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CINQUIEME CONFERENCE

NOS FAIBLESSES ET NOS FORCES A L EGARD DE LA VERITE

Monsieur le Président, Messieurs,

Nous avions rangé l'histoire parmi les forces vives capables de nous donner la vérité. Il est temps de dire dans quelle mesure, et par quelles ressources.

Le genre humain est le contemplateur des siècles, l'acteur ou le témoin de tous les événements qui se succèdent dans le temps. Il s'est penché sur le berceau du monde ; il a, pour ainsi dire, assisté à la première création ; il a vu de ses yeux la naissance et le développement dès sociétés ; luimême a promulgué les premières loisv élevé les premiers royaumes, fondé les premiers empires, marché aux premières conquêtes, et, aussi, après avoir édifié, il a lui-même appelé les premiers renversements. Longtemps encore, il verra l'origine, les progrès et la décadence se succéder, selon que Dieu aura ou n'aura pas dans le monde la place d'honneur qui lui convient. Puis, un jour viendra où la grande voix des âges remplis commandera au temps de cesser sa marche à travers les siècles, et évoquera la dernière et finale ruine ; alors le genre humain tout entier se lèvera pour rendre un dernier et solennel témoignage à la vérité; le siècle infini commencera pour lui ; car l'épreuve sera achevée.

En voulant donner la mesure du genre humain, j'ai tracé celle de l'histoire.

L'histoire est la grande voix du temps qui redit au siècle d'aujourd'hui ce qu'était le siècle d'hier, ce qu'ont été tous les siècles et même ce que sera le siôcie de demain, d'aprèsdemain, de l'avenir. Et que dit-elle cette voix expérimentée

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du temps ? Kilo dit la vie dos empires dans leurs différents - ; elle développe les ressorts dos révolutions ; elle montre en toute chose l'ouvrage de l'homme et l'action de la JProvidi nqe ; elle détermine l'influence du bien et du mal ; enfui elle communique à tous ceux qui prêtent une oreille attentive à ses enseignements, toutes les lumières les plus vives du sens commun.

ww L'histoire, dit M. Laurentie, l'histoire embrasse l'hom. me, la famille, la société, l'humanité ; l'histoire touche au berceau du monde ; elle suit le mouvement des êtres ; elle voit naître la création ; elle entend et elle voit Dieu, conversant avec l'homme; elle recueille les premiers accidents de la vie humaine ; elle aie secret des misères qui couvrent la terre ; elle voit se former les peuples ; elle garde la mémoire des crimes et des expiations ; rien ne lui est voilé ; et par elle l'homme, à quelque pointqu'il soit jeté dans l'immensité des temps, peut toujours avoir la révélation des mystères qui l'enveloppent et l'explication des doutes qui le désolent. Sans l'histoire, il n'y a point de science hnniainei L'histoire nous fait assister à l'origine de l'homme, de la famille, de la société, et sans ce souvenir fidèlement conservé, la science humaine ne serait qu'un affreux mystère. Ainsi l'histoire préside à la science humaine. Elle est comme la lumière de l'humanité, non-seulement dans les faits qui se rapportent à la vie extérieure des hommes et des sociétés, mais dans les faits qui se rattachent à la vie intime ou iutelgonte, c'est à-dire, dans les opinions, les mœurs, les arts, les sciences proprement dites, les lois, les cultes, les religions et la fabie même. "

N'est-ce point Ciceron qui, parlant de l'histoire, l'appelait le témoin des temps, testîs temporum ; la lumière de la vérité, lux veritutis ; la vie de la mémoire, vita memoriœ ; l'institutrice de la vie, magistra vilœl

Témoin des temps, elle redit la création de l'univers et de l'homme, la joie pure et la douce félicité de la première vie ; la désobéissance, c'est-à-dire le vice de notre origine et les malheurs qui suivirent ; le premier développement de l'humanité et la prodigieuse fécondité des générations naissan-

tes ; le mal aussi qui se développe, se multiplie, prend des proportions gigantesques, corrompt toute chair et appelle la Vengeance céleste ; puis elle nomme la famille destinée, dans les desseins providentiels, à renouveler le genre humain ; elle nous parle d'une grande et sotte entreprise, do la confusion du langage, de la dispersion des hommes ; de mers étonnées de se voir traverser par des fugitifs qui portent avec eux le germe puissant de tous les peuples nouveaux ; alors l'histoire s'enveloppe d'ombres, afin de couvrir, comme d'un voile respectueux, le mystérieux travail de la formation des familles sociales ; peu à peu cependant le jour se fait, un peuple que Dieu s'est choisi, se dégage des autres et tantôt captif, tantôt errant, tour à tour faible et fort, tour à tour rehe! et soumis, il remplit le monde, aujourd'hui, de sa gloire ; dema n, rie sa lion e, jusqu'au jour où, ayant, par 'e déicide, comble la mesure de ses forfaits, il est dissipé, avec la poussière de son temple fameux, aux quatre coins de l'Univers. Bien d'autres peuples ont péri, plusieurs autres ne traînent plus par le monde qu'une vie lauguisante et malaldV,el il semble qu'une grande catastrophe est proche. Erreur, l'histoire a salué la religion du Christ, elle a nommé les apôtres, la morale divine qu'ils prêchent ; par la non velle vie qu'une telle morale appelle, les sociétés qui le veulent revivent ; celles qui ne le veulent pas meurent ; la croix monte au Capitule d'où elle domine sur la ville H sur le monde : urbi et orbl ; les Barbares naissent à la civilisation et forment l'univers chrétien ; plusieurs siècles s'écoulent pendant lesquelles l'Afrique et l'Asie s'affaisent et disparaissent pour ainsi dire de la grande scène des prospérités so ciales ; pour contrebalancer cette perte, un monde nouveau apparaît et bientôt ses rivages longtemps déserts sont, sillonnés par des flottes étrangères ; le St. Laurent reçoit Jacques Cartier, le Canada est nommé, il s'élève, il grandit, il prospère ; enfin le dix-neuvième siècle s'inaugure, c'est le siècle du progrès ; enflé d'orgueil il se célèbre lui-môme ; mais l'histoire est là pour rendre témoignage et pour dire que le progrès n'est pas le triomphe du mal sur le bien, de la matière sur l'esprit, de la force brutale sur le droit, de l'erreur

sur la vérité fit de tout co qui contribue à élever sur ce qui seul peut édifier ; l'histoire est là pour rendre à notre siè eh-, comme à lous les autres, l'ineffaçable service du témoi" gunge ; pour prêter à la vérité l'incomparable 'appui de l'expérience du temps.

Lumière de la virile, l'histoire distingue dans les événements qui constituent la vie sociale des peuples, h1 fait et le droit, l'ordre tracé aux sociétés par la loi morale, l'influence de cette loi, sa véritable portée sociale et, pardessus tout, la sanction de cette loi morale dans le christianisme. La vie des nations, comme nations, est condensée dans le temps et, tandis que les individus s'avancent vers un avenir sans bornes, les nations, elles, se précipitent, avec le temps, qui les entraînent à un final et dernier jour ; de là vient qu'elles reçoivent ici-bas même le châtiment de leurs vices ou la récompense de leurs vertus. Mais cette loi de la récompense et du châtiment, c'est l'expression d'une vérité particulière à laquelle se rattache tout l'ordre social : l'action providentielle de Dieu dans le monde. Eh bien voilà surtout le champ où l'histoire se plait a répandre plus particulièrement ses vives lumières. Ouvrons les fastes de l'humanité et cherchons un commencement ou une ruine des sociétés, des nations, des royaumes et des empires qui ne porte pas l'empreinte du gouvernement de la Providence ; cherchons une catastrophe qui ne trouve son explication naturelle dans la justice divine ; interrogeons lous les peuples conquérants, demandons-leur pourquoi tant d'armements formidables ? pourquoi tant de colonnes guerrières ? pourquoi tant d'excursions fameuses ? Ils répondront : la jalousie, l'ambition, la vi angeanoe, la soif des conquêtes, bien des passions diverses nous agitent, mais l'histoire affirme que c'est Dieu qui nous mène.

l.e> La bares sont répandus dans la Gaule ; Siégebert app die les Francs; Clovis accourt; le combat s'engage et dire longtemps; entendez-vom- tout à coup cette clameur d'allégresse qui et >uffe le cliquetis des armes? ce sont les Suèves qui triomphent ; tout est perdu ! les Francs sont culbut js dans la défaite. Non ! Non 1 les Francs ne pilassent

pi int : Clovis a prié le Dieu de Glotilde, et Tolbiac demeure lé berceau glorieux de la France catholique ! Voyez-vous 'a croix éclairer tout à coup une armée innombrable et la fconduire victorieuse jusqu'au Capitule ; c'est Constantin vainqueur au service de la Providence ; une immense révolution travaille le monde romain ; la puissance romaine déserte les bords du Tibre et se réfugie sur 1er rives du Bosphore. Pourquoi cette fuite ? pourquoi les pompes humaines disparaissent-elles devant les fêtes sacrées? pourquoi l'Empereur s'éloignert-il du Pontife ? Est-ce ici le pur jeu du hasard ? Non ! Et l'histoire nous apprend que ce fut là l'origine du pouvoir temporel des papes.

