QUATRIÈME CONFERENCE
NOS FAIBLESSES ET NOS FOBCES A LÉGAI1D DE LA VÉRITÉ
Monsieur le Président, Messieurs,
Nous avions essayé de plonger un moment nos regards dans L'azur de la Religion et de la Théologie, lorsque les fêtes de Noël, du jour de Tau et du carnaval sont venues suspendre nos investigations.
Maintenant que les réjouissances sont passées et que la société a repris, au milieu des tristesses et des amertumes du présent, sa marche monotone, mais laborieuse vers un avenir peu riant, poursuivons, nous aussi, notre chemin dans la voie difficile que nous avons voulu parcourir.
Et tout d'abord, Messieurs, recueillons-nous; nous sommes sur le terrain de la philosophie, et, si tout y reluit, tout n'est pas or.
Non pas que je veuille commencer par médire d'une science qui se donne pour amie de la sagesse et qui fait consister la sagesse à connaître Dieu et à se connaître soi-même.
Non, et Dieu megarde à toujours d'un pareil malheur, ce n'est pas m°i cilIi dénigrerai jamais une science qui « régularise la réflexion, emploie méthodiquement la raison et applique les forces vives de la réflexion et de la raison à la solution du problème de notre nature, de notre origine et de notre destinée, ainsi qu'à la recherche des principes qui doivent régler nos rapports, soit avec Dieu, soit avec les divers êtres qui nous entourent, soit avec nous-mêmes.» Aussi bien
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•ce n'est pas mon intention, et je veux seulement dire que la philosophie, s'appuya nt sur la raison de l'uommo pbar connaître, est par là même infirme comme tout ce qui est humain. Je veux dire que, venue de Dieu dont elle, est l'image, la raison humaine est un admirable don ; mais que, affaiblie par le vice originel,' elle n'est pas infaillible et, qu'en conséquence, il n'est pas sage de compter sur s s seules ressources quand il s'agit de la vente. Je veux dire enfin que s'il faut mépriser le scepticisme philosojiliif/ur, parce qu'il accuse la raison humaine d'incapacité complt te, non-seulement de connaître, mais de comprendre, il ne faut pas n m plus accepter le rati '■nudisme, parce qu'il priichune ca\ alièiH ment que « la philo^mhie est la réflexion entièrement énmncipèe, définitivement sortie des liens de Caùtorité, et ne s'ujipiujaiit que sur cilc-mrme clans la recherche de la vérité. »
Non ! Messieurs, la raison humaine n'est pas entièrement impuissante. Elle pénètre dans des alàim s d'une profondeur respi ctable ; elle se joue dans un horizon d'une prodigieuse étendue ; dans sou vol hardi, elle trace des sillons qui font son impérissable gloire j
Non ! Messieurs, la raison humaine n'est pas toute-puissaute. Plus elle s'e.ève, plus elle voit reculer devant elle la limite de l'infinie vérité. Le monde naturel et le monde surnaturel ne s'offrent à ses investigations, que pour l'avertir des profondeurs insondables de leurs mystérieux secrets !
Mais quelle est donc la force réelle de la raison ?
Car, enfin, si elle n'est ni toute puissante ni entièrement iui poussante, elle doit èire quelque chose. Me trompé-je en affirmant que la force de la raison consiste à explorer le domaine de la nature, des sciences naturelles et aussi à connaître l'existence de Dieu, l'immortalité de lame et toutes les vérités fondamentales de l'ordre moral ? Non ! Et voilà bien 1? seul milieu où l'homme puisse se reposer avtc confiance, €t sans danger, sur les forces, les principes et les idées qui sont la propriété de son intelligence et de sa raison. S'il veut s'élever plus haut, il faut qu'il se laisse guider par l'au-
torité divine elle-même. Sans cela, il se heurtera à nn. obstacle i ivincible, sentira ses yeux s'obscurcir et sou llam beau s'éteindre^ comme la lampe qui manque d'huile.
La vraie philoso[)hie est cloue celle qui ne compte sur la raison seule, que dans les chosesqui sont à la portée de cette raison, et qui, pour le reste, se soumet à la révélation.
Ce qui est bien remarquable dans les fastes de la philosophie,c'est que tous les génies, sans en excepter un sml, qui ont voulu compter sur leurs seules forces, sont tombés dans les plus graves erreurs, et s'il est une conviction profonde qui péiiètie fàme lorsqu'elle recueille toutes les sueurs versées, toutes les humes répandues depuis que l'homme cultive le vaste champ de sa pensée, c'est que personne n'a échappé au désespoir ou à la folie de l'intelligence, qu'en s'adressant à la révélation comme à la restauration, au complément et au perfectionnement de la raison affaiblie.
Perdu dans l'immensité, l'homme voit la terre brillante et pompeusement parée, il aperçoit le ciel et la multitude d'astres qui roulent dans le firmament sans bornes, il entrevoit le fini et l'infini, ainsi que toutes les merveilles qui comblent ces deux abîmes ; et il se demande ce qu'il est, d'où il vient et où il va. Abimé dans une méditation profonde, il tente de soulever !a i\ dm table énigme qui l'enveloppe, lui, la nature entière et le Créateur. Longtemps sa vue embrasse des perspectives connues ; longtemps chaque pas qu'il fait lui apporte un nouveau rayon ; longtemps, fier de ses conquêtes, il poursuit amoureusement ses recherches; mais bientôt l'azur s'éloigne, s'étend, s'élargit, s'agrandit et prend des proportions formidab'es. Sa vue manque à l'élan de son ardeur, et se refuse à servi? sa cupidité de connaître et de voir. C'est alors que dans les bas fonds ou les écueils de son intelligence humiliée, se forment les noirs chagrins, les sombres désespoirs du scepticisme, ou bien, les sourdes colères et les orgueilleuses revotes du rationalisme. Cependant une voix s'élè e. a voix amie de la religion, qui lui crie de lever ses réf. rds V ts celui qui est la lumière des lumières, la lunnè r ai éclaire tjut h on. me venant en ce monde. S'il écoute cetle voix,
s'il appelle à lui la révélation, il renaît à l'espérance, à la béatitude, à la vie, à la vérité, à tout.
Archiniède disait : donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le monde. La révélation, la foi, la parole de Dieu ou l'Eglise est ce point fameux sans Lequel le levier de la philosophie ne soulèvera jamais le monde de la vérité.
L'alliance sublime de la raison éclairée par le flambeau de la science et de la docilité filiale aux enseignements de la fui, telle est la véritable philosophie, telle est celle que je reconnais seule et que je dis êti'e une de nos forces à l'égard de la vente. Ce que je vais essayer de prouver, en montrant l'influence de la philosophie sur toutes les sciences, ainsi que sur le cœur et l'intelligence de l'homme.
