HUITIEME CONFERENCE
NOS FAIBLESSES ET NOS FORCES A L ECrARD DE LA VERITE.
Monsieur le Président, Messieurs,
Le moment redoutable est arrivé : nous voici en face de la Politique. Et dire qu'il faut l'envisager comme une foi'ce propre à nous mener au vrai ! N'importe, de l'indulgence de votre côté ; du courage, de la prudence du mien, et, espérons-le, lout ira j.oir le mieux !
Les sociétés, les nations périssent, Messieurs, et c'est la politique qui les tue : première vérité.
Les nations, les sociétés sont guérissables ; car la politique peut les régénérer et les sauver : seconde vérité.
Je puis simplifier encore ma pensée et dire : il y a une polilicjue qui tue les nations et une antre qui les vivifie. Celle-ci repose sur une vérité et s'appelle TLéicmiie. ; celle-là, au contraire, s'appuie sur une erreur et se nomme Césarisme. Tous les systèmes politiques se rattachent à l'un Ou à l'autre de ces deux principes qui sont, chacun de son côté, comme le centre commun autour duquel gravitent les nations et les siècles.
CONPÉRBMGBS. 193
Faire connaître la véritable porto1 et la valeur réelle de ce* deux principes de la politique, tel sera le premier soin de cette conférence.
Et d'abord du Césarisme on de la politique qui tue.
I y ,i par le monde une prétention qui s'affirme et qui gagne dn terrain en s'afflrmant ; la voici :
Le pouvoir politique a son origine en Dieu et, si Dieu n'est qu'un mot, Ce pouvoir vient rie in Soine aineté du peupie. S'il vient de Dira il ne dépend, à cnuse de son origine diriu/\d'aucun autre pouvoir ; s'il vient du peupie, il ne peut, à en use de son origine, dépendre que du peuple. Qu'il vienne de Dieu ou, qu'il vienne du peuple, te pouvoir, par delà même qu'il est le pouvoir, est libe, indépendant el souverain, c'est-à-dire en deux mots, qu'aucune mitre autorité ne lui est supérieure et qu'il domine, au contraire, toutes les autres autorités.
II ne faut pas chercher longtemps pour trouver l'origine de cette prétention du Césarisme ; et quiconque a lu la première page des annales du monde, peut l'indiquer du bout du doigt et les yeux fermés.
L'homme venait, d'être créé, une compagne venait de lui être associée, il avait pris possession de la terre comme roi de la création, déjà il exerçait librement sa douce et noble royauté, lorsque la voix du serpent lui proposa de se rendre semblable à Dieu La proposition fut acceptée, mais la tentative échoua misérablement, attendu qu'elle était sacrilège autant qu'impie. L'homme vit tomber son manteau royal, son sceptre fut brisé entre ses mains, son trône chancela, une révolution générale éclata ; toutes les misères, tous les maux, toutes les souffrances. toutes les turpitudes surgirent toutà-coup,et l'humanité, au lieu de s'être divinisée, n'offrit plus que le tri>te et navrant spectacle d'une désolante ruine.
Telles furent, avec l'origine, les conséquences fâcheuses du Césarisme dans le monde ; et, si nous cherchons maintenant comment il se continue dans la société politique, nous verrons que, si son mot d'ordre n'est pas changé, les conséquences qu'il entraine n'ont pas varié non plus.
Je dis le même mot d'ordre : c'est qu'en effet le Césarisme veut se rendre semblable à Dieu. En affirmant qu'aucune autorité ne lui e<> supérieure et qu'il domine, au contraire, toutes les autorités, le Césarisme se pose comme un pouvoir absolu, universel et qui embrasse tout, depuis les choses les plus humbles de la vie matérielle et sociale, jusqu'aux intérêts les plus élevés de la vie morale et religieuse ; or à qui appartient-il d'avoir un pouvoir absolu, universel et embrassant tout dans le inonde, sinon à Dieu seul; parce que Dieu seul est absolu, universel, infini.
Ce que le Césarisme dit, il le fait. Non content d'exercer sou autorité dans l'Etat, il veut dominer la famille et l'Eglise.
Il veut dominer la famille ; c'est dans cette vue, par exemple, qu'il proclame que: lo les enfants appartiennent a l'Etat avant d'appartenir à la famille : 2o que toutes la direction des écoles publiques peut et doit être attribuée à l'autorité civile et cela de telle manière qu'il ne soit reconnu à aucune autre autorité le droit de s'immiscer dans la discipline des écoles, clans le régime des études, dans la collation des grades, dans le choix ou l'appropriation des maîtres ; 3o que, même dans les séminaires des clercs, la méthode à suivre est soumise à l'autorité civile ; 4o que la bonne éducation de la société civ de demande que les écoles populaires qui sont ouvertes à tous les enfants de chaque classe de la population et, en général, que les institutions publiques destinées aux lettres. à une instruction religieuse soient pleinement soumises à la volonté de l'autorité civile et politique, suivant le bon plaisir des gouvernants.
Et le Césarisme se met à l'œuvre. 11 ëUrve des institutions, des maison;; d'éducation selon ses vues et abolit ou paralyse toutes celles qui ne veulent point accepter son programme et seconder son action malfaisante sur la jeunesse. De là ces écoles sans Dieu « où il y a contrainte au fond des âmes pour forcer à n'être pas religieux et où l'on est comme forcé à ne pas croire ; des écoles où les devoirs de la Religion sont publiquement accomplis et secrètement voués au mépris; où la violence s'exerce en fa-
vcur de l'incrédulité et du vidl; où la raillerie arrière poursuit la vertu simple el naïve ; OÙ l'enfance ne peut aimer Dieu sànt être l'objet des plus insultantes railleries ; où il faut entendre chaque jour traiter la foi de superstition. la pieté d'hypocrisie et la Religion de fanatisme ; où elle ne peut prier sincèrement et se recueillir, sans s'exposer à d'indignes traitements ; des maisons d'éducation où de pauvres enfants sont obligés de se cacher pour recevoir leur Dieu ; où le jour même de leur première Communion, il faut les dérober aux regards et à la dérision de leurs camarades plus âgés; où des maîtres se rencontrent donnant eux-mêmes des noms odieux aux témoignages les plus touchants de la foi vive, aux derniers restes de la piété sincère apportée de la famille ; des maisons d'éducation où les mauvaises mœurs sont comme une nécessité, et le naufrage de l'innocence inévitable ; où la cause du mal n'est pas seulement dans les élèves, mais encore dans les domestiques et les maîtres ; où les abus ne se propagent pas seulement par l'exemple et la séduction, mais s'imposent même quelquefois par la violence et la menace;» des maisons d'éducation enfin où, l'Etat, par le Césarisme, méconnaît aussi indignement que possible les droits sacrés de la famille et les devoirs les plus augustes et les plus saints de la puissance paternelle et maternelle.
Le Césarisme veut dominer CE<jlise. « Tl ose porter une main sacrilège sur l'encensoir, dit le l'ère Ventura, pour en faire le jouet de son épée, et ramener les jours néfastes sur lesquels le prophète avait fait entendre d'inconsolables gémissements. Il conspire contre le Seigneur et contre son Christ, le Chef visible de l'Eglise, et travaille sans relâche à briser ce qu'il appelle le joug du sacerdoce et les liens de toute autorité ecclésiastique.
«Pour comble d'injustice, tout en se plaignant des empiétements de l'Eglise sur le temporel, le Césarisme empiète en toute vérité sur ce qu'il y a de plus spirituel : la juridiction de l'Eglise. 11 ne se contente pas d'envahir les biens ecclésiastiques, de disposer des bénéfices, de régler le
reerntpment do la tribu sainte, d'entraver les vocations religieuses, d'etnpôoWer la communication entre les membres et le Chef de l'Eglise, de défendre la réunion des conciles ; il pousse sa fatuité sacrilège au point de prononcer, avec un aplomb tout-a-fait protestant et en s'attribuant l'infaillibilité qu'il conteste au Vicaire de Jésus Christ sur les plus hautes questions du droit public chrétien, sur le dogme, sur la morale et même sur la liturgie ; car il veut réformer même le calendrier et se faire non-seulement pape etévêque, mais encore prêtre et sacristin.
« Le Césarisme abuse contre l'Eglise même du grand privilège, accordé quelquefois par l'Eglise à l'Etat, de nommer les évêqnes. Ces nominations tombent trop souvent sur des hommes dévoués aux excentricités du Pouvoir et facile à manier par le Pouvoir ; sur des hommes qu'on qualifie du vocable d'esprit sage et modéré, et qui au fond ne sont que des hommes disposés à laisser faire le mal qu'ils n'oseraient pas faire par eux mêmes ; sur des hommes, enfin, qu'à un point donné on peut changer en instruments du despotisme de l'Etat contre le Pouvoir spirituel. Et ce n'est pas la faute de ce despotisme si un plus grand nombre de ces Pasteurs dont le Césarisme a fait cadeau à l'Eglise, ne s'est pas changé en un troupeau de loups dans l'Eglise. »
Comme on le voit, le Césarisme n'est antre chose que l'Etat Dieu ; c'est-à-dire l'Etat absorbant tout, la société politique, comme la famille ; la famille comme l'Eglise. Ne lui dites pas qu'il n'a de pouvoir absolu que sur les corps, il vous répondra qu'il entend régner sur les intelligences, les consciences et les âmes, et régner en maître absolu.
Dieu a constitué trois grandes autorités ici-bas : la Famille, l'Etat et l'Eglise. A la famille, il a donné la double puissance de génération et de développement ; à l'Etat il a confié la garde des intérêts communs, mais matériels des agglomérations d'hommes et aussi le soin de veiller à ce que rien n'entrave la mission de l'Eglise et de la famille, ni ne blesse, ni ne froisse, en quoique ce soit, leurs droits et leurs devoirs ; à l'Eglise, il a confié le soin de sauver les
âmes et de guider l'humanité dans les voies droites qui tûb- B6Hl au salut éternel De [dus. Dieu a voulu que la famille L'Etat et l'EgliBe fussent perpétuellement subordonnée à sou autorité suprême et divine. Le Césarisme vient et dit :
L'Elut, cesl mot, et, moi, je suis Dira, car fui sous ma ih'prnduncc lu famille et l' Eglise. Lu fumtllc a pour mission de me ftonner de nombreux enfants, </ui seront mes domestiques et,
au besoin, mes défenseurs ; l'Eglise, elle, doit enseigne} à tous l es hommes qu'ils me doivent un respect profond, une soumission sans bornes et un culte perpétuel ; et afin que ces enseignements de l'Eglise aient plus d'empire sur (es masses, si agilies de nos jours, elle devra, lu première, donner l ex> mple, en se soumettant aveuglement à toutes mes exigences et à tous mes caprices.
