus macéré, c’est la peau de l’abdomen qui a été examinée, tandis que sur le fœtus mort au moment de son expulsion prématurée, on a recueilli la peau de la région dorsale. Il est donc vraisembable que, dans le premier cas , le développement exagéré de la lame fibreuse profonde est en rapport avec la formation de l’aponévrose abdominale superficielle, détachée ainsi avec les téguments. Signalons immédiatement ce fait que la peau normale était pourvue de son revêtement épidermique.

Ainsi donc, en employant un faible grossissement, nous ne découvrons aucune destruction de la couche fibreuse du derme ou de la couche graisseuse souscutanée. V épiderme seul s'est détaché et a disparu, tandis qu'il persiste sur la peau saine. Mais nous allons maintenant pénétrer plus avant et, à l’aide de grossissements plus élevés, nous arriverons à établir la nature de l’altération subie par la peau macérée.

Avec l’oc. I et l’obj. 7 de Verick nous constatons tout d’abord que la peau du fœtus macéré est absolument dépourvue de tout revêtement épidermique. La couche des cellules génératrices de Malpighi a ellemême disparu et nous n’apercevons à la superficie que les faisceaux fibreux du derme disposés en couche planiforme, et n’offrant, ainsi que cela a lieu pour des fœtus de cet âge, aucune saillie papillaire. On voit cependant pénétrer dans Y épaisseur même du derme des traînées cellulaires (PL I, fig. 2), plus ou moins

obliques par rapport à la surface, constituées par des cellules disposées sans ordre régulier et nullement à

la façon des cellules de revêtement. A côté des traînées

nous découvrons des îlots cellulaires (PL I, tig. 2-2),

d'aspect à peu près analogue quant à la forme et à la disposition des cellules, mais présentant à leur centre une cavité ou lumière plus ou moins développée. Ces traînées et ces îlots cellulaires représentent les vestiges des bourgeons pilo-glandulaires que F épiderme envoie dans l’épaisseur de la trame du derme à cette époque du développement fœtal. En effet, l’épiderme en se détachant entraîne à la fois avec lui, et la couche des cellules génératrices de Malpighi, et les prolongements épidermiques pilo-glandulaires qui vont plonger dans le derme lui-même. Toutefois il reste sur le trajet des bourgeons pilo-glandulaires ainsi arrachés, un certain nombre de cellules qui, par l’élasticité et la condensation du tissu, se rapprochent les unes des autres, et dessinent ainsi d’une façon assez nette le trajet et la direction primitive du bourgeon pilo-glandulaire disparu. Les îlots cellulaires avec cavité centrale correspondent à la partie profonde d’un follicule pileux au voisinage de la papille. Le poil ayant été arraché et ayant entraîné avec lui la presque totalité des cellules de ses nombreuses gaines concentriques, il reste ainsi un vide que la rétraction du derme est impuissante à faire complètement disparaître.

La trame du derme a subi des modifications peu importantes qui toutes semblent se rapporter à une condensation et une densification de tissu. Il existe

cependant une différence très-marquée entre l’intensité de la coloration d’une peau ainsi altérée et celle d’une peau normale. Dans ce cas, en effet, les faisceaux libreux sont à peine teintés en rose, tandis que les cellules se détachent en rouge vif et tranchent nettement sur ce fond de coloration blanc-rose. Dans la peau normale, au contraire, les différences s’atténuent, b uniformité tend à s’établir, et le degré de coloration est sensiblement le meme pour les cellules et les faisceaux conjonctifs. Les premières sont donc moins facilement distinctes et comme noyées, pour ainsi dire, dans une substance de même nuance.

Aucune altération graisseuse n’existe ni dans les cellules ni dans les intervalles des faisceaux conjonctifs.

