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musculaires en se rétractant encore après que la fracture a été produite, se sont perforés d’eux-mêmes sur les extrémités acérées des os. C’est là, Messieurs, une démonstration de la plus haute évidence de la rétraction passive des muscles, puisqu’elle a dû continuer alors que les os étaient assez endommagés pour se fracturer, et à un moment où la vie n’était plus possible.
La surface entière de ce cadavre est carbonisée et noirâtre et de tous côtés s’en détachent de petits fragments charbonneux qui tombent sur la table à la moindre secousse. La peau est complètement détruite, excepté dans une faible étendue, au niveau de l'aisselle, delà hanche et du pli de l’aine du côté droit, où elle est relativement saine, mais desséchée, racornie, jaunâtre et huileuse au toucher. Ce lambeau cutané, qui a gardé en partie ses caractères, ne présente ni phlyctènes, ni liseré rouge à sa périphérie, comme on le voit dans certaines brûlures. Autour de lui la peau méconnaissable forme une croûte charbonneuse, friable, qui s’effrite au plus léger contact. Partout ailleurs les masses musculaires sont à nu, carbonisées et noirâtres. La carbonisation n’atteint, comme vous le voyez, que les couches superficielles, et au-dessous nous retrouvons les faisceaux musculaires décolorés, semblables à de la viande cuite, mais ayant gardé leur structure fibrillaire.
Sur d’autres points les lésions sont plus profondes encore. Le crâne dénudé sur toute sa surface est largement ouvert à gauche, où le pariétal est en grande partie détruit. Cette ouverture s’est encore agrandie
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dans le transport du cadavre, et elle laisse voir la masse cérébrale ratatinée, jaunâtre, cassante et profondément enfoncée dans la cavité crânienne. Les bords de cette perte de substance osseuse sont irréguliers et extrêmement friables. Au moindre effort on en détache des fragments semblables à de la chaux. La moitié droite mieux conservée présente çà et lâ de petits lambeaux du cuir chevelu, munis de touffes de cheveux. Cette conservation des poils au milieu d’un brasier qui a produit de tels désordres est vraiment singulière, et cependant vous la retrouvez en d’autres parties, dans l’aisselle et au pli de l’aine du côté droit. La peau du front est détruite et les orbites à découvert laissent voir tout au fond deux petits moignons carbonisés qui représentent les yeux.
Le thorax est béant du côté gauche par suite de la destruction de sa paroi, et à travers l’ouverture on aperçoit le cœur et le poumon gauche considérablement réduit de volume et refoulé vers la colonne vertébrale. L’abdomen, largement éventré au niveau de Vhypochondre gauche, laisse à nu la masse intestinale calcinée.
Le cerveau ne nous présente rien de particulier à signaler ; ses caractères sont très-reconnaissables ; il est seulement réduit de volume, durci et friable. Le maxillaire inférieur n’existe plus; au supérieur il reste encore quelques dents qui se détachent â la plus faible traction. La langue forme une petite masse carbonisée. Le poumon gauche est dur, desséché ; a la coupe sa surface est rouge, grenue et spongieuse. Le poumon droit a son volume normal et sa souplesse ordinaire,
COMIîl STION III MAINE.
il crépite sous le doigt ; mais il offre une coloration particulière, sur laquelle j’appelle tout spécialement votre attention. La coupe est en effet d’un rouge pâle uniformément répandu sur toute la surface ; on dirait que le parenchyme a été imbibé par une teinture de cette couleur. C’est un fait de la plus haute importance comme vous le verrez par la suite, et que M. le professeur Brouardel a le premier mis en évidence (1). Le foie a subi une réduction notable de son volume et présente une coloration rouge analogue. La surface de sa coupe est également grenue et spongieuse comme celle du poumon gauche. Le cœur ne contient que très-peu de sang, mais celui-ci possède une couleur rutilante qui a déteint sur les parois des cavités. Tous les autres viscères n’offrent rien d’important à remarquer ; tous ont, bien entendu, perdu de leur volume.
