SUR UN CAS DE COMBUSTION HUMAINE
Messieurs,
Dans la nuit du 3 au 4 juin le feu éclatait dans une mansarde de la maison du numéro 6 de la rue de la Préfecture, habitée par un vieillard septuagénaire, nommé Thiébaud. A quelle heure avait-il été allumé? C’est ce qu’il est difficile de préciser. On sait seulement qu’à onze heures du soir, une femme qui donnait des soins à ce vieillard, l’avait laissé dans son lit prêt à s’endormir et qu’à deux heures du matin l’incendie se manifestait au dehors. Il dura dans toute sa violence pendant une heure et demie, et c’est alors qu’on trouva dans la chambre de Thiébaud les restes
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informes que je vous présente. On peut en conséquence évaluer à trois ou quatre heures au plus le temps que le leu a mis à réduire ce corps en l’état que vous voyez.
Dans cette niasse noire, calcinée, charbonneuse, on reconnaît à peine une forme humaine monstrueuse. Vous devez être frappés surtout de la diminution de volume du corps, qui est telle que l’on croirait plutôt que c’est là le cadavre d’un adolescent. Toutes ses dimensions ont en effet subi une réduction considérable ; mais le raccourcissement est d’autant plus marqué que les pieds sont séparés et qu’à leur place on voit pointer les extrémités osseuses des jambes.
Les membres ont une attitude spéciale, que donne la flexion de tous leurs segments : les bras sont à demi levés, les avant-bras à demi fléchis comme les
cuisses et les jambes; si bien que ce cadavre mutilé repose uniquement sur le tronc et que les quatre membres sont dressés en l’air. De plus, ces petites masses charbonneuses, fortement repliées sur les avant-bras et qui ont à peine le volume d’une mandarine, sont les restes méconnaissables des poignets fléchis eux-mêmes au ' plus haut degré. Si on se laissait aller au cours de son imagination, on ne manquerait pas de voir dans cette position des membres et dans ces mains tordues les signes émouvants du désespoir, de la terreur et des convulsions suprêmes de cet infortuné vieillard. Mais je dois vous dire tout de suite que cette posture est purement passive, et qu’elle n’est point une dernière manifestation de la vie.
C’est là le fait d’une simple action physique exercée par le calorique sur les muscles, qui sous son influence se rétractent jusqu’à ce que leur élasticité ait disparu avec leur constitution organique. L’attitude que je vous signale ne résulte donc pas d’une convulsion, mais d’une rétraction. Celle-ci s’exerçant avec plus de puissance sur les masses musculaires prédominantes, elle a réglé suivant le mode d’action de ces muscles la position des membres, qui doit être la même, et dans le cas où c’est un cadavre, et dans celui où c’est un être vivant qui a été livré aux flammes. Il ne faudrait donc pas y voir une preuve que le sujet a été brûlé vif.
Pour vous convaincre delà vérité de cette assertion, il vous suffit d’examiner avec plus d’attention l’avantbras droit. Vous voyez que le poignet est non-seulement fléchi, mais encore qu’il est remonté et comme appliqué vers la face antérieure de l’avant-bras. Voici ce qui s’est passé : La rétraction des muscles fléchisseurs a été telle, que les os surchauffés se sont fracturés et vous apercevez leur extrémité qui fait une saillie de plusieurs centimètres. Les fragments inférieurs du radius et du cubitus ont été complètement détruits, parce que, situés au point d’application de la. force de rétraction, ils se sont redressés, ils ont basculé, se mettant ainsi directement en contact avec le feu. Pendant ce temps les portions supérieures enveloppées de masses charnues plus volumineuses, ne donnant ÿas insertion et par suite ne donnant pas prise aux muscles fléchisseurs, n’ont pas subi de déplacement et ont pu résister ainsi à la combustion. Si les portions inférieures font saillie, c’est que les faisceaux