Et, sans remonter aussi haut ni aller si loin, pourquoi au jour mémorable des Plaines d'Abraham, l'Anglais triomphet-il ? pourquoi enlève-t-il à Montcalm un drapeau, une ville, un pays? Regardez ce nuage sombre qui grandit et grossit jusqu'au point de couvrir toute la France ! Entendez-vous le sourd grondement de la foudre ? Ne remarquez-vous pas tous les signes précurseurs de la tempête ? Elle éclate. Le vent de la discorde et de l'anarchie souffle avec violence sur toute l'étendue du royaume, et le torrent des passions mauvaises rompt ses digues et promène partout ses eaux dévastatrices. Les institutions périssent, les autels tombent, le trône croule ; la nation elle-même chancelle. Que serait devenu le Canada, avec sa mission providentielle au milieu des peuples de l'Amérique, si encore membre de la France à l'époque de cette révolution sanglante, il lui eut fallu vivre alors de la vie et du sang de sa malheureuse mèrepatrie ?

Ainsi, l'histoire, par cela seul qu'elle est le récit des faits et des événements qui se succèdent dans le temps, est la lumière de la vérité. Et quand un rayon de la vérité catholique vient se mêler à cette grande lumière historique, oh ! alors les ténèbres se dissipent, le jour se fait ; tout s'explique, tout se comprend admirablement.

L'histoire est encore la vie de la mémoire. La mémoire est cette faculté admirable par laquelle nous avons, avec le sentiment de notre existence présente, celui de notre

existence passée. Rien ne se p ird dans la vie de L'homme ;

toutes ses idées, tÔÙS ^c> désirs, toutes ses actions toiiti s ses peines et tons ses seul meiils à un momeiil voulu et par un acte de sa volonté, se lèvent de l'oubli, accourent et viennent se mêler agréablement ou désagréablement à ses émotions présentes. Et quand il arrive qu'entraîné par 1rs ma heurs et les faiblesses des mœurs, un homme, à fone de fai.W, d'infidélités, d'il dignités et d • turpitude ,a ruiné t'edifi e de sa félicité ni orale, qu'il s'esi menti étrangement à lui-même etqu'il a trompé cruellement toutes les plus chères espë- I an ces, s'il veut ne pas succomber au desespoir, s'il veut renaître à l'honneur, à la vertu, au bien et au bonheur, que fait-il ? Il se recueille, il se replie sur lui même ; il remonte le cours de son existence pour se reconnaître, pour se consoler et pour s'encouragi r à revenir puiser le bonheur aux sources vivifiantes du passé. Par la mémoire donc tout dans la vie de l'homme se tient et forme une chaîne sans interruption, dont tous les anneaux se rattachent à notre unité personnelle.

Mais cette faculté prodigieuse, quel est le secret de sa vie? Comme toutes les autres facultés de l'homme, la mémoire a sa vie dans l'action. Plus la mémoire agit, plus elle s'exerce, plus elle opère et [dus elle acquiert de force et de puissance. De là vientqu'on dit exercer, développer, cultiver et fortifier la mémoire, comme on dit fortifier, cultiver, développer et exercer l'intelligence, le jugement, la raison et la volonté. Or, quelle puissance d'action l'histoire n'offre-t elle pas. à notre mémoire ? En nous transportant dans tous les siècles et dans tous les pays ; en nous lésant suivre la marche de tous les faits et de tous les événements ; en nousfesaul vivre, pour ainsi dire, a\ec toutes les sociétés.et tous les peuples, ne préseute-t-elle pas à noire mémoire le plus vaste souvenir possible ? Posons une mémoire d'homme en face de l'histoire, qu'elle embrasse cette immensité • qu'elle condense en elle le souvenir de tout ce que les fastes de l'humanité renferment, et elle vivra admirablement ; car ou le comprend, elle trouvera là, avec l'exercise, le d. velpnpement, la culture, nue action, une activité qui se rencontre rarement ailleurs dans une aussi vaste étendue.

Mais je n'ni encore rien dit de ce qui fait fie l'histoire Vinslilulrïce de In vie ; et c'est M. deTresséol qu'il faut me pernn ttre de vous citer.

'• L'histoire, dit-il, nous donne une connaissance de nousmêmes, (jue nous ne pourrions acquérii flans la société (jue par une expérience longue, pénible et souvent néfaste. Cette connaissance a sur nos actions une influence bien salutaire. Nous avons beau être instruits de nos devoirs par la théorie, lions nous égarerons souvent par imprudence, si cette boussole nous manque. 11 faut connaître les passions pour s'en méfier, pour les prévenir, pour les réprimer. Il faut savoir sous quels dehors se déguise le vice, pour être en garde contre la séduction. Il faut avoir suivi le cœur humain, avoir vu comment la faute attire le erim.% et le crime le forfait, avoir examiné la facilité de tomber et les ressources pour se relover, avoir calculé l'action et l'ascendant recipi oju.es des passions sur la raison, ou de la raison sur les passions : science sublime, étude profonde, dans laquelle nous ne ferons pas de grands progrès avec nos seules ob servations personnelles, parce que nous ne vivons pas assez ni avec les autres, ni avec nous-mêmes. Les Livres de morale nous donnerons là-dessus des règles et des maximes. L'histoire fera mieux : elle mettra les hommes, les passions, la raison, les vices, les vertus en mouvement et en action ; elle nous présentera tous les objets dans leur vrai jour, et celte vue nous sera bien plus utile que le fil des préceptes sans exemples qui, à chaque instant, nous échappera. C'est dans l'histoire, comme dans un dépôt public, que les actions des hommes se conservent. Témoin de la vérité, elle vous en rend vous-mêmes les témoins; elle est le Conseiller du Sage et le Précepteur de tous ; l'amélioration des hommes est son but, la franchise est sa vertu, la justice est sa loi. Sur tous tes états, sur toutes les conditions, elle exerce l'utile emploi de démasquer les hommes, et le droit souverain de les juger. Elle dit librement aux Rois ce qu'on a pensé et ce qu'on a pas osé leur dire. C'est de sa bouche seule qu'ils apprennent qu'ils sont hommes comme leurs sujets,exposés à la censure comme leurs sujets, jugés par la postérité

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plus sévèrement que leurs sujets. S'ils sont véritablement glands, c'est-à-dire, justes, affables, pacifiques, bienfaisants, i«' igieitx, cllt' Ivur assure nue gloire qui honore bien plus que les sceptres et les conquêtes, celle de faire chérir leurs noms, et (le les entendre, du fend de leur tombe, répéter à Teuvi. de génération en génération*, avec cet attendrissement et cette effusion de cœur qu'inspire la félicité publique. S'ils ne sont, au contraire, que des monstres couronnes, s'ils foulent aux pieds le sang des nations, et qu'ils boivent dans des coupes dï>r les larmes de' leurs peuples, elle les menace de la haine des hommes et de l'exécration de l'univers entier. Ce «pie l'histoire seule dit aux grands, sente elle le dit au reste des hommes. Nous sommes comme eux. presque tous environnés de flatteurs, d'ennemis, do jrens injustes et partiaux. Avons-nous des amis, des amis sages, éclairés et assez fermes pour nous dire la vente ? Sommes-nous assez amis de nous-mêmes, assez raisonnables pour l'entendre ? Croyons-en le mot d'un roi de Sicile sur les Livres Historique : lés meilleurs des conseillers sont les inorls.