Mais à peine le Césarisme a-t-il tpnté de réaliser son rêve impie : je serai semblable à Dieu, que le manteau royal qui le couvre tombe et qu'il apparait dans toute sa nudité.
.Les hommes voyant que l'Etat méconnait ses droits et ses devoirs, ne se gênent pas de secouer le joug qu'il wut leur imposer; et comme l'éducation athée qu'ils ont reçue n'a pu que produire en eux un trouble et une perturbation profonde ; comme, de plus, l'Eglise humiliée, méconnue, bafouée, enchaînée, a perdu une partie de son prestige et de son autorité sur eux, ils se soulèvent à leur tour contre l'Etat, brise son sceptre et ne veulent plus entendre parler de son autorité. C'est alors que les maux surgissent et que les plus mauvais jours se lèvent sur les sociétés. L'anarchie établit partout son sanglant esclavage, les trônes croulent, les autorités les plus sacrées périssent, les autels sont renversés, les temples profanés, les institutions sociales détruites, et, pendant que l'hydre révolutionnaire triomphe, les nations inclinent à la ruine et ne présentent plus que le hideux spectacle de la perversion morale et du désordre politique. « Tandis que dans la longue période de sixeents ans, on trouve à peine cinq ou six rois bourreaux de leurs peuples et opprobes de l'humanité, c'est par centaine qu'il
faut compter depuis la naissance du Gésarisme les trônes renversés, les couronnes jetées au vent,les rois, bons ou mauvais, cliassés, dépouillés de tous honneurs et dignités, condamnés à l'exil, périssant sous la hache du bourreau ou par le far des assassins Sans cette renaissance, nous n'aurions eu ni les spoliations sacrilèges du joséphisme, ni l'ébranlement général de la prospérité, ni les saturnales de 93, ni le culte de la Raison; et encore aujourd'hui nous n'aurions ni l'incertitude du droit, ni la négation du devoir ni des dynasties sans lendemain, ni des peuples sans avenir, ni des sociétés ingouvernables, ni ce déluge universel de doctrines monstrueuses qui menacent de transformer notre civilisation en barbarie, et de renverser l'Europe dans l'abîme sans fond du socialisme de Césarisme par Mgr. Gaume.) Si ces maux du Gésarisme provoquent naturellement nos alarmes, à coup sûr, ils n'ont rien d'étonnant. Les principes étant connus, les conséquences apparaissent d'elles-mêmes. Quand un principe est désordonné, il est naturel qu'il ait pour résultat infaillible le renversement de l'ordre. Or voilà bien le premier et dernier mot du Gésarisme dans la société.
« La société est la concorde des êtres intelligents réunis ensemble par l'obéissance au même pouvoir , » et le pouvoir, ainsi que le définit lapôtre des nations, est le ministre de Dieu pour le bien; or, le bien pour la société, c'est d'abord qu'elle prospère et qu'elle vive ici-bas : ensuite qu'elle fasse servir la vie terrestre à la conquête, par le salut, de l'éternelle vie. A ces deux fins de la société, répondent deux pouvoirs ; l'un l'Etat, chargé de procurer à la société la plénitude de la vie terrestre ; l'autre, l'Eglise, institué spéciak- «mut pour procurer à la société le salut éternel. L'ordre, on le comprend, ne peut subsister, qu'en autant que Ces dc.i\ pouvoirs restent dans leurs attributions propres. Ge- P'M'Uint que fait le Gésarisme ? il se dit le seul pouvoir ; il iléi'lare qu'il est le seul maître, la seule autorité ; qu'il est à lui slmiI toute la société, toute l'humanité ; que son domaine s'étend indiiinitivemeiit partout ; que la famille, que
l'Eglise ne sont que des institutions secondaires et soSi mises à sa juridiction ; qu'elles ne sont que ses mandataires et qu'ainsi lui. l'Etat, l'Etat Dieu, dans L'intérêt de sa propre indépendance, doit dominer tout, voir à tout, dans la famille et dans l'Eglise. G est ainsi que le Césarisme, en intervertissant l'Ordre établi par Dieu, appelle le désordre et cesse, par conséquent, d'être le ministre de Di'UpoUr te bien. C'est ainsi que le Césarisme produit dans les sociétés le même désordre qui se produit dans l'homme, lorsque le corps exagérasses droits et ses devoirs, subjuge l'âme et la téduitâ être l'esclave des appétits sensuels ; d'abord, l'intelligence s'obscursil, la mémoire s'éteint, la volonté s'affaiblit, tout l'être moral s'affaisse et. par un contre coup bien naturel, l'être physique, livre à ses penchants et n'ayant plus l'âme pour commander aux instincts dépravés de la chair, dépérit, languit et meurt chaque jour. Cherchez maintenant sur cette physionomie abrutie, sur ce front deshonoré, dans ces yeux éteints, dans ce regard livide, cherchez l'empreinte divine, cherchez la ressemblance avec Dieu, cherchez un signe de vie généreuse, vous trouverez le signe de satan, la ressent felance avec la brute et tous les symptômes d'une mort prématurée. Triste image, mais image fidèle, du navrant spectacle qu'offrent les nations en plein dix-neuvième siècle. Dévorées par la lièvre brûlante du Césarisme, elles ont rompu l'alliance séculaire du trône et de l'autel ; faut-il s'étonner si elles chancellent sur leurs bases et si elles ne conservent de vie, que juste ce qu'il en faut, à la dernière et suprême agonie ?
Cependant, Messieurs, le Césarisme tempère quelquefois le rhythmede sa voix, et, afin dene pas trop effrayer les consciences, il donne à ses principes fondamentaux une formule moins absolue, il appelle à lui le secours de phrases, il s'enveloppe de réticences calculées, il se déguise en prenant un certain air de saaistin, et, n'osant pas se montrer trop ouvertement, craignant se perdre en disant, do suite son nom à certaines âmes, mais, d'un autre côté, ne pouvant en aucune façon se dire catholique, il s'intitule aux
uns : Gallicanisme ; aux autres : Libéralisme. Cette petite hypocrisie lui coûte d'autant moins, qu'il sait mieux que pour tous les esprits quelque peu logiques, le Gallcanisme et le Libéralisme ne sont que la grande glissade qui mène, par une peute rapide, au Césarisme absolu.
En effet, Messieurs, le gallicanisme, et surtout le gallicacanisun' politique, s'il ne dit pas que la. famille et l'Eglise sont dans l'Elut, et à ce titre entierrment dépendants de l'Etat, il ne laisse pas de poser en principe que l'Etat est absolument indépendant du peuple et de l'Eglise et qu'il est son seul maître : principe qui, poussé à ses dernières conséquences logiques, revient à dire que l'Etat est Dieu etqu'insi il a, comme Dieu le pouvoir de gouverner, selon son bon plaisir, l'Eglise et la famille. ■ Voici d'ailleurs, comment Bossuet définissait le gallicanisme, lorsque, dans un moment de grau de l'ai blesse que son immense génie fut malheureusement impuissant à vaincre, il crut devoir justifier celui qui n'avait pas craint de dire : l'Etat, c'est moi : « Quand le prince a jugé, il n'y a point d'autre jugement ; personne n'a droit de juger ni de revoir après lui. 11 faut donc obéir au
Prince comme à la justice même ; contre son autorité
il ne peut y avoir de remède que dans son autorité (Politique tirée des livres saints).
A première vue cette doctrine du pouvoir public semble inoiïensive. et, à ne considérer que la lettre, on ne soupçonnerait pas qu'elle porte dans son sein le plus large Césarisme possible. L'Ecriture a dit : la lettre tue : mais l'esprit vivifie. Je dirai ici, avec une pensée différemment semblable aux Saints Livres, et en parlant du mot de Bossuet : La lettre fascine, ensorcelle ; mais l'esprit lue.
Que dans les choses de son ressort, que dans les lfmiles de son action, de ses dreits et de ses devoirs, Y Etat soit le seul juge, que personne ne puisse voir après lui, que quand il a raison, il n'y ail pas de remède contre son autorité^ c'est raisonnable ; mais il faut ces restrictions ; autrement, on sort du vrai et on tombe dans l'absolutisme et dans l'absurde. Or, c'est ce que ne distingue pas Bossuet. 11 ne
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dit rien ni du ressort, ni de l'action, ni tfps droits, niées devoirs, ni des attributions de l'Etat ; il se contente de décerner un brevet d'irresponsabilité et d'indépendance absolues à l'Etat. En sorte que quaud l'Etat voudra, comme c'est arrivé sous Louis XIV et qu-e case renouvelle depuis chez tous les pouvoirs gallicans, être puis chef dans l'Eglise que le Pape, dominer les évoques, intervenir dans les questions canoniques et dediscipline ecclésiastique, s'opposer aux décisions touchant à la morale et aux dogmes, arrêter les bulles pontificales, leur défendre l'entrée dans les diocèses ; s'ingérer dans les concilcs,émaner des lois pour restreindre la juridiction épiseopale, refaire la théologie ; et, dans un autre oidre, anéa..tir l'autorité domestique, annuler les droits essentiels des pères de famille, s'emparer de le niant et lui faire subir le joug odieux d'une éducation morale d'où Dieu est absent, et d'une instruction pleine de lumières fausses et douteuses ; en sorte, dis-je. quequand l'Etat voudra toutes ces choses, personne n'aura à y voir et qu'il faudra se résigner et se taire, car contre Yaulontc de l'Etalit ne peut y avoir de remède que dans son autorité. Certes, je le dirai sans ciainte, si Bossuet, jouissant d'une vision prophétique» avait pu voir quelle application de sa doctrine, le gallicanisme devait faiie,s'il avait pu pressentir quel large Cèsarisme devait naître de sa femeuse proposition, il en aurait eu peur, et il en aurait détruit la lettre trompeuse à cause de l'esprit subversif qu'elle renfermait. Qui ne sait d'ailleurs, combien ce grand et illustre évêque gémissait sur la servitude de l'Eglise, lorsque l'Etat crut devoir prendre au sérieux la puissance illimitée et l'autorité absolue que lui avait attribuées l'aigle de Meaux? [1 faut voir sa lettre au Cardinal de Koailles, lettre dans laquelle il se plaint si amèrement de Vettange assujettissement des ivtques, des empiétements toujours croissants de l'Etat sur l'Eglise.