Les organes génitaux sont reconnaissables, mais véritablement réduits à leur plus simple expression. Notez en passant que nous pourrions encore déterminer le sexe de ce cadavre au seul examen de cette petite bande de peau qui est conservée au-dessus du pubis. On voit, en effet, une ligne de poils qui remonte vers l’ombilic parallèlement à la ligne blanche. Elle est longue de 3 cent, seulement, mais cela suffit pour affirmer le sexe masculin du sujet; cette disposition des poils n’ayant pas lieu chez la femme.
Pour achever notre description il me reste à vous faire remarquer que les extrémités osseuses qui font
(1) Brouardel, Bulletin de la Société de médecine légale, l«S78. tome\
saillie sont taillées en biseau. C’est là un fait généralement observé dans la combustion humaine où les os longs sont cassés obliquement, en bec de flûte. Ajoutons, enfin, que des lambeaux de peau conservés sont séparés des parties carbonisées par une ligne de démarcation régulière, nette comme si elle avait été faite par un instrument tranchant. Cette particularité est commune à presque tous les cas de combustion.
Le cadavre, dont je viens de faire ressortir les principaux caractères, vous donne une idée parfaitement nette de l’action d’un feu intense sur le corps humain. Nous y trouvons réunis tous les degrés, depuis le plus simple où la peau garde son aspect ordinaire, jusqu’à celui où la destruction a atteint les os euxmêmes. Cela va me permettre de vous décrire avec pièces à l’appui les effets de la combustion qui, abstraction faite de la durée relative de l’exposition au feu, présentent une constance et une analogie frappantes dans toutes les observations. Cette étude a bien son importance ; elle nous apprend à connaître les lésions si constantes produites par le feu sur les différents organes ; et inversement elle nous met à même de reconnaître à l’occasion les organes défigurés et d’établir ainsi l’identité d’un sujet brûlé, lorsque nous n’avons que des débris dissociés à examiner.
Des désordres aussi profonds que ceux que j’ai en vue, et tels que le corps est réduit presque en entier à l’état de charbon, ne peuvent se produire que dans
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les cas d’incendie et quand le cadavre a été pendant un temps assez long environné par les flammes.
Il est nécessaire, en effet, d’une grande quantité de matières combustibles pour réduire en cendres le corps de l’ homme. On sait quelles difficultés les anciens éprouvaient à incinérer leurs parents et leurs amis défunts et quelle masse énorme de bois il fallait pour consumer la victime condamnée au bûcher. Le corps humain est donc peu combustible; cela n’a rien de surprenant, il se comporte en présence du feu comme toutes les substances organiques non desséchées, et s’il brûle difficilement, c’est qu’il renferme une très-forte proportion d’eau, les trois quarts de son poids, et qu’il ne peut se consumer que lorsque la plus grande partie de cette eau a été évaporée. Bien entendu, les couches superficielles se dessèchent et s’embrasent les premières, devenant ainsi à leur tour une source de calorique, qui amène la dessiccation des parties plus profondes. Les tissus une fois desséchés, brûlent avec plus ou moins de rapidité, suivant les lois ordinaires de tout corps en combustion et laissent un résidu charbonneux; mais, c’est là un degré ultime de destruction qui n’atteint le plus souvent que les premières couches.
Siebold fait remarquer avec raison que les parties molles superficielles, une fois carbonisées, forment une croûte plus ou moins épaisse d’un corps mauvais conducteur de la chaleur, qui protège les tissus sousjacents. « C’est à cette circonstance que l'on doit de retrouver dans un état de conservation inattendue les viscères internes, et de pouvoir apprécier non-
seulement leur nature, mais encore leurs principaux caractères de structure et souvent meme leurs lésions. On comprend toute l’importance de ce résultat qui permettrait même, dans des cas d’incendie presque complet, la constatation d’une plaie ou d’une blessure au cœur, des gros vaisseaux ou de tout autre organe (1). » Ce qui se passe pour le corps considéré dans son ensemble se reproduit pour chaque organe en particulier ; les couches superficielles peuvent être altérées au plus haut degré et recouvrir néanmoins des portions d’organe relativement bien conservées. Nous avons vu par exemple les masses musculaires, réduites en charbon à la surface, présenter plus profondément leur aspect fibrillaire caractéristique. En conséquence, comme le fait remarquer M. Tardieu, dans les recherches qui portent sur des débris plus ou moins informes retirés d’un fover de combustion, il ne faut pas s’arrêter à l’apparence, mais au contraire fouiller dans les replis les plus profonds de ces masses charbonneuses au milieu desquelles une partie intacte peut servir de point de repère et mettre sur la voie de constatations plus complètes.