" L'histoire est nécessaire pour nous conduire dans le chemin du devoir, ce ne serait point encore assez, si elle ne nous le Pesait chérir ; mais l'idée qu'elle nous donne du vice ne peut manquer de nous en inspirer de l'horreur; le portrait qu'elle nous fait de la vertu, ne peut que nous enflammer pour elle. Rarement voyons-nous le vice aussi noir qu'il lVst, si ce n'est dans nos ennemis ; mais comme L'histoire n'a point de bandeau, aucun préjugé ne le colore, aucun intérêt ne le déguisa II est rare que la vertu soit nomme et honorée de ses contemporains : dans les fastes d,H l'humanité chaque chose prend sa place et sa couleur naturelle. L'aspect des Tibère et des Nerou soulève contre la tyrannie et la noirceur. La vue d'un Calilina indigue contre l'ambition et la sédition. Partout le crime fait frémir, paire que partout il est présniité avec une expression car irtéristique et sous les traits les plus odieux. Lycurgue veut bannir de Laceaeniouo i <iiu nuisante ivresse ; 11 uiaouue à tous les pères de famille de faire voir à leurs enfants des esclaves abandonnés à l'excès de cette passion.

"Parmi heureux contraste, les vertus et les bonnesactions échauffent l'unie dans l'histoire. On n'admire point les E[i;nninonilas, les Scipion, les Marc-Aurèle, les Ti'fijîin, les Henri IV, s;ms les aimer, on ne les aime pas sans concevoir pour leurs vertus les mêmes sentiments (pie pour leurs personnes, ou plutôt ou n'aime leurs persoi n s que pour leurs vertus. C'est l'humanité, la bienfaisance, ^'intégrité, la douceur des mœurs que l'on aime, que Ton adore eu eux. Les grands hommes se sont toujourspropo.se quelque grand modèle de l'histoire à imiter. Alexandre voulait suivre la voie d'Achille. Louis XII les traces d'Alex ai.div, Henri IV celles de Louis XII. Aulonin imita Trajan, et Marc-Aurèle, qui ht asseoir la philosophie à côté de .son trône, se modela sur les vertus d'Autonin. Sénèque n'a pas craint d'assurer qu'on ne se distinguait jamais dans la science et dans la vertu, si l'émulation ne nous choisissait dans ses annales un illustre rival. Plutarqne a écrit qu'à mesure qu'il travaillait sur les Vies des hommes illusti-es, il se sentait à chaque pas encouragé, échauffe, élevé par leurs actions. Qui a lu les parallèles de cethonuète historien, sans être devenu meilleur, ou du moins sans désirer de le devenir ? Quelle âme. après avoir vu Thémistocle s'offrir pour soutenir les intérêts de la Grèce, au bâton d'Eurybiade, oserait sacrifier sa patrie à une vaine gloire ? Qui est-ce qui, voyant Aristide écrire sa condamnation, n'attendra passa justification du temps et de ses vertus ? Qui est ce qui, lisant les reins que Fabius fait de l'or et des honneurs qui 'lui sont offerts par l'ennemi de sa patrie, rougira d'une vertueuse pauvreté ? Qui est-ce qui, suivant à Cartilage Régulus qui, fidèle à sa -parole, se livre à la veangeance, oserait trahir, pour quelqu'intérèt que ce fut, le droit des gens ? Une infinité de semblables actions se présente à notre espriL J cvpnvle des bons sera toujours un germe, une souice de vertus."

li y a messieurs, de cette influence de l'histoire sur la vie de l'homme une raison profonde.

Un dv s loyers de la vie se trouve, comme nous l'avons déjà vu, placé dans l'union. Quand une existence est jetée;

dans an point du temps, elle cherche d'ahord un n\(lint où elle puisse tiouver à qui et à <jnoi s'unir. Ce milieu, au physique comme au moral, est le lieu dès relations. unetigfe naissante rhërehè un milieu où elle sera en relation i.vec la terre et ses sues merveilleux, avec l'air et ses propriétés réparatrices, avec le soleil el ses fenx bienfaisants; ce n'est qu'après avoir trouvé ce milieu, qtfelle s'élance brillante et Vigoureuse, qu'elle devient le chêne immense dont l'ombre glorieuse onîbrage des générations nombreuses et survit à plusieurs siècles. De même de l'homme : il appelle la relation. Et celte relation, il ne la demandé pas seulement! :in.v choses et aux éties condensés dans la mesure de, sa pasfagére existence ; non : il la demande an fini et à l'infini. La religion seule lui donne la relation de l'infini , s'il ne vent pas la recevoir de cette source divine, il ne l'aura jam lis el il mourra. Mais qui est-ce qui lui donnera la relation du fini ? sinon, avec la religion encore, l'histoire : l'histoire qui est le milieu où l'humanité d'hier établit sa relation avec l'humanité d'aujourd'hui ; l'histoire, où l'humanité d'aujourd'hui et l'humanité d'hier s'unissent à l'humanité de demain, à l'humanité de l'avenir.

Tel est le mot de l'énigme. L'homme cherche dans le' passé une verte, une âme pour se l'unir par la similitude qui est la relation des âmes et des vertus.

Tel est le mot de l'énigme Et voilà pourquoi la premier.1 vie humaine, ayant tout affaibli et tout perdu, il a fallu que le Yobt devînt homme et, qu'il offrit un nouveau type, un nouveau point de relation. Voilà pourquoi le. Christ a voulu habiter parmi nous, naître, vivre et mourir au milieu de nous ; voilà pourquoi le Christ n'est pas une abstraction, mais bien une réalité ; voilà pourquoi le Christ e>t le milieu historique où l'homme, qui cherche le salut, et l'humanité, qui veut être sauvée, doivent venir chercher ia correspondance, la liaison, la ressemblance et la relation qui est le besoin essentiel de toute vie.

Telles sont, messieurs, avec la mesure, les ressources dô Thistoire.

Et cependant " l'histoire, depuis trois cent sans, pour parler avec de Maistre, est une conspiration permanente contre la vérité. " Qu'est-ce à dire ? Et pourquoi ?

L'histoire est-elle devenue par elle-même l'ennemie mortelle de la vérité ? ou bien son'-ee les hommes qui l'ont pervertie ? Cette grave accusation d'un homme pins grave encore, si c'est possible, es:-elle un reproche adressé à l'histoire ou à l'historien ? Non l'histoire n'est pas L'ennemie dela vérité : elle est le témoin de la vérité et quand elle se refusera à remplir ce grand et noble rôle de témoin, elle cessera d'être ce qu'elle est : elle deviendra la fable, la fiction, le mensonge. Toujours l'histoire sera la sanction du Lien ; toujours elle sera la condamnation du mal ; toujours elle proclamera la vérité et démasquera l'erreur ; toujours elle convaincra de mensonge et d'impuissance les elïbrls tentés en dehors du bien et de la vérité ; toujours elle nous donnera la vraie mesure des utopies, des rêves et des mirages de l'erreur. Demandez-lui ce qu'elle sait de la porlée morale et sociale du malériulismc et du sensualisme : elle évoquera le passé, mettra sous vos yeux les sociétés antiques et vous enseignera comment elles ont trouvé la mort dans la boue de la matière et des sens. Demandez-lui ce que peut pour le repos des intelligences le rationalisme : elle fera connaître les tourments nombreux qui rongent tant d'esprits qui, de tout temps, ont voulu s'appuyer sur leurs seules forces pour arriver à la vérité, et, développant les fastes de l'hérésie, elle vous offrira le triste et navrant spectacle de tant de sectes perdues dans les ténèbres du libre-examen. Demandez-lui ce que peut le césarisme ou l'athéisme social pour les nations : elle vous rappellera tous les bouleversements, toutes les révolutions, toutes les ruines qui ont été le partage des peuples qui ont voulu se [tasser de Dieu. Demandez à l'histoire tout ce que vous voudrez, et o 'jours, malgré "les colères et les passions qui de leurs vaines clameurs s'efforcent d'étoutfer sa voix, elle rendra témoignage à la vérité.

Ce n'est donc pas l'histoire, à proprement parler, qui est

devenue l'ennemiede la vérité ; or,si ce n'est pas elle, il faut qu« ce soit l'homme. Eh bien ! Oui . et voilà justement la révélation de notre malice La vérité historique nous gène, nous pèse, nous confond. Perpétuellement elle oppose aux rêves de notre imagination malade, la réalité écrasante des faits ; perpétuellement elle crie à ceux -;ui cherchent à renverser telle ou telle pierre de l'édifice : prenez garde ! l'expérience m'apprend que cette pierre est une des bases essentielles ; d'autres avant vous font tenté : les fondations ont manqué ; le temple s'est écroulé et les a ensevelis sous les décombres. Perpétuellement l'histoire proteste, pour el au service du présent, pour et au service de l'avenir, et toujours au nom du passé, c'est-à-dire de la sagesse du temps, contre notre méchanceté ou notre folie. Fatigués de cette voix importune, désespérant île pouvoir jamais lut imposer silence ou de la rendre complice de nos desseins, nous essayons de détruire son autorité, de saper sa certitude et nous affirmons qu'elle n'est qu'un mythe, qu'une fiction et souvent qu'une allégorie. C'est ainsi que nous faisons conspirer l'histoire contre la vérité.