Donc. Messieurs, le gallicanisme, en proclamant que l'Etat est irresponsable et indépendant absolument, que quand il juge tout est dit, que contre sou autorité il ne peut y avoir de remède que dans sou autorité, sans dire, eu môme temps,
quel est lé domaine réel d'une telle juridiction, sans exiger, au moius, (pie l'Etat ait raison, ait droit, pose, par cela même, el en principe, Fomiiipoteti'àe et l'absolutisme de l'Ktal; c'est-à-dire que, [Kir une pente d'autant plus rapide, qu'elle esi malheureusement plus conséquente, il tombe dans le Césansme le plus entier.
Si maintenant nous examinons les résultats pratiques du Gallicanisme au sein de sociétés, nous verrous qu'ils sont les mêmes que ceux du Césarisme.
«11 est impossible de dire toute la grandeur du tort qnele pouvoir s'est fait à lui même en si' déclarant gallican. Je ne ferai qu'une seule remarque, c'est que tous les écrits antimouar"hiques, qui ont été publiés en si grand nombre dans le dernier siècle et dans le nôtre, nesont que des commentaires, bien affreux, niais très-logiques, des principes d'un absolutisme païen que la monarchie qui se prétentait chrétienne avait proclamés elle-même.
« Si elle était restée dans les conditionsoù le christianisme l'avait placée ; si elle ne s'était définie qu'un pouvoir venant de Dieu, mais d'un côte subordonné à l'autorité chargée d'interpréter la loi divine, et de l'autre obligé de respecter les lois fondamentales et les droits de la société parfaite, et si elle eût mis sa conduite en harmonie avec ces principes du droit public chrétien, il eût été impossible de l'attaquer et d'ameuter contre elle l'opinion et la conscience publique. Mais ayant déserté par ses doctrines et par ses actes, ce droit public chrétien, le seul qui l'ait pu faire accepter et qui la faisait grande, belle et glorieuse, pour aller s'asseoir sur le hideux principe du droit pubiic païen; s'etanfc présentée à la conscience publique comme une autorité pouvant abuser et abusant en effet de tout impunément, elle a fourni elle-même à ses ennemis les griefs qu'ils ont
formules contre elle On a eu besoin de prendre en main
que le portrait que la royauté avait tracé d'elle même pour la rendre odieuse. « Voulez-vous savoir, a-t-on dit, ce que c'est que la royauté ? Regardez : voyez comment elle s'est peinte elle-même. C'est, d'après sa propre pensée, qu'elle a
révélée nu monde par son langage et pnr ses œuvres, une an ton le an -dessus de toute autorité et de toute censure, qu^ls
que soient ses écarts et ses excès : u cVsl ainsi qu'elle a donné elle-même beau jeu à ses ennemis et qu'on n'a pas eu besoin de la calomnier pour la perdre.
«En théorie, il n'y a pas de raison qui puisse comprendre, il n'y a pas de conscience qui puisse admettre une
puissance temporelle ne relevant que d'elle-même
S'etant donc placée dans desconditions inadmissibles par la raison et par la conscience publique, la royauté s'était rendue impossible ; sa chute était devenue inévitable, et la révolution qui l'a renversée n'a été que son œuvre, sa faute, son crime. La révolution n'a été que la conséquence logique des principes que la royauté elle même avait proclamés ; car rien n'est plus inexorable que la logique des nations : c'est en quelque sorte le reilet de la raison et l'echo des jugements de Dieu : Vox populi, vox Dei. (Pouvoir politique. Ventura.)
Et ce n'est pas seulement la théologie la plus savante qui parle ainsi, tous ceux qui ont voulu dire la vérité ont tenu le même langage Même des rangs des adversaires les plus prononcés de la vente sociale et religieuse, il s'est élevé des voix moins que suspectes pour proclamer avec l'expérience que le Gallicanisme et le Gésarisme ont sapé par la base la royauté et l'autorité publique.
Proudhon, lui-même, Proudhon qui a dit: Dieu c'est le mal. n'a pas craint d'affirmer que dès le moment que « l'Etat a tendu a se rendre indépendant de l'Eglise, le temporel a fait schisme avec le spéntuel. Les rois, les premiers révoluiioimuires, parviennent à souffleter le Pape avec leur gantetel de fer. Ils ne comptaient plus relever que de leur droit et de leur épée. La royauté, s'ïusurgeant contrôle
Pape, cqmmença dès lors àmarcle- à sa perte L'Eglise,
ainsi humilité, le principe d'autorité était frappé dans sa source, le pouvoir n'était plu* qu'une ombre. Chaque citoyen pouvait demander au gouvernement: «Qui es-tu pour que je t'ubéisse 1 »
20 i CONFÉRENCES.
Si le Gallicanisme anéantit l'autorité, où, je le demande, conduit-il îa société ? mais laissons les gallicans résoudre cette question et passons au Libéralisme, non au libéralisme impie, mais au libéralisme catholique.
Ce libéralisme, Messieurs, tant qu'il s'est tenu dans les limites du tolérantisme n'a rien dit, ni rien fait que de très-louable et même de très-caibolique ; s'il s'est égaré, c'est en proclamant comme des théories fondamentales el des principes de droit catholique et social, des données politiques de pur expédient.
Ce libéralisme n'a jamais voulu prétendre, avec le Césarisme et le Gallicanisme que l'Etat est Dieu et qu'il doit dominer ia famille et l'Eglise. On sait quels nobles efforts, Monlalembert, Falloux, Mgr. Dupanloup et tous les chefs autorisés de ce parti, ont fait pour la liberté d'enseignement et la liberté de l'Eglise ; et personne n'ignore quels anathèmes ils ont appelés sur le gallicanisme. Pour ne parler que de Montaient bert n'appelait-il pas son parti, un parti catholique, clérical.ultramontainJésuile,plaçanl les intérêts de la foi au-dessus de tous les partis el de tous les pouvoirs ? Et parlant de la politique de Louis XIV,de la Révolution et «le l'Empire, ne disait il pas : « Sa routine oppressive, ses traditions perverses ne finissent-elles pas toujours par dominer et entraîner les hommes, pour la plupart recomniandaliles et consciencieux, qui la composent, et par les réduire à n'être plus que les instruments ou les complices d'un arbitraire chaque jour plus envahissant ? N'est-elle pas occupée nuit et jour à étendre le réseau inextricable de ses liens à la fois minutieux et étouffants sur tous les ades de la rie sociale, religieuse, politique et même domestique ? N'est ce pas elle qui, personnifiée dans le Conseil d'Etat, déclare que nos prêtres sont des délégués de la puissance pubth/UK se permet déjuger et de condamner la théologie des èt'i'ijinrs; et arrête an passage les bulles et les brefs du souverain i'asteur de l'Eglise pour les soumettre à la vérification d'une assemblée de laïques gallicans, protestants ou rationalistes ?» Parlant des ennemis de la suprématie et de la liberté de
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l'Eglise, ne disait-il pas encore : « On les a vus ne jamais manquer une occasion de trahir l'Eglise, apporter toujours au secours de ses antagonistes le poids dé leui expérience ou de leur autorité, ne monter jamais à la tribune pour la défendre, mais pour la livrer, et pousser la fidélité à leurs vieilles traditions de familles gallicanes ou jansénistes jusqu'à servir d'auxiliaires et d'échos à M. Thiers ou à M. Sue, aliu de satisfaire leur haine surannée contre Rome, et contre les Jésuites ? » Qu'on le dise, est-ce là le langage d'un gallican ? Non. Et si, fatigué, épuisé par la lutte, miné par la maladie, affaibli mentalement par le dépérissement entier de son physique, Montalembert a pu se prononcer contre l'infaillibilité du Pape, il est constaté, d'autre part, qu'il est demeuré convaincu ju qu'à son dernier soupir, que l'Eglise est l'arche du s*ahit et qu'elle doit être libre et indépendante de tout contrôle de l'Etat.
Et pourtant, Messieurs, il faut bien l'avouer, en s'afïirmaut comme principe stable et permanent le parti libéral catholique a, sans le savoir, et bien contre son gré, proclamé la servitude de l'Eglise et l'absolutisme de l'Etat ; c'est ainsi qu'il est tombé, mais en aveugle, dans le Gallicanisme et dans le Césarisme.
En effet, qu'est-ce en définitive que cette proposition fondamentale du Libéralisme : L'Eglise libre dans l'Etat libre ?
Pour la bien saisir il est nécessaire de rappeler ici le programne des libéraux catholiques.
Les libéraux catholiques veulent le triomphe de l'Eglise, triomphe qu'ils ne croient possible que dans les conditions suivantes :
«Comme le monde n'est plus catholique, pour ramener le peuple aux prêtres et aux autels qu il fuit, le seul moyen à prendre, c'est de ne pas le contraindre, et déviter, avec le plus grand soin, jusqu'à la moindre apparence de l'intervention qui lui répugne le plus, celle de l'Etat. Faites-lui voir l'ombre d'un gendarme, et sur-le-champ ce fongueux coursier se cabrera, se jettera en arrière : vous aurez perdu, en un instant, tout l'espace que vous aviez lentement et labo-
rieuse-mont regagné. Laissez le donc revenir, librement et spontanément, à la vérité, et cou tentez- vous de demander, pour elle, le terrain du droit commun, d'une parfaite égaillé, d'une honnête et loyale discussion. Il y aura, entre les diverses religions, réciprocité de tolérance, d'égards et de bon voisinage, tout entière à l'avantage de la vérité. Car enfin, ce qui empêche l'homme de bonne volonté de reconnaître et d'embrasser la vérité, n'est-ce pas précisément la protection d'un pouvoir intéressé, qui la dénature, l'enlaidit et la rend odieuse, en la faisant servir à ses desseins égoistes ?