L’évaporation de l’eau, qui imbibe tous les tissus, a pour résultat de réduire le volume des organes, même de ceux qui, profondément situés, ne sont point en contact direct avec le feu. C’est un fait constant qu’il ne faut pas perdre de vue quand il s’agit d’établir l’identité d’un sujet brûlé. La diminution de
(Il Tardieu, Annales d'hygiène, tome I, 2e série, page 382
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volume porte simultanément sur les viscères et sur le corps tout entier, qui est tellement rétracté, que le cadavre d’un adulte ressemble parfois à celui d’un adolescent. Les viscères ne sont pas moins atteints et Tardieu dit que le cœur d’un homme vigoureux peut être réduit aux proportions du cœur d’un enfant de 10 a 12 ans.
Le poids des organes subit une diminution analogue. Néanmoins, il n’en est pas toujours ainsi, puisque M. Brouardel (1), se basant sur les observations qu il a recueillies à la suite de l’incendie des baraques de l’hôpital Saint-Antoine, pense qu’on peut éviter toute confusion en tenant compte plutôt du poids que du volume de l’organe. Dans un cas observé par lui, le cœur rétracté pesait 370 grammes, dans un autre 220, le poids moyen étant de 220 à 230 d’après M. Sapey. En conséquence, comme il n’y a pas toujours une corrélation nécessaire entre la diminution de volume et la diminution de poids du cœur, la pesée de ce viscère peut suffire quelquefois à faire distinguer le cœur d’un adulte de celui d’un enfant ou adolescent.
Les organes mous et parenchymateux ne sont pas seuls à subir cette double réduction de poids et de volume; le tissu osseux lui-même n’y échappe pas. Dans certaines observations et dans des expériences de Bischoff, la rétraction des os a atteint un degré considérable : « Nous l’avons vue portée au plus haut degré sur les mains, sur la tête, sur les membres, qui se sont montrés racornis au point d’offrir des dimen-
(1) Brouardol, loro citato.
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sions deux ou trois fois moindres que dans l état normal. » Tardieu ajoute que cette réduction de volume coïncide d’ordinaire avec une carbonisation plus ou moins complète, mais qu’elle peut être observée sans que la combustion soit arrivée à un degré aussi avancé.
Je vous ai déjà fait remarquer sur notre sujet que le cuir chevelu, la peau du pli de l’aine et du pubis présentaient des touffes de poils roussis, mais parfais tement reconnaissables ; et cependant ces diverses parties ont été exposées à un feu si ardent que, d’une part, la boîte crânienne a éclaté et que, de l’autre, les organes génitaux et le reste de la peau de l’abdomen ne forment plus qu’une masse charbonneuse. C’est là un fait extrêmement curieux que cette conservation des poils, qui restent implantés sur des lambeaux de peau racornie comme sur des îlots, entourés de toute part de portions carbonisées. Malgré son étrangeté, ce fait est sinon constant, du moins très-fréquent, et je l’ai retrouvé dans presque toutes les observations que j’ai pu lire.
Les altérations dont je viens de vous parler, dessiccation, réduction de volume, carbonisation, sont communes à tous les systèmes de tissus et à tous les organes du corps et se montrent plus ou moins marquées en différents points, suivant que l’action du feu y a été plus directe et plus prolongée.
Mais certaines parties subissent en outre des lésions spéciales. C’est ainsi que le système osseux présente presque toujours des fêlures et des fractures, dont il est important de bien préciser l’origine et les caractères spéciaux. Sous l’influence du feu les os devien-
lient friables, cassants, en perdant la matière organique qui leur donne lelasticité et la ténacité; ils passent à l’état de phosphate de chaux, n’offrent plus aucune résistance aux violences extérieures et même ils se brisent au feu comme le ferait un verre qu’on y expose. Aussi, dans la plupart des cas, les membres sont-ils fracturés. Il est à remarquer que les os longs se brisent tous obliquement, en bec de flûte et que le fragment qui fait saillie est carbonisé et s’effrite au moindre contact.