Depuis trois siècles, les fils de l'erreur et du mal n'ont pas ru d'autre ambition : pour eux la vérité historique n'a plus été que l'admirable poëme d'une habile mythologie. Les faits, les événements, les dates, les monuments, les hommes, les sociétés de L'histoire n'ont plus été à leurs yeux qu'une longue suite de mensonges arrangés avec art.

Et qu'on ne dise pas que j'exagère. Cette tentative monstrueuse exfste ; depuis trois siècles elle se promène par l'Europe savante ; elle s'y affirme, s'y développe et y prend lies proportions formidables. De l'Europe, elle passe ailleurs, et un jeune homme vient de nous apprendre, par l'organe de la presse, quelle s'est même introduite chez nous ; puisque, aux applaudissements des adeptes de la libre p-iisér, un membre de l'institut Canadien aassigné au monde une existence fabuleuse.

Non, je n'exagère rien. Il y a par le monde une prétention qui se donne pour l'histoire, mais qui ne l'est pas, et

qui affirme, ici, que le déluge, cette grande et mémorable catastrophe, n'est qu'un poëme épique, composé par rl.'s fils

du ramilles, afin de donner du relief à leur origine ; là. que tout le récit, de Moïse n'est qu'une pure invention du sacerdoce antique, dans la vue d'établir à jamais l'autorité de leur hiérarchie; ailleurs, que Socrate, Platon, Aristote, Cicérou, et tous les génies antiques n'ont jamais existe que dans la fable ; partout enfin que toute l'histoire n'est qu'un symbolisme imaginé pour servir un intérêt ou un autre

Vous connaissez le pauvre Renan et son Jésus impossible Cet homme n'a jamais pu se pardonner d'avoir porté la robe sacerdotale, et il s'est enfonce jusque dans les plus extrêmes profondeurs de l'absurde, pour expliquer comment une jeune imagination de vingt ans peut être la victime innocente de la grande fiction du christianisme. Pour Renan, Jésus- Christ n'est qu'une personnification dérisoire, qu'un mythe par Lequel on a voulu représenter une religion nouvelle, on nouveau code de morale. Plaise à Dieu, M. Renan, que, si ira jour l'humanité revient au bon sens, elle veuille bien voir dans votre personnalité savante, non une individualité innovante ou vèeile, ce qui est équivalent, mais la personnification de ses folies et de ses égarements passés. A vous et à vos imitateurs, voilà tout le mal que je vous souhaite.

Si maintenant vous me demandez, messieurs, ce qu'il faut accepter ou îejeter de ce que rapporte l'histoire, je répondrai, au risque de vous étonner, il ne faut rien rejeter et tout accepter. Vous vous récriez ; je m'explique.

D'abord j'entends par histoire le récit authentique de la vie de riiumaniLô. Je dis le récit authenLique et c'est avec préméditation ; car je me refuse et me refuserai toujours à décorer du beau nom d'histoire, tout fait, tout événement, faux ou même incertain : dans le vraie l'histoire, c'est la vérité et non l'erreur.

Mais je vous entends. Vous dites : c'est très-bien ; seulement à quels signes reconnaitrez-vous la certitude historique ? Ma l'épouse est bien simple : j'exigerai des témoi-

gh âges probes et unanimes an moinsquant à lVssenre du f.iit. ; j'exigerai encore que les témoignages soient sans intérêt de tromper ; enfin, j'exigerai que ces témoignages soient dans l'impossibilité radicale de tromper, quand bien même ils le voudraient. Ces trois conditions remplies, je croirai aussi fermement à ces témoignages, que je croisa l'existence de la Lapouie, bien que je ne l'aie jamais vue. Aurai-je tort ?

Pour ce qui est des événements, des hommes et des choses dont le souvenir m'est transmis sans ces trois garanties, je resterai à leur égard dans une réserve extrême; on si la fantaisie me prend de résoudre de tels problèmes, je me garderai bien de poser les résultats de mes recherches pour antre chose que des hypothèses plus ou moins vraisemblables, et jamais je ne serai tenté de ranger ces points douteux parmi les vérités historiques.

Et s'il est besoin de justifier ces trois conditions exigéesde tout témoignage historique, je dirai avec l'auteur qui me les fournit :

Que la première s'appuyant sur des faits, ces faits, s'ils existent, portent leur démonstration avec eux ; or. rien de plus facile que de s'en assurer. Y a-t-il ou n'y a-t-il pas plusieurs témoins ? sont-ils ou ne sont-ils pas unanimes ? s'ils sont nombreux et d accord entre eux, chose que chacun peut aisément vérifier, cela me suffit contre les contradicteurs du fait qu'attestent les témoins. Car s'ils admettent la certitude du témoignage des sens, je trouverai contre l'autorité des sens tous les arguments qu'ils emploient contre l'autorité du témoignage humain ; et s'ils sont sceptiques, je les délierai d'attaquer l'un et l'autre, sans les reconnaître toutes deux implicitement, puisque nul ne peut essayer de persuader à quelqu'un qu'il a tort de se fier à ses sens et à la parole d'autrui, sans se démentir lui-même par le fait.

Quant à la deuxième règle, est-il impossible, est-il même bien difficile de s'assurer que des témoins sont graves, honnêtes, consciencieux, et qu'ils n'ont aucun intérêt à tromper? Ceux qui attaquent la certitude du témoignage veulent ap-

naremmnnt qu'on croie à leur probité, à leur honneur, à leur bonne foi ; ils aspirent à l'estime de leurs semblables, et prétendent la mériter. Ils veulent aussi sans doute iju?on croie à leur sincérité, quand ils rapporte:)! un fait, quand ils nrenneiîl un engagement, quand ils donnent leur parole; et si quelqu'un révoquait en doute leur véracité, ou semblait l«s soupçonner de dissimulation et de fourberie, ils n'hésiteraient pas à. invoquer le souvenir de toute autre vie» honorable et sans tache, po u.r prouver qu'ils ne sont ni des imposteurs, ni des fripons. Us croient doue qu'il y a des movens sûrs de connaître si un homme est digue d'estime ei de confiance par son caractère, par ses mœurs, par sa conduite habituelle. Ca»' s'il n'en existait pas, la distinction qu'on fait partout des honnêtes gens et des fourbes serait tout-à-fait sans raison, et l'on ne voit pas à quel titre euxmêmes laisseraient leurs amis, leurs parents, tous ceux qui ont eu quelque relation avec eux, attester leur probité, leur franchise, leur délicatesse, et s'offenseraient de l'incrédulité qu'on opposerait à leur témoignage. Les voilà donc placés dans l'alternative, ou de soutenir que ceux auxquels la voix publique, dans les temps anciens comme dans les temps modernes, a déclaré le titre d'honnêtes gens, d'hommes d'honneur.d'Iummes de bien, doivent être mis au même rang que ceux qu'elle flétrit du nom d'imposteurs et.de scélérats, et que la réputation de probité et de vertu dont ils jouissent eux mêmes ne prouve absolument rien en faveur de leur vertu et de leur probité ; ou de reconnaître ce que nous voulons établir, que la gravité, que la probité d'un témoin aihsi que les circonstances qui prouvent qu'il n'a aucun intérêt à tromper, sont des faits qui se constatent comme toutj autre chose, et qui suffisent à la certitude.

Enfin, comme le témoignage qu'il s'agit de contrôler porte nécessairement sur un fait public ou privé, grave ou sans importance, rien de plus facile encore que l'application, d? la troisième règle, et, par conséquent, que la vérification du témoignage par le moyen qu'elle indique. Le fait qu'on rapporte s'est-il passé au grand jour, en présence de tout un

ppuple : est-il par lui-même d'une grande importance ? S'il réunit ces deux caractères, nous disons qu'il est imp issible qu'il m' lût accrédité dans l'esprit (1rs peuples, s'il n'avait rien de réel. Supposer que le récit d'un événement grave et entièrement imaginaire pourrait trouver crédij dans la croyance d'une nation et s'y maintenir sans opposition, sans démenti, sur la seule parole d'un imposteur, ce serait allaquer bien inoins la certitude du témoignage, que la certitude de la raison elle-même. Car il faudrait supposer pour cela une distraction bien extraordinaire, ou plutôt une suspension complète et absolue dans la raison de tout un peupie.