Les sciences s'adressent à l'esprit comme l'univers sensible s'adresse aux sens ; et de même que c'est notre œil qui passa <de la contemplation de l'insecte qui se perd dans la poussière du chemin, à celle du soleil qui illumine l'immensité ; de même c'est notre csnrit qui scrute et approfondit tout dans la science, depuis la [tins simple donnée jusqu'à la plus élevée. Et n'est-ce pas la philosophie qui pose à noire esprit des règles sûtes pour éviter l'erreur et parvenir à la vérité ?
Ou comprend dès lors la véritable portée et l'influence vraie de celte science sur toutes les autres : elle en est lâ'me et la vie comme le tronc est l'âme et la vie de toutes les branches d'un bel arbre.
La physique rencontre les corps et leurs propriétés principales. «Mais, dit Rattier, qu'est ce qu'un corps? Lsl-ce une illusion, une simple apparence, comme le prétendaient les panthéistes de l'Inde, comme le soutenait Berkeley, il n'y a pas plus d'un siècle ? De la solution de cette question dépend, comme on le voit, la certitude des sciences physiques. Car si elles n'agissent que sur des fantômes, el'es paraîtront bien peu importantes et bien peu digues d'attention. On ne peut nier encore ici l'influence de la philosophie sur ces sciences. Car, pendant tout le moyen âge, lorsque les principes d'Arislote dominaient dans les écoles, lorsque la philosophie reposait toute entière sur des abstractions et des catégories d'idées, lorsque Raymond Lulle de-
gg CONFÉRENCES.
mandait l'explication de la nature aux principes du grand art, c'est-à-dire à certaines combinaisons logiques de notions générales, indépendantes de toute observai ion extérieure et de toute expérience, la physique devait être et l'ut en effet négligée.
« Le physicien s'appuie encore sur l'idée d'être, de substance, de qualité, etc., sur des notions de cause et d'effet, et sur le rapport qui existe de l'une à l'autre. Mais qu'est-ce que l'être, qu'est-ce que la substance ? Qu'est ce que la •matière et qu'est-ce qui la distingue de l'esprit ? Tant de physiciens n ont pas su faire la distinction des deux substances, attribuant à Tune les qualités qui n'appartiennent qu'à l'autre, ou ne reconnaissant que le monde corporel} parce que le monde spirituel échappait à leurs sens ! En second lieu, qu'est-ce que la cause, qu'est ce que l'effet? Si, Comme le souLient l'anglais Hume, l'idée de cause est une chimère, la certitude des sciences physiques est par là même ébranlée, et il faut considérer comme des rêves toutes ces prétendues lois de l'univers dont on s'efforce de nous démontrer la réalité, la généralité et la permanence*. Alors tous les rapports de causalité ne sont pins que de simples rapports de succession ; tous les phénomènes de la nature s'isolent et restent inexplicables ; plus de coordination, plus de lien, plus de relations passives et réactives entre les êtres ; et cet ordre magnifique, cet admirable enchaînement qui lie les fails du monde sensible l'un à l'autre et à leur principe universel, disparait à nos yeux pour l'aire place à un ebaos complet. »
Le mathématicien se perdrait infailliblement dans les nombres, les formes et les étendues, s'il ne les raisonnait pas. Quelques exemples le démontreront.
L'arithmétique reconnaît que: Dans toutes proportions par qiiulientje produit des extrêmes est égal au pi oduit des moyens ; et c'est là une vérité fondamentale, de laquelle le raisonnement déduit les conséquences suivantes: 1° On peut multiplier ou diviser les deux antécédents, multiplier ou diviser les deux conséquents par un même nombre tans altérer l» proportion ; 2° Pour déterminer le quatrième ternie d'une
proportion dont les trois termes sont connus, on fait le pro duit des moyens et on divise ce produit par L'extrême connu, ou L'on multiplie les extrêmes et ou divise par le moyeu connu, selon que l'inconnu se trouve moyen ou extrême: 3° On peut, dans toute proportion, changer la place d s inoyens.reuverser les termes de chaque rapport, déplacer les rapports sans que la proportion cesse1 d'exister, etc.
La géométrie affirme ce théorème : SI deux lignes étroite» $' intersecteur les angles opposés sont égaux, et elle en tire immédiatement les trois propositions suivantes: 1° Si l'un des angles est un angle droit, tous les autres seront aussi des angles droits; 2° Si une ligne est perpendiculaire à une autre, cette seconde ligue sera aussi perpendiculaire à la première ; 3° La somme de tous les angles qu'on peut former autour d'un point, est égale à quatre angles droits.
De même de ï algèbre ,de la trigonemêlrie, de toutes les sciences mathématiques; e raisonnement trouve leurs principes fondamentaux et toutes les vérités qui découlent de ces principes.
Si des mathématiques nous passons aux sciences artistiques, industrielles, mécaniques, économiques et politique?, nous reconnaîtrons encore là l'utilité de la philosophie.
Les arts, la mécanique et l'industrie ne sont pas et ne seront jamais la production du hasard, et, quoiqu'on en ait dit, je confesse humblement qu'il va mieux à ma dignité d'homme et lie chrétien de voir dans les meiv i leii es dôc il vertes qu'à faites la science pour scruter la nature eO (obliger à servir prodigieusement nos besoins, au lieu d'une CBUVre fortuite, le fait et l'acte d'une intelligence qui, créée à l'image de Dieu, conserve, même dans la déchéance profonde de sa valeur première, un écoulement mystérieux du génie de cet Artisan fameux qui a fait l'Univers ; comme aussi sans crainte aucune de froisser, de blesser en rien la vérité, j'affirme que si l'homme façonne la matière, rwl commande aux éléments, s'il triomphe de tous les obstacles et s'il regitB royalement sur la nature physique, c'est qu'il porte en son sein, comme le disait Bossuet, une force supérieure à tout le monde visible, un souille immortel de
ftesprit do Dion, un rayon de sa faœ, un trait de sa ressemblance. Sans doute, en toutes ces choses, l'outil travaille : mais aussi la pensée dirige. La main de l'artisan a confectionné les ressorts, les rouages et tons les appareils de ces vajenrs mouvants qui viennent, d'au-delcà dus mers, saluer les rivages de notre grand fleuve ; ce que sa main n'a pas fait, ce qu'elle n'a pu trouver, ce que le hasard n'a pu lui communiquer, c'est la conception, c'est la pensée, c'est le génie de ce mécanisme puissant. Depuis longtemps l'homme connaissait l'eau et le feu ; depuis longtemps il prenait même plaisir à mettre en présence l'un de l'autre ces denx éléments qu'il croyait ennemis, quand nn jour il résolut de combiner ces (Vers en une seule. L'entreprise étaithardie ; heureusement la matière est l'esclave du génie ; or le génie le ci oyait et le voulait ; la matière, longtemps rebelle, céda enfin ; la vapeur était trou\é •. e , fille du génie, elle établissait sa puissance partout où il y avait une œuvre de célérité et de force à accomplir.
Ainsi là où règne le travail, là est l'intelligence qui étincelle, là, la raison qui éclaire, là, le génie qui crée ; en sorte que partout où se trouvent l'industrie, la mécanique et l'art, se trouve aussi la philosophie : la philosophie qui est la lumière humaine au génie, de l'intelligence et de la raison.
