NEUVIÈME CONFÉRENCE
NOS FAIBLESSES ET NOS FORCES A L'ÉGARD DE LA VÉRITÉ
Monsieur le Président, Messieurs,
C'est aujourd'hui, qu'en arrivant au terme de notre laborieuse tâche, nous rencontrons, sur la voie qui conduit à la Vérité, la noble et divine figure du Christ. Quelle rencontre et dans quel moment !
Pendant que tout dépérit et meurt; au milieu de la confusion générale des hommes et des choses ; au
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soin de l'abaissement profond dos caractères et des intelligences ; quand la science est une cause d'égarement ; lorsque les temps donnent un démenti à l'Iiistoire ; lorsque les peuples manquent au passé et que l'a venir manque au présent ; lorsque les lioiumes fout défaut aux nations et que l'homme môme l'ait défaut à l'homme; lorsque les meilleure esprits, les courages les plus fortement trempés, les âm îs les pins généreuses se i*esr sentent aussi du sourd malaise qui travaille et mine sourdement le monde; lorsqu'eufin tout à l'horizon annonce des jours plus tristes que ceux qui finissent, faire la rencontre du Christ, le Verbe Eternel , du Christ qui était hier, qui est aujourd'hui et qui sera demain; du Christ, régénérateur, sauveur du inonde ; du Christ, l'Ordre impérissable, le Bien infini, la Vérité Eternelle ; du Chiist, la science incorruptible, la science vivifiante, la science secourable. la science réparatrice, ah ! oui ! l'aire une telle rencontre et dans u:l tel moment, c'est revivre, c'est renaître au bien, au beau, à l'ordre, à l'amour, à l'espérance, à la vérité, à 4a vie, à tout.
Dans ses égarements, ses présomptions et ses souffrances, la science humaine voit se dresser devant elle de terribles problèmes. Quelles que soient sa confiance illimitée et les espérances orgueilleuses qu'elle fonde sur la raison de l'homme déchu, elle découvre chaque jour son impuissance et constate, avec amertume, qu'elle ne trouvera jamais en elle-même les solutions qu'elle poursuit avec tant d'acharnement : fatiguée de tant de laborieuses réelle rches. découragée de L'inutilité de ses nobles eiforts, elle se demande, avec inquiétude, où est la raison de sa saiblesse et quelle peut être la secrète foi ce qui manque à son élan.
Ce qui manque à l'élan de la science, et telle est la raison de sa faiblesse, c'est le Christ.
Pour revivre, pour renaître, la Science a besoin de s'écouler tout entière dans sa source : le Christ. Il faut qu'elle s'élance courageusement des déserts stériles et brûlants du rationalisme, du uaturahsine, où l'œil ue rencontre jamais
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qu'une navrante aridité, à ce désert fertile et rafraîchissant de In foi et de l'amour dans le Christ, où l'ardeur va si loin et où la raison, ravie de la suprême vision béatifique, sent le besoin de se reposer éternellement, se déclare satisfaite, rassasiée, avoue qu'elle a atteint la hauteur sublime de sa fin et confesse qu'elle a, qu'elle possède toute la science, puisqu'elle commit Jésus- Christ et Jésus-Christ crucifié : Non cnini judicavi me scire aliquid inter vos, irisi Jésum-Clu islam et lut ne crucifixion.
Dire un mot, un simple mot de cette noble ethaute spéculation du Christ dans la Science ou de la Science dans le Christ, tel est mon but aujourd'hui. C'est par le Christ que je veux terminer mes travaux. Il m'a semblé que si perdu au milieu de la foule, hélas ! trop peu nombreuse qui s'attache, de nos jours, aux pas du Christ, je pouvais seulement toucher le bord de sa robe sacrée, je sentirais aussitôt quelque chose de sa vertu divine et que, dans un généreux élan de gratitude, je trouverais peut-être, en dépit de ma misère et de mon indignité, des accents capables d'unir, dans un cantique d'amour, les joies les plus pures aux espérances les plus réparatrices. Et riche de ma faiblesse, fort de l'attouchement divin, incapable de comprimer plus longtemps ma reconnaissance enthousiaste, je proclame que le Christ, fils de Marie, mais Fils éternel de Dieu avant tout, est le type, la voie, la vie de la Vérité, de la Science.
Et d'ailleurs mon cantique ne sera pas un cantique nouveau : je ne suis que l'écho affaibli de tant d'unies chrétiennes qui ont rendu au Christ cet hommage. Je sens d'avance qu'il faudra souvent me tau-e pour écouter et laisser chanter les autres, et, plus particulièrement le Père Gratry, dont les notes harmonieuses retentiront à vos oreilles comme une enivrante symphonie.
« Et d'abord, demande le Père Gratry, qu'est-ce que Jésus- Christ ? C'est le verbe éternel incarne dans l'humanité Le Christ est Dieu et homme, âme humaine douée de raisin et corps humain soumis dans tous ses niouvementset à la raison
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el à Dieu. Donc il est le modèle de la sagesse entière, de la science à la t'ois divine et humaine dont parient les vrais mystiques, de cette science divine, qui transfigure la science
humaine, de celte science humaine, que développe la raison
de l'homme, raison que la science divine, infuse et inspirée de D.eu, n'éteint pas, mais rend pins liiniinens •. Il est le type de cette science pleine, universelle, qui puise dans la divine révélation de Dieu, dans la lumière surnaturelle ;
qui vient de l'âme humaine, qui transfigure le corps, et qui, comme le disait sainte llildegarde, est une science renfermant à la fois Dieu, rame et le corps. Il est le type de cette lumière résultant de toute source, de Dieu directement, de l'âme, du monde des corps; de celte science incarnée, mais en même temps transfigurée, qui voit Dieu dans chaque être et voit aussi chaque èire en Dieu ; de cette lumière, pénétrant tout, dont on a dit : Tout ce qu'on pense, il le faudrait penser avec son àme entière, avec tout son esprit et tout son corps ; lumière dont le Verbe luimôme a dit : Si vous êtes pur, tout votre corps sera éclairé, et votre corps eera pour vous comme un îvileeteur de lumière. Il est le modèle de cette sagesse à la lois intellectuelle et morale, qui habite dans la volonté autant que dans l'esprit, qui opère la venté pour la voir, qui fait la vérité pour arriver à la lumière, qui opère par la vie libre, avant de luire par la vie intellectuelle. Il est. le modèle de cette sagesse qui est en nous la lumière chaude, la lumière personnt-dle, et qui peut dire : je ne suis pas seul, car mon Père est en moi. Et il est le modèle de ces choses, parce qu'il est lui-même ces choses ; il est tout ce qu'il sait ; il est Dieu, il est homme ; il est âme raisonnable, il est corps. Il porte dans sou corps et son sang le monde visible entier, toute la nature des corps ; il porte l'homme entier, l'âme entière, la raison et la volonté, toute la nature de l'homme; il est Dieu incarné dans l'âme et le corps ; il est la nature élevée jusqu'à l'union substantielle et personnelle à Dieu. Voyageur sur la terre, il conuait le temps, et immuable en Dieu, il voit l'éternité. Il est plus véritablement que Leib-
nitz oe l'a dit île chaque homme, un composé de tempe ol d'éternité. Il sait oe qui passe, il sait ce qui demeure, il sait l'union et Le rapport de l'un à l'autre. Il est donc toute sagesse, il a toute sagesse, et il est le modèle de toute science, u
durons maintenant dans le détail de cette ressemblance et cherchons la similitude frappante du Christ et de la Science.
Le Christ est le fils unique de Dieu, ne du, Père avant tous les siècles., Dieu de Dieu, lumière de lumière,, Dieu du vrai Dira, qui n'a pas été fait, mais est engendre, consttblaulicl an Père : par qui tout a été fait. La vérité est sortie de la bouche du Très-Haut, a dit la Sagesse éternelle ; elle est née avant toute créature. Cest celle qui a fait naître dans le ciel une lumière qui ne s'éteindra jamais : elle a parcouru toute la terre. Elle a été dès le (0 nmencement et avant les siècles, elle ne cessera point d'être dans la suite des âges. Elle a poussé des (leurs d'une agréable odeur comme la vigne, et ses /leurs sont des fruits de gloire et d'abondance.
Le Christ avant son incarnation dans le temps était Dieu et il est devenu homme sans cesser d'être Dieu. La Vérité n'a pas commencé d'être le jour où une intelligence s'est élevée radieuse du sein de la terre. La vérité était avant les temps, elle a précédé le commencement des êtres finis et elle a toujours cohabité, coexisté en Dieu. Comme le Verbe dont elle est l'image, elle existait divinement, de toute éternité : dans le fond intime de la Divinité, bien au-delà de la création, il y avait une vérité divine ; et cette vente, aucune intelligence humaine existant alors pour la voir et la connaître, n'avait pas de manifestation humaine, bien que de toute éternité elle fut destinée, comme le Christ, à s'incarner dans l'humanité. Mais le jour à jamais fortuné où la Vérité descenditduciel et vint habiter dans l'intelligence du premier homme, sans rien perdre de la plénitude de son essence divine, elle revêtit une forme hum.iine et unit, par un prodigieux mystère, l'humanité à la Divinité. Des ce
jour il y eut une vérité humaine, comme il y avait e« anpnruvaiil une vérité dh ine el de môme que le Chrisl en se resaut homme ne détruisit ni L'homme, ni Dieu, en Ré (esaut h u mai ue, la Vérité ai changea rien ni à l'ordre divin, m à L'ordre humain.
D;tus Le Christ, il y a deux natures el qu'une seule personne. Le môme phénomène se pr >d ni t dans la science 11 y a une science naturelle et une science surnaturelle, une
vente surnaturelle el une vérité naturelle ; et cependant ces deux sciences ou ces deux vérités ne forment qu'un seul tout, qu'une même personne. La science naturelle est celle que l'homme lient connaître par lui-môme, en vertu des forces naturelles de son intelligence ou de celle d semblables. C'est ainsi que l'histoire, la philosophie, les mathématiques, la littérature, ia physique, la chimie, la physiologie,elc.,etc .sont, par plus d'un côté,des sciences naturelles, des sciences finies et accessibles à la raison privée et à la rai sou générale. La science surnaturelle est celle que l'homme ne peut connaître sans le secours d'une révélation divine et spéciale, telle est la théologie, en autant qu'elle touche à l'ordre des mystères puis. Toutefois ces vérités distinctes par leur nature sont une dans leur essence et dans leur personne, et voilà pourquoi il est toujours permis, qu'on parle de philosophie ou d'histoire, de mathématiques ou de littératures, de physique ou de théologie, de dire d'une manière générale et propre, la Science, la Vérité.
« Il y a en J.-C, dit le Père Gratry,deux natures, entières, distinctes, qui ne peuvent Se confondre en rien, il y a en J.-G. deux volontés, deux naturels principes d'action, l'un divin, l'autre humain que Ton ne doit pas plus confondre que sépfttt P. Jesus-Christ est parfaitement Dieu, parfaitement nomme ; il a une âme humaine douée de raison,et un corps ••îuuiain né de la femme. Tout le plan de la science est là. La science totale a deux natures, l'une divine et l'autre i.u-naine, que l'on ne doit pas [dus confondre que séparer. De sorte que les philosophes, qui, parmi nous encore, sou-
tiennent que la philosophie et la religion ont le même fond et ne diffèrent que par la forme méconnaissent cette loi essentielle des deux natures, entières, distinctes qu'on ne doit pas confondre. Lit ceux qui ne veulent pas que la philosophie et la religion vivent dans un même ensemble, soient rapprochées, comparées, et unies dans une même science et dans une même sagesse, comme dans les deux grands livres de Saint Thomas d'Aguin,et dans les écrits des Pères: ceuxlà méconnaissent l'autre loi : « deux naturels principes (Facion, qu'il ne faut, pas plus séparer que coup n Ire. » Et ceuxlà, surtout, se tromperaient par un étrange renversement qui méconnaîtraient à la fois ces deux lois, et qui, tout en affirmant d'un côté que la philosophie et la religion ont un même fond commun,soutiendraienten même temps qu'il les faut séparer en pratique et en spéculation ! C'est précisément le contraire qu'il dire : ne point confondre et ne pas séparer. Ne point confondre ce qui est radicalement distinct comme le fini et l'infini comme le créé et l'incréé, et ne point séparer ce que Dieu veut unir dans l'unité de sa personne. Grande leçon pour l'esprit humain !
