CARACTÈRES DES TRACÉS EN GÉNÉRAL
dans la radiale, la ligne d’ensemble s’élève ou s’abaisse immédiatement.
Examinons les caractères qui dans un tracé indiquent une tension faible ou une tension forte, et voyons quels sont ceux qu’on obtient après l’administration de la digitale.
Les éléments d’une pulsation sont essentiellement :
1° Une ligne ascendante, due au début de l’afflux sanguin dans les artères pendant la systole cardiaque.
2° Un sommet résultant delà durée de cet afflux;
3° Une ligne descendante produite par l’écoulement du sang vers la périphérie, par le retrait de l’artère qui avait été momentanément distendue pendant la ligne ascendante.
Dans la pulsation d’un tracé sans tension on note les particularités suivantes :
Grande amplitude ;
Ligne ascendante verticale, sommet très aigu ;
Ligne descendante se rapprochant de la verticale, inter - . rompue par un ou plusieurs soulèvements secondaires (dicrotisme, polycrotisme). Le plus ou moins d’obliquité de cette ligne est sous la dépendance de l’amplitude de la pulsation et de la fréquence du pouls, ainsi que le fait remarquer Marey, puisqu’elle unit le sommet d’une pulsation à la base delà pulsation suivante.
Au contraire, dans les cas de tension forte, on aura une faible amplitude delà pulsation, une ligne ascendante plus ou moins oblique, un sommet constitué soit par une courbe arrondie, soit par un plateau horizontal ou plus ou moins ascendant, une ligne descendante sans dicrotisme. Quand
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on étudie les caractères d’un tracé, il ne faut pas confondre l’amplitude avec la tension, car on s’exposerait à de graves erreurs d’interprétation. Le tracé de l’insuffisance mitrale avec son amplitude à peu près nulle indique une faible tension, comme celui de l’insuffisance aortique, don t l’amplitude est si considérable ; c’est donc la forme de la pulsation et non son amplitude qui rend compte de la tension.
Beaucoup de cliniciens ont pris des tracés pendant l’administration de la digitale dans les maladies du cœur, mais tous ne sont pas arrivés aux mêmes conclusions. Évidemment les caractères de ces tracés dépendent des doses administrées. Legroux, Siredey, résument ainsi la forme des pulsations : ascension courte, oblique ; ligne de descente allongée ; cette dernière particularité tenant à la lenteur du pouls; Gubler, Bordier1, notent de plus un plateau horizontal. Bernheim a observé les mêmes résultats.
Au contraire, Brunton, Lorain, G. Paul, ont recueilli •des tracés caractéristiques d’une faible tension; Brunton a obtenu une ligne ascendante, verticale, un sommet élevé, une descente brusque et dicrote. Lorain dit formellement : « Parmi les différentes actions que la digitale exerce sur le pouls, les plus constantes, assurément, sont le ralentissement et l’agrandissement qui ne manquent pas, alors même que les autres feraient défaut ; cet agrandissement est surtout visible dans les maladies fébriles, qui tendent à donner plus d’amplitude aux pulsations;» Tous les tracés de cet auteur, recueillis chez des
1 BorJier, Gaz. hebdom.t, 1868;
DE LORAIN, G. PAUL cardiaques, l’ont été dans des lésions mitrales, avec ou sans hypertrophie ; avant la digitale, ils étaient les uns réguliers, . les autres irréguliers, mais sans amplitude; sous son induence, leur amplitude augmente, la ligne ascendante devient verticale ; en outre, ils sont irréguliers, comme je le dirai plus loin. Lorain ne cite pas de lésions aortiques dans lesquelles un tracé très ample ait subi des modifications ; pour lui , un semblable tracé serait-il amplifié ou au contraire moins élevé ? Il semble, d’après les idées qu’il émet en termes très catégoriques, que le premier résultat devrait être obtenu. G. Paul1 qui, cependant, comme nous l’avons vu, n’est pas éloigné de croire à une- augmentation de tension à petites doses, rapporte des tracés déjà très amples, pris chez des alcooliques, dans un cas d’apoplexie cérébrale, et dont les caractères sont exagérés encore par la digitale; il ajoute : « Si l’on pousse les doses de façon à avoir une sédation très marquée, lorsque le pouls a été ralenti notablement, le sphygmographe indique par la hauteur de la ligne ascensionnelle, une diminution de la tension, et le tracé a une telle amplitude que les papiers ne suffisent plus pour l’inscrire. »
Il parle cependant d’un cas d’alcoolisme chronique dont le tracé a évidemment perdu de son amplitude,
Pour nous, nous admettons l’opinion des premiers médecins ; d’après les faits que nous avons observés, il nous a semblé que, sous l'influence delà digitale à doses modérées, les tracés dénotaient un accroissement dans la tension et qu’ils se rapprochaient presque toujours d’un type
1 G. Paul, loc. cit p. 193.