C’est dans la couche suivante, c’est-à-dire dans la couche adipeuse sous-cutanée qu’existent les lésions véritablement intéressantes et importantes que nous avons à signaler. En examinant avec le grossissement déjà indiqué (oc. 1, obj. 7 de Verick) l’un des îlots graisseux de la région, nous constatons, de prime abord, que les vésicules adipeuses, au lieu de présenter leur réfringence normale, sont devenues granuleuses, légèrement opaques et jaunâtres. La graisse s’est donc fragmentée en un grand nombre de particules dans l’intérieur même de la vésicule, et paraît ainsi ne plus être diffluente, mais bien solide et granulée (PL I, fig. 2-3). A l’un des pôles de la vésicule on aperçoit le noyau entouré d’une couche de protoplasma, qui se poursuit en s’atténuant et se réduisant à une lame très-mince, tout autour de la vésicule

adipeuse (iig. 2-4). Celle-ci dans son ensemble représente donc un anneau ou une bague dont la mince couche de protoplasma forme le contour, et le noyau, le chaton. A côté de ces vésicules, remplies par de la graisse granuleuse, nous en rencontrons d’autres dans lesquelles le travail de solidification a atteint un degré plus élevé. Ainsi, sur plusieurs d’entre elles nous voyons que la cavité vésiculaire offre de nombreuses aiguilles de margarine cristallisée, rayonnant autour d’un centre commun et donnant alors la figure d’une étoile à branches multiples (fîg. 2-5). Enfin, de distance en distance, on trouve de petits amas de pigment de couleur olive ou bistre, occupant le uns, l’intérieur même d’une cellule adipeuse dégénérée, les autres, au contraire, les interstices de ces cellules. Chaque amas pigmentaire comprend de trois à cinq petits corps ovoïdes (fîg. 2-6) groupés les uns autour des autres, sans ordre apparent et offrant une coloration bistre ou vert olive qui n’est pas sans analogie et représente assez la coloration de la bile. Tout autour des corps pigmentaires on peut remarquer une zone où la coloration bistre s’observe également, mais en s’adoucissant de plus en plus et finissant par disparaître. Cette coloration semble produite par une diffusion de la matière colorante des îlots, dissoute dans les liquides qui baignaient les tissus.

La couche fibreuse profonde n’offre qu’une condensation légère de ses éléments, sans aucune altération pathologique digne d’être notée.

Peau normale d’un fœtus de 5 mois i/2. — L’étude comparative de cette peau, faite après durcissement

DE LA MACERATION IUJ FOETUS.

convenable, sur des coupes perpendiculaires à la surface, nous montre les détails suivants :

L’épiderme (fig. 3-a) est représenté par une couche de cellules génératrices, d’apparence polygonale ou cubique (fig. 3-1) implantées perpendiculairement à la surface du derme. Au-dessus de cette couche unique, sans interposition de cellules dentelées ou granuleuses, on voit immédiatement les éléments cellulaires prendre la forme aplatie ou pavimenteuse (fig. 3-w2) et se disposer les uns au-dessus des autres, en lits multiples et stratifiés, pour constituer la surface de revêtement. A cette époque de la vie intrautérine les cellules épidermiques superficielles n’ont subi qu’une évolution cornée très-imparfaite, bien différente de celle que leur imprimera les progrès du développement et surtout le contact de l’air extérieur.

les caractères de la substance cornée, et tandis que f épithélium corné de la peau d’un enfant ou d’un adulte se colorera en jaune avec les picro-carmin, ici le revêtement pavimenteux superficiel de l’épiderme prend, avec le même réactif, une coloration rouge à peine nuancée d’une légère teinte orange.

De la partie profonde de l’épiderme émanent des bourgeons épithéliaux, les uns renflés à leur extrémité terminale et onduleux sur le reste de leur parcours (fig. 3-3), les autres apparaissant sous forme de cylindres, obliquement dirigés par rapport à la surface cutanée, et dont la lumière est remplie par une tige pleine, colorée en jaune. Les premiers de ces prolongements répondent aux rudiments des futures glandes

sudoripares ; les autres représentent les poils en voie de développement. Le cylindre plein (fig. 3-7) coloré en jaune par le réactif est le poil lui-même, entouré dans la cavité du follicule pileux où il est inclus par différentes couches de cellules dont l’individualisation v ultérieure donnera naissance aux diverses gaines dont il est pourvu. A chaque poil sont annexées une ou deux glandes sébacées à l’état rudimentaire (fig. 3-4).