Les sciences économiques et politiques ont pour objet la recherche de l'utilité générale et du bien public. Or comment connaître ce qui est bien, ce qui est utile, sans avoir reours aux ressources que donne une raison formée à école de la plus haute et de la plus profonde philosophu ?
Il n'y a qu'une chose qui, à larigneur,remplace îaplr'osophie dans l'économie, la politique, l'art, l'industrie et la mécanique.savoir : le génie naturel ; encore faut-il qu'il se développ ' par l'exercice ; or l'exercice du génie,même na urel, c'est la philosophie dans ce qu'elle peut avoir de plus pratique et de meilleur.
Que s trait, à son tour, l'histoire sans la philosophie ? Une lettre morte, un vain étalage de dates, de noms et ukévé îements, sans liaison, sans cause, sans portée mcrale, reli-
conféren: es.
gieuse et sociale, comme sans illustration, sans Célébrité el -ans gloire.
Quoi ! [ilns! «Quand l'histoire s'est-elle élevée an rang de science,. si ce n'est du jour où Ton a cherché et découvert
1rs lois, les causes morales qui président à la succession des évem înents , du jour où une saine critique a discuté avec sévérité les preuves et le motifs de crédibilité sur lesquels reposait la vérité <lcs faits et des traditions, du jour enfin où le génie des Bossuet, arrachant au hasard le gouvernement du monde, s'étudiait à concilier dans le récit des annales des peuples, la liberté humaine avec Faction providentielle, et créait la philosophie de l'histoire.»
Et mais, la théologie elle-même ne s; seit-dle pas de la philosophie ncom me préparation à la foi. par la démonstration des vérités religieuses accessibles à la raison, et comme confirmation de la foi, par l'explication vraisemblable des vérités inaccessibles à la raison ? »
Ecoutons un moment l'Ange de l'école : il a tout dit ici et d'une manière admirable.
« Dans les vérités qui regardent Dieu et que la foi confesse, il en est de deux sortes : les unes qui surpassent toutes les facultés de fententement humain, telles que l'unité de Dieu eu trois personnes ; les autres, qui sont accessibles à la rai son naturelle, telles que l'existence de Dieu, son unité et plusieuis dogmes semblables, que les philosophes eux mômes, aidés des seules lumières de la raison naturelle, ont établis par des démonstrations ....
«D'où il suit évidemment que le sage doit s'occuper de ces deux sortes de vérités divines, l'une où peut atteindre l'investigation de la raison, l'autre inaccessible à toute son industrie, et détruire les erreurs qui leur sont opposées. Je dis deux sortes de vérités divines, non pas par rapport à Dieu, qui est la vérité une et simple, mais par rapport à nous, qui saisissons diversement la nature de Dieu Or, on procède à la manifestation du premier ge.iré de ces vérités par des démonstrations qui convainquent les adversaires ; quant aux autres, comme elles ne peuvent pas è!re établies par des raisonnements, il ne faut pas chercher à les
établir de r'elte façon, mais résoudre seulement les objections que les adversaires proposent, et qui peuvent être résolues, puisque, ainsi que nous l'avons montré ailleurs, la raison naturelle n'est, pas opposée à la foi ; » (si St Thomas vivait en 1 ST I , il ne manquerait pas d'ajouter : et ainsi, que le Couette du Vatkiui l'a décrété ; mais faisons le peur lui et taisons-nous). La seule manière de convaincre les esprits de ce genre de vérités est l'autorité de l'Ecriture Sainte, confirmée par des miracles ; car nous ne croyons les choses qui sont au-dessus de la raison humaine qu'à l'aide de la révélation;. Cependant ii est possible de les éclairer de quelques lumières vraisemblahles, qui sont utiles à l'exer cice et à la consolation des fidèles ; mais qu'il ne faut fias era ployer contre ce itx qui ne le sont pas, de peur que» l'insuffisance de ces lumières ne les confirmé dans l'erreur et ne leur persuade que nous n'avons pas d'autres motifs de consentir à la vérité de la foi.
"J'ai donc l'intention de procéder comme il vient d'être dit. Je m'efforcerai d'abord de rendre munïfiûsùes les dogmes qur tu foi. professe, en mê/fiê temps que lu ruison les découvre' de le- établirai sur des démonstrations, dont quelques unes seront tirées des livres des philosophes et des saints, et, qui», eu confirmant la vérité, convaincront ses adversaires. M'élevant ensuite des choses pins claires aux eboses les plus obscures, j'arriverai à la manifestation des dogmes qui surpassent les foi ces de la raison, et je montrerai la vérité de de la foi, en résuivant les objections de ses adversaires, autant (pie Dieu le permettra, au moyen de raisonnements et d'autorités. Ainsi sera accompli notre dessein, de rechercher par la voie de la raison tout ce que l'esprit humain pmt découvrir en Dieu. »
Dans ce simple préambule de son livre Contre les nations, St Thomas, c'est-àdire le plus philosophe de tous les théologiens et le plus théologien de tous les pbilosopb.es, nous donne la m sure précise des services que la philosophie est appelée à rendre à la science qui couronne toutes les autres, comme le firmament, couronne nos tètes.
Mais à quoi bon, pour piouver leur intime couneAion
avec la philosophie, parcourir ainsi les unes après les* antres toutes les connaissances humaines? Pourquoi ne pas dire de suite que toute science se fondant sur des propositions;
toute proposition, s,ir des pensées ; toute pensée, sur des idées, et que toute idée étant courue dans la raison, tonte Science repose, dans un degré ou dans un autre, sur la philosophie qui examine, approfondit et enchaîne les idées, les pensées et les propositions, de manière à en former cet admirable tout qui s'appelle le vrai ? Semblable à ces réservoirs immenses dont les eaux sans cesse renaissantes coulent limpides dans les vastes fleuves qu'elles abreuvent éternellement, la philosophie alimente toutes les sciencesqni, de près ou de loin, découlent de la raison ; seulement.ainsique pour fertiliser et non inonder la terre, les fleuves ne doivent tirer de leurs sources que le nécessaire ; ainsi les sciences rie doivent, demander à. la philosophie que juste ce qu'il faut pour porter dans l'intelligence la fécondité et la vie : lui demander davantage, ce serait appeler le torrent dévastateur de l'esprit, le ilôt corrupteur de l'intelligence, le llux précipité de l'ignorance et le reflux obligé de la vérité.
J'ai nommé le cœur; qu'eu dirai-je? Est il vrai que le cœur ait besoin de lumière ? Est il vrai que la philosophie soit une des lumières du cœur ? Voyons. Le cœur est sans contredit, la [dus forte partie de l'homme, c'est en lui la source de toute vie. Tontes les grandes et vives passions ont là leur foyer naturel ; en sorte que le cœur est à la fois, et le principe du hien, et le principe du mal.