«Au contraire, que l'Etat laisse chacun professer le culte de son choix, et qu'il se contente d'assurer le bon ordre et une certaine décence publique. Quelque soit sou bon vouloir, c'est là pour lui le meilleur service à rendre à la vérité. Son appui ne ferait que la discréditer. S'il proclamait la divinité de Jésus-Christ, ce serait assez pour que chacun se fit un point d'honneur de la contester ; s'il envoyait ses fonctionnaires à la messe, personne n'y mettrait plus les pieds. Le plus sage est donc de déclarer bien haut que les questions religieuses ne le regardent pas. Vrai ou faux, le catholicisme a droit de sa part à la même piotection que le protestantisme et le judaïsme, et chacun reste libre de choisir la doctrine qu'il voudra, ou de iï\m\ choisir aucune.»
Cette thèse Messieurs, est acceptée par des hommes sincèrement dévoués à l'Eglise, par des èvèques, des prêtres et des laïques généreux, qui ont vieilli au service de la patrie et de l'Eglise, et, à ce titre, elle défie l'insulte ; mais elle est fausse par plus d'un côté, elle porte en elle même de grands malheurs, et nous devons la combattre.
. Comme on a pu le voir, trois propositions reposent au fond du libéralisme catholique : 1 L'Eglise séparée de VElal ; 2. fEtat séparé de ÏEf/lisc ; 3 la liberté de çon.c'.hice érigée en principe. Cependant ces trois propositions ne sont pas tellement distinctes qu'il soit impossible de les foudre en une seule ; car toutes aboutissent au même résultat, la sépara-
non des deux pouvoirs, ou, ce qui revient au mAme, la liberté de conscience. Examiuons4es cepeudant séparément
L'Eglise séparée de l'Etat, Les enfants de l'Eglise sont aussi les enfants de l'Etat. L'Eglise ne leur impose pas seulement des devoirs religieux et moraux, elle leur impose encore des devoirs sociaux et civils. Pour séparer l'Eglise de l'Etat, il faudrait lui enlever une partie de sa juridiction sur les âmes, puisqu'il lui faudrait renoncer à la morale sociale. El puis, bien que l'Eglise descende du ciel et qu'elle ait sa sanction dans l'éternité, n'est-ce pas ici-bas qu'elle agit sur l'homme et opère son salut éternel ? Enfin, l'Eglise est à la fois un corps et une âme, et, a, par conséquent, deux vies, la vie spirituelle et la vie temporelle. Qu'elle soit séparée de l'Etat, et ou puissera-t-elle le germe de sa vie temporelle ? Comment fera-t-elle pour exister temporellement? Qui lui donnera une existence légale pour mettre en force celles de ses lois qui appellent, qui sollicitent, non ['approbation, mais l'appui du bras séculier ?
VElat séparé de l'Eglise. Mais qui donc donnera à l'Etat les lettres de créance sans lesquelles il ne pourra jamais asseoir ^on autorité, ni la faire accepter du peuple ? Est-ce que l'obéissance n'est pas un devoir moral ? Et que devient un devoir lorsque nulle autorité l'impose à la conscience ?
Est-ce que le lien de l'obligation civile n'est pas la morale ? est-ce que toute sa sanction n'est pas dans le domaine religieux ? C'est, le mot de Proudlion qui jette ici une lumière lugubre. Quand il aura y schisme entre l'Etat et l'Eglise. & pouvoir ne sera plus qu'une ombre, chaque e'toyen pourra dire au gouvernement: Qui est-tu pour que je t' 'obéisse. Et ce qui est certain, c'estque te peuple aura raison dans ses défiances. L'Etat séparé de V Eglise, c'est l'Etat émancipé de toute autorité, c'est l'Etat pouvant se livrer impunément à tous les empiétements et à tons les arbitraires; c'est l'Etat athée, c'est l'Etat Dieu, c'est une contraediction, un insens, c'est le Cesarisme !
La liberté de conscimer. Celte Uberléjc lébéralisme catholique l'invoque en vue de la paix générale. Eh bien ! cette liberté n'est que la guerre en permanence au sein des speiétés.
« Pourtant, s'écrie ton, cette liberté existe, et grâce aux progrès de la civilisation, nous jouisi-o is d'un régime in finiment plus doux et plus libéral que celui dont l'Eglise
avait le privilège Non-seulement les divers cultes sont
égaux devant la loi ; mais dans la vie pr.vée, vous trouvez réunis, dans la plus cordiale intimité, ces catholiques, ces protestants et ces juifs, dont les pères se poursuivaient jadis d'une haine si farouche. Bientôt leurs enfants se marieront entre eux, sans distinction. Et, du reste, à quoi bon ?' Tous ne sont-ils pas également de bons maris, de bons pères, d'honnêtes négociants, des citoyens dévoués à leurs pays ? Les discussions religieuses ne sont-elles pas étrangères à ces principes de morale générale admis par tout le monde ? Pourquoi donc toutes les opinions ne se produiraient-elles pas librement au grand jour, et, à l'exemple des avocats, qui s'embrassent au sortir de l'audience, pour quoi catholiques et libres penseurs ne vivraient-ils pas en frères ? »
De fait, il semble, Messieurs, que le règne de la paix soit arrivé ; seulement c'est par l'indifférence et non par la tolérance qu'elle parait s'établir. Le fanatisme protestant s'est tempéré ; le commerce a rendu le Judaïsme presque traitable! et la foi s'est tellement affaiblie dans les cœurs chrétiens qu'on peut assez facilement insulter au Christ et à sou Eglise, maltraiter lé Pape, l'enchaîner, se rire de ses décrets, se moquer de son autorité, etc., sans soulever l'indignation d'un trop grand nombre de catholiques. Les esprits semblent donc disposer pour la paix, seulement c'est la paix des lâches, une paix honteuse, espèce de sommeil léthargiqne dans lequel on passe de vie à trépas sans se cousses violentes et presque sans le savoir.
Malheureusement, l'Eglise est là qui veille, l'Eglise, qui peut bien vouloir la tolérance, mais qui se saurait jamais dormir du sommeil de l'indifférence, l'Eglise est là qui ne
peut renoncer au prosélytisme qui est sa vie. Vous demandez que l'Eglise se cantonne dans ta sai-riste-, qu'elle assiste à ta défection générale des hommes et des choses, au bouleversement entier de l'ordre, an dépérissement des mœurs, à L'abaissement des caractères^ la ruine de tous les bous principes, au triomphe des utopies subversives, à la perd éternelle des âmes, à tons les malheurs. à toutes les turpitudes, sans mot dire, sans une protestation», sans un étroit généreux pour comprimer le torrent dévastateur et arrêter, s'il se peut, l'humanité au penchant de l'abîme Eh bien ! vous ne connaissez pas l'Eglise. Il y a en elle, comme le disait dernièrement un vrai catholique, il y a en elle, malgré des affaiblissements passagers, un principe d'amour, qui tant qu'il lui restera un soufïïede vie,la précipitera à la poursuite des âmes dont elle a so:f, et lui fera combattre tontes les erreurs, les injustice, les tyrannies, qui pèsent sur l'humanité, et,comme il y a aussi chez ses ennemis un principe de haine qui les pousse à l'attaquer dans ses derniers retranchements, la paix que vous rêvez est illusoire, et la liberté de conscience que vous invoquez n'est pas possible.
Un certain libéralisme catholique va plus loin. Non seulement il demande la liberté de conscience ; mais il désire que même entre catholiques, on ne soulève pas des questions brûlantes, des polémiques passionnées ; il prêche la prudence. Il n'aime pas voir les catholiques examiner de trop près la conduite des affaires politiques ; il trouve que c'est soulever des colères danger/ uses que d'a^sayer à chasser le gallicanisme de la loi et de la politique ; qu'il faut attendre pour cela le moment apportun et le consentement des chefs politiques. C'est comme si quelqu'un voyant le feu pris à sa maison se disait : attendons, n'éveillons pas V attention publique; ne jetons pas l'alarme chez nos voisins : nos pauvres voisines emballeraient leur linge et se donneraient un trouble incroyable pour sauver leur ménage ; laissons faire, la pluie ne peut manquer de venii\elle éteindra tout sans bruit et naturellement ; puis, après la pluie,viendra le beau temps. Elle est venue la pluie, chevaleresques aventuriers, on l'atten-
dait depuis lo jour où l'incendie s'est, déclaré, c'est à-dire depuis Louis XIV. Seulement, elle s'est trouvée de feu : cherchez maintenant vos trônes, vos institutions, vos sociétés, vos nations ; cherchez vos espérances, vos forces, votre avenir, vos sécurités sociales ; cherchez le respect des lois, des droits, des pouvoirs, de l'autorité vous trouverez de la cendre et des ruines fumantes 1
Et qu'on ne vienne pas dire que des laïques généreux, que des prêtres éclairés, qne des évoques, aussi pieux que savants, ont approuvé ce mutisme imprudent et condamné les polémiques catholiques dont il est ici question. Nous dirions tout simplement que ces évoques, ces prêtres, ces laïques sont libéraux ; nous dirions encore qu'il y a des laïques des prêtres, des évêques.non moins pieux et non moins éclairés, qui ont donné l'exemple de ces polémiques ; nous dirions enfin que le Pape, le seul évoque infaillible, les a recommandées et prescrites comme un devoir. S'adressant, en 1865 à la phalange des catholiques, laïques ou non, qui dans la presse ou ailleurs, défendent la vérité, Pie IX disait : « Il est d'usage, le jour de Noël, que nous bénissions une épée, destinée au prince qui s'en servira le mieux pour la cause de la justice. Cette année au milieu de tant de grandes nations armées,de tant de glaives lirés.je regarde, je regarde, et je vois que cette épée de la justice, c'est pour moi que je dois la conserver. C'est moi qui la dois ceindre, et c'est à vos mains que fen confie la défense. Soyez donc fiers, marchez la tête levée devant Dieu ; soyez pleins de confiance parmi les hommes parce que c'est vous, et vous seuls, qui êtes armés pour la justice, pour la vérité, pour la dignité et la liberté de l'Eglise.»
Plus que cela, le Pape, tant qu'il a été libre, a eu un journal, qui a traité toutes les questions les plus brûlantes. Plus ou moins que cela encore, il a béni, approuvé, aimé, chéri, affectionné une certaine presse qui, envers et contre certains catholiques, envers et contre certains prêtres, envers et contre certains évêques, n'a jamais cessé de proclamer les vérités, soit disant compromettantes du catholicisme.