Les os plats sont amincis, racornis, réduits par place à Tune des lames et présentent des fêlures, des fissures et même de larges pertes de substances. C’est à la tête surtout que les désordres s’observent le plus ordinairement. Là, revêtus d’une faible couche de tissus protecteurs, ils sont rapidement mis en contact direct avec les flammes qui les dessèchent, brûlent leur matière organique et les rendent friables. S’il faut en croire Siebold, la tête entourée par le feu est portée à une haute température et les liquides contenus dans son intérieur, arrivés à l’ébullition, émettraient des vapeurs dont la forte tension ferait éclater la boîte crânienne ; de là les fissures, les fêlures, et même les larges trouées si souvent observées dans cette région. Notre sujet est dans ce cas, il présente au niveau du pariétal gauche une énorme ouverture qui s’agrandit sans cesse, parce que les bords en sont très-friables. La constatation de ces pertes de substances ou de ces fêlures du crâne soulève une difficulté : sait-on distinguer les lésions qui peuvent être le résultat de violences criminelles de celles qui sont produi-
tus par l'action du feu? A cet égard, les expériences entreprises à propos du procès de Gœrlitz laissent encore beaucoup à désirer, et nous ne sommes pas nous-même, dit Tardieu, en mesure de combler cette lacune. *
Cependant si la carbonisation de la tête n’a pas été très- complète, on peut reconnaître une fracture du crâne faite pendant la vie, à ses bords qui, devenus plus humides par la présence du sang, résistent davantage et sont moins altérés que les portions voisines. On peut encore la reconnaître à l’enfoncement des fragments, à la forme rayonnée des lissures qui intéressent à la fois les deux tables de l’os. Il est bien évident que si le point fracturé est exposé à un foyer ardent et subit une combustion complète, tous ces caractères seront effacés, et que le cas rentrera dans la catégorie des fractures par combustion.
Les fractures des os du crâne dues à l’action du feu ont des caractères assez nets. Quand il s’agit de simples fêlures, la lésion n’intéresse, en général, qu’une des lames osseuses, la lame externe ; c’est une sorte de fendillement, résultant de la dilatation inégale des différentes parties de l’os. Au contraire, quand il y a perte de substance comme chez notre sujet, c’est une rondelle plus ou moins irrégulière dans ses contours, et plus ou moins grande, qui a été enlevée. On ne trouve pas, comme dans les fractures ordinaires, un fragment enfoncé ; non, le fragment a disparu ou est tombé à côté de la tête au premier mouvement imprimé au cadavre. Les bords de l’ouverture sont carbonisés, très-irréguliers, grenus et se
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fragmentent entre les doigts comme le ferait un ceau de plâtre.
mor-
Les cartilages et les dents résistent beaucoup plus que les parties osseuses à l’action du feu.
Tardieu a signalé, sans chercher à l’interpréter, une altération remarquable du sang contenu dans le cœur ou les gros vaisseaux ; il était réservé à son éminent successeur, M. Brouardel, d’en donner l’explication. « Par sa consistance et sa couleur, il rappelait de la manière la plus exacte, la nature grasse et colorée qui sert à l’injection des préparations anatomiques. Nous ne saurions trouver une comparaison plus juste que celle du suif solidifié et de la couleur du plus beau carmin. » La consistance du sang contenu dans le cœur est variable, il peut tantôt ressembler à cette substance grasse dont parle Tardieu, tantôt il peut être fluide, comme chez notre sujet et dans un cas de M. Brouardel. La coloration est différente suivant que le sujet a été brûlé mort ou vif, et nous verrons bientôt que, grâce au professeur de Paris, elle est devenue un élément sérieux d’appréciation pour distinguer ces deux cas.
Pour terminer cette exposition il me reste à vous dire que quelquefois le cadavre est couvert d’un enduit gras ; cela a lieu principalement quand la combustion a été faite dans un espace clos, dans une chambre fermée. De plus, les corps brûlés exhalent une odeur qui est un mélange d’odeur forte, empyreumatique et de graisse brûlée.