Non-seulement le cœur est la plus forte, mais il est encoure la meilleure partie de l'homme. C'est un trésor que rien ne saurait remplacer, et qui cependant peut suffire à tout. Ou pardonne au manque d'intelligence ; on ne pardonne jamais au manque de cœur. Le cœur développe toujours l'esprit qu'on possède, et il doi ni souvent celui qu'on n'a pas. On a dit . Les grandes pensées viennent du cœur; il y a de cela une raison profonde: — La lumière liait constam ment de la chaleur ; plus un corps est porté à une température élevée, plus il est lumineux. Ce qui est vrai au physique l'est au moral. Or il y a dans le cœur un élément
prodigieux de chaleur, c'est l'amour, l'amour qui se livre et se consume tout entier pour ce qu'il aime. Elevez l'amour à sa plus haute température et il embrasera votre cœur. Eta blissez ensuite votre intelligence sur cette riche et incomparable hauteur de l'âme, votre génie ne rampera plus, il planera et son regard perçant embrassera une sphère presque infinie.
Ainsi, le cœur s'illumine au brasier de l'amour. Au brasier de la Religion d'abord, parce qu'elle est le premier, le plus grand, le plus pur, le plus immense et le plus chaleuieux amour. Au brasier de la philosophie ensuite, parce qu'elle est,elle aussi, bien que la mesure de sa faiblcss*, un. vigoureux amour: Faniour de la sagesse. Et que nous dit-il cet amour de la sagesse? 11 nous raconte des choses merveilleuses. Il nous parle de notre âme, de notre cœur, de notre intelligence, de notre volonté, il nous communique des lumières sur le mécanisme de nos facultés, nous révèle l'ordre et l'admirable harmonie qui existe dans tout notre être, et, en nous donnant la juste mesure de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons, il nous enseigne, en partie, ce que nous devons faire pour nous maintenir dans l'intégrité et la puissance de nos étonnantes forces. Puis, il nous démontre que, par toutes les mille tendances de notre être, nous allons à Dieu, le souverain bien. Enfin, nous ayant découvert quelque chose de la nature et des attributs de Dieu, il nous provoque à vouer, pour toujours, notre cœur et notre vie à ce Dieu, notre fin suprême et d rnière.
Par tous ces enseignements, on le comprend, l'amour de la sagesse, ou si vous l'aimez mieux, la philosophie forme le cœur à l'amour; car comment rencontrer Dieu et ne pas l'aimer? comment connaître l'ordre et l'harmonie qui régnent partout autour de nous, sans nous sentir, en même temps, épris de respect et d'amour pour ces deux lois conservatrices de l'économie physique ? comment connaître les étonnants facultés de la nature humaine, sans être par cela même, invité, je veux dire naturellement conduit, à les établir dans la plénitude de leur force et de leur puissance ?
CONFÉT.ENCES. 93
Pour tout dire, messieurs, de même que 1î soleil eu reflétant ses rayons sur les corps, en grave l'image <l;tns notre œil ; de même la philosophie en projetant ses lumières sur la nature humaine, sur la morale et sur Dieu, imprime profondément dans notre cœur le respect, le culte ut l'amour de toutes ces grandes et saintes choses.
Reste la raison.
Si la vie du cœur est l'amour, celle de la raison est la vérité, et ainsi que l'utilité de la philosophie à l'égard du cœur, consiste à lui donner quelques parcelles d'amour ; ainsi l'utilité de la philosophie à l'égard de la raison consiste à lui communiquer quelques portions de la vérité.
Nous avons vu, il va un instant, les vérités que la raison peut connaître par la philosophie: elles sont nombreuses et, quelquefois, d'une très haute portée ; nous pouvons donc nous dispenser de les ênumérer de nouveau. Bornons-nous à montrer comment la philosophie dirige et guide la raison dans la recherche du vrai.
Je trouve d'excellentes réflexions sur ce sujet dans le traité des études de Rollin ; j'en offrirai d'abord quelques-unes en les résumant.
La raison est un don excellent : elle distingue l'homme du. reste des animaux et elle fait briller en lui les traits les plus lumineux de la ressemblance avec Dieu. Par elle lia l'idée du beau, du grand, du juste, du vrai , il prononce et juge sur les qualités et les propriétés de chaque chose ; il compare ensemble plusieurs objets, tire les conséquences des principes, se sert d'une vérité pour passer et s'élever à une autre : enfin par elle il met dans ses connaissances et dans ses raisonnements un ordre et une suite qui y répandent la lumière et la grâce, qui les rendent tout autrement intelligibles, et qui en font bien mieux sentir toute la force et toute la vérité.
Sans doute la raison est un don naturel qui ne vient pas de l'art, et qui ne peut être un pur effet du travail, mais l'art et le travail peuvent la cultiver, la rectifier, la perfectionner. . On trouve maintenant dans les ouvrages d'est>rit.
dans les discours Sela chaire et du barreau, dans les traités de science, un ordre, une exactitude, une justesse, une solidité qui n'étaient pas autrefois si communes. Plusieurs croient, et ce n'est pas sans fondement, qu'on doit celte manière de penser et d'éd'ire aux progrès extraordinaires qu'on a faits depuis un siècle dans l'étude de la philosophie. Quand je disqu'elle est 1res propre à perfectionner la raison, je n'enlends pas parler seulement des règles que la logique d unie en particulier sur ce sujet. Elles sont très- utiles en elles-mêmes, non-seulement parce qu'elles, servent à découvrir le défaut de certains arguments embarrassés, mais parce qu'elles nous aident à connaître la source de la plupart des erreurs qui se glissent dans nos pensées et dans nos raisonnements, il en est de ces règles comme de celles de la rhétorique. On ne peut pas nier que celles-ci ne soient d'un très grand secours pour l'éloquence, mais c'est principalement par l'application qu'on en fait aux discours des anciens et des modernes, dont on fait découvrir aux jeunes gens les beautés et les défauts, par la conformité ou l'opposition qu'ils ont avec ces préceptes.
Il faut eu dire autant des règles de la logique. Leur principale utilité consiste à les appliquer à toutes les questions que l'on examine, à tous les raisonnements que l'on fait, sur quelque sujet que ce puisse être.
La manière de raisonner par syllogismes, qui paraît à quelques personnes longue et ennuyeuse, est pnnrtantd'une absolue nécessité. Elle fait remarquer comment quelquefois l'omission d'un mot, le changement d'un terme, un double sens, une équivoque, rend un raisonnement vicieux. Elle apprend à se tenir ferme aux principes, à y l'amener tout, à ne s'en point laisser écarter, et à y trouver la solution des difficultés proposées.
Par cet exercice et cette application continuelle des règles, l'esprit s'ouvre et se forme peu à peu, se développe de plus en plus, s'accoutume à sentir le faux, acquiert une facilité de s'exprimer et devient capable d'entrer dans les questions les plus difficiles et les plus abstruses.