Tl parai' qu'il ne faut pas être plus catlio'iquequo le Pape, ni plus jiiuihnt et o'est rationnel. D'un autre côté il n'est pas permis de l'ôtre moins. C'est pourquoi, dans mnn âme et conscience, je ne puis qu'approuver des polémiques qu'il approuve, tenter une lutte qu'il recommande et condamner les prétentions des laïques, des prêtres et des évèi[iies qu'il condamne.
Mais assez de ct^s réflexions, et il demeure suffisamment prouve que, dans le vrai, comme dans le fond, le libéralis me catholique, bien qu'à l'insu de ses partisans, n'est que la résurrection du gallicanisme et du césarisme.
Reste à dire comment le césarisme, le gallicanisme et le libéralisme catbolique sont condamnés par le Pape infaillible. La lâche n'est pas difficile : il n'y a qu'à ouvrir le Syllabus.
Le césarisme et le gallicanisme. XXXIX. L'Etat, comme étant l'origine et la source de tous les droits, jouit d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite, (Alloc. maxima qaiilnn, du 9 juin 1862).
XLII. En cas de conflit légal entre les deux pouvoirs, le droit civil piévaut (Lettre Apost. Al apostolicx, du 22 août I.Sol ).
XLIV L'autorité civile peut s'immiscer dans les choses qui regardent la religion, les mœurs et la direction des âmes. Aussi elle peut juger les instructions que les pasteurs de l'Eglise publient, d'après leur charge, pour la règle des consciences ; elle peut même décider sur l'administration des sacrements et sur les dispositions nécessaires pour les recevoir (Alloc. in consistoriuli, 1 novembre 1850). XLVÏII. Des catholiques peuvent approuver un système d'éducation placé en dehors de la foi catholique et de l'antmité de l'Eglise, et qui n'ait pour but, ou du moins pour but principal, que la connaissance des choses purement naturelles et de la vie sociale sur cette terre, (Lettre à l'Archevêque de Fribourg : Quam non sine, du 14 juillet 18G-i).
L. L'autorité laïque a par elle-même le droit de présenter les Evoques, et peut exiger d'eux qu'ils prennent en main
l'administration dp leurs diocèses avant qu'ils aient roçn du Baint-Siége l'institution caiionique et les lettres apostoliques {Alloc. Numq/uam fore, du 15 décembre, 1856).
LIV. Les rois et les princes, non seulement sont exempts de la juridiction de l'Eglise, mais même ils sont supérieurs à l'Eglise quand il s'agit de trancher des questions de juridiction ( Lettre Apost. Multipliées inlcr, du 10 juin 1851).
Le Libéralisme catholique. LV. L'Eglise doit être séparée de l'Etat, et l'Etat séparé de l'Eglise (Alloc. Accrbissiinum, du 27 Septembre 1852).
LXXV1I. A notre époque, il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'Etat, à l'exclusion de tous les autres cultes (Alloc. Nemo vesirum, du 26 juin 1852.
LXXIX. En effet, il est faux que la liberté civile de tous les cultes, et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes les pensées et toutes les opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l'esprit, et propagent le fléau de l'indiilérentisme (Alioc. Nuniquim fore, du 15 décembre 1856).
XXII. L'obligation qui concerne les maîtres et les écrivains catholiques se borne aux choses qui ont été définies par le jugement infaillible de l'Eglise comme étant des dogmes de foi qui doivent être crus par tous (Lettre à l'Archevêque de Frisingue : Tuas Itbenter, du 21 décembre 1863).
Comme on le voit, je ne fais que citer quelques-unes des erreurs condamnées par le Syltabus : erreurs propres au césarisme, au gallicanisme et au libéralisme. C'est tout le Syllabus qu'il faudrait citer,depuis la dix-neuvième jusqu'à la soixante-dixième erreur. Ce qui précède suffit. D'ailleurs,il est temps de laisser la politique qui tue pour la politique qui vivifie.
La Thcorratir, messieurs, c'est, rivant tout, la politique rie l'ordre ; c'est-à-dire la politique l'ondée sur les éternels
principes du droit, do la police |t du bien ; eu d'au hSfl termes, c'est la politique qui vient de Dieu qui vit de Dieu et qui mène à Dieu.
C'est la politique d'un autre temps, dira-t-on. La Théocratie ! mais c'est du moyeu-àge ! Ne prononcez pas ce mot qu'on ne trouve plus nulle part : il résonne ànos oreilles comme un toscin d'alarme !
Soit : la Théocratie est d'un autre temps, et vous avez mémo raison de la faire remonter au moyen-âge ; mais ce temps ei cet âge, où tout était pourtant à créer, l'ut un âge et un temps de vie. A cette époque reculée les nations, pour la plupart, n'avaient pas de passé et elles n'étaient riche que de L'avenir ; aujourd'hui les nations ont un pas>é, mair> elles n'ont pas d'avenir. Autrefois, les Pouvoirs étaient chreLieus ; aujourd 'hui, ils sont athées ; autrefois les nations étaient aU'ennies sur leurs bases ; aujourd'hui, toutes chancellent et périssent ; autrefois Dieu était pour quelque chose dans l'Etat ; aujourd'hui on n'en veut plus, et voilà pourquoi la Théocratie est une chose vieillie, et voilà pourquoi comme un toscin d'alarme, elle résonne aux oreilles des nations engourdies et agonisantes d'un siècle qui est un siècle de lumière, parce que les incendies dont il est le témoin projettent partout de sinistres lueurs. Et puis, après tout, un toscin d'alarme n'est pas chose à rejeter: ça a quelquefois des tons particuliers qui reveillent et qui sauvent eu réveillant.
Quoiqu'il en soit, la Théocratie c'est une politique de vie, une politique d'ordre, et si nous voulons vivre, nous devons revenir à elle, comme à une source vivifiante et régénératrice.
Je disque la Théocratie est une politique de vie, une politique d'ordre, et je tente de le prouver en démontrant qu'elle repose sur Les principes constitutifs de la société. Saint Thomas, commente par un grand théologien, va nous être ici d'un bon secours.
« La bonté de Dieu, dit l'Ange de l'école, est expnnsive ou diffusive d'elle-même ; c'est pourquoi il a voulu que tontes ses créatures, sous des rapports différents et à différents dégrés, lui ressemblassent non-seulement dans leur manière d'être, mais aussi dans leur manière d'opérer : Divina bonila sui diffusiva est; et ideo voluit ut omnin ci similia essent, non solum in esse, sed etiam in agere [Quœst disputu
« Or Dieu est Y Etre par soi, ou l'Etre existant en lui-mèm«* et par lui-même ; afin donc que les créatures lui ressemblassent dans leur manière d'être, il les a faites substance véritables, car la substance n'est que ce qui subsiste par soi et en soi-même : Subslantia quod per se subsista (idem). Mais, sans l'avoir tiré de sa nature, Dieu n'a pas moins créé et fait tout ce qui existe hors de lui, et toutes les créatures n'en sont pas moins son œuvre. Afin donc que ses créatures lui ressemblassent aussi dans leur manière d'opérer, il les a faites causes véritables de leurs propres effets et véritables artisans des œuvres qui leur sont propres. Aussi, Dieu, ou la substance infinie et incréée, et les créatures ou les substances finies et créées par lui ; Dieu opérant comme causes premières, et les créatures opérant comme causes secondes, en vertu du grand privilège qu'il leur a accordé dans sa bonté d'être causes ; et enfin des effets réellement produits par ces causes secondes, causes par lui, mais semblables à lui: voilà l'ensemble des êtres existants ; voilà leurs rapports essentiels, et voilà leur variété dans l'unité, et leur unité dans la variété, qui constitue l'ordre, la bonté et les harmonies de l'univers. Voluit ut omnia essent, non solum in esse, sed etiam in agere.))
Ainsi, selon la pensée de Saint Thomas et de son commentateur, les créatures ressemblent à Dieu, non seulement dans leur manière d'être, mais encore dans leur manière d'opérer. Elles lui ressemblent dans leur manière d'être, car de même que Dieu trouve en lui éternellement tout ce qu'il faut pour être éternellement, les créatures trouvent en elles temporellement,Die[i le voulant ainsi, tout ce qu'il ieur
faut pour être temporeUement ici-bas. Elles lui rassemblent dans leur manière d'opérer, car de même que Dieu est le père, l'auteur, la cause de tout ce qui est, les créatures. Dieu le voulant ainsi, sont les causes de tous leurs effets. Un exemple rendra la chose encore plus évidente, [/homme est fait à L'image de Dieu, non-seulement parce qu'il a dans son être, ainsi que Dieu, tous les éléments nécessaires à son existence finie, mais encore parce que, dans sa manière d'opérer et, bien entendu, dans les limites finies de son action, il est, ainsi que Dieu, père, auteur et cause : 11 porte au dedans de lui-même, le germe fécond, le germe créateur de la famille et de l'humanité toute entière. Mais écoutons de nouveau.
« Or, la société n'est que l'univers en petit, ou la pensée divine, qui a produit l'univers, reproduite sous différentes formes dans les diverses réunions des êtres intelligents. Dans toute société conforme à cette pensée divine, c'est-à-dire dans toute société naturelle et parfaite, il doit se trouver une personne indépendante, y tenant la place de Dieu ou de la substance incréée,et de la cause première ; ensuite des personnes subordonnées y jouant le rôle des substances créées et des causes secondes ; mais celles-ci do. vent partager la personnalité de la personne suprême et être personnes, elles aussi : et ces causes doivent partager son pouvoir ou agir par des facultés qui leur soier.t propres, et en leur propre nom, afin de lui ressembler comme toutes les créatures ressemblent à Dieu dans leur manière d'être et dans leur manière d'opérer : Ut similia ei sint non solum in esse, sed cita m in agere.n
Rien de plus raisonnable. Messieurs, que cette doctrine. De même que dans l'univers, il y a une cause première: Dieu ; des causes secondes, dépendantes de la cause première, mais jouissant, à l'exemple de la cause première, du privilège d'être causes, enfin des effets réellement produits par les causes secondes, et possédant dans leur rôle d'effets, dans de certaines limites, la faculté d'être et d'agir, de même dans toute société naturelle et parfaite, doivent se trou-
216 CONFIER ENCES
ver une personne indépendante, ou le Pouvoir; des personnes subordonnées, ou le Ministère, et des personnes sur lesquelles ee ministère exerce une action immédiate, ou les Sujets ; afin que la société aussi soit trine et une comme Dieu es! un et trine ; et qu'elle lui ressemble par ce mode de similitude : Per modum similitudinis, comme s'exprime Saint Thomas.