Maintenant que nous connaissons ce que l’on pourrait appeler l’anatomie pathologique de la combustion,
comiuistion iiu.m.vink.
nous allons étudier les questions médico-légales qui s’y rattachent.
En première ligne se place celle-ci : La combustion a-t-elle eu lieu pendant la vie?
Vous comprenez d’emblée toute son importance et que, suivant la solution qui lui sera donnée, on pourra établir ou non des présomptions de meurtre. Par exemple dans les débris d’une maison incendiée on trouve un cadavre, n’est-il pas permis de supposer qu’un assassin après avoir frappé sa victime, a mis le feu au domicile pour faire disparaître les traces de son crime? Il est donc indispensable de reconnaître si l’individu a été brûlé pendant la vie ou après la mort. Dans le premier cas, le meurtre, à moins de conditions exceptionnelles, est invraisemblable; dans le second, au contraire, il y a de très-grandes présomptions en sa faveur. Je dis présomptions, parce qu’il peut y avoir des causes d’erreur diverses. Ainsi un individu est frappé d’apoplexie cérébrale ou meurt de mort subite et tombe dans le feu, ses vêtements s’ enflamment, l’incendie est allumé, c’est un cadavre qui va brûler, tout comme s’il avait été victime d’un assassinat.
En voici un exemple : Au mois de juillet 1834, la femme Bérenger est trouvée morte dans la chambre qu’elle habitait à Monségur (Drôme), la tête et le cou qui gisent au centre d’un foyer éteint sont brûlés jusqu’à la carbonisation. Le docteur Seguy, appelé à faire l’autopsie, constata que le cerveau était coiffé d’une couche épaisse de sang noir coagulé. En présence de ces désordres, on pourrait donc admettre avec vraisemblance que le corps de la victime avait
pu être exposé à l’action du feu lorsque déjà la femme avait cessé de vivre. Ce fait a donné lieu à des débats contradictoires, mais je me contente de vous citer ce qui a trait au point en question.
Pour fournir la démonstration du crime par des preuves médicales, il faut non-seulement constater que le sujet a été brûlé après la mort, mais retrouver en outre sur son corps les traces des violences qui l’ont amenée.
Le principal intérêt au point de vue médico-légal est donc d’établir si l’individu a été brûlé vivant ou mort. Ce problème était jadis tantôt facile, tantôt insoluble, suivant le degré de destruction du cadavre ; mais grâce aux progrès récemment accomplis, il sera désormais bien rarement au-dessus des ressources de la science.
La solution en a toujours été commode dans les cas où le feu, cessant ses ravages peu de temps après la mort du sujet, n’avait détruit que très-incomplètement la surface cutanée, ou mieux avait laissé subsister en différents points les traces de son action première sur les téguments. Au contraire, il était presque toujours impossible à résoudre par des preuves d’ordre purement scientifique, chaque fois que les flammes avaient carbonisé l’enveloppe cutanée, effaçant ainsi jusqu’aux derniers vestiges les lésions qu’elles produisent d’habitude sur la peau vivante.
Que le feu agisse sur des parties vivantes ou non, il les détruit au bout d’un temps égal; mais les désordres, dans le principe surtout, n’ont pas le même aspect dans les deux cas. Tant que la vie persiste, la
vive irritation produite par le calorique détermine des phénomènes réactionnels qui font complètement défaut dans le cas contraire. Si donc on constate des signes d’inflammation autour des points brûlés, on peut affirmer sans crainte que la brûlure a été faite pendant la vie ; mais leur absence ne légitime pas nécessairement une conclusion opposée, parce que le sujet une fois mort, le feu continuant à agir, peut les faire disparaître.
Lorsque sur le vivant, on approche de la peau un corps en ignition on produit par rayonnement une brûlure légère, qui forme le premier degré classique. Il en résulte une rougeur érysipélateuse plus ou moins étendue ; mais cette lésion a peu d’importance au point de vue qui nous occupe, parce quelle disparaît d’ordinaire après la mort.
Si l’action du calorique est plus directe ou plus prolongée, il se forme immédiatement des phlyctènes, remplies de sérosité claire, et tout autour se développent une auréole inflammatoire et un liseré rouge qui persistent après que la vie est éteinte.