« Mais de ce qu'il y a en Jesus-Chiïst deux natures et deux naturels principes d'acMon radicalement distincts, il s'ensuit, s'il est le modèle de la science, que la science s'égare entièrement, lorsqu'elle prétend tout .ramener à un point de départ unique, à une unité homogène, consubstantielle. C'est le travers d'un grand nombre d'écoles. De faux mystiques ont prétendu tirer la science entière de l'inspiration intérieure, ou des articles de la foi chrétienne, ou de la Bible. Il est des logiciens plus ineptes encore, qui ont prétendu tout déduire des premiers principes rationnels. Et, sous nos yeux, les sophistes contemporains, Hegel et son école, entendent déduire le monde entier,toute la nature et toutes ses lois, et tous ses phénomènes de leur premier principe logique, qui est leur Dieu, tel qu'ils le font. Ilsont essaye l'entreprise, ils ont construit un monde parcette logique,et lorsque la naturene s'est point accordée avec leurs déductions, ils ont soutenu que la nature s'était trompée. Ils l'ont écrit, et les textes subsis-
tcnt. Toutes ces aberrations viennent manifestement de ce que l'on ignore le mystère des deux natures. Le corps du Christ, connue l'ont soutenu des héritiques, n'est point tombé du ciel. Il n'est point composé de je nesaisquelle matière céleste : il est humain, il est né de la femme. Le Christ est un divin fruit du ciel et de la terrre. Quand il naît, le Prophète s'écrie : « La vérité s'est élevée de la terre, el la justice est descendue du ciel ; et la terre a donné son fruit. » Ainsi de la vraie science : elle naît du ciel et de la terre ; son corps ne descend point du ciel ; son corps liait vraiment de la terre. L'âme humaine le conçoit eu regardant la terre, par les sens que Dieu lui a donnés, par la raison qui vient de Dieu. Non, dans la science, Dieu n'est pas seul acteur, ainsi que s'exprime Leibnitz ; l'âme de l'homme agit [ar les sens et par la raison ; de même qu'en Jésus- Christ il y a une âme raisonnable douée déraison, ainsi qu'un corps humain doué de tous lessensde l'homme. Seulement rien ne doit-ètre séparé de Dieu, rien ne doit tendre qu'à lui seul. Tout se rapportée Dieu, tout se termine au Dieu vivant et personnel, présent par la grâce et l'amour : car dans le Christ, tout se termine, s'adapte, se rapporte, se continue en son unique et divine personne. »
Ainsi, Messieurs, voilà qui est clair. Il y a une science divine et une science humaine, comme il y a dans le Christ une nature humaine et une nature divine ; mais il n'y a qu'une personne dans la science, dans la Vérité, comme il n'y a qu'une personne en Jésus-Christ, et cette personne de la science, de même que la personne du Christ, c'est quelque chose de divin qui vient de Dieu, qui existe par Dieu et qui doit tendre sans cesse vers Dieu. Sortez de cette spéculation, et vous avez l'erreur, et vous vous trouvez en l'ace d'un insens et d'une anomalie désespérante.
Voulez-vous savoir pourquoi tant d'aberrations et tant de souffrances dans la science moderne ? Jetez un coup d'oeil sur le type éternel, sur le Christ. Aux li.;its elJaues de la divine ressemblance perdue, vous reconnaîtrez que c'est pour n'avoir plus voulu suivre son divin modèle que
2 iO CONFÉRENCES.
la science s'est égarée cl qu'elle a souffert. Lr»s uns, la tôte abaissée vers la terre, ont voulu chercher dans là poussière du chemin les solutions qui leur manquent, et ils oui trouvé
de la poussière ; les autres ont voulu laisser loin derrière eux tout le domaine humain et s'envoler dans jt; ne sais quel milieu impossible, et bientôt, le sol manquant sous leurs [lieds, ils oui été précipités dans L'abîme. Ce qu'il faut faire, c'est de 'prendre un peu de poussière, de la pé trir, d'y l'aire passer le souffle divin, de l'aire en sorte que la poussière u'absorde pas le souffle divin et que le souille divin ne dissipe pas la poussière, mais que l'une et l'autre, tout en conservant ane nature distincte, unissent leurs efforts, leur action, de Façon à conserver la même personnalité. Ainsi façonnée à la ressemblance du Cnrist, la science s'animera, elle triomphera de l'erreur et conquerra à jamais l'auréole resplendissante de la vérité. Le Christ est encore la voie de la Vérité. Jésus Christ est né, par l'opération lu Saint-Esprit, d'une Vierge, nommée Marie, et il s'est prépare par trente années de solitude et de silence à son apostolat divin au milieu de nous. Une opération divine, une intelligence vierge, pure, sainte, chaste, humble et le silence intérieur et extérieur, telle est la voie par laquelle la Science ou la Vérité s'incarnera dans l'homme.
La conception du Christ offre cela de particulier qu'elle se fait sans le concours de l'homme comme père, comme générateur, et que la mère seule agi et apporte le germe qui doit voir s'épanouir L'Homme- Dieu. L'action du Père ordinaire, c'est le Saint E.-pnt qui se charge ici de l'opérer : il couvre de sou ombre la Vierge immaculée, la Vierge éprouve un trasaillement divin dans tout son être ; elle sent qu'une goutte de son sang a cessé d'être sa vie, pour devenir une autre vie ; elle devine qu'elle est désormais le tabernacle, le temple où le Fils de Dieu, le Verbe éternel, sans rien dépouiller de sa nature divine, doit revêtir la nature humaine, et, émue, touchée profondément de son bonheur, elle cherche une solitude pro-
fnnde,ellfl fuit tout regard humain. afin d'être toute entière à cette vie divine maintenant éveillée en elle.
Pour que la vérité s'incarne dans l'âme, il est nécessaire que la mère soit humaine et que le Père s<>it divin. L'intelligence est la mère et Dieu est le père. L'intelligence ou la raison a son action dans cette mystérieuse conception ; elle a son travail secret sans Lequel la Vérité ne revêtirait jamais la nature humaine. Dieu aussi à sou action ; il a son travail secret sans Lequel la V (rite ne revêtirait jamais la nature divine. Dans les conceptions ordinaires, la vie s'éveille et naît par le double concours de l'homme et de la femme ; mais aussi cette vie. ainsi produite,est chelive, malade et périt bientôt. Dans les conceptions de la Vérité, si les deux artisans, si les deux générateurs sont hommes et mortels, comme L'homme et la femme, la vente sera <hétive. malade et périra bientôt ; elle n'aura rien des vertus du Christ ; elle ne pourra rien ni pour la lumière de l'intelligence, ni pour l'énergie de la volonté, ni pour Le bonheur de l'âme, ni pour la quiétude et le salut du genre humain.
Pour que Dieu consente à couvrir la raison de son ombre créatrice, il faut qu'à l'exemple de Mari»», la raison soit vierge, pure, chaste et humble. Nos fiançailles avec la V rite sont à ce prix. Une intelligence qui ne s'est pas lavée et purifiée de toute souillure et de tout péché ; une intelligence, une raison qui n'a pas îeconuu sa faiblesse et sa misère, ne recevra jamais la visite de Dieu, Dieu ne viendra pas la remuer profondement, il ne creusera pas eh elle son sillon lumineux, il n'y déposera jamais le germe fertile de la vérité, et cette raison, comme le ehamp que la main du laboureur n'a jamais fertilisé, sera pour toujours stérile. La pureté, la simplicité et l'humilité appellent Dieu comme une glace polie appelle les rayons solaires Tant que la raisonne s'élève pas jusque-là, el le ne rencontre pas le rayon lumineux, elle demeure dans les ténèbres et n'enfante pas la Vérité. Si, au contraire, elle y atteint, il arrive que
Dieu vient à rllo ot ini découvre dans une merveilleuse luii ic -c. la science qu'elle cherche.
K1 qu'on ne disi> pas i pie j'avance ici des principes faux déinrmU par l'expérience : qiio la Vérité peut s'incarner fl.m> I i raison hum • ^;ns lt> secours de Dieu ; (fin; l'in- IcIJi^'f i;ce n'a ;• .-t-sôin dVlr'e pure, vierge ei humble pour Et- li.i i.t v- éiité <'i «pi»' le Christ n'est pas la voie de la
Vr • i*t île la Science, .rinvoquerais des témoignages, je ferais hu procès, je citerais au tribunal de la vérité, les génies les plus illustres, les plus considôrab1 es, je leur demanderais «a' qu'est la science dont Dieu n'est pas l'inspirateui,ci ce que poi il; pour la vérité, une raison maculée, flèlrie par le pécbé et eullée d'orgueil ? Je citerais St Augustin, ce génie immense ; je lui demanderais ce qu'il a apjii'i.* «tas hommes, ce que lui a appris Platon et ce qu'il aurai: su. s'il n'avait eu pour maître que l'illustre grec? Saint Augustin'; pour toute réponse, se tournerait vers le Christ, et. à travers les émotions de son âme sauvée et les cKii'tés de s'on intelligence, de sa raison christianisée, il jaissi-rail tomber de ses lèvres brûlantes d'amour, cette prière de la reconnaissance et ce Te Druiu de la gratitude :
•i 11 vous plut de me moutrer, Seigneur, quevous résistez aux superbes, mais que vous donnez la grâce aux humbles, et combien ce fut de votre part une miséricorde intime d'avoir enseigné aux hommes la voie de l'humilité, eu permettant que votre Verbe se fit chair et habitât parmi eux. Vous me procurâtes par un certain homme, enflé d'orgueil, quelques livres des platoniciens qui avaient été traduits du grec en latin. Je les lus, et je vis qu'on y cherchait à persuader par beaucoup de raisons, quoique non dans les mêmes termes : Qu'au commencement était le Verbe, que le Verbe était eu Dieu, et que le Verbe était Dieu ; qu'au commencement il était en Dieu, que tout a été fait par lui et que rien n'a été fait sans lui, que ce qui a été fait en lui est la vie, que la vie est la lumière des hommes, que la lumière, luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l'ont pas comprise ; que l'âme de l'homme
CONFIDENCES. 2i3
quoiqu'elle rende témoignage ala lumière, n'est pas ellemôme la lumière, mais que té Verbe est la vérvtàbïé lumière qui éclaire ton: homme venant en ce mondé, criie le
monde a ete l'ait par lui, et que le monde ne l'a pas connu. J'y lus ces choses, mais je n'y lus pas que le Verbe est venu chez les siens, et que les siens ne l'ont pas reçu, et qu'il a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu à ceux qui l'ont reçu, et qui croient en son nom. J'y lus encore que le Verbe est Dieu, qu'il n'est pas né de la chair, ni du sang, ni de '.a volonté de l'homme, ni de la volonté de la chair, mais de Dieu. Je n'y lus pas que le Verbe se fût fait chair, et qu'il eût habité parmi nous. Après cette lecture, qui m'avertissa t, ô mon Dieu, de chercher la vérité incorporelle, j'aperçus votre nature invisible présente à mon esprit par toutes les choses que vous avez faites ; mais je me sentis repoussé an fond des ténèbres de mon âme par quelque chose' qui ue me permettait pas de vous contempler. J'étais certain que vous étiez et que vous étiez infini, n'habitant aucun espace limité ou sans bornes ; j'étais certain que vous étiez vraiment toujours le même, immuable, et que tout venait de vous, par cela seul que quelque chose est ; j'en étais certain, et cependant je ue pouvais entrer en jouissance de vous. Je parlais comme un habile, et, si je n'avais trouvé dans le Christ, notre Sauveur, la route que vous avez tracée pour mener à vous, j'aurais péri maigre mon habileté. Je voulais paraître sage, j'étais plein de mon propre châtiment en étant plein de moi -même; et je ne pleurais pas ; au contraire, j'étais vaui delà science. Car il me manquait le fondement de l'humilité, qui est le Christ-Jesus, et il me manquait la charité, qui édifie sur ce fondement. Etait-ce dans les Platoniciens que je pouvais apprendre l'une et l'autre ? Je crois, Seigneur, que vous me fîtes tomber leurs livres dans les mains avant vos Ecritures, afin que je gardasse le souvenir de l'impression qu'ils avaient produite en moi, et que, plus tard, devenu doux par vos livres, guéri de mes blessures par votre attouchement, je comprisse la différence qui existe entre la pré-
somp'ion de l'esprit et la confession dn cœnr. entre ceux qui voient où il Tant aller sans voir par quel chemin et ce chemin lui-même de notre heureuse patrie, que, vous avez {destinée, non pas seulement à cire aperçue de loin, mais à
elle habiter, h
Et si la parole d'un aveugle rendu à la lumière, ne suilisait pas, j'invoquerais celle d'un homme qui, après avoir vu la pleine lumière, a liui par être aveugle, pour avoir voulu (arrivera la Science ou à la Vérité par une voie purement humaine sans la pureté, la chasteté et l'humilité de la raison. J'invoquerais le malheureux Jouffroy, je lui ferais dire ce qu'il en coûte de renoncer au Christ et de s'appuyer orgueilleusement sur les hommes :
« Ne de parent pieux et dans un pays oùla Foi catholique était encore pleine de vie au commencement de ce siècle, j'avais été accoutumé de bonne heure à considérer l'avenir de l'homme et le soin de son ;,me comme la grande affaire de ma vie, et toute la suite de mon éducation avait contribué à former en moi ces dispositions sérieuses. Pendant longt mps les croyances du Chrstianisme avaient pleinement répondu à tous les besoins el à toutes les inquiétudes que de telles dispositions jettent dans i'àme. Aux questions qui étaient pour moi les seules qui méritassent d'occuper l'homme, la religion de mes pères donnait des réponses ; et ces réponses, j'y croyais, et, grâce à ces croyances, la vie présente m'était claire, et par delà je voyais se dérouler sans nuage l'avenir que doit la suivre. Tranquille sur le chemin que j'avais à suivre dans ce monde, tranquille sur le but où il devait me conduire dans l'autre, comprenant la vie dans ses deux phases et le mot qui les unit, me comprenant moi-même, connaissant les desseins de Dieu sur moi, et l'aimant pour la boute de ses desseins, j'étais heureux de ce bonheur que donne une Toi vive et certaine en une doctrine qui résout toutes les grandes questions qui peuvent intéresser l'homme.