Ainsi, messieurs, non-seulement apprendre aux hommes
à raisonner juste, mais les faire remonter jusqu'aux principes premiers des choses, telle est l'action ri*1 la philosophie
sur l;i raison. Certes, ce n'est pas là un médiocre service ; car rien ne coûte Unit à L'esprit que ce travail et cette ré-
ilexiou.
<( La plupart des hommes, dit Fleury, ne raisonnent que dans une certaine étendue, depuis une maxime que l'autorité des autres, ou leur passion, a imprimée, dans leur esprit, jusqu'aux moyens nécessaires pour acquérir ce qu'ils désirent II faut s'enrichir : Doue je prendrai nu tel emploi, ainsi je ferai telle démarche, je soullrirai ceci et cela, et du reste. Mais que ferai-je de mon bien quand j'en aurai acquis ? mais est-il avantageux d'èlre riche ? C'est ce qu'on ne cherche point.
« Le véritable savant, le véritable philosophe va plus loin, et commence de plus haut. Il ne s'arrête ni à l'autorité des autres, ni à ses préjugés. Il remonte toujours jusqu'à ce qu'il ait trouvé ri il principe de lumière naturelle, et une venté si claire, qu'il ne la puisse révoquer en doute. Mais aussi, quand il l'a une fois trouvée, il en tire hardiment toutes les conséquences, et ne s'en écarte jamais. Delà vient qu'il est ferme dans sa doctrine et dans sa conduite, qu'il est inflexible dans ses résolutions, patient dans l'exécution, égal en sou honneur, et constant dans la vertu. »
Il demeure donc prouvé que la philosophie offre de belles et précieuses ressources à ceux qui, par une culture plus spéciale, une raison plus ferme, une intelligence plus haute et Un génie plus profond, veulent s'élever au-dessus du commun des hommes ei posséder des lumières plus vives et ple.s vraies.
Et maintenant par quelles éludes approfondir la philosophie?
Je le redirai encore ici, au risque de m'attirer des reproches, il faut commencer par un livre élémentaire quelconque. L'abbé Barbe, Cours élémentaire ; sans être un chefd'œuvre ce petit traité contient des notions exactes; le Père Boylesve. Cours de philosophie, ouvrage excellent et tout à
fait rpcpmmandable. Dattier, ses tlrnx Cours"; le Père Libéra tore, Philosophie élémentaire ; voilà des livres (jirou choisira avec profit pour les premiers commencements.
Il rancira s*atfaeher à apprendre par cœur et mot à mot les définitions et les propositions fondamentales; puis les approfondir tout spécialement, en ayant soin de disenter, autant que possible, avec l'auteur lui-même, tout comme dans une conversation amicale. Quand on a ainsi vu toute sa philosophie, ou lit et on relit plusieurs autres ouvrages en rapport avec nos forces et en ayant soin de prendre des notes ; ce qui est et sera toujours capital. Ces premières assises posées, on se séparera pendant quelques mois de tous les livres philosophiques ; ou se saisira de sa plume et aussi de sa réflexion, et on écrira ses idées sur chacune des principales questions de la philosophie. J'ai connu plusieuis personnes qui, pour avoir suivi ce conseil, s'en sont bien trouvées. D'ailleurs, on comprend sans peine qu'après de sérieuses études préliminaires, il est hou et utile de faire soi même, si je puis m'exprimer ainsi, sa -profession de foi philosophique ; c'est le moyen sûr et infaillible de vaincre à la l'ois, et la timidité naturelle de l'esprit qui empêche éternellement d'avoir des idées fixes et arrêtées, et la parole du maître qui fait qu'on ne pense et que l'on ne juge que par la pensée et le jugement d'un homme. Ensuite, quel profit n'y a-t-il pas de résumer, bien que dans un cadre restreint, les connaissances acquises par une étude réfléchie et un travail consciencieux ?
Assurément ces premières études seront un grand pas de fait ; mais ce n'est là qu'un pas, et, dans un horizon comme celui de la philosophie, il faut s'avancer plus profondément. Et puis si on se bornait à ces premiers aperçus, on n'aurait qu'une science bien imparfaite et rien n'empêcherait qu'on ne devînt, un jour ou l'autre, le jouet des utopies brillantes de la philosophie contemporaine.
Oui, et il n'y a d'ailleurs aucun profit à se le dissimuler, même après avoir étudié dans de bons abrégés les questions générales qui forment l'ensemble de la philosophie, il faut
pénétrer plus avant, et pour cola se servir d'ouvraires ('tendus el développés, ou bien do ceux qui traitent de certaines questions spéciales.
D'abdrd, c'est dans les philosophes contemporains qu'il faut alors étudier ; parce qu'ils prennent la science dans les prtogrès les plus récents.
Ainsi, il faut lire, relire, méditer, analyser et résumer par écrit, la Philosophie fondamentale de Haïmes. " Les dixlivres dent se compose la Philosophie fondamentale, dit de Blanrhe-Rafïin, furent écrits pendant la période la plu? agitée de la vie de Balmès. Il ne faut pas s'imaginer que la Philosophie fondamentale soit un livre d'idéalité vague, do rêverie philosophique. Nullement. L'esprit aristotélique, c'est-à-dire mathématique, exact, y domino. Tel est, comme on sait, l'un des caractères de la philosophie de St Thomas, caractère qui, chez ce docteur, se trouve joint à une puissance d'intuition pour ainsi dire semblable à la Vision Ang'liqae. Quelque chose de pareil se remarque dans la philosophie de Balmès. A la différence d'un grand nombre d'esprits d'ailleurs illustres, l'auteur de la Philosophie fondamentale s'élève jusqu'aux contemplations les plus hautes, en descend, y remonte, sans perdre un seul instant l'aisance, la simplicité, la clarté, qui sont les qualités habituelles de son talent. Nulle part sa pensée n'est plus lucide, son langage plus transparent que dans ses traités do métaphysique : mérite extraordinaire qui, réuni à une haute puissance de pénétration, constitue certainement un esprit philosophique de premier ordre Balmès a composé sa Philosophie fondamentale principalement dans le but do substituer une philosophie saine, judicieuse, à ces systèmes inqualifiables, qai venus des bords du Rhin, pénétraient jusqu'en Espagne, décorés d'une phraséologie sonore par la plume des éclectiques français. L'école semi protestante, semi panthéiste d'Allemagne et de France se trouvait ainsi combattue par l'écrivain espagnol sur les deux terrains qu'elle avait envahis : dans la politique et dans la philosophie."