Le derme comprend des éléments cellulaires nombreux et des faisceaux conjonctifs plus ou moins développés. Les uns et les autres se colorent en rouge avec une intensité sensiblement égale, sous l’influence du picro-carmin. Du côté de l’épiderme, la surface dermique estplaniforme; elle ne doit acquérir que plus tard les saillies papillaires que l’on remarque sur la peau d’un enfant ou d’un adulte.

Au-dessous du derme se montre la couche graisseuse sous-cutanée, représentée par des îlots adipeux, ovalaires ou ovoïdes, séparés les uns des autres par des travées connectives, issues de la face profonde du derme, allant rejoindre une nouvelle couche fibreuse mince qui siège au-dessous du tissu adipeux. Chaque îlot rempli par un nombre variable, mais assez considérable de vésicules, nous fait assister à la formation normale de la graisse dans l’intérieur des cellules. Toute vésicule comprend un noyau entouré par une atmosphère de protôplasma granuleux (fig. 3-5) qui diminue d’épaisseur à mesure qu’on s’éloigne de lui, mais s’étale sous forme de nappe protoplasmique continue à la surface de la vésicule adipeuse qu’elle entoure de toute part. Au centre de la cavité ainsi formée, de

petites sphérules graisseuses se sont peu à peu fusionnées les unes avec les autres et ont donné naissance à une goutte de graisse liquide et réfringente, contenue au centre de l’élément (fig. 3-6). Nulle part la graisse n’est granuleuse ou cristallisée; partout, au contraire, elle se présente sous l’apparence d’une masse homogène translucide et très-réfringente. Le noyau est vivement coloré en rouge, l’atmosphère protoplasmique en rose. Enfin la capsule résistante qui enveloppe la vésicule adipeuse commence à se former et se traduit par un double contour.

La couche mince de tissu fibreux, qui double la couche graisseuse, possède des caractères analogues à ceux que nous a offerts le stroma du derme. Nous n’avons donc pas à nous y arrêter.

Pour résumer les notions acquises par l’examen et la description qui précède, nous pourrons formuler les conclusions suivantes :

A 5 mois 1/2, la peau d’un fœtus succombant au moment même de son expulsion, possède :

P Un revêtement épidermique représenté par une couche de cellules génératrices cubiques, au-dessus desquelles s’étagent différents lits de cellules pavimenteuses, devant subir plus tard l’évolution cornée, qui chez elle est à peine ébauchée ;

2° Des bourgeons épithéliaux glandulaires pleins et des bourgeons épithéliaux pileux. Chez ces derniers le poil est déjà différencié et nettement visible, ainsi que les rudiments de glandes sébacées qui lui sont annexées ;

3° La surface du derme est planiforme. — La cou-

Di;

che graisseuse sous-cutanée comprend des îlots adipeux distincts, très-développés.

Les modifications qu’imprimera à la peau d’un fœtus de même âge la macération pendant un certain temps, dans l’intérieur de l’utérus, seront les suivantes :

1° Desquamation de l’épiderme tout entier, entraînant avec lui les bourgeons pileux et glandulaires, dont le trajet primitif continue à être indiqué sur les préparations par des traînées de cellules appartenant à ces bourgeons, et qui n’ont pas été arrachées avec

eux ;

2° Condensation du stroma du derme;

3° Transformation granuleuse des vésicules adipeuses, devenues en même temps jaunâtres, troubles et opalescentes — Sur quelques-unes, cristallisation en aiguilles de la margarine. — Enfin, au milieu des îlots adipeux, amas de corpuscules pigmentaires, de coloration bistre ou vert olive, occupant les uns la cavité même d’une vésicule adipeuse dégénérée, les autres les intervalles de ces vésicules.

C’est donc à cette modification particulière et à cette altération subie par les éléments adipeux que doit être rapporté l’aspect jaunâtre, granuleux et comme sablé que l’on observait sur certaines parties de la peau du fœtus macéré. Cet aspect se rapproche beaucoup, quant à la coloration et aux inégalités de la surface, de celui que donne le ciment étendu sur les murs en surface de revêtement ou de crépissage.