* Mais dans le temps où j'était né, il était impossible que ce bonheur fût durable, et le jour était venu où du sem de
ce passible édifice de la religion qii! m'avait^ accueilli à ma naissance, el à l'ombre duquel ma jeunesse s'était écoulé" , j'avais entendu le vent dudouU |iii de toutes parts en battait 1 - murs et l'ébranlait jusque dans ses fondements. Ma n'avait pu se dérober à ses objections puissantes semées comme la poussière dans l'atmosphère que je respirais biiv le geuie de deux siècles de scepticisme. Ma l'effroi qu'elles me causaient, et p ut-ètre à 'anse de cet effroi, ces objections axaient fortement saisi mon intelligence.
« En vain mon enfance el ses poétiques impressions, ma jeunesse et ses précieux souvenirs, la majesté, l'antiquité,
l'autorité de cette loi qu'on m'avait enseigné, toute ma mémoire, toute mon imagination, tou'-e mon âme, s'étaient soulevécs et révi - >utre cette invasion d'inm incrédulité qui les blessait profondément, mou cœur n'avait pu défendre ma raison.
( La divinité du chritianisme une fois mise en doute à ses yeux, elle avait senti trembler dans leurs fondements toutes ses convictions ; elle avait dû, pour les raffermir, en examiner la valeur ; et avec quelque partialité qu'elle lût entrée dans cet examen, elle en était sortie sceptique. C'est sur celte pente que mou intelligence avait glisse, et que peu à peu elle s'était éloigne de la loi.
i Mais cette mélancolique révolution ne s'était point opérée au grand jour de ma conscience ; trop de scrupules. trop de vives et saintes affections me l'avaient rendue redoutable pour que je m'en fusse avoué le progrès. Elle s'était accomplie sourdement par un travail involontaire dont je n'ai pas tté complice, et depuis longtemps je n'étais plus chrétien que dans l'innocence de mon intention, j'au rais frémi de le soupçonner ou cru mecalonnier de le dire. Ma. s j'étais trop sincère avec moi-même, et j'attachais trop l'importance aux questions religieuses pourqne l'âgé affermissant ma raison, et la vie Studieuse et solitaire de l'école
fortifiant tes dispositions méditatives do mon esprit, cet tfveuglëmënt sur mes propres opinions pût longtemps subsister.
« Je n'oublirai jamais la soirée de décembre où le voile qni me dérobait à moi-même ma propre incrédulité fut déchiré. J'entends encore mes pas dans cotte chambre étroite et nue où longtemps après l'heure du sommeil j'avais coutume de me promener ; je vois encore cette lune à demi voilée par les nuages, qui en éclairait par intervalles les froids carreaux Les heures de la nuit s'écoulaient, et je ne -m'en apercevais pas ; je suivais avec anxiété ma pensée qui de couche en couche descendait vers le fond de ma conscience, et, dissipant l'une après l'autre toutes les illusions qui m'en avaient jusque là dérobé la vue, m'en rendait de moment en moment les détours plus visibles.
« En vain je m'attachais à ces croyances dernières comme un naufragé aux débris de sou navire ; en vain, épouvanté du vide inconnu dans lequel j'allais flotter, je me rejetais jjonr la dernière fois avec elles vers mon enfance, ma famille, mon pays, tout ce qui m'est cher et sacré, l'inflexible courant de ma pensée était plus fort ; parents, famille, souvenirs, croyances, ils m'obligeaient à tout laisser, l'examen se poursuivait plus obtinéet plus sévère, à mesure qu'il approchait du terme et il ne s'arrêta que quand il l'eut atteint. Je sus alors qu'au fond de moi-même, il n'y avait plus rien qui lût debout ; que tout ce que j'avais cru sur moi-même, sur Dieu et sur ma destinée en cette vie et en l'autre, je ne le croyais plus. Je l'avais cru sur la foi du fait que mainteliant ma raison ne pouvait plus admettre, et par conséquent je ne le croyais plus. Puisque je rejetais l'autorité qui me l'avait fait croire, je ne pouvais plus l'admettre, je le rejetais. H
Eh, Joffroy, dis-nous, que se passa-t-il alors en ton âme déchristianisée. Que devint ton intelligence lorsqu'elle eul ainsi chassé la foi ? Au fond de l'abîme où t'avait précipité l'orgueil ce l'esprit, quels furent tes regrets et tes torpeurs? Quels souvenirsdu Christ, de son uuiou d'autrefois et de ses
coftrâM - yn
inlations divines ? Que penras-tu du passé ? Que reçusludu présent? Qu'espéras-tu de l'avenir ? Pai
moment fut affreux, el quand vers lé matin je me jetai épuisé sur mon lii. il me sembla sentir ma première vie. si riante el si pleine, s'éteindre, et derrière moi s'imi ouvrir une autre sombre el dépeuplée, où désormais j'allais vivre seul, seul avec nia fatale pensée, qui venait de m'y exiler et que j'étais tente de maudire. Les jours qui suivirent cette découverte furent les plus tristes de ma vie. Dire de quels mouvements ils furent agités serait trop long. Bien que mon intelligence ne considérât pas sans quelque orgueil son ouvrage, mou âme ne pouvait s'accoutumor à [\n état si peu fait pour la faiulesse humaine ; par des retours violents elle cherchait à regagner les rivages qu'elle avait perdus ; elle retrouvait dans la cendre de ses croyances les étincelles qui semblaient par intervalles rallumer sa foi. »
Mais Joutfroy restera-t-il cloué à ce doute mortel et abîmé dans une telle souffrance ? Ayant déserté la voie qui mène à la vérité, où ira t-il ? que fera-t-il ? Vers qui tournera-t-il ses regards et son cœur? Frappé d'une cécité complète, pris de vertige, promènera-til ses pas incertains de Babylone à Jéricho, et, là, dans cette ville fortunée, attendra-t-il que le Nazaréen passe pour lui crier, malgré les clameurs de la foule, et dans un suprême élan d'amertume, de (1 t aussi de foi et d'espérance : Fils de David,
ayez pitïi de moi ! Vous êtes la lumière Ja voie de lu Vérité ! Aij'X pilté de moi ! Helas ! Non ! L'infortuné restera dans Babylone où le Cluisl ne passe point, dans Babylone où la voix de l'homme impuissant répond seule à la détresse de celui qui soutire, dans Babylone où un monde qui n'est plus est la seule espérance d'un monde qui s'en va ; dans Babylone. enfin, où l'orgueil a évoque des ruines qui appellent des ruines et des cendres que les vents portent, de leur souille puissant, aux quatre coins du monde, comme pour laisser partout la trace maudite d'un analbeme éternel.
2 iS CONFÉRENCES
« Los convictions renypreéGS par la raison, poursuit Joutfroy, ne peuvent se relever que par elle, Pt ses lueurs s'éteiguai nt bi >utôt Si eu perdant la foi j'avais perdu le souci des questions qu'elle m'avait résolues, sans doute ce violent état n'aurait pas duré longtemps; la fatigue m'aurait assoupi, el ma vie se serait endormie comme tant d'autres, endormie dans le scepticisme. Heureusement, il n'en était pas ainsi ; jamais je n'avais mieux senti l'importance des problèmes que depuis que j'en avais perdu la solution. J'étais incrédule, niais je détestais l'incrédulité, ce fui là ce qui ilécidfi de la direction de ma vie. Ne pouvant supporter l'incertitude sur l'énigme de la destinée humaine, n'ayant [tins la lumière de la foi {tour la résoudre, it ne nie restait plus que les lumières de la raison, pour y pourvoir. Je résolus donc de consacrer tout le temps qui serait nécessaire, et ma vie, s'il le fallait, à cette recherche ; e'est par ce chemin que je me trouvai amené à la philosophie, qui me sembla ne pouvoir être que cette recherche même. »
La philosophie combla-t-elle le vide de cette âme dévastée '! L'homme et l'homme seul, sans le secours de Dieu, réussit-il à inonder la raison de Jouffroy de la lumière qui donne le repos et qui procure la béatitude de l'intelligence? Voyons :
« Ainsi s'écoulèrent pour moi les deux premières années de mon professorat ; et, si l'on veut réfléchir aux favaux qui les remplirent, on croira facilement qu'ils ne laissèrent aucune place à l'exau.e 1 de ces questions générales, dont je m'étais plaint d'abord de ne point trouver la solution dans renseignement qui m'était donné. J'étais appelé à mou tour à professer une science dont je ne savais pas même l'objet.... Je dois même ajouter, pour être vrai, que l'ajournement de ces questions m'était devenu moins pénible... Toutefois, la préoccupation n'en, était pas éteinte dans mon cœur ; elle y subsistait tout entière ; et par intervalles quand j'avais quelques heures à rêver la nuit à une feuètre, ou le jour sous les ombrages des Tuileries, des éiau» inté-
coNFtfnBNCsa 2î0
rieurs, des attendrissements suWts, me rappelaient à mes croyances passées et éteintes, à l'obscur té, au vide de mon à m « < et ;m projet toujours ajourne de 1' combler.»