Quelques exemples achèveront de jeter toute la lumière voulue sur ce sujet.

Imaginons que la fantaisie prenne à quoiqu'un rie publier qu'eu Canada, l'Eglise ne l'ait aucune difficulté de donner la sep u II lire religieuse aux excommuniés avoues et reconnus tes ; qu'il apporte à l'appui de sou assertion le fait qu'un nommé Guiborà, étant mort membre d'une société excommu niée, a été déposé en terre sainte avec tontes les cérémonies du culte catholique et que l'autorité ecclésiastique de ce pays, sachant parfaitement ce qu'était cet bomme. a proclamé que désormais, la libre-pensée le voulant ainsi, elle, l'-I£pouse du Clirist et la dispensatrice de ses mérites, aurait des bénédictions pour tous les c.i lavres maudits; croit-on qu'une telle affirmation ne rencontrerait aucun démenti ? pense-ton qu'il ne se lèverait par des consciences génére uses pour crier au mensonge, à l'imp >sture? s'imagine-t-on L'indignation universelle qui couvrirait un tel témoignage?

Ou bien, qu'on vienne nous dire demain que les Etats- Unis, nous ayant U ut dernièrement déclaré la guerre, et que les deux armées s' étant rencontrées àCbambly, cinquante mille Canadiens ont défait deux cent mille Américains > tout anus de la gloire que nous sommes, consentirions-nous à laisser encadrer ce fait dans les fastes de notre histoire ? Quelle nation le voudrait ? Dans cent ans, dans deux cents ans d'ici on dira que l'honorable Thomas d'Arey McGee a été

traîtreusement assassiné. Si le Canada eSt encore affligé de la plaie delà libre-pensée et que cette libre-pensée soit intéressée à nier ce lait, elle le niera, je n'en doute point. Placé entre une affirmation et nne négation, que devra faire un homme Hbre, et on l'est toujours quand on le veut, de bien penser ? Trois choses. D'abord il cherchera si les témoignages sont nombreux et unanimes ; or il trouvera que tous les journaux, que toutes les voix de l'époque du crime, ont affirmé le fait unanimement De plus, il pèsera la gravité, la probité des témoignages et s'assurera si aucun inlérèt ne pouvait porter notre temps à inventer ce fait ; or il trouvera que sous ce rapport, comme sous le premier, les témoignages sont satisfaisants. Enfin, il examinera s'il n'y aurait pas eu pour nous possibilité d'inventer toute cette histoire ; or il trouvera dans la nature même des témoignages qu'une telle fable n'aurait jamais pu s'accréditer sans rencontrer dès l'origine toutes les négations des hommes sensés. Pleinement satisfait, il croira, il enseignera, il affirmera lo meurtre en question. N'est-ce pas là ce que tout homme sensé doit faire pour démêler la vérité de l'erreur, lorsqu'il s'agit de l'histoire.

Encore une fois, l'histoire est une science vraie ; la certitude historique, un fait indéniable ; le témoignage du passé,uneautorité certaine; efcia Ubm-pensëe aura beau vouloir que l'histoire conspire contre la vérité, soit en attaquant les faits pour les ruiner dans leur certitude, soit en les défigurant pour en faire sortir des enseignements pervers et des conséquences mensongères, elle ne réussira jamais qu'à se couvrir de ridicule et qu'à s'attirer le mépris général.

Bien des ruines, bien des catastrophes, bien des renversements se sont succédé dans la suite des âges; plusieurs na lions, dont l'histoire nous raconte les gloires, sont tombées; beaucoup de monuments, dont elle rapporte la magnificence ont péri ; tous les héros dont elle nous redit les exploits ont disparu, et l'histoire est demeurée et demeurera aussi longtemps que la vérité, qui ne saurait cesser d'être éternellement.

CONFÊRBNCES. 125

d s principes établis, il est temps de dire par quelles études on doit chercher la vérité historique. Me trompè-je en affirmant qu'il faut commencer l'étude

de l'histoire, par celle de la Chronologie, de la Géograpb e et de la Géologie. On a dit, et avec raison, la Géographie et la Chronologie sont les d/vx yeux de L'histoire ; en effet, sans la science des époques et des dates, sans l'ordre de succession des événements, l'histoire ne serait qu'un chaos où replierait la plus étrange confusion ; comme aussi sans la connaissance parfaite des différents théâtres où s'accomplissent les faits, il serait impossible' à l'histoire de présenter un tableau compréhensible. Quant à la Géologie, en nous faisant connaître l'origine et la nature de la terre, elle nous apprend que le monde a commencé et qu'il finira et ainsi elle pose les véritables bornes de l'histoire. D'ailleurs, qui ne sait que la géologie la plus savante et la pins éclairée est venue, dans ces derniers temps, rendra à la vérité historique trahie (t indignement outragée, dans son pins illustre, son plus autorisé, son plus divin représentant, Moïse, les hommages et les services d'une réparation solennelle et d'une sanction concluante ?

11 faut demander la science chronolog;que à anatre sour ces principales, savoir : 1» Aux auteurs contemporains ou ppu éloignés des différentes époques^ en s'appuyant près que uniquement sur ceux de leurs avancés qui n'ont point été immédiatement contredits ; 2" Aux plaît omèius < slionomiqws, le cours des astres, les éclipses, etc ; ces phénomènes reposent sur des données matin matiques. c'est-à-dire d'une évidenca presque invincible ; 3° A ions les monuments qui poneii t des inscriptions anciennes: les peuples de l'antiquité gravaient sur la pierre, le marbre, le bronze, etc., le récit abrégé des faits les plus mémorables dont ils étaient ou les acteurs ou les témoins ; 4° enfin, et cette dernière source est capitale, à la Bible : écrite sous l'inspiration même de Dieu, elle porte une certitude et une autorité incomparables.

On lirait avec profit pour la Chronologie L'Antiquité des

126 CONEÉRENCES.

temps, rétablie et défendue contre les Juifs, par Paul P?zron : Abrégé Chrmilogique de l'Histoire Universelle sacrée et profane, du Père Petan ; Défense de la Chronologie, l'ondée sur les monuments de l'Histoire Ancienne, par Frère t, et lfArl de vérifier les dates des faits historiques des Chartres, etc., depuis Jésus-Christ jusqu'à la l'évolution française ; ouvrage excellent ilù aux laborieux et savants Bénédictins.

Les ouvrages suivants seront d'un grand secours dans l'étude île la géographie ; Essai sur l'histoire de la géographie cl sur o , origine, ses progrès et son étal actuel, par Robert de Vausfoudy ; La Géographie comparée, ou analyse de la Géo graphie ancienne et moderne des peuples de Ions les pays, par M. Men telle; L'Ancienne Géographie universelle comparée à l'a moderne, où Ton voit les royaumes, les provinces, les villes, les théâtres des différentes guerres ; par Joseph Romain Jôly ; Géographie his o iqur, ecclésiastique et civile de tout s les pwtirs du Globe, par Doin Vaissette ; Géographie moderne, précédé d'un petit traité de la sphère et du globe, et terminée par une géographie sacrée, par l'Abbé Nicolle de la Croix. Si ces différents auteurs ne sont pas exempts de reproches, et même de reprochés graves, ils renferment des recherches, des appréciations et des renseignements propres à ji ter un grand jour sur les questions qu'ils traitent : cela est [ilus que suffisant pour les rendre reconimandables.

Quant à la Géologie, c'est Cuvier qu'il faut étudier ; dans Cuvier ou trouvera la science du monde et, aussi, le monde de la science.

Bahnès que je me reproche de n'avoir pas encore cité, donne à ceux qui étudient l'histoire, dix conseils qui trouvent ici naturellement leur place.

« Il tant d'abord tenir grand compte des moyens de connaître la vérité, dont l'écrivain disposait, et des probabilités pour ou contre sa véracité.

« Deuxièmement, toutes choses égales, on devra préférer •un témoin occulaire II y a toujours un certain perii pour la vente dans les intermédiaires. Les récits successivement transmis sont comme ces courants dont les eaux emportent

quoique cho^e dn canal qu'elles parcourent : dans les canaux de l'histoire, la passion et l'erreur abondent.