Dans la marche et la succession des caractères que je viens de vous décrire, nous trouvons des points de

repère précieux pour nous renseigner sur la date de la mort du fœtus. En basant notre jugement sur ces signes, nous risquons peu de nous tromper, parce que tous dépendent, non point de phénomènes vitaux, sujets à varier, mais bien de phénomènes d’ordre physique, qui s’accomplissent dans des conditions sensiblement égales. La constitution des éléments anatomiques et la composition du liquide amniotique étant semblables dans tous les cas, la température de l’ utérus formant un facteur constant, il est bien évident que toutes ces transformations d’un corps sans vie ont une marche régulière ; et que toutes choses étant égales d’ailleurs, les mêmes lésions seront produites au bout d’un même espace de temps. En d’autres termes, il n’y a qu’un facteur variable, le temps. Or, les recherches multipliées de MM. Lempereur et Sentex nous en ont fait connaître presque jour par jour les effets sur le fœtus placé dans ces conditions. Si bien qu’inversement, nous pouvons, par la constatation de ces effets, en déduire la durée de la macération.

Nous allons maintenant réunir, parmi les signes que je viens de vous interpréter, ceux qui sont contemporains et qui correspondent aux diverses périodes de la macération. Au début, ils sont peu nombreux ; puis peu à peu, à mesure que le séjour du fœtus se prolonge, d’autres signes s’ajoutent aux premiers, jusqu’au moment où la décomposition est si avancée, qu’il n’est pas possible d’en distinguer de nouveaux.

C’est ainsi que dans la première période, jusqu’au troisième jour, on n’observe guère que cette flaccidité

particulière, sur 1 ne pas y revenir.

aquelle j’ai suffisamment insisté

pour

Au troisième jour apparaît la coloration rosée de la peau et surtout de la face. Tous les autres caractères font défaut, sauf une imbibition de l’extrémité fœtale du cordon et des bourses chez les fœtus mâles, par la sérosité sanguinolente.

Du quatrième au cinquième jour, le cadavre, encore plus affaissé sur lui-même, présente une teinte rosée générale, et sur la face, sur le front, vers l’ombilic commence à poindre la coloration ardoisée. Déjà sous le cuir s’amasse de la sérosité sanguinolente; mais elle est encore liquide. La sclérotique, qui a conservé sa blancheur, contraste avec la cornée devenue rose ; le cristallin et les humeurs de l’œil ont gardé leur coloration normale. La marche de cette altération singulière, dit M. Sentex, est tellement fixe, que j’ai la conviction qu’elle suffirait à elle seule pour diagnostiquer l’époque à laquelle remonte la mort d’un enfant qui a succombé dans le sein de sa mère.

Vers le huitième jour, la flaccidité est telle que la tête s’aplatit latéralement. Les cotes se dessinent sous la peau ; l’abdomen est affaissé sur la partie médiane et rebondi sur les flancs (ventre de batracien). La teinte ardoisée a gagné l’ombilic, l’hypogastre, les flancs, la base de la poitrine, et tend à se généraliser. Il y a donc une succession bien nette dans la marche des deux colorations caractéristiques de la macération : la teinte rosée qui débute à la tête se généralise d’abord, puis survient la teinte ardoisée qui, de l’ombilic envahit successivement toutes les parties de l’abdomen et la base de la poitrine.

A la même époque, l’épiderme soulevé en quelques points, s’enlève toujours au moindre frottement, excepté sur la face et sur le crâne. Le périoste des os du crâne est â peine adhérent et les os eux-mêmes gdissent les uns sur les autres. Le cerveau est tellement mou, qu’à la moindre pression il tombe en bouillie. Les milieux de l’œil, sauf le cristallin, sont rouges comme la cornée. On note des épanchements de sérosité sanguinolente dans les cavités pleurale, péricardique et péritonéale. Le tissu cellulaire souscutané n’est pas encore infiltré. Du côté des viscères, on remarque des altérations prononcées; le thymus, les poumons et le cœur ont une coloration violette très-intense.