« Dans la société domestique, le pouvoir suprême, c'est le père ; le pouvoir subordonné ou le ministère, c'estla mère; 1rs sujets, sont les enfants.
» Dans la société politique, c'est le souverain, ou le représentant, (]iiiest le pouvoir suprême ; les princes du peuples {principes populistes chefs des tribus, des provinces, des communes et des familles, sont le ministère, et tout ce qui est soumis à leur autorité et qui n'a pas d'autorité sur les autres, est le sujet.
« Dans la société religieuse, ou l'Eglise, c'est dans le Souverain Pontife que réside le suprême Pouvoir, le ministère dans les Evoques et dans les Pasteurs de Tordre inférieur, et le sujet c'est la réunion des simples fidèles.
«Dans l'économie sublime de la sagesse et de la bonté créatrice, en sa qualité de substance incréée et de cause première, Dieu, je le répète, n'absorbe pas en lui-même toutes les substances créées et toutes les causes secondes ; mais il borne son action providentielle sur elles à leur conserver leur substanlialité, pour qu'elles existent en elles-mêmes, et leurs cuusulUc\-dfin qu'elles puissent agir elles mèmes,et produire elles-mêmes leurs propres effets.
« De la même manière dans l'ordre social, le Pouvoir suprême, qui y tient la place de Dieu dans l'univers, quels que soient sa forme et son nom, ne doit pas d'après les desseins de ce même Dieu, absorber en lui même toutes les personnes et toutes les Pouvoirs subordonnés ; mais il doit borner son action gouvernementale à leur conserver leur persounahté,afin qu'elles soient toujours elles-mêmes,et leur liberté, afin qu'elles puissent opérer par elles-mêmes. En d'autres termes, le pouvoir suprême n'a pas le droit d'en-
CONRéRBNOBS. 217
glnntir on lui même, d'effacer, d'anéantir ; mnis il a le devoir de surveiller, de diriger H de conserver les Personnes et 1rs Pou vous qui lui sou i pubordonnés,de B'aider d'eux pour gouverner les masses, el de les rendre, autant que possible, libres el heureuses. C'esl la vraie constitution de la société d'après la pensée chrétienne, d'après la pensée divine, et ce n'est que dans cette constitution que le commandement et
l'obéissance, l'ordre el. la liberté, au lieu de se trouver eu
étal d'opposition et de guerre permanente, >•! de s'exclure mutuellement, s'y harmonisent avec l'accord d'une parfaite amitié : Et conjurant nmio-.n
On commence à entrevoir quelque chose de la Thi'ocvatii
puisque nous avons une idée de la constitution des soeiélés et des Pouvoirs qui les régissent. Uu simple coup-d'œil sur l'organisation de l'humanité toute entière, va nous découvrir tout l'horizon tkéocratiçw.
Ainsi que Dieu, l'humanité, comme humanité, est trine et vue. Sa teinite est formée de trois personnes suivantes : l'Eglise, l'Etat et la Famille, et son unité naît de l'harmonie qui doit exister entre ces trois personnes.
Dans cette tri dite admirable la personne indépendante, ou Cause première, est l'Eglise ; les personnes subordonnées, ou causes secondes sont l'Etat el la Famille, par leurs chefs; pour les personnes effets, ce sont tous les sujets.
Je dis, Messieurs,que la personne indépendante de l'humanité trine et une, est l'Eglise. En effet, de toutes les personnes de cette trinilé. l'Eglise et la plus noble, la plus universelle et la seule immuable. La plus noble : c'est l'homme dans sa partie la plus noble, c'est-à-dire, dans sa volonté, dans son intelligence, dans son cœur et dans son âmeqn'elle a pour mission d'élever, de développer, de former et de sau. ver. La plus universelle : Tandis que l'Etat n'embrasse que des individus circonscrits dans un certain espace, l'Eglise, elle, embrasse l'humanité toute entière. La plus immuable: L'Etat change selon la diversité des lieux, des mœurs, des besoins, et des temps ; l'Eglise, au contraire, est partout et toujours la même et ne change pas. Puis l'humanité n'est
pas instituée uniquement, comme plusieurs semblent le croire, pour fonder des empires, former des nations, élever des monuments glorieux et marchera la conquête du progrès ; l'humanité est instituée pour se sauver : elle ne doit user de la vie matérielle que pour la vie spirituelle et éternelle. De la vient, dans l'humanité, la prééminence de l'Eglise sur l'Etat et sur la Famille ; de là son droit aurôle de penamïe indépendante et de cause première.
Comme personne indépendante et cause première, l'Eglise, étant supérieure à la Famille et à l'Etat, a, par le fait même, droit à leur respect et à leur soumission, précisément comme Dieu a droit à la soumission et au respect de toutes créatures.
Toutefois, qu'on ne s'alarme pas, car de même que Dieu n'absorbe pas en lui-même toutes les substances créées et toutes les causes secondes et qu'il se borne à teur conserver l'existence et l'action ; de môme aussi l'Eglise, qui tient la place de Dieu dans l'humanité, ne doit pas absorber en elle l'Etat et la Famille. Sentinelle avancée elle doit leur montrer la voie qui conduit à Dieu et leur laisser une action entièrement libre dans tout ce qui est purement, et simplement^ l'ordre domestique et Tordre politique.
Ainsi, 1 Eglise n'est pas, ne peut pas être, «le Pouvoir spirituel jouissant d'une suprématie sans bornes sur tous les pouvoirs temporels, empiétant sur leurs personnes et sur leurs droits politiques, et disposant en maître absolu de toutes les couronnes et de tous les royaumes. » Elle est simple ment le Pouvoir spirituel jouissant d'une suprématie absolue dans tout ce qui est du ressort des choses divines. Son domaine est proprement le domaine des âmes, comme le domaine de l'Etat est celui des corps,et des corps seuls ; d'où il suit que si l'Eglise n'a aucun droitsnrla conduite deschoses purement politiques,de son côté, l'Etat ne peut,en aucune façon, prétendre à l'administration des choses divines, et que, lorsqu'il se trouve en face de l'application d'un principe divin dans l'écouonie sociale et politique, il doit se soumettre absolument à l'Eglise.
CONTLlllîNCES. -10
Vous avei là. messieurs, toute la Théocratie, et qu*nt à l'organisation des Pouvoirs el quant aux rapports qui duivenl exister entre l'Eglise et l'Etat
Dans tout Pouvoir, dans l'Etat par exemple, il y a une personne indépendante^ ou le roi, ou qui que ce soit qui joue ce rôle ; puis des personnes subordonnées, ou le uuuistère, personnes ayant ellea-ausst une existence et une action ; enfui dos sujets ; cl le Pouvoir suprême, ou de la personne indépendante, doit borner son action gouverne' mentale à conserver aux pouvoirs subordonnés, ainsi (peaux sujets, leur personnalité et leur liberté; c'est-à-dire que le roi ne doit pas être à lui seul tout l'Etat, que le ministère et les sujets doivent toujours conserver la liberté dan» les li. mites de leur action et de leurs attributions respectives.
Pour ce qui regarde les rapports de l'Eglise et de l'Etat, l'Eglise à la priorité, la suprématie. et l'Etat est subordonné, mais libre aussi, comme tous les pouvoirs subordonnés, dans les limites de son action et de ses attributions propres. En d'antres termes, l'Eglise est libre y indépendante, souveraine et absolue dans les choses divines ; car tel est sou domaine ; puis l'Etat est libre et indépendant dans les choses purement temporelles ; car tel est aussi son domaine ; mais comme il y a des milieux ou les choses temporelles se 'attachent aux choses divines, l'Etat dans ce dernier ordre de choses, doit se soumettre entièrement à l'Eglise,la seconder et l'appuyer, mais ne la gêner, ne la froisser, ne la blesser en rien.
Saint Thomas nous a servi pour la première thèse, celle de l'organisation des Pouvoirs ; laissons-le confirmer maintenant nutre thèse sur les rapports de l'Eglise de l'Etat.
«Si l'homme, dit YAnrjc de l'Ecole, pouvait par ses forces naturelles parvenir à sa dernière lin, ce serait au roi à l'y conduire. Car dans l'ordre humain, le roi é'.aut le supérieur le plus élevé, à lui seul appartiendrait de diriger à la fin suprême tout ce qui est au-dessous de lui. C'est ainsi qu'en tout et partout nous voyons celui qui préside à la tin ou à l'usage d'une chose diriger ceux qui préparent les
m oyons nécessaires pour arriver à cette fin. L'hommo de nier dirige le constructeur de navire ; l'architecte dirige le maçon ; le chef des armes dirige l'armurier.
« Mais l'homme ne pouvant, par des vertus purement humaines, parvenir à sa fin, qui est la possession de Dieu, il en résulte que ce n'est pas une direction humaine, mais une direction divine qui doit l'y conduire. Le roi à qui cette direction suprême appartient est celui quiVestpas seulement homme, mais Dieu en même lemps, Noire-Seigneur Jésuis-Christ, qui, faisant les hommes eiuauts de Dieu, les conduit au céleste royaume.
«Afin que les choses temporelles et les choses spirituelles ne fussent pas confondues,cette direction a été confiée non aux rois, mais aux prêtres, et surtout au souverain prêtre, le successeur de Saint Pierre, le vicaire de Jésus-Christ, le pontife romain,à qui tous les rois du peuple chrétien doivent être soumis, comme au Fils même de Dieu. Tel est l'ordre que Dieu a établi afin que le moins se rapporte au plus, que l'inférieur soit subordonne au supérieur, et qu'ainsi tous arrivent à leur fin. »
Et encore, « chaque royaume n'est qu'un navire dont le roi est le pilote et tous les royaumes chrétiens réunis comme une imposante escadre, dont chaque bâtiment doit, pour arriver au port se rattacher au vaisseau amiral, qui est le royaume visible de Jésus-Christ ou rEglise,dont le souverain pontife est le pilote. Si maître qu'il soit sur son navire, chaque pilote n'est pas indépendant. Afin de rester dans l'ordre, il doit toujours manœuvrer d'après les signes de l'amiral de manière à diriger son bâtiment vers le terme final de la navigation. A ce titre chaque roi est obligé de pourvoir au salut éternel de son peuple, soit en ordonnant ce qui peut le procurer, soit en défendant ce qui peut l'empêcher. C'est le Pape qui lui fait connaître l'un et l'autre : de même que c'est l'amiral qui donne des ordres aux capitaines et qui dirige l'escadre. »
Je pourrais, Messieurs, ajouter à ce témoignage du plus grand théologien, le sentiment de tous les Pères, les déci-
sionsile? conciles et les enseignements infaillibles dès Papes.