Hélas! cette pauvre âme n'a jamais pu combler 1» vide immense que la philosophie rationaliste, mie la science sans Dion avait produit en elle. Elle n'a pas train", i«ibas qu'une existence malheureuse »'t agitée par tons les vents contraires ; privée de la divine boussole, écartée de la voie droite, de la seule voie que mène, par la véritè, au bonheur, et à la paix, elle a terminé sa course dans l'amertume. Pourtant, avant de quitter une scène où elle avait Combattu tant de combats intellectuels, et tonclie à tant de
systèmes, elle crut devoir affirmer que, tous les systèmes scientifiques, que toute philosophie sans autorité divine, ne
mène à vien et que vaut mit u.c mille et mille fois un bon acte de foi chrétienne. Espérons que le Christ a recueilli cette parole tout palpitante d'angoisses, qu'il s'est approché de celte âme désolée et que, dans son infinie miséricorde, il lui aura l'ait l'invitation éternelle: Venez à moi, vous qui è les fatiguée, el je vous soulagerai.
Si donc, Messieurs, nous voulons que la lumière origine dans notre intelligence obscurcie ; si nous voulons que la Vérité se fusse chair et vient e habiter parmi nous, nous devons favoriser une conception semblable à celle du Christ dans le Sein de la Vierge Marie. Il faut faire de notre âme un miroir sans tache, il faut nous anéantir par une humilité profonde, il faut allumer en nous le feu divin de la chasteté et conserver à notre intelligence sa virginité sacrée. Et notre âme, notre intelligence sera tout cela, si elle permet à l'Espnt-Samt, à Dieu de la couvrir de son ombre, de remuer en elle le germe- Vérité. Si c'est l'homme que nous appelons pour cette mystérieuse opération, le germe vérité sera remué, il est vrai , il s'animera, se développera et aura môme son épanouissement ; mais il ne produira qu'une vérité mortelle et périssable, une vérité faible, incapable de s'élever, de planer dans les hauteurs. L'intelligence ne pourra embrasser l'horizon immense, elle ne saura nager
?r>Û CONl'linRN0E8.
tin is PÂnftnn de lumière ; il restera on ello un rôïê faible, utt èftté ténébreux ; il y aura en ello nu ahlmo qui ne sera jamais comblé et qui appellera d'irrémédiables souffrances, de navrantes infortunes, de désolantes défaillances Cette sriouce ainsi conçue sans le secours et loin des regards de Dieu, c'est le vide ; et le vide de la science, c'est le vide de l'intelligence; ce vide de Joffroy, vide que couronnent de sombres nuages, pleins de foudres, et qui se trahit par une tempête d'angoisses si extrêmes.
Aussitôt que le Verbe a pris naissance en elle la Vierge se retire dans le sanctuaire, évite tout regard humain et s'abime dans une prière continuelle. Il doit en être ainsi de l'intelligence dans les jours heureux où la Vérité s'incarne. Il faut qu'elle se retire dans le sanctuaire de lagrâee,qu'elle fuie le contact de ceux qui n'ont qu'une vérité humaine, et qu'elle fasse de ce moment fortuné une prière continuelle
La grâce, Messieurs, je ne la définirai pas; si je le fesais, je dirais qu'elle est le denier de Dieu, son argent, sa monnaie, monnaie sans laquelle l'âme ne peut acquérir aucun des biens de Dieu. Ce que je ne puis taire, c'est que pour recevoir le denier de Dieu ou la grâce, il faut veiller sur les sens, afin qu'il ne s'égarent pas dans le monde extérieur, veiller sur son cœur de peur qu'il ne s'attache aux consolations passagères et aux affections criminelles, veiller sur son intelligence dans la crainte qu'elle détourne ses regards de la viaic lumière. En se retirant de tout ce qui est extérieur, en se dépouillant de tout amour qui exclut l'amour divin, en renonçant à tout plaisir frivole, eu évitant toute vaine recherche de soi-même, ou prépare le fond intime de son âme au travail secret de Dieu ; la vérité incarnée se développe : rien ne la gène, aucune secousse ne la trouble et, comme elle se forme sans agitation, elle brise son enveloppe trop étroite, elle naît à la vie, bientôt elle grandit, prend des proporiious respectables et répand pari tuut des clartés célestes.
Que d'intelligences, cependant, après avoir conçu la] science, ne veulent pas se retirer dans le tabernacle de la]
gr/W ! Il leur en coûte trop do vaincre les passions mauvaises, lefl st'dnrtio'.is mondaines, les attraits sensuels et les plaisirs mensongers ! Elles se livrent entièrement aux choses extérieures et ne donnent rien au recueillement Qu'arrive-t-il ? L'âme se lépand au dehors, elle s'évapore, si je puis ainsi parler, s'affaiblit; et laver té, n'étant pas assez alimentée, s'éteint ; on plutôt, elie s'envole, elle va chercher ailleurs une terre moins ingrate et un sol plus généreux. Afin de ne pas apporter d'entraves à l'heureuse conception de la Vérité, l'intelligence doit éviter les regards des hommes. La mère qui s,,llt qu'une vie nouvelle se développe dans son sein, éprouvé, par une loi providentielle, le besoin de dérober sou éiât à tout regard profane, ("est une pudeur admirable et qui, dans l'économie physiologique, pioduit les plus heureux résultats. Il doit en être ainsi de Fintelligeuce pendant tout le temps de sa première perception de la Science, de la Vérité: la pudeur doit lui faire fuir le contact de ceux qui n'ont qu'une science humaine. Un jeune homme après avoir terminé son cours classique, et au moment où il se livie à des études plus vastes, plus étendues, s'il ne veut pas que la Vérité périsse en lui, ou ne devienne moiistreuse en se mêlant à l'erreur, est obligé d'éloigner de son intelligence tous les ouvrages sans lumière, sans science divine. Rousseau, Voltaire, Renan, Cousin et tous les prétendus savants qui n'ont point voulu que D.eu fût la base et le couronnement de leur science, porteraient de mortelles atteintes aux imprudents qui laisseraient wwe telle science pénétrer dans leur intelligence. Avant de souder l'abîme de l'erreur, il faut prendre des forces et assurer son regard ; autrement la tète tourne, une secousse intérieure fait perdre l'équilibre et ou tombe infailliblement I Pourquoi trouve-t-on tant de jeunes gens qui von t. chaque jour grossir les rangs de l'iudifferentisme, de l'incrédulité et de l'ignorance ? Gomment se fait-il que tant de riches natures, et que tout appelle à la possession paisible de la pleine vérité, finissent par s'égarer et se perdre? (Diru-t-on que ces jeuues gens sont des intelligences vul-
jaïres, ou prédestinées à l'erreur ? Affirmera-t-on qu'ils subissent la pression et In prestige de leur temps? Sans doute nous traversons une époque malheureuse ; il y a dans l'atmosphère de notre grand siècle,à côté de la lumière, d'épaisses ténèbres, mais la lumière est toujours la lumière et il suffit d'avoir des yeux pour l'apercevoir. Sans doute encore l'erreur et la vulgarité sont le partage de plusieurs ; mais ce partage ce n'est pas Dieu, moins encore le destin! jui le fait : depuis qu'est venue la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, c'est-à-dire de toute éternité, les hommes sont appelés à la possession de la Vérité ; S'il y a si peu crélus, c'est qu'il y en a peu qui répondent à l'appel. Non ! personne n'est condamné à l'égarement, et toute Intelligeucp qui se fourvoie, se frouvoie par sa faute. Et ceux-là surtout sont grandement coupables qui, trop faibles encore pour marcher d'un. pas ferme dans la voie droite, portent leurs pas chancelants dans les sentiers ténébreux de l'erreur. Avant de pénétrer dans la nuit de l'athéisme, du rationalisme, du matérialisme, etc., il faut se familiariser avec la vérité catholique, en avoir bien saisi toute ia profondeur et toute la bonté. Si donc nous voulons voir la lumière pure s'allumer en nous, fuyons le contact de ceux qui n'ont qu'une lumière fausse ; fuyons tout regard dans lequel ne brille pas le feu divin ; car telle est la voie.
Pour faciliter en elle le développement du Verbe,Ia Vierge Marie sabima dans la prière ; ainsi devons-nous agir °si nous voulons que la Vérité croisse en nous. Mais icî c'est encore le Hère Gratry qu'il faut écouter.
« La prière est la respiration de l'âme en Dieu. L'âme prie longtemps sans le savoir. L'âme des enfants, dans leurs années pures, prie et contemple,sans réfléchir, avec la force et la grandeur de la simplicité. Mais après ces années passives, viennent les années actives et libres. La prière libre avec conscience d'elle-même, formera l'homme en vous et développera en vous, à l'image de Dieu, la personnalité, qui est implicite et latente dans l'enfant. »
Mais rommont faut- il prie* ? faut-il se mettre là à réciter des formules qui endorment ou à méditer des sujets, dans ■tels ou divague ? Que faut-il pour éviter ces faiblesses. Voici :
H Méditez en écrivant. Ecrivez lentement, parlez à Dieu que vous savez présent, écrivez ce que vous lui dites, priezle de vous inspirer, de vous dicter ses volontés, de vous mouvoir de ses sentiments intérieurs,purs, délicats, simples, qui sont sa voix, et qui sont infaillibles. Et en effet, s'il vous dit : « Mon fils, sois bon. » Gela peut il être trompeur? S'il vous dit : Aime-moi par dessus tout : sois pur, sois généreux, sois courageux ; aime les hommes comme toi-même; pense à La mort qui est certaine, qui est prochaine ; sacrifie ce qui doit passer ; consacre ta vie, à la justice et à la vérité, qui ne meurent pas. » Direz-vous que ces révélations ne sont pas infaillibles ? Et si, dans le même temps, l'amour énergique de ces vérités manifestes vous est comme inspiré au cœur par je ne sais quelle touche divine qui saisit et qui fixe, direz vous que la source de ces forces ardentes et lumineuses n'est pas Dieu ? Et si, sans rien ajouter d'arbitraire et d'inutile à ces impressions fortes et à ces lumières simples, vous les écrivez toutes brûlantes, pensez-vous que vous n'en serez pas doublement saisi, et que la distraction et le sommeil interviendront dans cette méditation ? Quelqu'un disait,— c'était une femme : — «Oh ! je ne veux plus méditer ainsi : cela me fait trop d'effet. » Essayez, et j'espère que plus d'une fois vous cesserez d'écrire pour tomber à genoux, et pour verser des larmes.»
On ne sait pas, Messieurs, ce que Dieu prépare à la prière, à cette prière de l'intelligence pendant que le cœur se préoccupe de Dieu, et à cette prière du cœur pendant que l'intelligence travaille. Ce qui se passe alors dans l'âme qui prie, nulle langue humaine ne saurait l'exprimer. C'est lame peut-être qui traverse d'un vol rapide le sein de Dieu et qui revient ensuite imprégnée d'un doux parfum de pureté, de noblesse, de grandeur et de force. Si son duvet est pénétré d'huile, l'oiseau qui se baigne dans l'onde pure de
toi
notre golfe St Laurent, s'y plongera avec complaisance et reparaîtra en produisait de douces ondulations ; telle l'âme pénétrée de l'huile sainte de la prière, plongera dans l'océan de la vérité, en pénétrera l'insondable profondeur et surnagera sans cesse admirablement
L,i prière. Messieurs, et la lumière qu'elle appelle, c'est l'union intime avec Dieu ; c'est Dieu lui-môme dans son essence qni frappe lame et qui lui raconte quelque chose de ce qu'il connaît, df ce qu'il aime, de ce qu'il opère éternellement. L'àmè qtli prie s'unit si inîimi"ihpnt à Dieu, elle •prend une si forte teinte divine, que si elle pouvait se voir, elle croirait contempler Dieu. Et celui qui la verrait ainsi toute rev/'lu'\ loule teinte de l'essence divine, puiserait dais cette vue dHne/pubUs délices ; car dans crtte union Dieu et l'âme sont en quelque sorte une seule et même chose, loi par nature, mais pai' Un pur effet de la grâce.