« Ti nisièineiuent. Parmi les témoins occilaires, choisissez, si d'ailleurs il y a Pga ité pOUl le rôle, relui qui n'a point eu de part à l'événement, qui uy a rien perdu. Lorsque César raconte ses campagnes, son témoignage est une autorité. Il est évident tout' l'ois, que le général romain ne peut refuser le courage aux peuples qu'il a vaincus ; qu'il ne peut le& représenter connue inférieurs en nombre aux armées qu'il commandait sans diminuer la difficulté de ses entreprises, et, parlant sa gloire. Les prodiges d'An ni bal, racontes par ses ennemis, OCt une autre valeur historique

« Quatrièmement. Préférez un historien contemporain ; mais contrôlez sur témoignage par celui d'un écrivain de la même époque, défendant d<'s Opinions et des intérêts différents, et ayez soin de séparer dans leurs écrits le fait des causes qu'ils lui sont personnels. Presque toujours il y a dans les événements un fait dominant qui ressort avec trop d'évidence pour que la partialité de l'écrivain ose le nier. En pareils cas. l'historien exagère ou atténue ; il prodigue lescouleurs défavorables ou flatteuses ; il cherche des explications, invente des causes, signale des conséquences, etc., mais le fait persiste et les elf jrts de la m uivaise foi doivent avertir un lecteur judicieux de ne s'arrêter qu'au fait, de ne voir que le fait, de le voir tel qu'il est-

« Cinquièmement. Les récits anonymes méritent peu de confiance.

a L'auteur a peut-être caché son nom par modestie ; mais le public qui l'ignore n'est pas tenu de croire à la véracité d'un écrivain qui, pour dire la vente, met un voile sur sou visage. La crainte du déshonneur qui suit le mensonge est un frein puissant Ce frein ne suffit pas toujours. Que serait-ce s'il n'existait point !

S xièineinent Avant de lire une histoire, étudiez la vie de l'historien. Comment apprécier la véracité d'un historien ou les moyens dont il dispose pour arriver au vrai, si l'on

1 28 CONFKrtF.NCES.

ne connaît pas sa vie ? Voulez-vous avoir la clef rie ses déclaraations ou de ses réticences ? Voulez-vous savoir pourquoi, sur telles scènes, il passe un pinceau si lég^r taudis qu'il charge certains tableaux des plus noirs couleurs ? cher chez dans ses vertus ou dans ses vices, dans sa position par liculière, d;uis l'esprit de son temps, dans les formes polit] ques de sa patrie ; le plus souvent tout est là.

K Septièmement. Les œuvres postumes éditées par des inconnus ou ayant passé par des mains peu sûres deviennent apocryphes, et doivent être reçues avec défiance. L'autorité d'un mort illustre est de peu de poids en pareille circonstance ; ce n'eit pas lui, c'est l'éditeur qui parle, avec la certitude que la partie intéressée ne peut le dément'r.

« Huitièmement. Des histoires appuyées sur des mémoires inconnus et des titres inédits, les manuscrits dans lesquels l'éditeur affirme n'avoir fait que mettre de l'ordre, corriger le style et éclaircir certains passages, ne méritent d'autre confiance que celle qu'inspire l'éditeur.

« Neuvièmement. Les récits des négociations secrètes, de secrets d'Etat ; les anecdotes piquantes sur la vie privée des personnages célèbres, sur de ténébreuses intrigues et autres faits du même genre, ne doivent être admis qu'après u\\ examen sévère. S'il nous est si difficile de découvrir la vérité à la lumière du soleil, et pour ainsi dire à ia surface du sol, qu'espérer lorsqu'il faut la chercher au milieu des ombres et dans les entrailles de la terre ?

« Di.xièmement. Ajoutons peu de foi à ce qu'on nous raconte sur certains pays ou cert; i îs peuples très-anciens et très-ôloignés de nous, car les trésors du prince, sur le nombre des habitants, sur leurs croyances religieuses ou leurs usages domestiques. Gomment, en effet, vérifier l'exactitude de ces relations ? La distance, le temps, l'ignorance de la langue, etc., tout s'y oppose. Comment arrivera ni vérité en des choses souvent cachées, inconnues même aux indigènes? Pour décrire lesusagesdomestiques, a-t ou pénètre dans l'intérieur de la famille ? l'a-t ou surprise dans la liberté, dans les confidences intimes du foyer ? »

Ces premières précautions prises, ou ouvre enliu les grau-

CONFLUENCES. 1 ~9

dos nnnales du genre humain. Et afin de procéder avep ordre, on divise les temps en deux grandes assises principales : depuis Adam jusqu'à Jésus-Christ, et de Jésus-Chri>t à nos ji uns. Quelques écrivains veulent qu'un s'occupe d'abord de la seconde du ces divisions ; d'autres, au coutraire, veulent qu'on commence par la première Os deux opinions sont soutenues par de.s noms et des hommes considérables, et il ne m'appartient pas de décider entre euy. Seulement, connue ceux à qui je m'adresse sont sensés posséder déjà des connaissances générales de l'histoire universelle, je suis porté à croire qu'ils saisiront mieux toute la philosophie de l'histoire en prenant à l'origine du monde pt en poursuivant ainsi d'événements en évén< nients ju qu:ù notre malheureuse époque. Je crois par exemple qu'on r-aici- ci difficilement les causes de la chute de l'Asie et de l'Air que, ainsi que celle de la décadence de l'Empiré romain. si ou ne connaît pas bien la vie antérieure de tous ces peuples. Dans la vie des nations tout s'enchaîne, tout se suit, tout se succède merveilleusement, en sorte qu'il peut è',re très-utile et môme indispensable de remonter tout d'abord aux origines.

Quoiqu'il en soit, et quelque soit le parti qu'on prenne, voici quels sont les historiens qu'il faut lire et approfondir d'une manière toute spéciale, si l'on veut dérober aux siècles quelques-uns de leurs grands enseignements.

Il y ade l'antiquité un monumentparticulierqu'il n'est par possible de négliger, parce qu'il joue dans l'économie sociale et religieuse de ces temps reculés un rôle trop important. On comprend que je veux parler de la Bible ou "Ancien Testament, Certes, ainsi que j'aurai occasion de l'affîrn e.* dans un moment, les historiens païens nous ont laissé d'immortels chefs-d'œuvre ; mais ce sont des chefs-d'œuvre païens ; c'est-à-dire des lumières douLeuses et souvent fausses. Le paganisme, à la vérité, reconnaissait bien l'intervention d'une puissance étrangère et d'une force supérieure dans les événements humains : Romulus écrasé par les

Sdbins, de même que Glovis à Tolbiac, lève ses armes vers

le ciel et promet de bâtir un temple au Père des dieux ; toutefois ce Jupiter, maître des destinées des empires, Mars, le dieu îles a' niées et tous les autres dieux, dans la pensée de leurs adorateurs, et. lient accessibles à toutes les passions mauvaises et, par suite, réglaient souvent très-arbitrairement le sort des hommes et des choses. Moïse et les autres écrivains sacrés connaissaient le vrai Dieu ; bien plus, ils écrivaient, pour ainsi dire, sous sa dictée ; c'était Dieu luimême qui leur communiquait l'expérience ; c'était lui oui les inspirait et les éclairait. Guidés par la Vérité elle-même, ces hommes inspires n'é- rivaient pas, ne pouvaient pas écri. re au point de vue dès passions de parti ou de nation ; ils ne cherchaient pas à exalter tel peuple au-dessus de tel autre ; non. ils parlaient, ils enseignaient pour et au service de la Providence ; pour et au service de la Vérité. Aussi est-ce dans leurs écrits qu'il faut aller chercher les lumières dont nous avons besoin pour nous expliquer les mystérieux et obscurs événements de l'antiquité Je le dirai même, je ne vois pas que sans ÏAncicn Testament, il soit possible de comprendre un seul mot de l'histoire ancienne ; caria Bible est la lumière des temps antiques, comme le Catholicisme est celle des âges modernes ; et cela parce qu'elle est avant tout une lumière divine. Les historiens païens n'étudient l'homme que dans l'homme ; la Bible explique l'homme par Dieu ; or qu'est-ce que l'homme, qu'est-ce que le genre humain considéré hors de Dieu, principe. raison et fin suprême de tout ? Un mystère douloureux et impénétrable! Les Ecritures Saintes sont l'éternel crépuscule qui dore et illumine toute la science. Retirer cette lumière de la science, la retirer de l'histoire, et particulièrement de l'histoire ancienne, c'est, évoquer la nuit, c'est s'envelopper d'ombres, c'est s'ensevelir dans des ténèbres profondes, c'est s'enfoncer dans des abimes malheureux ; et, pour emprunter ici une comparaison, comme le laboureur qui enfonce le soc dans les jhamps de Thèbes et de Babylone, heurte à chaque instant d'inexplicables ruines, ainsi l'histoire, privée des lumières des Saintes-Ecritures, à chaque sillon qu'elle trace dans les

CONil-IlKNCES. ICI

î. snnlêve, du srin môme des siècles et des peuples, de grandes et douloureuses obscurités.

