TEINTURE ALCOOLIQUE
n’est pas assez prononcée pour amener des modifications dans la sécrétion rénale.
Les expériences de Fagart prouvent bien que, chez l’individu sain, la teinture doit être donnée à doses élevées, si l’on veut modifier l'état de la circulation ; cet observateur s’est livré à ce qu’il appelle des empoisonnements expérimentaux sur des malades atteints d’affections diverses apyrétiques, telles qu’une sciatique, mais ne présentant aucune lésion cardio -pulmonaire. Il a fait prendre à un homme la teinture à doses progressivement croissantes (1 gr. le premier jour, 3 grammes le deuxième et le troisième, puis 4 et 5 gr. les jours suivants) ; le septième jour le pouls toujours fort devient irrégulier, le huitième jour (6 grammes de teinture) l’appétit, sensiblement accrû au début, diminue beaucoup. Ainsi donc, en tenant compte de la grande différence existant entre l’état physiologique et l’état pathologique, on voit qu’il faut administrer la teinture à petites doses (quinze à vingt gouttes) si l’on veut la continuer longtemps, pendant plusieurs semaines, et, je reviendrai plus loin sur ce point, à doses plus élevées (trente à quarante gouttes) si l’on désire obtenir des modifications plus rapides du pouls.
La teinture éthérée est beaucoup moins employée. Hardy et Béhier la prescrivent à la dose de quatre à vingt gouttes ; le sirop peut rendre des services. Quant aux extraits, alcoolique, aqueux et éthéré, je ne fais que les citer; ils ne sont pour ainsi dire pas utilisés aujourd’hui.
Telles sont les différentes préparations de digitale employées dans les affections cardiaques; telles sont aussi les doses que l’on donne habituellement chez l’adulte.
Gomme je l’ai dit au début, la digitaline, l'alcaloïde de
MB
DIGITALINE AMORPHE
la digitale, est également administrée très fréquemment par les voies digestives ; sans parler des digitalines étran gères de Mersch, Morson, Tromsdorft, je dois dire quel ques mots des deux digitalines dont on se sert en France, la digitaline amorphe d’Homolle et de Quévenne et celle deNativelle. Les recherches expérimentales de ces auteurs, celles de MM. les professeurs Chauveau etVulpian, ont montré que cet alcaloïde jouit des mêmes propriétés que la plante dont elle est extraite par des procédés chimiques sur lesquels je ne veux pas insister.
La digitaline amorphe, découverte par Homolle et Quévenne, valut à ces expérimentateurs le prix de la Société de Pharmacie en 1844; en 1850 et 1851, Bouillaud1 ht à l’Académie de médecine deux rapports sur leurs travaux; aujourd’hui presque tous les cliniciens reconnaissent qu’elle agit avec plus d’énergie que la digitale; quelquesuns même la préfèrent parce qu’elle trouble moins facilement les fonctions digestives, ainsi que nous le verrons plus loin. Seul, je crois, Hirtz2 la considérait « comme devant se maintenir avec peine dans la pratique à cause de son extrême énergie et de sa physionomie clinique insuffisante. »
Elle s’administre d’ordinaire sous forme de granules c|e 0 gr. 001 chacun, à la dose de un à cinq par jour ; pour Homolle, on ne doit pas dépasser ce nombre, car d’après ses calculs, 0 gr. 001 de digitaline correspond à 0 gr. 08 ou 0 gr. 10 de poudre de digitale, à 18 gouttes
1 Bouillaud, Rapport sur le mémoire d’Homolle et Quévenne Bulletin de V Académie |]de médecine, 8 janv., 1850, t. XV, p. 332, 4 févr., 1851, p. 383.
2 Hirtz, loc. cil,
DIGITALINE CRISTALLISEE 119
de teinture alcoolique. A l’état physiologique, la close suffisante pour modifier le pouls est plus élevée ; pendant huit jours consécutifs, j'ai pris de deux à trois granules sans observer ch" changement évident dans «la circulation. L’Académie de Belgique1 avait reconnu à cette digitaline une action supérieure à la digitaline cristallisée; elle avait formulé son opinion à la suite d’expériences faites sur des chiens ; mais son avis n’a pas prévalu peu : de temps après, Bonnewyn 2, à la même Société, soutint une opi nion contraire, et d’ailleurs, aujourd’hui en clinique, le cloute n’est plus permis, bien que Roucher 3 se soit cru autorisé à regarder les deux préparations comme égale ment actives ; la digitaline cristallisée est incontestablement beaucoup plus énergique que l’amorphe.
C’est à Nativelle que revient l’honneur de la découverte de cette digitaline cristallisée; aussi lui décerna-t-on le prix Orfila en 1872, à la suite du rapport de Buignet à l’Académie de médecine. Elle se donne par granules d’un 1/4 de milligr. seulement; Buignet indique comme maximum de la close un 1/2 milligr. ; néanmoins on va jusqu’à 2 ou 3 milligr., dose qui, d’après Marrotte, amène souvent de l’intolérance.
Gubler a vu 1 milligr. 1/2 pris entrois fois, amener des effets toxiques ; il administre cette digitaline de la façon suivante : le premier jour, 1/2 milligr. le matin, 1/2 milligr. le soir; le lendemain, 1/4 de milligr. le matin, un autre le soir.
En raison de celte puissance thérapeutique, doit- on la
1 Gaz. hebdom., 1874, p. 15.
2 Bonnewyn, Bulletin de l'Acad. de médecine behje , 1874, pi 9i
i Roucher, Acad. d< ■ médecine (8 juillet et 6 août 1871)*