EL si on me demande maintenant pourquoi la prière doit accompagner le développement de la vérité, de la science en nous, je dirai : parce qu'elle est la conscience de notre faiblesse, et que sans la connaissance de notre faiblesse nous ne pouvons rien ni dans notre volonté, ni dans notre intelligence. Prenez une âme qui ignore son néant, que pourra-l-elle sur sa volonté ? Gomment reconnaîtra-t-elle la nécessité de résister au torrent de perversions qui l'entraîne, si elle ne se croit pas pervertie par le vice même de son origine ? La volonté orgueilleuse s'attribue le bien qu'elle ne fait pas et ignore le mal qu'elle fait. N'étant nullement en garde contre les causes de tant de dangers qui l'environnent de toutes parts, elle marche avec une sotte assurance dans des sentiers périlleux où elle succombe chaque jour. Prenez une âme orgueilleuse, que pourra-t-elle sur son intelligence ? Comment pourra-t-elle se persuader qu'au fond de toute Vérité, se rencontrent des profondeurs qui défient son regard ? Se dira-t-elle, je ne suis que le reste d'une grande force ; il y a eu en moi une perturbation malheureuse ; primitivement j'aurais pu m'élancer dans les hauteurs sublimes de toute science ; mais le péché a rogné mes
CONFLUENCES. ~j5
anVs et je ne puis désormais qn'«fflpnrer d'un vol embar.qssfi des rivages connus , pour m'élever plus haut, pour rendre l'espace et planer dàiis 1rs régions supérieures, un secours divin m'est indispensable ; — je le demande l'intelligence orgueilleuse si; dira-telle toutes ces choses? Non- Aussi tentera t-elle ce qu'elle ne peut pas et iinira-t-elle par s'égarer infailliblement, comme s'égare sur une mer inconnue le nautoniiier sans boussole. Et voilà pourquoi il faut prier, si on ne veut pas se fourvoyer ei se perdre ; car encore une fois, prier, c'est reconnaître son impuissance, sa misère et son néant. La prière, la vraie prière se tient à la porte du temple ; de cette humble place elle embrasse tou tes les vastes et prodigieuses proportions de l'édifice où habite le Saint des Saints ; elle s'aperçoit bientôt qu'elle n'est qu'un point dans cette gigantesque construction ; elle s'huimilie profondément.elle confesse sa faiblesse, elle se frappe la poitrine, elle fléchit le genoux, elle courbe son front et lui fait toucher la poussière du parvis ; sou cœur s'échauffe, s'enflamme; ses lèvres murmurent une prière; elle se relève, elle sort ; mais Dieu qui l'a vue, la déclare justifiée ; c'est-à-dire que Dieu vient habiter en elle et l'inonde de mille lumières célestes.
Prions donc ! Prions, reconnaissons notre néant, avouons notre impuissance atout comprendre, «à tout saisir, atout connaître; disons franchement à Dieu que nous sommes ignorants et que s'il ne consent à devenir notre instituteur, notre magister ; notre intelligence sera éternellement impuissante ; racontons-lui ce qui se passe autour de nous ; parlons-lui de ce courant de l'erreur qui roule partout ses eaux bourbeuses, de cet écueil de la libre pensée ou tant d'intelligences vont sombrer,de ce précipice du rationalisme où s'engloutissent les meilleurs esprits ; montrons-lui tant de passions mauvaises, tant de séductions perverses, tant de préjugés damnables ligués contre nous ; ne lui cachous rien ni de l'ardeur délirante de notre jeuntsse, ni des incertitudes de notre volonté, ni des inquiétudes, ni des doutes de notre intelligence; qu'il apprenne toutes ces choses
2ji> CONFÉRENCES.
de notre bouche, et, comme l'arbre qui a voulu s'anéantir en abîmant ses racines dans les profondeurs du soi, prend une nouvelle vigueur et élève bientôt sa tète majestueuse dans les airs, notre intelligence puisera dans cet anéantissement salutaire la force de s'élever jusqu'à la Vérité, jusqu'à la vraie Science.
Voulez-vous maintenant, Messieurs, qu'une voix autorisé vienne confirmer tout ce qui vient d'être dit des conditions dans lesquelles se fait dans l'intelligence le développement de la Vérité ? Ecoutez Isnard condamné à la solitude la plus entière.
« Si je n'eusse jamais été proscrit, emporté comme tant d'antres par une sorte de tourbillon, j'aurais continué d'exister sans me connaître, je serais mort sans savoir que j'avais vécu. Mon malheur m'a fait faire une pose dans le voyage de la vie, durant laquelle je me suis regardé, reconnu ; j'ai vu d'où je venais, où j'allais, le chemin que j'avais fait et celui qui me restait à parcourir, les deux sentiers que j'avais suivis, et ceux qu'il me convenait de prendre pour arriver au vrai but.
« Il m'est impossible de peindre quelles jouissances m'ont procuré ce silence, ce recueillement absolu, cette possession continuelle de ma pensée, cette étud^ suivie de mon être* ces fruits de sagesse et d'instruction que je sentais éclore en moi, cet abandon de la terre, ce lointain d'où j'apercevais el jugeais les criminelles folies des hommes, cette adoration sincère et croissante de la vertu, cette élévation intellectuelle vers les objets grands et sublimes, et surtout vers l'auteur de la nature, ce culte libre et pur que je lui adressais sans
cesse Proscrit, condamné par un acte de dévouement
envers ma patrie, la Providence, sans me faire quitter Paris, me retint emprisonné dans une retraite isolée, où n'apercevant en arrière que mon échafaud dressé, devant moi, que le soleil, la nuit et la nature ; n'ayant plus d'autre intérêts ici-bas que de réfléchir sur Dieu, sur mon âme, sur la Religion, je me livrai tout entier à une méditation qui dura seize mois, pendant quinze heures par jour
« Je retrouvai dans mon cœur ces germes religieux qu'une saine éducation y avait seines dans l'enfance, et, qui, si longtemps étouffés par la prospérité, se ravivaient dans le malheur.
Mais si mon âme était entraînée vers la Religion, mou esprit répugnait à réfléchir sur ^es dogmes et ses mystères,
que je trouvais ahs'inles. ,1e ne pouvais les croire, parce que je n'aurais pu les expliquer.
h Ceux qui, en matière religieuse, ont tant fait une l'ois que de soumettre à l'examen rigide de leur faible raison ce que tant de gens mieux avisés croient sans même y réfléchir, ne peuvent pins trouver vrai que ce qui leur est assez; démontre pour les frapper d'une entière conviction. Ils veu lent absolument qu'on leur prouve tout, et je me trouvais dans ce cas. Il faut alors que ces sceptiques restent égarés dans le dédale de la métaphysique, ou bien qu'à force de méditation et de philosophie, ils parviennent à soulever presque tous les voiles du sanctuaire et à parcourir le cercle entier des connaissances religieuses, pour revenir enfin, les yeux ouverts et un {lambeau à la main, dans le même endroit où l'humble foi les avait laissés paisiblement un bandeau sur les yeux.
« J'ai heureusement parcouru le cercle ; mais encore plus heureux celui qui n'a pas besoin de faire le tour du monde pour retourner au point d'où il est parti.
« Avec un cœur plein de zèle et un esprit égaré, mais résolu de ne prendre de repos qu'après avoir distingué la vérité, j'entrepris ce long pèlerinage de la pensée. Celui qui m'en inspira la résolution m'entretint dans la persévérance
« Je m'aperçus d'abord qu'en matières religieuses, la solution de la vérité dépend moins de l'effort de notre esprit que de la disposition de notre cœur ; que, sur ces questions qui tiennent autant au sentiment qu'à l'intelligence, l'aveu. gle raison s'égare, et tombe si elle veut marcher seul d'un pas présomptueux ; qu'il faut que la vertu lui prête le ferrie appui de son bras, et que la Charité seule peut délier
lé bandeau quo 1g vice et l'erreur retiennent sur nos yeux. Je reconnus que, dans la nuit obcure de la métaphysique religieuse, la Vérité ne se montre que par éclairs qu'il faut saisir, ci comme une flamme que r humble prière allume et que lorgueit éteint. C'est pourquoi tant de personnes sont si peu propres à cultiver cette science, tandis qu'elles sont si habiles dans tontes les autres. Je commençai donc par prier, et plus en rapport avec Dieu, je devins meilleur, plus calmé, plus au-dessus de l'infortune, plus apte à discerner la vérité.»
De telles paroles n'ont pas besoin d'être commentées ; elles disent tout merveilleusement et il demeure suffisamment établi que le Christ, dans les phénomènes qui accomgrient son développement mystérieux dans le Sein de la Vierge Marie, est la voie de la Vérité ; hâtons-nous de parler maintenant de sa vie cachée.
Jésus Christ, Messieurs, se prépara à l'apostolat divin par une solitude, un silence de trente années pendant lesquelles il pratiqua la sublime vertu d'obéissance : le silence et l'obéissance sont donc deux admirables voies dans lesquelles l'intelligence doit marcher pour se préparer à l'apostolat de la Vérité.
J'ai déjà parlé du silence ; je veux le faire encore : son importance est telle que je ne puis me lasser de le recommander.
Un fait remarquable et bien digne d'attirer l'attention d'un esprit sérieux, c'est que le silence est le principe, le commencement et comme le préléininaire de toutes les grandes choses : Avant de créer l'Univers, Dieu se reposait dans l'éternel silence ; avant la création de l'homme, il y eut dans le ciel un silence provoqué par une parole de recueillement : Faisons l'homme à notre image et à noire ressemblance. Quand il s'est agi d'instituer la famille, il y eut encore un silence plus profond: Dieu se tait, la voix mystérieuse du Créateur semble vouloir cacher une de ces indicibles émotions dans lesquelles on demeure silencieux ; l'homme lui-même est plongé dans un sommeil impenur-
table et c'est au milieu des ineffables accorde de ce silence d.' l'homme et de Dieu que la Eemme apparais Kl depuis le silence est reste la loi des grandes choses. Chaque jour,
par exemple, il se produit dans la nature, un silence so. l.unei : le silence de la nuit ; pendant la nuit tout se repose et toutse refait admirablement. Qui ne sait encore que l'homme lui-même, dont la parole prend quelquefoisdes proportions si vastes, commence sa vie dans le silence et que c'est dans le silence qu'il fait le grand apprentissage de la pensée cl du kingag
Le silence est un milieu heureux où Dieu habite volontiers, où il fait ses divines opéralions,où il opère avec amour.
Le silence est à Dieu ce que les ondes calmes d'une rivière, d'un ruisseau sont au soleil. Jetez vos regards sur la surface d'une rivière limpide, vous verrez les l'ayons lumineux ; plongez votre regard à travers la masse pressée de aux pures, vous découvrirez le fond où gît l'image de L'astre qui remplit le monde de sa bienfaisante lumière. Dans lamesileucieuse,il y a un fond mystérieux où git Dieu lui-même. C'est dans ce fond que l'âme se rencontre avec Dieu et sans intermédiaire autre que le Christ-Jesus. Par le silence Dieu se ver^e dans 1 aine et l'illumine de sa lumière ; il lui dit, il lui raconte des choses admirables; il murmure à ses oreilles je ne sais quelle parole sacréeje ne sais quel discours divin.
Il est dit quelque part dans l'Ecriture Sainte que c'est dans les ténèbres que Dieu parle à lame et lui communique son Verbe, sa Vérité. Ces ténèbres divines sont le silence où l'esprit est attiré tout entier vers son principe et son origine. Voilà pourquoi le prophète affirmait que sa force était dans son silence. Mais ce silence en quoi consiste-t-il ? Laissons St-Augustin nous l'enseigner. «Dieu tout aimable, •dit-il, je veux taire un pacte avec vous. Je mourrai entièrement à moi-même, pour que vous viviez seul en moi. Je me tairai au dedans de moi, pour que vuus y parliez seul. Je nie reposerai pour que vous agissiez seul en moi. »
Mourir à soi-même, Mensieurs, est la première condition, du silence. En effet, si on ne meurt pas à soi-même, on vit
dans un perpétuel tumulte : tumulte des prissions qui appellent l'âme au dehors pour la dissiper dans les choses extérieures ; tumulte des soins et des préoccupations déréglées qui sont les ennemis mortels du recueillement ; tumulte des désirs frivoles qui nous font perdre de vue le domaine des choses essentielles ; tumulte des mille voix de la sensualité et de la volupté qui nous ensorcellent pour la bagatelle et ne nous laissent en repos qu'après avoir anéanti toutes nos forces vives ; tumulte des pensées légères qui, comme des nuages épais, obscurcissent les facultés les plus actives ; tumulte des sentiments, des affections, des soucis qui naissent du fond de notre faiblesse et troublent si étrangement en nous les sources du bien. Et comment au milieu de ce tumulte entendrait-on la voix do Dieu ? La voix de Dieu est douce et limpide ; on dirait qu'elle vient sur les ailes du Zéphir, tant elle silencieuse. Ef si quelquefois elle grossit, si elle prend tout à coup les accents de la foudre, si elle ébranle les cieux, si elle émeut les rochers, si elle fait trembler la terre et la remue convulsivement jusque dans ses entrailles, c'est que l'homme est sourd, c'est que l'homme ne veut plus entendre, et que Dieu, dans son infinie miséricorde, veut lui faire parvenir une suprême et dernière invitation. N'appelons pas cette voix tonnante, n'attendons pas que la foudre vienne nous tirer de notre tumulte ; mourrons à tous les vains bruits du de dans,et la voix de Dieu parlera à notre âme avec cette douceur et cette suavité que nous nous rappelons avoir saisies dans la voix de notre mère lorsqu'elle se penchait sur notre berceau pour imprimer sur notre sein le baiser de l'amour et de la sollicitude.