Vers le 12e jour, tous les caractères précédents sont plus accentués ou plus étendus. La teinte ardoisée a gagné la partie postérieure du tronc ; l’épidenne se détache facilement même à la face ; la sérosité épanchée sous le cuir chevelu, devenue épaisse, forme la gelée cle cerise ; le cristallin est à son tour envahi par la coloration rouge ; le tissu cellulaire sous-cutané est infiltré au niveau de la poitrine ; tous les viscères sont ramollis.

Après le 15e jour de macération, les cadavres présentent les altérations suivantes : l’épiderme est enlevé sur presque toute la surface de la peau et tombe au moindre frottement là où il existe encore, excepté sur le cuir chevelu. Le périoste est complètement détaché du crâne, de plus en plus aplati et ne retenant qu’à peine la masse cérébrale diffluente et rose. La sclérotique, qui jusqu’alors n’avait pas été pénétrée

par la matière colorante, est devenue rouge comme toutes les autres parties constituantes de l’œil. La sérosité sanguinolente imbibe le tissu cellulaire souscutané de la poitrine, du cou, do la nuque et le dessous du menton. Elle s’accumule de préférence dans ces régions, les distend et les déforme à tel point que la tète et le cou ne font plus qu’une seule masse cylindrique. Si l’on y joint la tuméfaction du cuir chevelu et l’aplatissement de la tête, tout cela donne au fœtus un aspect monstrueux vraiment caractéristique. Tous les viscères, cà ce moment, sont arrivés au dernier degré de ramollissement; le cœur se déchire à la simple pression des doigts, le foie et la rate s’affaissent sous la lame du couteau.

A partir de cette période on ne voit plus surgir de caractère nouveau assez tranché pour servir de point de repère. Tous les organes ont été tour à tour frappés, altérés dans leur couleur, leur consistance et leur texture ; on ne peut donc pas dans ces masses qui n’ont plus, pour nous, de formes déterminées, suivre les modifications successives apportées par le temps. Voici cependant le tableau que M. Lempereur trace d’un fœtus ayant séjourné 4 0 ou 60 jours dans l’utérus : « La dénudation épidermique porte sur tous les organes, le cuir chevelu même s’excorie. Des couches gélatiniformes produites par la sérosité infiltrée se montrent dans les divers points du corps. La substance cérébrale offre une diffluence extrême, qui touche presque à la liquidité des huiles grasses. Les modifications histologiques sont surtout remarquables : les éléments anatomiques ne sont plus seulement dé-

formés, altérés, passés à l’état granuleux, ils ont disparu pour la plupart clans le foie, la rate, les reins, le cœur, et dans le poumon même si résistant. Les lobules 11e se reconnaissent plus. Dans l’encéphale il n’y a plus qu’une émulsion de substance nerveuse, le sang s’est mêlé à la graisse, y a laissé des cristaux, tandis que la coloration est devenue de plus en plus blanche. »

Pour terminer l’histoire de la macération, il ne me reste plus qu’à vous dire un mot des altérations des annexes appartenant à des fœtus macérés. Elles ont été bien étudiées par M. Sentex et par Ruge. Le cordon ombilical, vers le second jour, offre sur toute son étendue une légère teinte ardoisée ; bientôt cette teinte devient plus foncée. En même temps, la portion qui tient au fœtus augmente de volume, à l’exception d’un petit segment terminal du côté de l’ombilic, qui, au contraire, est extrêmement rétréci (Sentex). Puis toute la masse subit l’imbibition sanguinolente et devient cylindrique d’un rouge plus ou moins foncé. Toute trace de torsion disparaît au fur et à mesure que le volume augmente et que l’imbibition progresse.

Le cordon garde son aspect lisse, et n’est pas gluant comme les cordons de fœtus qui ont macéré dans l’eau (Sentex). Il est toujours très-adhérent et reste extrêmement dur. Les vaisseaux sont perméables et contiennent ordinairement du sang coagulé.

Sur les placentas, on trouve, spécialement au niveau des cloisons qui de la caduque plongent dans le délivre, des cavités à parois lisses renfermant des masses jaunes purulentes analogues à des abcès enkystés.

