RÉSUMÉ DES OPINIONS
en sens inverse ; c’est là un des principes sur lesquels insiste le professeur du Collège de France.
La digitale modifiant la contractilité cardiaque et la tonicité vasculaire doit nécessairement modifier la tension in- tra artérielle. Mais dans quel sens a lieu cette modification ? Sur cette question les auteurs ne sont pas encore complètement d’accord; la plupart pensent qu’à doses modérées la digitale augmente la tension, et qu’à doses toxiques elle la diminue. Je citerai parmi eux : Beddoes, Bernheim, Bidault-de-Villiers, Bucquoy, Ferrand1, Fonssagrives, Gourvat, Hirtz, Rabuteau, C. Paul 2, Schwilgué, Si redey; Hirtz insiste beaucoup sur ce point que la digitale produit un effet contraire à celui de la fièvre. M. le professeur Chauveau, dans ses expériences sur les chevaux, a toujours noté l’augmentation de tension.
A côté de ces auteurs, des hommes éminents en France et à l’étranger regardent la digitale comme abaissant la tension. Coblentz3, élève de Hirtz, Feltz et Ritter, dans leurs expériences sur l’action comparée des sels biliaires et de la digitale, les Italiens, les Allemands, tels que Ludwig, Winogradoff, Volkmann, ne mettent pas en doute cette diminution à doses thérapeutiques.
Cliniquement les anciens ne pouvaient se rendre compte de l’état de la tension ; pour eux un pouls ample, bondissant, comme celui de l’insuffisance aortique, indiquait toujours une tension forte. Actuellement les praticiens
4 Ferrand, De la digitale (Bulletin de thérapeutique, 1865, t. LX1V)
2 C. Paul, De l'influence de la digitale sur le pouls, Bulletin de thérapeutique, 1868, t. LXXIV.
3 Coblentz, De l'empl i de la digitale comme agent antipyrétique. Thèse, doct , 186?. Strasb.
SPHYGMOGRAPIIE DE MAREY
savent qu’un pouls semblable est au contraire la preuve d’une tension faible ; ils sont arrivés à cette constatation grâce aux expériences des physiologistes et aux instruments enregistreurs; il leur suffit d’explorer attentivement la radiale pour interpréter d’une façon rationnelle les caractères des pulsations. Un pouls sans beaucoup d’ampleur, ne disparaissant pas sous le doigt par la compression, dénote une tension assez prononcée ; or c’est là le type qu’offre le pouls sous l’influence de la digitale; l’artère devient moins dépressible, suivant l’expression de Hirtz, lorsqu’on a donné ce médicament, et le résultat s’obtient, comme je le montrerai plus loin, dans tous les cas où la tension était abaissée auparavant, qu’il s’agisse d’une lésion mitrale ou d’une lésion aortique.
Pour l’étude de la tension vasculaire et des détails de la circulation, le clinicien doit s’aider du sphygmographe; sans doute cet instrument a quelques inconvénients, ainsi que Marey 1 le reconnaît lui-même ; il ne peut donner une mesure absolue de la pression artérielle ; mais il permet d’apprécier très exactement les variations que cette pression éprouve ; il en donne par conséquent une mesure relative.
Avec lui, comme le font remarquer également Onimus et Viry 2, on a la reproduction exacte des différents mouvements , des différentes oscillations qui se pas • sent dans le système artériel ; une influence locale quelconque vient-elle élever ou abaisser la pression du sang
1 Marey, Diction, ency cloné ’dic/ue des sciences médicales. Art. circulât, t. XVII, p. 462.
* Onimus et Viry, Étude des tracés obtenus par le sphygmographe et le cardiographe. Journal de l'anatomie , de Robin, 1866.