Si nous mourrons ainsi, nous nous tairons, et nous nous reposerons à l'intérieur. Et que dirions-nous et comment nous agiterions-nous quand nous serons morts à toutes nos faiblesses et à toutes nos passions ? Est-ce que du moment où nous décidons de briser avec la nature viciée, malgré que nous soyions encore bien faibles et bien chancelants,, nous ne sentons pas que si nous éprouvons un besoin, c'est
CONFÉRENCES. 2Ct'
celui rie nous taire,que si nons sentons un bien-êtrp,e'est celui du repos, de la quiétude ? Et n'est il pas vrai que si dfa sein de ce repos et de ce silence, une voix s'élève, c'est la voix du bien et du vrai, la voix de Dieu ?
Imposons donc silence à nos passions mauvaises, à nos pensées frivoles, à nos sentiments déréglés ; commençons au moins la lutte, continuons-la sans nous rebuter, et, eu dépit des faiblesses de la nature, des ténèbres de notre esprit et de toutes nos misères, nous serons abimés dans la Divinité, nous aimerons Dieu, nous le contemplerons à notre aise ; nous verrons sa rayonnante beauté, sa céleste clarté; nous découvrirons toujours en lui de nouvelles ricbesses ; nous sentirons qu'il nous touche et que notre âme v.bre de bonheur sous cette touche bénie; nous sentirons une paix ineffable, et dans cette paix, dans ce calme, dans cette limpidité de lame nous serons inondés des Ilots divins de la Vérité.
Que dire maintenant de l'obéissance ? Qu'elle est la vrie de la vérité et que sans elle ou ne peut faire un pas dans la Science.
Dans toute science se rencontre une autorité à laquelle il faut se soumettre sous peine de s'égarer. Trois autorités se partagent les divers ordres d e connaissances : l'an 'orité de la raison, l'autorité du sens commun, et l'autorité de la parole de Dieu. Dans les sciences qui sont soumises à la raison, il faut se soumettre et obéir à la raison ; ce qui n'est pas toujours facile ni agréable. La raison a en nous de mortels ennemis, ce sont nos préjugés qui ont la triste influence d'obscursir et de dénaturer les données de la conscience, des sens, du bon sens, du jugement et de l'intelligence. Vaincre ces préjugés, afin que notre raison soit libre et conserve toute la jouissance de ses forces, tel est le devoir de l'obéissance. Dans les sciences qui sont soumises à l'autorité du sens commun, il faut se soumettre à cette autorité, autrement on s'isole du genre humain tout entier et on tombe dans ce scepticisme désespérant par lequel les faits les plus certains, comme ceux qui importent le plus à l'expérience
fies peuples, sont perpétuellement mis en question. Dans les sciences soumises à l'autorité de la parole de Dieu, il faut se soumetlre à cette autorité ; autrement on ne sait plus rien ni de Dieu, ni de l'homme, ni de l'éternité ; on se trouve envelopper dans un mystère douloureux et on se précipite dans un abîme d'inquiétudes, de soulTrances et de tourments intellectuels.
Sans l'obéissance il n'y a pas de science, il n'y a pas de repos,il n'y a pas de quiétude,il y a un désordre,une confusion et des ténèbres ; il y a des malheurs, des défections déplorables Vouloir se soulever contre la raison, vouloir s'éie ver au-dessus du sens commun, vouloir planer dans des régions supérieures à la parole de Dieu, à l'autorité chargée d'interpréter cette parole, c'est l'acte d'une suprême démence, de la démence de l'orgueil, c'est tenter de former un système irrationnel, c'est formuler un symbole faux et mensonger.
Silence, sacrifice, obéissance ; toute la voie, toute la méthode est là. Si nous dédaignons cette voie, cette méthode, dous ne verrons jamais la lumière pure, nous ne contemplerons jamais le divin Soleil de la Vérité. Et il y a de cela une raison profonde que je laisse développer toute entière au Père Gratry.
« La volonté, dit cet illustre logicien, n'allant au bien que par la croix, 1 intelligence n'allant au vrai qu'avec la volonté, et n'y allant elle-même de son côté, que par quelque imitation de la croix, il est visible que Jesus-Christ est deux fois, par sa croix, la méthode et la voie.
» Et il est, en un autre sens encore, la méthode et la voie, en ce sens qu'il nous donne d'avance l'ensemble et le plan de la science, a tin d'éviter toute erreur. Gar,après la séparation de l'intelligence et de la volonté, source principale de Ter- -reur, il n'y a nulle source d'erreur aussi féconde que ce qu'on peut nommer les méthodes exclusives. Voulez-vous, dit St-Jean, discerner les esprits ; vous les reconnaîtrez à un souisigue: toutespritqui divise Jésus-Christ vientdu mal. Eh tien ! que font tous les sophistes et tous ceux qui se trom-
pont ? Tl divisent Jésus-Christ, ou ils s'efforcent tout au moins de le séparer de sa croix.
« Essayes de chercher la sagesse et de philosopher en divisant Jésus-Christ, lui qui est le vrai monde abrégé, l'éternel plan de Dieu. Essayez de prendre à part son corps seul, séparé de son âme et de sa divinité, vous n'avez pins que des atomes, sans lien ni sens. Ce n'est plus le corps du Christ ; ce n'est pins môme le corps de l'homme ; c'est la p u- grossière des erreurs, la plus inepte des méthodes. La secte est très-connue et ne mérite pas même ici d'être nommée.
« Essayez de prendre son âme, l'âme raisonnable seule, séparée de son corps et de sa divinité ; vous n'avez plus ni Dieu ni homme ; car, comme ledit supérieurement le docteur angeiique, l'âme à part n'est pas l'homme (anima non est homo). Il y a telle philosophie qui s'écrie : Point de ciel, point de terre, point de lumière surnaturelle, point de lumière des sens ; point de théologie, point de mathématiques ni de physique; l'âme seule, la psychologie seule. 0 l'syché ! ô statue ! où donc est le sang humain dans tes veines ? où est le feu divin dans ton cœur et dans tes yeux ?
« Essayez de prendre la divinité seule, séparée de l'âme et du corps, que ferez-vous, pauvre homme, de ce mot, que vous aurez dans votre tète, éclairé de son sens, j'y consens, de ce mut : Divinité ? Est-ce vous qui déduirez de ce grand mot l'homme et le monde ? Est-ce vous qui essaierez de reproduire, comme les sophistes contemporains, l'œuvre de la création ? Est-ce vous qui, dans votre idée abstraite de Dieu, fixée dans votre entendement par le mot Dieu, être absolu et infini ; est-ce vous qui saurez lire directement et face à face l'idée divine de l'homme et de la création ? Vous prétendez voir Dieu lui-même,sans l'âme, sans le corps de Dieu incarné ; mais, vous le savez, c'est là le grand ecueil, le grand orgueil, le grand abîme. De votre idée abstraite de Dieu, vous ne pouvez tirer qu'elle-même et ce qui lui est identique. Et comme vous êtes d'ailleurs un homme vivant sur la terre, et qu'il vous faut nécessairement rendre
raison de la terre et de l'homme, vous viendrez dire : Le monde c'est Dieu, et Dieu c'est moi. Ou bien si vous comprenez que votre idée abstraite de Dieu est creuse, et quoique mathématiquement certaine dans sa forme, est vide dans sa substance, vous direz : Dieu n'est pas, ou Dieu n'est rieo, ou l'être et le néant sont la même chose, et sont ensemble le principe de toute chose.
« Mais je veux bien que vous ayez pris pour objet l'âme raisonnable et Dieu, en ôtant seulement le corps d'une part et de l'autre Dieu incarné dans l'âme et dans le corps. Voua distinguerez parfaitement Dieu et l'âme, j'y consens, et vous n'êtes plus ni panthéiste ni athée, mais qu'ètes-vous et que pouvez-vous ? Privé de corps et de l'humble méditation du mon Je des corps, signe sensible de la vérité, privé de la "-race surnaturelle, des forces et des lumières du Saint-Esprit vom n'êtes plus qu'un pasteur réformé d'un culte sans sacrements et inévitablement socinien. Vous n'avez plus que la parole, la raison seule, le raisonnement et la morale humaine, sans régénération surnaturelle, sans grâce et sans révélation. Vous parlez bien, mais vous ne donnez pas la vie, ni celle qu'apportent les sacrements, ni celle que peut donner l'effusion libre du Saint-Esprit. Vous ne régénérez point de l'eau et de l'esprit ; vous n'entrez point et ne faites point entrer dans le royaume des deux.
« Enfin essayez seulement de séparer Jésus-Christ de sa croix ; vous aurez devant vous l'idéal, l'idéal complet, mais vous ne pourrez y atteindre. Il n'est pas mort pour vous : du moins vous ne le croyez pas ; et vous, vous ne mourez pas avec lui [consepulti cum Mo per baptismum in mortem). Catéchumène mon baptisé, et qui ne voulez pas l'être, pour jouir de la vie plus longtemps, vous ne savez pas les mystères et n'y pouvez participer , vous n'avez pas mangé la chair du Eils de l'homme, vous n'avez pas la vie en vous : vous ne savez pas même ce que veulent dire ces mots.
« Telles sont les âmes et les intelligences idéalement chrétiennes, mais sans pratique, et privées de la foi substantielle dont parle Saint Paul, qui est, dit-il, le commencement
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ôV la vie éternelle. Neditespasrtle ne divise pauJésna Christ «J'admets Le Christ entier : boh corps, sou sang, son âme, sa divinité Oui, mais vous le séparez de sa croix. Voua ne comprenez passa mort pour vous, vous ne comprenez pas la vôtre en lui : surtout \ous ue la voulez pas. Eh bien ! ici est le point critique. Ici te grand passage. Ici B'anôte toute philosophie, même platonique, même devinant l'aurore evangiiique, même moderne, et appuyée de L'Evangile et de sa Lettre, et même de sou idée. Yoitlezrvous, oui ou non, porter sa croix ? Nous êtes ou vous n'êtes pas sou disciple. Youiez-vous,oui ou non mourir en lui, uni à lui,par le sacrifice de la croix'/ Vouseuirezou vous n'entrez pas dans la lumière vivante et substantielle, dans le plus haut degré de l'intelligib.e divin. Votre raison ne va pas à sa lin dernière, ou elle y va.
« C'est ainsi que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié est seul la voie, la méthode, toute méthode, môme la méthode logique, pour arrivera la vente, n
Jesus-Christ, Messieurs, est de plus la vie de la Vérité, et ici encore nous allons retrouver la croix, le sacrilice, la mort.
Toute vie finie, bornée, est venue primitivement de la vie: tout est venu de Dieu. Mais lu vie aete troublée danssa source par une catastrophe lamentable ; la vie aete greifee misérablement; un poisson mortel s'est inocule eu elle, et si elle n'a pas ete tarie dans son principe, c'est que Dieu, dans son intime miséricorde, a voulu que la vie put trouver dans la mort même, des ressources vivifiantes et une vigueur toujours nouvelle.