Pow les h storiens païens, t&ïix qn\ voudront les fréquenser pourront de préférence s'arrêter àThnc\ <iide,\euophon, Salinité, Tite-Iîi'Me, Tacite, Hérodote. César et Plutarque.

Thucydide Fait l'histoire de la décadence des Grecs. Avec on rare talent d'expos lion, il montre Athènes aux prises iveC Laeédénione e( comment la Grèce Be fractionne et se divise pour servir les ambitions jalouses de ces ncu\ villes orgueilleuses. Toutes les vertus et les viees contraires ont là leur action ; tous les hommes, tous les intérêts divers se rencontrent et, comme toujours, se gênent et se combattent les uns les autres ; puis, quand les divisions intestines, les jalousies et les ombrages des enfants d'un même peupie ont all'aibli toutes les forces vives, ont anéanti toutes les ressources de !a Grèce, cette nation, qui avait porté si haut la ^loi. re de son nom, [s'affaisse sur elle môme et incline misérablemenl à la ruine Xénophon. que les Grecs ont surnommé l'Abeille, bous a laissé l'Histoire de Thucydide, après l'avoir continuée jusqu'à l'affaire de Manlutâe^unb Histoire deCyrus et de la mémorable Retrait-, des dix mille. Le charme, la pureté, la douceur et tons les agréments de sa diction attachent et subjuguent plus que je ne puis le dire.

Salluste est une de ces tristes illustrations du paganisme; il est la personnification de la volupté romaine. Sa vie privée le range parmi les plus mauvais sujets. Heureusement il s'est montré tout auîre dans ses écrits, et son Histoire de là conjuration de Ctitilina ut celle des Guerres de Jnyunhn se distinguent par une justesse d'idées et une profondeur de génie qui étonnent. Il pense avec force, s'exprime de même ; sa phrase est toujours pure, son style nombreux, vif et serré. Favori d'Auguste, '1 ile-Live reflète dans son llistdirc ftomaine les gloires du grand siècie. bon œuvre qui ne renfermait pas moins de cent quarante livres, n'en compte plus que trente-cinq, les autres s'étant égares. Cependa t ce qui subsiste encore brille par la plus belle imagination, par la noblesse des pensées et des sentiments,

par la justesse des appréciations et surtout par une connaissance étonnante de la nature et du cœur de l'homme. On reproche à ce prince des historiens latins d'avoir donné une trop large place à la superstition païenne ; ne devons-nous pas plutôt le louer d'avoir peint fidèlement les mœurs et la religion du peuple et des temps dont il parle ? Le règne de Tilière, qui passe pour un chef-d'œuvre de politique, a eu dans Tacite un témoin d'une grande autorité ; on lira avec profit ceux de ces écrits gui sont restés. Surnommé le Père de l'histoire, parce qu'il a été le premier qui t'a écrite, Hérodote a défiguré son œuvre par des mensonges et des contes puérils. Cependant il jette sur plusieurs faits, et particulièrement sur le règne de Cyrus, des lumières qui ne sont pas à dédaigner. Dans César on reconnaît un génie profond qui avait médité sur les vices, les ressources, la liberté de Rome, et qui, en conquérant, la Gaule, se préparait à subjuguer le monde entier. Plutarque trace la vie d'un héros avec une habileté peu commune. Une naïveté noble brille dans tous ses écrits et leur donne un charme indicible.

Si on ne se sent pas la force, ou si les loisirs manquent pour lire les écrivains païens, il faudra au moins lire nue histoire ancienne détaillée : celle de Rollin, par exemple.

On a fait bien des reproches à l'illustre et incomparable Rollin ; on a dit qu'il entrait dans des détails insignifiants, qu'il parlait ou plutôt qu'il écrivait avec une simplicité trop familière et parfois môme enfantine. Je ne sais et ne veux dire qu'une chose en réponse à ces reproches; c'est que quels que soient ses déiauts, Rollin demeure celui de tous les historiens, après Bossuet, qui a le mieux possédé le génie de l'histoire. Comment reprocher à un historien des dissertations trop longues et un laisser aller de langage tr )p grand, lorsque ces dessertations, ce laisser aller portent la philosophie môme del'histoire ? Oui ! Rollin est long. Oui ! il est simple, très-simple même, mais ses longueurs et sa simplicité me révèlent les lois, les usages et les coutumes des

peuples ; les causes, la marche et le dênoûment dés êvéne-i ments; le caractère, les aspirations et la physionomie pro

pre des peuples et des grands hommes ; les destinées, les rapports et l'influence vraie des principes,qne pnis-jç demander de plus ? Etudié-je l'histoire pour le vain plaisir de lire un beau morceau de littérature, ou bien pour m'instrnire et m'édifièr f Donc, malgré les défauts qu'elle peut avoir, ÏJIisloire Ancienne de Rollin est, un ouvrage d'un liant intérêt, qu'il sera toujours très-utile de lire. J*en dis autant de son Histoire Romain?, du Discours de Bossuet, et de ïllistuire Univeiselle de Chantrcl] ce dernier ouvrage servira d'ailleurs admirablement à connaître tous les temps.

Vient ensuite le moyen-âge. "époque, dit un auteur, qu'il faut toujours citer, parce qu'il parle de tout avec une science profonde, le moyen-âge, époque longtemps négligée, obscure, mal jugée, mais qui est enfin aujourd'hui pluséqnilabiemeut appréciée. Là surtout dans l'ombre mai éclaircie, dans l'anparent chaos de ces temps, l'incrédulité était allée chercher ses armes, et une histoire ingrate et mensongère Taisait un crime à l'Eglise de ses propres bienfaits. Le jour s'est levé sur ces grandes questions ; et bien qu'aujourd'hui encore des esprits extrêmes en restent sur ie moyen-âge au' dénigrement absolu ou à l'enthousiasme absolu, un esprit impartial et sincère peut contempler, à côté des misères inévitables, la grandeur réelle de ces temps et la portée véritable des faits. Quels temps et quels faits immenses ! A s'en tenir aux giandes lignes de cette histoire, les invasions et les établissements successifs des barbares, le règne de Charl 'magne, le schisme Grec, l'islamisme, la féodalité, les croisades, les grands papes, les grands ordres religieux, la lutte du saceidoce et de l'Empire, les guerres entre la France et l'Angleterre : voilà les grands faits historiques qui dominent tout le moyen-âge Qui ne voit, d'après ce simple énoncé, quel haut intérêt présentent de telles études ? Aussi, avec] quelle ardeur les hommes de labeur ont-ils exploré cette époque. La science caiholique et même la science protestante s'y sont exercées à l'envi ; et qui veut étudier ceû

temps, n'est pas en peine de trouver d'excellents ouvrngpsT quelques-uns même écrits par nos frères séparés, que labonne foi et la vraie science ont transformés en apologistes inattendus de l'Eglise et de la Papauté, et des grandes institutions catholiques. Comment se fait-'', encore une fois, quand on a des loisirs, qu'on ne soit pas tenté d'étudier par soi-même et de se faire une opinion personnelle, éclairée, sur de tels siècles et de tels faits. "

Letranc, Drioux, Ozanam, Macaulay, l'abbé Gosselin, de Champigny, Nettement et beaucoup d'autres plumes savantes ont laissé de ces temps admirables, des esquisses généra les ou partielles qu'on consulterait avec profit.