Le contenu est formé par des cellules rondes. D’après Ruge il n’est pas possible de considérer toutes ces lésions comme étant de nature syphilitique. Les amas de cellules granuleuses se forment, en effet, très-facilement dans le placenta, et leur présence n’implique pas fatalement l’existence de la syphilis (1).

Il me reste cependant encore un point à examiner :

« N’est-il pas possible de confondre les altérations que nous venons de décrire avec celles que subit le corps d’un enfant jeté dans l’eau? » Au point de vue purement criminel, cette confusion n’a pas d’importance, car en pareille circonstance toute la question se réduit à savoir si l’enfant a vécu ou non, s’il a été jeté dans l’eau vivant ou mort? Elle sera bien vite résolue par l’examen des poumons et la recherche des signes de mort par submersion.

Mais dans le cas de suppression de part, il peut être très-utile pour l’expert de reconnaître avec assurance si les altérations du fœtus proviennent du séjour dans l’eau ou de la macération dans l’utérus. Une étude comparative de ces deux ordres de faits trouve donc naturellement sa place ici. M. Sentex a pratiqué à ce sujet une série d’expériences sur des fœtus morts avant ou pendant le travail et qu’il plongeait dans des vases remplis d’eau. Examinant ces petits cadavres à des intervalles plus ou moins éloignés, il a pu suivre ainsi la marche des altérations à diverses époques.

L’aspect d’un enfant plongé dans l’eau pendant un

(i) Pinard, loc. citato.

temps plus ou moins long est différent de celui d’un enfant qui a séjourné le même temps, après sa mort, dans la cavité utérine. Au lieu de l’infiltration sanguinolente si caractéristique du second cas, on trouve une imbibition de la peau et du tissu cellulaire par l’eau du vase et consécutivement un œdème dur, un véritable sclérème, qui persiste pendant longtemps. L’épiderme ne commence à se détacher facilement qu’au bout d’une douzaine de jours, et seulement à cette époque, il est soulevé en certains points par de la sérosité sanguinolente.

La coloration de la peau varie peu tant que le cadavre ne surnage pas, et la face prend à peine une légère teinte rosée au bout de plusieurs jours, mais dès que par l’effet d’une cause quelconque le cadavre vient à surnager, les altérations de la peau marchent rapidement.

Le corps se tuméfie au lieu de s’affaisser comme celui des enfants morts dans l’utérus ; la peau est soulevée par une grande quantité de gaz, et au lieu de la pâleur extrême qu’elle offre chez les cadavres qui sont restés longtemps au fond de l’eau, elle prend rapidement une coloration verte plus ou moins foncée. L’épiderme des pieds et des mains offre tout à fait l’aspect de celui de ces mêmes extrémités , chez les malades qui appliquent depuis plusieurs jours des cataplasmes en ces endroits.

Les yeux n’offrent jamais, et dans aucune de leurs parties , cette coloration rose constante et presque caractéristique des altérations produites in utero (1).

(1) Sentex, loco cilalo , page 80.

Le cordon double ou triple de volume, il conserve sa coloration d’un blanc nacré et son aspect tordu. Les vaisseaux se dégorgent et ne sont plus dessinés comme ils le sont à l’état normal par des lignes brunes. Des mouchetures pratiquées sur de pareils cordons laissent couler une partie de l’eau qui les imbibe. Si on les abandonne à l’air, ils reprennent bientôt leur volume primitif et se putréfient alors beaucoup plus vite. Cette putréfaction ne se produit au contraire jamais tant qu’ils restent dans l’eau (Sentex).

En résumé, une peau dure, pâle, à peine rosée, infiltrée d’eau et non de sérosité sanguinolente; un cadavre ferme, plutôt tuméfié qu’affaissé, et souvent ça et là des taches verdâtres de la putréfaction, vous feront facilement reconnaître qu’il s’agit d’un fœtus qui a séjourné dans l’eau et non pas dans l’utérus.

Arrivé au terme de cette étude que j’ai faite aussi complète que possible, je crois utile de réunir dans un tableau, qui facilitera vos recherches, les caractères les plus importants de la macération en les subordonnant à la succession des périodes où ils apparaissent.

Tableau dichotomique des caractères indiquant la durée

de la macération.

Durée de la macération

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