Le pèche avait rêvé d'anéantir la vie. Par un calcul infernal, il s'était efforcé de poser une digue au torrent de 1 eternelie vie qui descend sans cesse des hauteurs de la Divinité pour alimenter la vie temporelle. Cette digue c'est la mort, qui al cuti ce dans le imnlc par le péché. Ce calcul était profond, et, si Dieu n'était pas plus profond que l'enfer, il aurait réussi ; car la vie in créée cessant de couler dans la vie créée, toute vie finie eut ete tarie sans ressource.
Mais Dion a déjoué l'enfer, il a confondu le péché, il a tourné la malice contre elle môme, il a fait servir la mort à la vie. Le péché s'était dit : la mort sera recueil de la vie ; Dieu s'est dit : « La mort sera la souice, le secret, le germt d i la vie. Le Verbe se fera chair; puis il mourra pour revivre éternellement,)) Et il fut fait comme il fut dit. Et depuis la mort a enfanté la vie. Et depuis ce qui a voulu vivre a dû préalablement mourir. Le grain de blé a pourri dans la terre avant de dorer nos champs ; le gland s'est décomposé avant d'ombrager nos montagnes ; le germe animal n'est lui-même qu'une étincelle de vie : étincelle perdue, éteinte, morte à jamais pour ceux qui la donnent ; tout ce qui soutient les êtres animés doit mourir et se perdre avant d'être assimilé et uni à leur corps. Et dans un autre ordre, nos villes superbes, nos mo îuuiieiits glorieux, nos palais gigantesques, nos temples resplendissants, notre mécanique, notre industrie, nos arts, tout est formé, façonné, pétri, élevé, tiré de minéraux, de végétaux qui ont bien voulu se perdre et mourir pour servir nos besoins. Il n'y a pas jusqu'à l'or.qui n'ait consenti à passer par le creuset ou à se laisser tailler, ciseler, pour satisfaire notre amour du luxe.
Oui, Messieurs, la mort, dans un sens, est la loi de la vie, de la vie physique, de la vie temporelle, de la vie matérielle et même, je l'ajouterai, puisque d'ailleurs c'est la vérité que je veux établir, de la vie intellectuelle, de la vie scientifique, comme elle l'est de la vie religieuse et morale
Il y a dans l'intelligence des faiblesses et dans la science des mystères impénétrables. Si l'intelligence va à la Science avec ses faiblesses, les mystères la tueront; car les mystères tuent ; ils tuent l'orgueil, la faiblesse des faiblesses L'intelligence de ce prétendu savant qui veut avoir le dernier mot de la loi motrice, de la loi mathématique, etc. rencon trera là une difficulté invincible et qui la tuera, parce qu'elle lui enlèvera le temps et le goût d'approfondir ks auires questions. Cette autre intelligence qui veut pénétrer dans le domaine de la foi avec la sotte preteii-
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tion dé tout comprendre, ne pénétrera jamais dans ce sanctuaire élevé ; bcs foires trahiront son élan ; fatiguée, épuisée, découragée, elle tombera anéantie, écrasée,
foudroyée sur tes dalles glacées du vestibule.
Combien d'intelligences périssent ainsi! Bêlas I Et souvent quelles Intelligences ! Vous croyez peut-être que toutes sont vulgaires ? Erreur ! La vulgarité ne saurait subir le joug de telles aspirations. Lucifer n'était pas une intelligence vulgaire ; seulement sa faiblesse orgueilleuse s'est hurlée au mystère de l'Incarnation, et il est tombé dans le sombre asile des ténèbres. Pour ne nommer ici qu'un seul homme, ce Joffroy dont vous avez suivi, pas à pas, la triste et navrante chute, était-il une intelligence vulgaire? Plus une intelligence est fortement doué,plusil faut craindre pourelle si elle ne veut pas mourir : sa force même fera qu'elle remuera le monde de la pensée et, qu'au besoin, elle le bouleversera pour y trouver les solutions qui lui manquent ; mais aussi dans ce monde bouleversé que trouvera telle ? Sinon son tombeau ?
Vous êtes jeune, vous avez du talent, de fortes études préparatoiressont venues développer en vous la pensée et même ie génie ; vous brûlez d'impatience de connaître, de savoir de comprendre; vous êtes altéré de la Science, affamé de la Vérité ; vous voulez vous élancer haut, bien haut ; vous voulez planer dans une région supérieure d'où votre regard embrassera tout et percera les profonds abîmés ; Eh bien ! vous n'êtes point une âme vulgaire ; trop de nobles ambitions vous tourmentent, trop de grandes aspirations vous travaillent, trop de divins désirs vous agitent ; mais prenez garde! vous êtes blessé, votre sang coule de la plaie que ie vice originel vous a faite, vous serez épuisé avant d'arriver ; cicatrisez la plaie, appelez le divin médecin ; dites-lui dans la sincéiité de votre cœur: Maître que fuut-il que je fusse 2 Et quand il vous aura répondu qu'il fuut renoncer, mourir à vous même, prendra votre croix et le suivre, si vous avez le courage que ce remède appelle, né craignez rien ; prenez votre élan : à vous désormais les grandes ondes, les hautes
régions ; plus de mirages, mais la lumière, toute la lumière dont l'ïntelligenge crée est capable.
Que ne puis-je parler dignement de cette ineffable force de la mort et faire comprendre quels secours elle prête à l'intelligence qui cherche la Vérité ! Dirai-je que c'est le creuset où l'intelligence se purifie, s'élève, se donne une vie toute divine et s'écoule, pour ainsi dire, dans le sein même de Dieu ? Ou bien la comparerai je à une fournaise ardente où elle se transforme, s'absorbe et se perd dans l'unité divine, non d'une manière naturelle et essentielle, car entre la nature, l'essence de Dieu et notre nature, notre essence, il y a un abîme infini que Dieu même ne peut combler ; mais par image et par ressemblance ? Toutes ces choses sont de vaines comparaisons, et l'œil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a point entendu, son cœur n'a point compris ce qui se passe entre l'intelligence et Dieu dans ce fond impénétrable et caché du renoncement, de la mort, philosophique, comme disaient les païens.
Ce que je puis dire, c'est que le Christ qui est la vie de la Vérité, n'a ressussité les intelligences à la Vérité qu'en mourant, etque comme il n'est la vie de la Vérité que parce qu'il en o en même temps le type, la méthode et la voie, pour vivre .à la Vérité, il faut mourir comme le Christ. Or le Christ est mort en s'abaissant jusqu'à la terre sa mort a commencé dans le sein de Marie, elle s'est continué de Bethléem au calvaire ; elle s'est consommé sur la croix, et c'est du sein de cette mort achevée, qu'il est ressuscité plein de vie, de vie incorruptible et éternelle. Que notre intelli gence s'abaisse donc, qu'elle reconnaisse sa faiblesse, qu'elle accepte comme vraie la vérité révélée, qu'elle s'avoue l'impuissance où elle est de comprendre le mystère, qu'an lieu de chercher à élever de vains systèmes sur les choses incompréhensibles, elle fasse un bon acte de foi, qu'elle agisse ainsi depuis le premier moment où elle s'ouvre à la vérité, jusqu'à celui où Dieu l'appelle à lui. et, comme le Christ, elle trouvera dans les langes de la mort, le secret de la vie, de la bonne vie.
Voulez-vous, Messieurs, q'uue autorité vienne confirmer ma pensée el lui prêter la force qui lui manque? Ecoutez encore le Père Gratry.
« La Science dit-il, oe saurait naître que dans l'âme sacrifiée et devenue conforme au Christ par la mon volontaire, dans l'àme qui, par la pratique morale et intellectuelle de la croix, sait retrancher tout obstacle au retour à Dieu, à partir de toute impression, à partir de tout meuvement d'esprit, d'âme ou de corps Est-ce vous qui siuivz vivre dans celte habitude de la mort? Mais est-ce vous qui saurez trouver en vous-même cette vie meilleure que les mystiques appellent la vie ressussitée? Est-ce vous qui parviendrez, par quelque imitation logique du sacrifice, aux régions de la science abstraite, à la lin surnaturelle de la raison ; estce vous qui saurez vous élever jusqu'à sa fin demière,et entrer dans le commencement de la vie éternelle que donne l'union à Dieu, par l'amour et la foi. Il y a là nu anime que celui-là seul peut combler qui esf lui-même la vie, un abîme qui ne sera comble eu vous, qui si lui-même vient vivre en vous ; s'il vous donne d'être uni à sa croix, et à sou sacrifice, de mourir avec lui, d'être enseveli avec lui par l'esprit du baptême, d'anéantir en vous, ainsi qu'il s'est anéanti lui-même, tout obstacle, toute limite mauvaise ; s'il vous donne de briser, pour l'étendre indéfiniment, toute limite naturelle qui empêche de grandir en Dieu et d'entrer dans son infini ; de passer de la vie naturelle, temporelle, divisée, qui passe toujours et occille toujours, à la vie pleine et éternelle, simultanée et lassemblee. Or, il faut quelque commencement implicite de la vie éternelle au fond de l'âme (utchoatio vilx selcrnœ), pour que, dans notre esp'ït, puisse luire quelque rayon de l'intelligible suprême. De sorte que la fin dernière de la raison, le terme suprême de la science, d'où la vie doit descendre sur tous les détails de la science, n'est en aucune sorte abordable que par le Christ vivant eu nous. 11 est de toute impossibilité qu'un homme, ou une nation, marchent dans la voie de la science pleine, de la sagesse totale, si Jesus-Christ n'habite dans cet homme et
et dans cette nation par la grâce et la foi Si vous ne vous nourrissez pas de la chair dn Fils de l'homme, dit le Seigneur lui-même, vous n'aurez pas la vie en vous. Toute nation, tout homme qui rejettera Jesus-Christ de son sein, rejettera la vraie vie scientifique. Les faits, d'ailleurs, le montrent. Mais si la civilisation moderne se maintient dans la foi chrétienne, si l'esprit de foi vivante recommence, comme il semble (le Père Gratry a écrit cela en 1855), à se réveiller en Europe, nous en viendrons à ce que les saints ont appelé «la vraie science des chrétiens.» Il y aura une inspiration réelle du Christ demeurant dans nos cœurs et dans le cœur des sociétés, une inspiration réelle de Jésus-Christ pour la formation de la science telle que la cherche l'humanité depuis le commencement. Lui qui a dit : « Je suis le cep et vous êtes ies hranches ; sans moi, vous ne pouvez rien faire ; mais demeurez en moi, si vous voulez porter beaucoup de fruits ; » lui qui a donné ce conseil principal au monde et à chaque homme, à l'âme entière, à sa volonté prise à part, dans sa lutte pour le bien, et à l'intelligence prise à part, dans sa recherche de la vérité, lui, clis-je, qui a fait cette promesse, la tiendra, si notre intelligence s'attache à lui, demeure en lui, et tire sa sève de ce cep divin, cœur et vie de la science. »
Et s'il faut, Messieurs, apporter ici le témoignage de l'expérience, que dire de la Science avant que le Christ vînt habiter parmi nous ? que dire de la Science qui daigna marcher avec le Christ ? et que dire de la Science qui après avoir reconnu le Christ, le renie indignement?