En étudiant l'hisioire moderne, il faudra surtout s'appliquer à celle de France, et pour cela se servir soit de Laurentie ou de Trognon, soit de Keller ou de Gabourd

Me permettra-t-on de nommer maintenant l'histoire du Canada, l'histoire de ce pays providentiellement élu pour être le centre de la civilisation catholique sur notre continent, et le foyer de toutes les nobles, grandes et saintes Choses qui sont ici-bas l'honneur, la gloire et la force des nations ? Ne me reprochera-t-on pas plutôt d'avoir tant tardé à nommer cette histoire, la plus belle, la plus édifiante, la plus nécessaire pour tout canadien qui se sent le courage de rester fidèle à la religion et au patriotisme de ses pères ? Ne doit-on pas, de préférence à toute autre, apprendre d'abord l'histoire de son propre pays ? Est-il raisonnable t/'é/re, comme le disait Rollin avec son grand bon sens, en quelque sorte étranger clam sa propre pairie, après avoir panouru les autres pays ? Ah ! non ! et si j'ai tant tardé, c'est que je suppose toujours que ceux à qui je m'adresse ont assez de patriotisme pour commencer, poursuivre et achever leurs études historiques, par celle de leur propre nation ; c'est que j'ose espérer que l'histoire du Canada sera |K)iir tout canadien, la base, le corps et le couronnement des connaissances en histoire.

Ces jours derniers, Messieurs, je relisais l'histoire du Canada. J'ai pu contempler daus nos annales, et à mon aise»

1rs inspirations sublimes de la foi, les merveilles du dévouement, et plus jo lisais, plus j'aimais mon pays avec ses gé„ héreux martyrs, ses colons immortels, ses grands évoques, ses citoyens glorieux et ses preux soldats ; les mélodieux accents patriotiques qui s'élevaient de toutes parts du sein du concert sacré de nos fastes, ayaient des vibrations si saisissantes et si harmonieuses, qu'ils m'inondèrent, dans une sainte volupté, des parfums les plus suaves de l'orgueil national. Que pouvait-il donc y avoir là de si émouvant et de si glorieux ? Voici :

Dans cette orbite lumineuse, décrite par notre histoire, resplendissaient une quantité d'astres brillants. Ici apparaissaient les Jacques-Cartier, les Champlain, les Laval les Maison neuve, les Montcalm, les Lé vis, les Plessis, les Bédard, les Viger, les Lartigue, les Moriîi et tant d'autres que les difficultés ne purent abattre, qui ne comptèrent jamais les sacrifices quand ils étaient dans la ligne du devoir et de l'honneur, et qui sont du nombre de ces grandes âmes pleines d'enthousiasme, de courage, de générosité et de vertu, devant lesquelles les générations passent en s'inclinant avec respect. Là se levaient, magnanimes, les Canadiens nos ancêtres, chantant l'ode immortelle de leurs combats sanglants, de leurs impérissables faits d'armes, et redisant avec amour les efforts surhumains, les sacrifices généreux et les larmes amères de leur patriotisme quelquefois malheureux, mais jamais vaincu.

Après avoir ainsi vécu des douces émotions que procure un passé si glorieux, je cherchai si, au milieu des amertumes du présent, je pourrais trouver où reposer mes yeux avec amour et où inonder mon cœur de consolations patriotiques

Quel consolant spectacle que celui qui s'offrit alors à mes regards ? Car sans parler de ces grands citoyens qui, dans l'Eglise ou dans l'Etat, en dépit des haines persistantes et des jalousies savantes, travaillent, sans se décourager jamais, au bonheur de leurs frères, y a-t-;l quelque chose de plus glorieux et de plus grand dans les annales d'un peuple, que ce dévouement divin avec lequel notre jeunesse s'est

ëilrôlée sous lo dr*np?au pontifical pour aller défendre, à Rome, dans In personne do l'infaillible Pie IX, l'Eglise menacée et la société en péril ? Non ! Messieurs, je no sache rion do plus noble, de plus sublime (pic les sacrifiées, que coûta ce mouvement ; rien de plus touchant cl do plut- so lonnol, rien de plus haut et do plus héroïque que cette atfci Inde de tout un peuple sacrifiant ses fils pour une toile cause !

l'rocl.'imons-lo donc hautement ! Fils dos héros, nous n'avons pas dégénéré ; en fan '.s courageux, citoyens intrépides, nous marcherons un jour à la tête des nations civilisées !

Voilà ce que j'ai trouvé dans notre passé; voilà et; que je trouve dans notre présont : Dites phintenaut s'il ne sera pas toujours indispensable d'étudier l'histoire de notre peuple.

Chère et précieuse jeunesse canadienne, qu'il soit donc permis à un instituteur de te le dire, tout en parcourant de ton vol altier et audacieux les régions de l'humanité, tout en planant dans les sphères les plus reculées de l'histoire, fixe toujours de ton fidèle et intrépide regard cet humble point qui s'appelle le Canada ; c'est le point central, c'est le rocher de tes amours, c'est le phare de tes espérances ; c'est la plaine fertile qui te donnera l'aliment do la vie ; c'est la côte escarpée où, plus tard, tu abriteras ta jeune famille ; c'est la plage fortunée où s'écoulera ton existence laborieuse ; c'est le sommet doré où, sur le soir de la vie, tu trouveras, avec le tombeau de tes ancêtres, le lieu de l'éternel repos ; et si tu es toujours demeurée fidèle aux mœurs, aux institutions, à la religion et au Dieu de tes pères ; si tu as aimé ce qu'ils ont aimé, si tu as respecté ce qu'ils ont respecté, si tu as défendu ce qu'ils ont défendu, si tu as servi ce qu'ils ont servi, comme eux tu laisseras la trace bénie de ton passage ici bas ; comme eux tu conquerras la gloire qui se revêt de la sanction des siècles et graudit de plus en plus en se retirant dans le lointain des âgos !

Je n'ai pas besoin de mentionner nos différents historiens: tous depuis Charlevoix jusqu'à la dernière publication de

Cknmplain sont dans nos bibliothèques. Je me contenterai de faire une simple observation . qu'il faut se mettre en garde contre les ouvrages écrits, moins pour faire connaître le Canada que pour servir tel on tel intérêt, telle ou telle institution, tel ou tel principe. Non pas qu'il soit mal d'écrire l'histoire avec de tels mo'ii's ; mais parce qu'il est difficile de se faire l'honime, l'avocal d'une cause, si celte cuise ( st particulière, sans s'exposer à porter plus d'un jugement erroné, faux et injuste.

Concluons.

C'est la prétention malheureuse d'une philosophie plus malheureuse encore de pousser le genre humain à trouver en lui-même le principe fécond de la bonne vie et c'est l'erreur de beaucoup d'esprits, d'ailleurs gnéréeux, de ne chercher jamais que des causes purement naturelles à tous les événements qui marquent heureusement ou malheureusement, ici-bas, les jouis de l'humanité. Voilà pourquoi tout est perpétuellement mis en question. Pourtant la sagesse humaine a toujours ('Le convaincu!" de folie : la sagesse humaine, c'est la nuit épaisse ; car c'est la science sans Dieu ; c'est-à-dire un jour sans soleil. Que cette fausse sagesse finisse par triompher dans l'histoire, comme elle a triomphé ailleurs, et hientôt l'humanité sera à elle-même, le plus invincible et le plus redoutable mystère. Dieu, et Dieu seul est le principe, la fin et la solution de l'histoire. Lui seul a fait jaillir le genre humain du néant, lui seul le soutient, lui seul le mène et le guide ; lui seul sait et connaît quand et comment s'achèvera l'humanité.

Ain i par tous les côtés, l'histoire, comme la terre dans ses révolutions perpétuelles, cherche le lieu de l'éternelle paix, et ce lieu, c'est Dieu. En Dieu seul l'histoire trouvera la solution des souffrances, des misères, des agitations, des renversements et des malheurs, ainsi que de la prospérité, du honheur, du repos et de la vie du genre humain et de ses fils.

Si donc nous voulons comprendre les besoins et la mar. che des sociétés, si nous voulons trouver dans l'histoire,

CONFLUENCES.

avec 1rs souvenirs du passé, l'explication du présent et les espérances de l'avenir, cherchons avant tout l'action de la Providence, et le reste nous sera donné par surcroît.

Qu'il soit dit qu'au sein de la défection générale; qu'au milieu du triste naufrage de la science, une forte et vigoureuse jeunesse s'est levée parmi nous, pleine de magnanimité et de dévouement, qu'elle a méprisé les dangers de la te m pète ; qu'elle s'est jetée au milieu des vagues et, qu'affrontant le ballottement des mers en furie, elle a sauvé quelques débris épars de la vérité, en conduisant les frêles esqu ifs de la science sur les côtes hospitalières et bénies de la foi catholique !

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