Il y faudrait des in-quarto D'ailleurs, à quoi bon ? N'ai je pas siiilisaminiMii établi que s> le Césaritme etl la poli tiqua qui tue, la Théocratie est La politique qui vivifie ? Je leerois. l-.t je croîs eueore avoir atteint le principal but db cette con« férenca, celui de prouver que la politique est une force secoùrable pour arriver au vrai» Eu effet, comme la politique moderne est imbue de principes faux et subversifs ; connue dans l'a è le de l'Etat, mille conflits existent entre l'erreur et la vente ; comme partout dans la sphère de la société se livre un comhaL terrible entre Déliai et Jesus-Chrit, n'est-il pas nécessaire, si nous voulons savoir de quel côte est l'étendard le la vérité, d'étudier les vrais et bons principes suc lesquels repose l'ordre social t Comment donc éviterionsnous l'erreur et emhrasserions-nous la vérité, si nous ne cherchions pas à démêler ia vérité de l'erreur et à poursuivre celle-ci jusque dans les plus secrets replis de la science politique et sociale ?
Ainsi c'est prouvé, la politique approfondie, étudiée sérieusement doit être comptée parmi les forces vives qui peuvent allumer en nous le divin, le céleste flambeau de la vérité. Et nous devons nous hâter avant de passer à d'autres considérations, d'indiquer quelques-unes des sources vivifiantes où nous devrons aller puiser cette science.
Je vous ai déjà dit, dans ma troizième conférence, que la Théologie est une science, indispensable, pour tous ceux, qui, de près ou de loin, s'occupe de politique et que la confusion qui règne, aujourd'hui, au sein des Etats, n'a point d'autre cause que le peu de connaissances théologiques chez ies gouvernants, les législateurs et les légistes. Ma conviction est encore la même ; voilà pourquoi je crois nécessaire de poser la Théologie comme la base essentielle et première de la Politique ; et afin de donner plus de force à ce conseil, je Pappuirai d'un témoignage considérable, celui de M. Laurentie.
« Quiconque, dit ce profond génie, sait un peu de philosophie et d'histoire a appris qu'il n'est pas de question politique qui ne soit dominé par une question religieuse ?
« Ainsi la question politique de l'Europe contemporaine est une question d'unité générale ; si les Etals ne forment pas entre eux comme un seul Etat, ils périront tour à tour par la force dominante de la révolution moderne, laquelle, en môme temps qu'elle est dissolvante par son principe, se développe sous une loi de solidarité universelle, et par conséquent centuple sa puissance contre des pouvoirs qui n'auraient rieu de commun, pas môme l'instinct de la défense.
« L'unité politique est donc l'intérêt capital de l'Europe, car c'est la condition de sa vie. Or, l'unité politique se subordonne de toute nécessité à l'unité religieuse ; là où les Etats se séparent par la croyance, il est infaillible qu'ils se séparent aussi par l'intérêt ; et la révolution elle-même, qui vit d'athéisme,sent bien que,si l'Europe était catholique,elle aurait par là môme une force invincible de résistance contre les partis ravageurs qui la menacent de destructions toujours nouvelles.
( C'est pour cela que toute œuvre théologique qui tend à l'unité religieuse de l'Europe est une œuvre profondément politique, et à part l'intérêt que nous prenons à des questions d'Eglise, nous avons, môme au point de vue le plus terrestre, une puissante raison de suivre les controverses qui ont pour objet de faire tomber des malentendus entre les nations chrétiennes, les plus dignes de vivre dans la môme foi et d'embrasser l^s mêmes autels. »
Si l'on cherche maintenant dans quels termes les codes civ.ls et politiques des nations se trouvent avec la céleste Epouse du Christ, on verra le nouveaux et nombreux motifs d'apprécier la politique aux clartés de la Théologie Depuis les jours de Luther et de Louis XIV, les légiste s et les législateurs ont volontairement ou involontairement nié connu, dans leurs codes,plusieurs des principes du droit divin et froissé, blessé les droits imprescriptibles de l'Eglise. Pour ne parler que des gouvernements et des législations catholiques, combien en compte-t-on qui sont restés fidèles à l'Eglise. Est-ce la France gallicane ? Est-ce l'Italie révolutionnaire ? Est-ce l'Autriche qui a déchiré son Concordat ?
Bsr-rc; la Belgique, nagnère encore si libérale ? Est-ce l'Espagne livrée aujourd'hui à tant de principes pervers? Estqni ? Est-ce «|uoi ? Cherchez partout et partout vous trouverez îles gouvernements sans foi et des législations sans Dieu. Ici, les gouvernements déclarent qu'ils sont supérieurs anv Papes ; là que les prêtres sont des officiers civils et. à ce Litre entièrement dépendants de l'Etat ; ailleurs que l'Eglise n'a cas le droit d'acquérir et de posséder ; des législations enseignent que l'immunité de L'Eglise tjt des personnes ecclésiastiques a tire son origine du droit civil et que la puissance ecclésiastique ne peut exercer son autorité sans la permission de l'Etat; d'autres refusent à l'Eglise le droit de s'affirmer comme la seule vraie, et érigent en principe la liberté des cultes ; celles-ci disent que le mariage est un simple contrat, décrètent le mariage civil et permettent le divorce ; celles-là abrogent les lois protectrices des communautés religieuses et se permettent même de les supprimer et de les piller au profit de l'administration; toutes, eu un mot, ne tiennent pas plus compte du droit divin et des principes catholiques, que s'ils n'existaient pas. Il s'est même rencontré des gouvernements pour prescrire aux évèqnes de faire certaines prières. Et dire que ces lois proviennent de légistes et de législateurs qui se disent et qui se croient peut-être catholiques !
Le fait est que l'ignorance est pour beaucoup dans cette anomalie et cet arbitraire. Il y a dans les codes tels et tels principes gallicans; on les accepte résolument, dans l'ignorance où l'on est qu'ils sont opposés au droit catholique et on les applique de la même manière qu'on les accepte. Ou bien, on crée des lo'S sans savoir, sans soupçonner même qu'elles sont en opposition directe avec les droits de TE glise ; et c'est ainsi que l'absence des lumières théologiques produit infailliblement dans les lois et, par suite, dans les sociétés, ces sourds malaises et ces déplorables conflits qui précipitent les nations dans un abime de malheurs.
En Canada où la foi est encore si vive et où les législateurs sont, en général si franchement dévoués, ce n'est pas
le mot précis, soumis à l'Eglise, n'ayons-nous pas dans quelques unes de nos lois des empiétements sur les droits do l'Eglise ? Certainement. Dira-t-on que ce fait est dû à la mauvaise volonté ? Non. Jusqu'à ce jour du moins, à part de rares exceptions, nos hommes publies ont fait preuve d'un l'on vouloir trop admirable pour qu'il soit permis de leur adresser un tel reproche. Ce qu'il faut dire, car telle est bien la vérité, c'est que étant depuis longtemps infusés dans les lois qui ont servi de bases à nos codes et de guides à nos législateurs, le gallicanisme et le libéralisme ont pénétre chez nous furtivement, pour ainsi dire,et comme à l'insu. « Nous avons, je le vois bien,sucé le gallicanisme sans le savoir, avouait dernièrement un de nos hommes politiques et des plus dignes, et nous le servons sans le vouloir ; qui donc nous délivrera de celte plaie cancéreuse ?
Ce qui nous délivrera, Messieurs, du gallicanisme e! de toutes les autres erreurs politiques, c'est l'étude de la Théologie. Cette divine science nous fera connaître les droits de Dieu et ceux de l'Eglise ; elle nous tracera une ligne de démarcation entre les deux pouvoirs et,plaçant chacun dans sa sphère et dans ses attributions, elle nous procurera la pleine harmonie des choses divines et humaines.
D.'jà, des polémiques importantes, des controverses opportunes signalent à l'attention des hommes sérieux le besoin d'examiner de près l'orthodoxie de nos lois ; le combat se fait sur toute la ligne ; chacun des combattants défend sa cause avec une ardeur, une intrépidité admirable ; les principes contraires sont mis en présence, les arguments divers se croisent, un peu rudement peut-être, mais, n'importe, ils se croisent, ils s'entrechoquent ; la lumière neprut tarder de se faire, et comme, au fond, tous, je crois, désirent le triomphe des vrais principes, tous finiront par se ranger sous l'étendard de la religion, qui est et qui restera, j'en ai l'invincible certitude, la forteresse, le rempart de notre nationalité.
J'ai indiqué,en leur place, les ouvrages de théologie qu'un homme du monde peut étudier avec profit ; il est inutile
CONFÉRENCES. 22a
de la faire de nouveau. Je me contenterai d'ajouter, aujourd'hui, le Père Blanchi ; son Traité de la puissance ecclésiastique dans ses rapports avec les souverainetés temporelies, traduit en Français par une plume non moins theologique que savante, est une œuvre de premier ordre et surtout riche eh lumière : Suarez^ surtout sou Commentaire Bur saint Thomas; il \ a là des principes qui sulli raient à sauver la politique, si la politique voulait être sauvée ; lés Recueils des actes pontificaux, des Conciles, l'Encyclique de îsiii et par-dessus tout le Sjllabus. Plusieurs éprouvent une sorte d'inquiétude lorsque le Syllabus s'offre de leur faire connaître les principales erreurs du temps, rien de plus natu ■ id ; quelque malade qu'on soit, ou ressent toujours nue espère de répulsion en face du remède capable de guérir; n'importe il faut prendre le médicament, si Ton ne veut pas mourir.