La science avant le Christ fut un long tourment et une navrante faibless'3. La Science païenne se trouvait en présence de Dieu qu'elle ne connaissait pas, en présence du monde qu'elle ne pouvait expliquer, en présence de l'hom me qui lui était un mystère douloureux, en présence de la société qu'elle ne pouvait comprendre, en présence enfin d'une multitude de questions qu'il faut résoudre si on veut avoir le repos de l'esprit, si l'o.i veut s'occuper des questions secondaires. Menacée, travaillée par le besoin de s'ex-
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pliquiM'lo dp on de, da savoir l'origine de l'hommeet sa fin suprême, la science païenne était la proie de Ifignorauce et la victime &u doute éternel. Ëlje était priionnière, captive, lave. Elle, semait bien en elle-même une puit&auce généreuse capable de tout tenter. <le tout oser pour trouver le
repos qui lui manquait ; elle se sentait la force de remuer
le ciel et la terre, de tout bouleverser pour trouver les vérités sans lesquelles elle ne. pouvait rien; seulement sos perquisitions les plus laborieuses se lésaient au sein d'une nuit épaisse et elle- étaient éternellement nilïuliieuses. Eu vain touchait-elle aux problèmes les plus simples comme les plus compliqués de la psychologie, de la philosophie, des mathématiques, de l'économie, etc., toujours elle revenait au point ténébreux. A quoi bon, se disait-elle, avec amertume, à quoi bon chercher l'origine des idées, la valeur de la raison, la puissance des nombres, etc., si j'ignore l'origine de l'homme ? D'où vient-il ? que doit-il ? ou va-t-il ? La vérité existe-t-elle? Puis je y arriver? Qu'est ce que lame, il y a-t-il une âme, des âmes ? Pourquoi tant de faiblesses et tant de forces dans l'homme ? A toutes ces questions, la science païenne ne savait que répondre. Aussi ballotee entre les principes de Thaïes et de Pythagore, entre Xénophaue et Lucippe, entre Platon et Aristote, entre Epieure et Zenon, la science païenne avait fini par s'abinier, profondément découragée, dans le scepticisme le plus complet. Toutes ses espérances étaient déçues, tous les brillants génies sur lesquels elle avait le plus compté, s'étaient aifaisséâ tour à tour ne lais>ant derrière eux que la cruelle incertitude, que le doute mortel, que l'amirchie des intelligences, que le triste sentiment de leur impuissance. Et Socrate, la plus haute expression de la sagesse antique, avait deviné que la Science d'alors avait besoin d'un régénérateur d'un sauveur ; il disait : « Il faut attendre que quelqu'un vienne
nous instruire Celui dont il s'agit s'interresse à ce qui
nous touche, mais il le fait à mon avis, à la manière dont Homère raconte que Minerve en agit à l'égard de Diomède. Minerve dissipa le brouillard qu'il avait devant les yeux,
afin qu'il pût distinguer les dieux d'avec les hommes. Tl est pareillement nécessaire que le brouillard épais qui ré- Bide maintenant sur les yeux de notre entendement soit dissipé^ enfin que nous puissons dans la suite distinguer au juste le bien du mal-, la vérité de 1-ertreur.» Ce qu'ayant attendu Alcibiade, il s'empressa de répondre : «Qu'il vienne donc, ce libérateur, et qu'il dissipe, quand il lui plaira, ces ténèbres. Je suis, quant à moi, tout disposé à faire tout ce qu'il lui plaira de me prescrire moyennant que je puisse devenir meilleur et plus heureux que je ne suis.»
Il est venu ce libérateur dans la personne auguste du Christ, e il s'est nommé : « Je suis le Christ, Fils du Dieu vivant. Je suis la Voie qui conduit au Père, et nul ne peut venir au Père que par moi. Je suis la Lumière du monde. Je suis la voie, la porte, la vie de la Vérité. »
Il est venu et ceux qui ont. pu le voir se sont dit : «Le Verbe a été l'ait chair, et il a habité parmi nous; et nous avons vu sa gloire, qui est la gloire du Fils, qui est pleine de grâce et de vérité. »
Il est venu, « et sa sagesse a fait couler de lui des Fleuves. Il est sorti du paradis comme un ruisseau de l'eau immense d'un Fleuve et il s'est dit : J'arroserai les plants de mon jardin, et je rassasierai d'eau le fiuitde mon pré. Mon filet d'eau est devenu alors comme un grand fleuve, et d'un fleuve une mer. J'illuminerai tous les hommes d'une doc tiine qui paraîtra comme la lumière au retour du jour, et ma parole la portera jusqu'aux extrémités du monde. J'en pénétrerai tout ce qu'il y a de plus infime sur la terre. Je lancerai les traits de mon regards sur ceux qui dorment, j'illuminerai ceux qui espèrent en moi (Eccl. cap. XXIV.)
11 est venu le Christ, et il a tenu parole. « Ses pensées plus vastes que la mer et ses conseils plus profonds que le grand àbvme,r> ont fertilisé les intelligences et sauve la Science. Il a dissipé le doute qui rongeait les intelligences; il a donné la solution de tous les problèmes qui fesaient auparavant le désespoir de la sagesse humaine ; il a résolu toutes les questions qui tourmentaient la philosophie ; il a
dit la vérité sur Dieu, sur l'univers, sur l'homme ; il a expliqué toutes les anomalies de la nature humaine ; il a fait plus : il a indiqué des remèdes à tous les maux de l'ignorance ; il a montré la voie de la Science ; il a prit sa croix, et, appelant les hommes de bonne volonté à sa suite, il lesaconduitssur le calvaire, il leur a demandé de mourir avec lui et en lui, leur montrant ce tombeau fameux d'où il devait sortir vainqueur des bras de la mort ; el ceux qui l'ont suivi jusque sur la croix ont triomphé avec lui ; ils ont vu la pleine lumière, ils se sont désaltérés au torrent de la science pure, de la science libre, de la science régénérée, delà science une et indivisible comme le Christ.
Et cette science a établi sa demeure dans la paix : tranquille sur les questions divines elles a remué les questions humaines ; elle a creusé des sillons profonds dans les intelligences. Elle y a déposé le germe fécond de la Vérité et, la grâce aidant, tout a germé, tout a grandi, tout à fleuri, tout a porté son fruit. La philosophie a pris son élan, elle s'est élevée dans les hauteurs respectables de la foi, elle a plané admirablement sur une infinité de sciences pour les fertiliser. L'Histoire s'est animée, elle s'est émue, elle s'est illuminée ; elle a dit ce qu'elle savait du passé, ce qu'elle pensait du présent, ce qu'elle espérait de l'avenir. Les mathématiques se sont inspirées ; sous la touche du Christ elles ont marché à des découvertes qui ont centuplé les forces de la raison. Toutes les sciences, en un mot, raffermies sur leurs bases, ont contribué au bonheur des intelligences et à la glorification de la Vérité.
Et cette science christianisée a vu s'épanouir, aux rayons du soleil de la Vérité, les génies les plus vastes, les plus illustres, les plus puissants. Les Justin, les Irénée, les Tertullien, les Clément d'Alexandrie, les Augustin, les Bonaventure, les Thomas d'Aquin, les Descartes, les Malebranche, les Leibnitz, les Fénélon, les Bossuet, et tant d'autres qui ont laissé ici-bas la trace immortelle du génie, le vestige saisissant du passage du Verbe, de la Lumière, du Christ daus les intelligences. ,«
Et l'admiration, la reconnaissance, l'enthousiasme, l'amour gagnant la Science affranchie, délivrée, régénérée, béatifiée, elle se leva inspirée et chanta ce Te Deum séraphique :
« La lumière qui éclaire tous les hommes luisait dans leurs ténèbres sans les dissiper, ils ne pouvaient même la regarder ; il fallait que la lumière intelligible se voilât et se rendit visible ; il fallait que le Verbe se fit chair, et que la Sagesse cachée et inaccessible aux hommes charnels les instruisit d'une manière charnelle. Tl fallait que cette Sagesse se présentât devant nous sans toutefois sortir hors de nous, afin de nous apprendre, par des paroles sensibles et par des exemples cenvainquants, le chemin pour arriver à
la vraie félicité Nous n'avons accès auprès de Dieu que
par la Raison Universelle, la Sagesse Eternelle, le Verbe Divin, qui s'est fait chair à cause que l'homme est devenu charnel ; et par sa chair s'est fait victime, à cause que l'homme est devenu pécheur ; et par le sacrifice de sa victime s'est fait médiateur ; la Raison purement intelligible n'étant plus dans l'homme corrompu, qui ne peut plus ni la consulter, ni la suivre, le lien de la société entre Dieu et lui. Mais il faut remarquer sur toutes choses que la Raison en s'incarnant n'a rien changé de sa nature, ni rien perdu de sa puissance. Elle est immuable et nécessaire : elle est la seule loi inviolable des esprits. La foi n'est point contraire à l'intelligence de la vérité : elle y conduit, elle unit l'esprit à la Raison, et rétablit par elle, pour jamais, notre société avec Dieu. Il faut se conformer à la Raison, c'està-dire au Verbe fait chair, à Jésus Christ, par ce que le Verbe intelligible, le Verbe sans chair, est maintenant une forme trop abstraite, trop sublime et trop pure, pour former ou réformer des esprits grossiers ou des cœurs corrompus. Mais l'intelligence succédera à la foi ; et le Verbe quoique uni pour toujours à notre chair, nous éclairera un jour d'une lumière purement intelligible ! »
Hélas ! Pourquoi la science contemporaine a-t-elle chassé le Christ de son sein 1 Pourquoi a-t-elle fermé au Verbe
divin la porte des intelligences'. Pourquoi les esprits ont-ils refusé de mourir dans le Christ, afin de renaître à la Vérité! Qu'estdevenue la Science? Que sont devenues les intelligences depuis qu'elles ont voulu s'appuyer sur la seule raison de l'homme ? Ecoutez prêtez l'oreille ! Ouest Le concert sacré de l'harmonie ? Où est le chant de la béatitude intellectuelle ? Entendez-vous ces voix discortan tes 1 [ci le matérialisme etle sitaUsme chantent la glorification de la matière : là le ;iaturalismc le rationalisme nient lalumièreet la grâce div;: ailleurs l'éclectisme et le scepticisme affirment toutes les erreurs et nient toutes les ventes ; partout l'erreur s'infiltre, triomphe. La lassitude, le découragement et le désespoir gagnent les esprits ; les intelligences faiblissent, languis sent et meurent ; et les sciences, que rien ne féconde, présentent l'espect d'une désolante aridité. Je le demande à toute âme sincère, depuis que la science s'est séparée du Christ qu'est-elle devenue ? Depuis les tristes jours, où le voltairianisme a triomphé, quels progrès féconds et prodigieux ont fait les mathématiques, l'histoire naturelle, la physique, la chimie, la philosophie et même l'histoire ? Ces sciences vivent aujourd'hui des découvertes des âges de foi, mais elles n'avancent pas, elles ne travaillent pas pour l'avenir La matière, il est vrai, se glorifie ; elle gratifie notre temps d'une multitude de découvertes, elle multiplie les progrès ; mais, chose étrange, en même temps que la matière grandit, l'esprit diminue, la civilisation dégénéré et les sociétés faiblissent- Qu'on explique ce fait.
La Science s'en va, parce qu'elle s'éloigne de Celui qui est le type, la voie et la vie de la Vérité ; et les sociétés s'en vont parce qu'une Science athée les tue. Si la Science ne revient pas au Christ, tout est perdu, et ce malaise qui travaille aujourd'hui la Société, anéantira le reste de forces qui soutiennent la vie chétive et malade des nations. Je ne suis pas prophète, je ne voudrais pas l'être, n'entrevoyant dans l'avenir que des malheur ; mais je sens que si l'Europe, par exemple, ne christianise par sa Science, l'Europe touche à sa fin. Je donne cinquante ans à l'Europe pour
rappeler le Christ ; à l'expiration de ce temps si le Christ n'est pas rentré, s'il ne préside pas aux conseils des savants, nous chercherons l'Europe, nous trouverons une société agonisante, je me trompe : nous trouverons un tombeau ! Mais non, et c'est par cette espérance que jewux terminer ma laborieuse tâche, la Science, fatiguée de ses souffrances, désabusée du rationalisme, harassée du doute, va retourner à Celui qui donne la vie ; elle va retourner au Christ qui est le type, la méthode, la voie et la vie de la Vérité. Le Christ reviendra ; Oui ! 11 reviendra habiter dans les intelligences ! Il les pénétrera de son souffle divin; il entr'ouvrira devant elles des routes nouvelles et mystérieuses ; il les inondera de sa douce lumière ; il les élèvera jusqu'à lui, pour les perdre, ou plutôt, pour les sauver en lui. Et les intelligences rempliront leur fin ! Et la Science atteindra son but ! Et le monde sera sauvé !