De même la Logique du Père Gratry, sa Sophistique con-
temporaine et sa Connaissance de Dieu. Le Père Gnvtry n'a pas seulement puisé sa philosophie aux sources les plus pures de l'esprit humain : il s'est élevé plus haut. On sent qu'à l'exemple de St Thomas, dont il tire un grand profit, c'est à Jésus-Christ lui-môme qu'il a demandé ses lumières. Pour moi, je l'avouerai, j'ai, plus d'une l'ois compris, en lisant les pages admirables sorties de cette plume puissante, que l'auteur avait pris fréquemment plaisir à faire taire l'homme en lui, et à laisser la parole au Verbe Divin ; j'ai pressenti que si une telle philosophie venait à triompher, elle dissiperait le sourd malaise qui, de nos jours, ronge tant d'esprits; car s'inspirant de Dieu, elle ne peut manquer de conduire à celui qui est l'éternel repos des intelligences. Dansune malheureuse polémique réconte, l'illustre écrivain a méconnu aussi gravement que possible, avec son glorieux passé, les angèliques conseils de ses ouvrages philosophiques : rien n'est plus attristant ; mais devons-nous pour cela mépriser ce qu'il a écritantérieurement à cetégard ? Non ! autrement, il faudrait mépriser du même coup toutes les productions de la pensée, puisque presque tous les grands hommes ont eu leurs égarements. Il yâ dans la Logique du Père Gratry trois chapitres que je recommande d'une manière toute spéciale, ceux du cinquième livre, où il est question des vertus intellectuelles inspirées. Je ne sache pas que, rien de plus sublime et de plus divin ait été jamais écrit ailleurs sur cette question. Qu'on le lise plutôt.
Du composé humain et Théorie de la connaissance intellectuelle, par le Père Liberatore. Ces deux livres, qui résument tout St Thomas sur ces questions, compteront comme deux des plus beaux et des plus utiles monuments de la philosophie catholique et contemporaine. La force et la richesse intellectuelles, l'étendue et la profondeur du génie,le grand sens et la liante raison de St Thomas sont passés en partie dans les écrits du savant Jésuite ; c'est assez dire jusqu'à quel point ils sont recommandables.
La Valeur de la raison humaine, du Père Chastel, se prérente naturellement à mon esprit. Destinée à réfuter le Traditionalisme de Mr de Bonald et de ses adeptes, cette
conféurfces 99
couvre est de forée à remplir cette l'n l'abord le pro-
fond auteur examine ce que peul la r ma le secours
de la société, le sys è ne Traditioimlii rreuvee de fait
et de raisonnement, ses conséquent ,; que funestes et sim vice radical ; ensuite, ce que pei ison humaine
dans une société sans tradition, comn se qu'elle peut
sans la révélation dans une société civi . enfin il dit ce que peul la raison dans une société «lue' . Ajoutons que
rarement polémique fut et plus honnête et plus loyal»' : tous les adversaires sont Cités et jamais on ne cherche, comme Cela arrive trop souvent dans les travaux de ce genre à tirer des écrits des adversaires des arguments auxquels ceux ci n'ont jamais pensé. Puis le père Chaste! s'appuie sur les témoignages les plus grave?, et les plus autorises de la philosophie et dé la théologie.
Je me reprocherais de poursuivre ces indications, sans mentionner immédiatement De C autorité en philosophie, ou vrage de M. Gianet, que l'Echo du Cabinet a publié après la mort du savant Supérieur du Séminaire de St-Sulpice. Il y a dans ces pages des choses excellen' ss ï parfois de vives lumières
J'ajoute encore le Catéchisme du sens commun et de la philosophie, par l'abbé Rorhltacher ; De la liberté naturelle, de l'abbé Arnold Vander Halle n ; la Psychologie de M. l'abbé Baù tain et généralement tous les ouvrages du pieux abbé; disons cependant que son critérium de certitude est faux, en ce qu'il récuse les témoignages de la raison privée et commune, pour ne reconnaître absolument que celui de la révélation ; Ln raison humaine, essai sur l'avenir de la philosophie, par E. Alaux ; Dignité de la raison humaine, Essai sur h- pàiUhéisfne dans les sortîtes r < ' ~r>cs. cl Thèodicée chrétienne, par Mgr Maret.
Enfin, les Soirées de Saiiit-Pctersbounj de tf^dè Maistré : le Génie du Christianisme de Chateaubriand, bien que les chapitres de ce beau livre n'aient pas tous la même valeur; Dissertation sur Crxisicncc de Dieu, par de la Luzerne : la bonne partie des œuvres philosophiques de M. de Bonald, en ayant soin de se mettre en garde écrire son traditiona-
lisme ; les œuvres de Pascal, mais avec une prudence extrême ; la Logique de Port-Royal, avec des restrictions importantes ; La connaissance de Dieu et de soi méme,-pav Bossuet; et le Traité de l'existence de Dieu, Lettres sur divers sujfis de métaphysique et de religion, Réfutation du système de Mule. branche sur la nature et la grâce, par Fénelon.
A ceux qui voudraient étudier plus profondément la philosophie, je dirai: cherchez dans l'histoire de la philosophie -e secret de la grandeur et de la faiblesse de la raison humaine ; vous y verrez avec le tahleau des progrès de la science, celui de ses erreurs et de ses abus ; vous y reconnaîtrez les écueils contre lesquels ont péri tant de grands esprits et d'illustres génies ; enfin, vous pourrez suivre pas à pas l'investigation philosophique, et cette vue vous fera connaître tous les systèmes vrais ou faux qui se sont disputé l'empire souverain des esprits sur le vaste champ de la pensée humaine.
Comme je ne puis, faute d'espace, faire une mention même succincte des systèmes philosophiques qui se sont levés sur le monde, je me contenterai d'indiquer quelques uns des principaux. Encore, ne ferai-je que les nommer.
Et d'abord, Socrate qui, venu dans un temps où la science toute matérialisée, se mourait d'inanition, la releva, en lui donnant une forte impulsion morale. Sa doctrine, qui nous est parvenue par ses disciples, attendu qu'il ne l'a pas consignée dans les manuscrits, se réduit à une théorie de la vertu. La vertu est la spéculation du beau et du bon ; or Dieu est le bon et le beau par excellence : donc Dieu est le type suprême de la vertu. Pour pratiquer la vertu il faut l'action de l'âme et le concours de Dieu. Le terme final de la vertu est la félicité, et Dieu est la grande harmonie de tout. Comme on le voit, tout n'est pas faux dans ce système d'un homme que sa patrie trop souvent ingrate, a surnommé le sage.
Une grande vocation philosophique s'est formée à l'école de Socrate etle régénérateur delà science peutchercheidans la tombe le repos que les persécutions lui refusent ; car le père antique de la philosophie, l'illustre Platon, apparaît.
Dion, la création, principes des choses, anthropologie, morale. logique,politiqnc, vie future et théorie des idées, telles sont les questions embrassées par Platon.
La tase de la science est la démonstration de l'infini et du fini. Une vérité étendue avec l'unité la plus intime sont les deux caractères de cette philosophie qui ne s'élance dans les ordres divers d'idées que pour les ramener à l'unité, et voilà comment elle surpasse toutes ses aînées et constitue l'unité des sciences diverses.