Ces phénomènes de la brûlure au deuxième degré sont plus importants pour nous que ceux d’une brûlure à un degré plus avancé. Ceux-ci exigeant, en effet, l’application plus prolongée et plus considérable du calorique, il y a grande chance pour que la mort survienne avant la fin de la combustion et pour que les traces d’inflammation soient ainsi détruites.
La rougeur de la peau autour de la phlyctène et de la vésicule sont donc les signes qui attestent que la brûlure a été faite pendant la vie. Ils ont été mis en
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évidence par Duucau et Christison (d’ Edimbourg), qui après de curieuses recherches arrivèrent aux conclusions suivantes : 1" La brûlure superficielle détermine une ampoule sur le vivant et ne produit jamais rien de semblable sur le cadavre ; w2° Les brûlures faites pendant la vie sont entourées d’un cercle rouge, dit auréole inflammatoire qui ne se produit jamais sur le cadavre (1).
Depuis lors ces deux propositions ont été bien des fois discutées et contrôlées par des expériences directes. Leuret, Magendie, Champouillon sont même arrivés à des résultats qui démontrent qu’elles sont au moins trop absolues. La première surtout ne saurait être admise sans réserve. D’une part la brûlure peut ne pas déterminer d’ampoule sur le vivant; c’est ce qui se passe dans les derniers moments de la vie chez les sujets profondément épuisés par une maladie chronique. D’autre part on a obtenu des ampoules sur des cadavres ; mais il faut bien le dire, les expérimentateurs se sont placés alors dans des conditions particulières : « M. Leuret ayant posé près des jambes d’uncadaure infiltré un réchaud rempli de charbons ardents, il se forma une abondante collection de sérosité rougeâtre sous l’ épiderme (2). » C’est également sur des sujets morts avec de Y amis arque que Champouillon a reproduit constamment des ampoules. Et chose plus étonnante, il aurait vu presque toujours un cercle rouge autour de la vésicule : « Chez le sujet
(1) Annales d'hygiène et de médecine Légale, 1832, tome vu, p. 148.
(2) Champouillon, Annales d’hygiène , t. xxv, p. 412.
mort, comme chez l’individu vivant, cette ligne rouge a un aspect à peu près identique. Mais l’analogie n’est que superficielle, et l’incision de la peau suffit pour lever les doutes. Dans le premier cas, il y a une simple injection des capillaires cutanés, en tout semblable aux arborisations vasculaires des intestins chez les noyés ; dans le second, on trouve du sang extravasé dans les tissus et combiné avec eux; l’inflammation est reconnaissable par cette couche opaque, homogène, véritable amalgame organique; il y a eu ici réaction vitale, fiuxus mécanique. »
M. Bouchut qui a répété les mêmes expériences, a réussi bien des fois comme M. Champouillon, à produire des vésicules : « Mais, dit-il, je n’ai jamais vu l’auréole dont il parle, et qu’il décrit très-minutieusement dans son mémoire, en opposant ses caractères anatomiques à ceux de l’auréole inflammatoire. Il y a sans doute là quelque méprise que feront disparaître de nouvelles observations (1). »
En résumé, dit M. Bouclmt, on peut en général déclarer qu’une brûlure a été faite pendant la vie, quand la rougeur existe seule ou quand il y a phlyctène avec rougeur inflammatoire du derme dans la phlyctène et auréole autour.
La rougeur seule, d’après M. Devergie, n’a pas la même valeur que les autres phénomènes réunis, attendu que si la brûlure était opérée au moment où la circulation générale est éteinte, mais où la circulation capillaire existe encore, le calorique pourrait peut-être développer une certaine rougeur.
(1) Bouchut, Des signes de la mort, page 105.
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Ces réserves faites on est en droit d’admettre que les phénomènes de la brûlure au deuxième degré, constatés sur un cadavre, sont une preuve certaine que les brûlures ont été produites pendant la vie. A ces preuves déjà si concluantes, nous pouvons en ajouter d’autres s’il restait encore quelque incertitude dans l’esprit; mais nous renverrons leur étude à la prochaine conférence.