Les œuvres complètes de Platon renferment les Dialogues doctrinaux et inquisitifs ; les doctrinaux contiennent les spéculatifs et les pratiques ; les spéculatifs se subdivisent à leur tour en physiques et logiques ; les pratiques, en moraux et civils; les dialogues inquisitifs contiennent les gy m Mastiqués et les polémiques ; les gymnastiques se subdivisent en éducateurs et en cxcrcitaloires ; et les polémiques, en accusatiurs et en destructeurs, C'est au moins là la classification la plus généralement reçue. On trouvera de Plaion deux excellentes traductions, celles de MM. Cousin et Martin. Il existe aussi plusieuis bonnes traductions partielles; on trouvera dans plusieurs auteurs précédemment mentionnés.des appréciations très-justes de la philosophie de Platon, lesquelles nous seront d'un bon secours.
Quand Aristote parut à la tète de son fameux Lycée, la philosophie grecque était condensée dans l'idéalisme et le sensualisme ; celui-ci personnifié dans Epicure ; celui-là soutenu par l'autorité de Platon. Chercher une doctrine capable de concilier l'idéalisme et le sensualisme, telle paraît avoir été la pensée fixe d'Aristote. En effet, il admit avec Platon, dans la connaissance humaine, un élément distinct de la sensation, et avec Epicure, que toute idée vient des sens : Nilul est in inlcllcclu quod non fuerit prius in sensu; cep mdant, le mérite réel d'Aristote, n'est pas d'avoir rêvé une alliance impossible, mais bien d'avoir créé une logique qui a survécu à tout et nous est arrivée pleine de vigueur et de vie, après avoir été épurée par des intelligences colossales; sa métaphysique, son histoire naturelle, sa psychologie, ses traités sur les principes, les causes et les éléments, ainsi que
sa moral''. s;i et son économie sont aussi, à pins d'un
endroit, marqués aux éenssons du génie. Des travaux considérables ont été faits sur la philosophie d'Aristote et il sera toujours facile à quiconque ne se sentirait pas le courage d'entreprendre la lecture des œuvres complètes de ce philosophe, d'en trouver des appréciations ou des résumés bien faiis.
Je ne dis rien de la philosophie chez les Romains. La philosophie n'a jamais été leur passion dominante. A part les Tascalancs, quelques autres livres de Gicéron et les Lettres stoïciennes de Sénèque, je ne vois rien de bien digne d'attention particulière.
D'ailleurs, le temps ne nous permet pas un plus long contact avec la philosophie païenne, qui, après avoir parcouru le plus large panthéisme et le plus vaste matérialisme, a fini par se heurter à recueil du scepticisme le plus radical. Sans donc suivre plus longtemps la marche mal assurée de cette philosophie à travers des horizons obscurcis, saluons l'apparition du christianisme^ qui est au monde de la pensée ce que le soleil est au monde extérieur.
Parmi les premiers chrétiens qui ont développé la philosophie admirable que le christianisme portait dans son sein, nous remarquons plus spécialement Saint Irénée,Tertullien, Clément d'Alexandrie, Origène, Lactance et Saint Augustin.
Au temps de Saint Irénée, le Gnosticisme, en vue d'altérer le christianisme, s'efforçait de ressusciter la philosophie orientale. Dans son livre Advenus Ilœreses, Irénée s'attacha à prouver que la doctrine des émanations enseignée par le. Orientaux, tendait à anéantir l'indisible unité de la substance divine.
Tertullien dans ses écrits apologétiques touche à toutes les questions de la théologie et de la philosophie. En le lisant, on ne sait quoi le plus admirer, ou de la profondeur des pensées, ou de la vigueur et de la force des argument itions.
Les Tapisseries de Clément d'Alexandrie embrassent les plus vives lumières sur l'antiquité ainsi que sur l'histoire des recherches de l'esprit humain dans le monde de la peu-
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sée, des données admirables sur la science et la foi, et sur les véritables forcés de la raison humaine, et des considéralions tout à l'ait philosophiques sur la théologie.
Origèue, < ï 1 1 i a tout étudié avec u\\ égal bonheur, nous a laisse 1 1 ; m s drii\ de ses ouvrages, savoir: Contre Oise et De* principes, avec des idées quelque peu orientales, des clartés lumineuses sur l'économie de la raison unie à la foi.
Quant à Lactance, C€ n'esl pas à tort qu'on l'a surnommé le Cicéron chrétien . A une élocution facile et claire, à une érudition riche et abondante, à une richesse de style merveilleuse, il ajoute une force étonnante de persuasion. Ses Institutions divines, dans un parallèle d'une grande habileté, prouvent l'excellence des doctrines chrétiennes sur celles de la philosophie et de toutes les autres occupations humaines.
Saint Augustin, après une jeunesse dissipée et criminelle, avait S3iiti 1 ■ besoin dejvaincre euh il* cette maison de 1 o ie " qu'habitait son âme pervertie et où l'essor de ses pensées ne pouvait que s'abattre. Ami de la grande éloquence, il et it venu plusieurs fois se perdreau milieu delà foule brillante qui se pressait autour de la chaire de Saint Ambroise. Tout d'abord, la parole d'Ambroise ne fut, pour le jeune Africain, qu'une note sublime, qu'un chant harmonieux, que l'écho enchanteur d'un grand esprit et d'une intelligence élevée ; mais bientôt cette parole charmante prit des proportions étendues ; elle franchit l'enceinte sacrée et suivit Augustin pas à pas et partout, depuis la maison des courtisans où il allait chercher un bonheur mensonger, jusqu'à celle de Monique où il retrouvait parfois son cœur et la félicité douce de sa première enfance. Elle le suivait le jour, elle le suivait la nuit ; elle lui parlait au sein des fêtes somptueuses et des plaisirs délirants de la volupté romaine ; dans le silence même de la solitude, elle se mêlait au murmure de sa pensée et parlait à son âme anxieuse ; bientôt elle couvrit tous les bruits, se fit seule entendie, triompha de toutes les séductions des sens, de tous les doutes de la raison et l'attira définitivement à Dieu, comme au foyer naturel de la vérité et de la béatitude. Une fois revenu à ia vérité, Saint Augustin lui voua toute son âme et L.u'.e
sa vie. Tl s'attaqua à l'erreur et la pousuivit jusque dans se; derniers retranchements. Ses œuvres forment une vaste théologie et une philosophie d'une prodigieuse étendue. S. vs discussions avec le Manichéisme et le Péligianisme où il traite tout spécialement de la création, du fini, de l'infini et de la volonté; ses Rétractations où avec une admirable franchise, il confesse tout ce que ses précédents écrits renfermaient de faux ; enfin son livre de la Cité de Dieu où il montre l'économie divine dans les événements humains, tels sont les principaux ouvrages propres à nous révéler la grande philosophie de l'immortel évoque d'Hippone.
Un vaste éclectisme composé de tout ce que les éco1* s avaient émis de principes capables de s'harmoniser avec la foi ; une noble ambition de rendre aux esprits le repos et la quiétude en leur enseignant la nécessité de l'autorité divine ; un beau désintéressement qui cherche la vérité pour ellemême et non pour le vain plaisir de la chercher, voilà ce qui distingue la philosophie des Pères de la primitive Eglise ; avoir désabusé l'esprit des erreurs quelquefois si attrayantes du paganisme ; surtout avoir donné des bases nouvelles et sûres à toutes les sciences, voilà ce qui fera à jamais son impérissable gloire. Et aujourd'hui que les esprits, emportés par l'irrésistible mouvement des hommes et des choses vers le paganisme ; aujourd'hui que la science a méconnu aussi gravement que possible, le mystérieux secret de sa forée ; aujourd'hui que la raison orgueilleuse s'isole déplus en plus du symbole chrétien, seul capable de lui donner la vie, il sera toujours utile de reposer un moment ses regards sur l'orbe décrit, dès son apparition dans la sphère intellectuelle, par le christianisme.
Dans la philosophie du moyen-âge, nous ne distinguerons que Saint Bonavei.tuie et Saint Thomas.
Saint Bonaventnrea une philosophie contemplative. Ses investigations portent presque entièrement sur la raison, la nature et la morale ; ses Opuscules renferment, sur la lumière et sur l'esprit, des enseignements propres à jeter une vive clarté sur les questions de magnétisme et de spiritisw.c dont on a enfin senti, dans ces derniers temps, le besoin de s'occuper. En étudiant Saint Bonaventure on éprouvera
un véritable plaisir, il y a dans tousses écrits un charme indéfinissable, un je ne sais quoi qui éclaire en instruisant
et qui ne lasse jamais.
Saint Thomas a été grand clans la théologie, il est le plus grand des théologiens. En est-il de môme de sa philosophie? Ici hs opinions divergent ? Quelques-unes affirment qu'il n'a fait que suivre servilement Aristote et Saint Augustin ; d'autres prétendent au contraire qu'il est le père et le maître de sa philosophie. Qui a raison ? sans avoir la prétention de vouloir donner mon sentiment sur un tel sujet, j'affirmerai cependant, en toute sincérité, qu'on trouvera dans ses sommes un monde infini de questions illuminées de la plus haute, de la plus merveilleuse j'allais dire, de la plus divin ne logique. Mais pour étudier avec fruit l'Ange de l'école, il faut se familiariser avec le vocabulaire scientifique de son temps. Ce vocabulaire se trouve dans les traductions les plus autorisées de ses œuvres. Une antre précaution que je regarde comme importante, sera de se servir d'une philosophie composée sur celle du saint Docteur ; et pour cela, on tirerait un admirable profit de celle du Père Libéra tore, qu'on aura soin de lire chapitre par chapitre, question par question, et alternativement avec Saint Thomas.
Je ne voulais pas nommer Roger Bacon, sa philosophie étant trop souvent marquée d'une grande faiblesse ; cependant, comme le besoin des études expérimentales de la nature se fait de plus en plus sentir, j'indiquerai sa Lettre sur les opérations secrètes de Part et de ta nature, et sur la nullité de la magie.
Parmi les philosophes modernes on pourra, si on veut, s arrêter quelque temps à François Bacon, Hobbes, Locke, Coudillac et Hume, mais c'est surtout Descartes etLeibnitz qu*il faudra approfondir.
Non pas qu'il faille partager une dévotion extraordinaire envers le doute méthodique du premier ; car si ce doute, bien compris, peut rendre de grands services à la raison, mal compris il est capable des plus grandes perversions ; mais parce que Descaries peut être considéré comme le père de la psychologie moderne.
Ce qui rend Leibnitz recommandable, c'est d'avoir combattu le sensualisme, et bien que tousses arguments n'aient pas la même valeur, ils peuvent néanmoins jeter un grand jour sur la question des idées. Ses théories philosophiques ne sont point coordonnées en un système uniforme et c'est dans ses Thèses latines qu'il faut aller chercher le résumé de ses doctrines fondamentales.
J'ai indiqué plus haut les maîtres de la philosophie contemporaine harmonisée avec le christianisme. Je n'ai rien à ajouter sur elle ; et je me contenterai de dire un mot des tendances générales de la philosophie séparée.
Depuis cinquante ans cette philosophie aspire à la domination. Elit» envahit toutes les sciences et se pose comme le dernier mot de tout; elle s'attaque à la politique, et lui promet la liberté ; aux mœUis, et leur offre la licence ; à la foi, et lui propose l'incrédulité. La politique lui ouvre les bras; la philosophie proclame aussitôt la souveraineté du peuple ; et les sociétés s'agitent,ïa révolution triomphe et les trônes croulent. Les mœurs accueillent de même la philosophie naturaliste et sensualiste, qui évoque toutes les plus mauvaises passions et appelle une résurrection païenne. ■
Il n'en est pas de même de la foi qui offre, dans ceux qui en ont reçu le dépôt sacré, une résistance invincible. Mais la philosophie s'indigne, s'irrite et inaugure contre le catholicisme, sa morale, ses dogmes et ses institutions une guerre acharnée. L'Eglise proteste et proclame les éternels ]r ic pes de la justice et de l'ordre ; la philosophie crie au mensonge, à la perfidie, à l'intolérance, au despotisme, à la tyrannie et elle demande à grands cris l'abolition du symbole chrétien. Cependant, l'incrédulité gagne peu à peu du terrain dans les âmes, et, si elle ne tromphe pas entièrement, c'est que l'Eglise a les paroles de la vie éternelle.
Tel s sont, de nos jours, les véritables tendances de la philosophie. Telles sont les raisons du sourd malaise qui tr< vai le les sociétés contemporaines ; leurs maux viennent de ce que la philosophie a voulu marcher dans des voies sans lumière, de ce qu'elle a méprisé le principe chrétien qui seul pouvait lui donner la vie. Aussi le monde ne serat-il sauvé qu'en revenant à la vraie sagesse, à la vraie philo-
Bophie, à cette philosophie sublime qui s'allie à la foi, afin de s'unir perpétuellement à la vérité.
On dit,m(îssieurs,que,surchargé d'à nuées, l'aigle vient. dans les chaudes matinées du printemps, se heurter aux rochers de la mer, qu'il s'y dépouille et, qu'ayant lutté longtemps contre L'action des vagues, il s'élève, haut, bien haut, dans Les airs, regarde le soleil et recouvre ainsi son éternelle jeuness^.
La philosophie est bien vieille; ses ailes se refusent à planer dans l'azur de la vérité. Qu'elle s'approche du rocher du renoncement, qu'elle y dépouille son orgueil ; qu'après avoir longtemps lutté contre les (lots des passions mauvaises et des doctrines perverses, elle s'élève haut, bien haut, au-dessus de la nature viciée et corrompue, regarde le soleil de la vérité catholique, et elle se régénérera ?
Le monde, marchant alors à la suite de la raison et de la révélation unies dans une indissoluble alliance, s'arrêtera sur le penchant de l'abîme, et cessera de chanceler ; ses bases seront raffermies, un sang nouveau circulera dans ses veines ; ses membres trop longtemps engourdis se ranimeront, sa tête penchée vers la tombe se relèvera et il reprendra vigoureux les voies qui conduisent à la vie !