Pour ce qui est de l'étude prop-e de la politique moderne, le Oésarisme, de Mgr. Gaume, les œuvres politiques de Donoso Cortés, le Pouvoir Politique du Père Ventura, les Examens sur la liberté de CE<jltse, par Mgr. Pur/sis, et les Ecrits politiques de M. le Viconte de Bonuld sont reeom mandatées à plus d'un titre.
Cependant, comme le libéralisme catholique est la grande erreur du temps, ou devra s'attacher d'une manière toute particulière, à connaître à fond une telle question ; ce qui sera toujours possible si on se donne la peine de lire, eu le discutant, ce qui a été écrit de plus sérieux et de plus illustre pour ou contre cette doctrine.
Parmi les écrivains les pins autorisés qui ont plaidé la
cause libérale catholique, je signalerai de Montalemberl ; ses
Intérêts catholiques au I9ème Siècle et son Avenir. Politique de
V Angleterre ; le Comte de Falloux, son Parti Catholique ; Mgr
Dupanloup. se deux ouvrages : la pacification Religieuse et
La Convention du 15 Septembre et l'Encyclique du 8 Décembre ;
£ abbé Godard, Les Principes de 89, seulement la dernière
édition, puisque la première a eu les honneurs de Ylndex ;
M. de Decker, Quinze ans ; Mgr. Kelteler, Liberté, Autorttér
226 CONEKRENCES.
Eglise, ou les grands problèmes de voire époque ; Foisaet.de VEglise H de l'Etal ; Mgr. Pnrisis, Cas de conscience. Disons pourtant pour notre mutuelle consolation que tout n'est pas également libéral chez ces illustres et honorables écrivains. Parmi les écrivains contraires, je distingue plus particulièrement AW/'t; son livre sur l'Encyclique dit 8 Décembre est avant tout une œuvre de haute raison politique et de saine théologie. L'auteur a pris pour devise : Là vérité nous donnera Li liberté] et à chaque chapitre, à chaque page, on sent, en effet, que la vraie liberté est l'œuvre de la vérité ; on comprend que tout l'édifice social repose sur des principes qu'il est impossible de méconnaître, sans appeler, sur le champ, de grand s et déplorables ruines; on devine que l'erreur évoque la tyrannie et toutes les mauvaises passions; on pressent, enfin, qu'en revenant à la vérité, le monde actuel, conquerra la liberté, cette liberté morale, civil^soeiale et politique que le catholicisme peut seul donner et l'aire régner au sein des sociétés contemporaines. Un autre mérite de M. Emile Keiler, c'est dètre demeuré au milieu des questions les plus agitées et les plus brûlantes, l'hom ne du respect; bien diffèrent en cela de certains ultramoutaiuset de certains libéraux qui croient n'avoirriendit,rienprouvé,s'ils n'ont traité irrespectueusement leurs adversaires. L'abbé Morel dans ses Catholiques Libéraux a, lui aussi, servi grau, dément la cause de la vérité et de la liberté. Sa polémique sur les œuvres libérales de Mtjr.de K tteler,âe l'abbé Godard et de M. de Falloux est pleine de sens, de jugement, de logique et de théologie. Peut être a-t-il tort de discuter la brochure de M. de la Guèronnière sur Napoléon III et l'Italie comme fesant parti du programme libéral catholique, puisque les chefs de cette école, ont cru devoir avertir publiquement M. le Vicomte que plusieurs de ses principes étaient désavoués par eux. Quoiqu'il en soit, le livre de l'abbé Morel peut dissiper bien des ténèbres et ramener bien des esprits à la saine et vraie doctrine : qu'on le lise donc.
Le Concile du Vatican a soulevé des controverses et fait naître des travaux capables de produire de grandes lumières
sur les principes contraires qui divisent aujourd'hui le camp catholique ; j'en mentionnerai quelques-uns: Le fu tur Concile et les questions (puis soulève, ouvrage anonyme, il est vrai, mais c'est son unique défaut. Les Conciles généraux, par Mgr. Plantier ; La société devant te Concile, de Vabbè Martinet, et c'est tout dire ; Les Principes de 89 et le Concile, Grandclaude, et Incartades libérales de quelques auteurs catholiques, par l'abbé Morel.
Je ne dirai pas, Messieurs, que notre état de société nous permette, en Canada, d'appliquer à notre politique tons les principes de ['école catholique ni qu'il faille toujours rejeter, dans la pratique, les expédients de l'Ecole de Montalembei t, de Dupanloup, et de leurs adeptes. Je dirai simplement qu'il faut connaître et affirmer l'ullramonlanisme, que tant qu'il s'agit de question laissées à la décision des catholiques et dans Lesquelles les protestants n'ont aucun intérêt, il ne nous est pas permis, comme catholiques, de trahir la pleine et entière liberté de l'Eglise, ni de froisser, ni de blesser eu quoique ce soit les droits de la religion. Quant à nos rapports avec nos frères séparés, la seule politique possible est une sage tolérance ; c'est-à-dire leur laisser, au moins tant qu'ils compteront comme une force dans nos parlements, l'exercice plein et entier de leur culte ; autrement on s'exposerait à de déplorable, et funestes représailles. Qui ne sait d'ailleurs que telle atoujoursèté la conduite très-louable de nos hommes politiques ? Mais aussi, je le redirai, il ne faut pas se gêner de donner à notre Eglise toutes les franchises qui lui sont dues ; comme il ne faut pas oublier non plus, que notre politique sera ce que nous la ferons. Tous tant que nous sommes nous avons en notre pouvoir une force irrésistible et devant laquelle la politique devra toujours céder. Nous sommes électeurs^ c'est nous qui choisissons les hommes qui doivent administrer la chose publique. Voulons-nous purifier nos lois de la souillure gallicane ? Em voyons au Parlement des hommes franchement ennemis du gallicanisme et décidément ultramontains. Voulons, nous que l'Eglise jouisse de tous ses droits et qu'elle soit
téritablement libre, tout en restant unie à l'Etat ? Envoyous au Parlement dos hommes qui. tout en rendant à César ce qui appartient, à César, rendront à Dieu ce qui appartient à Dieu. Voulons-nous que notre éducation soit toujours sincèrement nationale et profondément catholique? Envoyons au Parlement dès hommes qui seront disposés à retrancher de nos lois telles et telles dispositions en vertu desquelles, des politiques moins bien intentionnés qiif ceux qui sont aujourd'hui au ministère de l'ËdncaliOu pourraient, un jour ou l'autre, exercer l'arbitraire et faire lever les plus mauvais jours sur notre jeunesse. Voulons-nous que h1 droit, que la justice, que l'équité, que la morale règlle partout et soit sanctionnée par la loi ? Envoyons au Parlement des hommes d'une lianLe probité et d'une moralité consommée. Vouions-nous qui ? Voulons-nous quoi ? C'est bien simple ; usons de notre force, de notre privilège d'électeurs et n'élisons que des hommes selon nos vues.
Et ne craignons pas, nous n'avons rien à perdre et tout, à gagner d'un choix judicieux et éclairé. Ce qu'il nous faut, avant tout, c'est une politique tolérante, mais catholique, très catholique, une politique tlu'ocralique, une politique vivifiante ?
« Maisque craindnons-nousdonc,dirai-je,avec Montalembert, devant qui reculerions nous? Quoi ! nous avons vaincu le îvspecthumain,etnous ne vaincrions pas les chétives inimitiés les mesquins dangers au devant desquels notre résistance nous conduit ? Quoi ! nous avons appris à lutter contre nos mauvais penchants, contre notre corruption natur 'le, contre nos passions les plus fougueuses quelquefois, helas ! trop rarement, ttôus avons triomphé; et nous ne saurions pas lutter contre cette méprisable bande de préjugés vieillis, de mensonges usés, de passions d'emprunt, de chicanes et de sophismes ligués contre nous ! Ce serait nous rendre bien peu de justice à nous mêmes ; car enfin, et ici c'est à vous tous, hommes de mon âge et de ma génération qui combattez avec moi, que je m'adresse; se trouve t-il doue
quelqu'un parmi vous qui soit entré dans cette lutte par ca-
pjrice o,n par passse- temps, et qui ait rompu avec toutes les puissnnçes et ipules les popularités dujo^, faute d'un in.**illeiir emploi de son temps el de 'on wpril • ''ils "ll- Voua le save* tons. c'est le devoii^c'est la foi pente qui nous anima rt qui mous soutient ; c'*Rt là le seul arsenal où nous nous soyons armés, et c'est aussi le seul qu'on ne nous enlèvera jamais ; car il n'est pas donné à nos ennemis d'y pénétre*
sans y devenir à l'instant, nos amis el nos auxiliaires. »
Vous l'en tende*, messieurs, quand ou s'inspire de la fui,, on es! invincible, çt, par suite, on n'a rien à craindre. Allons donc à la foi, allons puiser à cette divine et si féconde source, la politique dont 11 OU S avons besoin pour vivre de la lionne vie sociale ; allons à ce divin llambeau ; nous serons illumines par les rayons de sa douce clarté et nous projetterons ainsi dans la société et sur les illusionnés qui l'égaré n t. involontairement peut-être,, une bienfaisante lumière qui guidera sûrement nos lias vers l'avenir !
Mais j'abuse sensiblement de votre bonté, Messieurs, et pendant que vous espérez 1;. péroraison,je m'aperçois que je n'ai encore rien dit de ['économie sociale. Toutefois, consolez-vons ; je serai bref.
Les difficultés qui travaillent aujourd'hui le monde sociale, ont leur source dans l'oubli du principe sacré sur lequel repose la société. Le péché de l'homme a tout bouleversé dans le monde. Pour élever l'édifice de la félicité humaine, il a été décidé par la Providence qu'il faudrait pratiquer sans cesse le renoncement et demeurer fidèle à la grande, loi du sacrifice. C'est par le sacrilice que l'homme dompte ses penchants déréglés, triomphe de la nature mauvaise, pratique la vertu et opère l'œuvre de son salut eterneL C'est encore par le sacrilice qu'il dompte la misère,triomphe de la pauvreté, acquiert l'aisance et même la richesse et adoucit autant que possible sa vie passagère et mortelle.
Cependant, par un aveuglement déplorable, la loi du renoncement est méconnue et le principe sensualiste prévaut de toutes parts et tout particulièrement dans l'économie politique où l'on proclame le principe du développement iu-
difini des besoins.c'est-à-dire la satisfaction de tons les besoins matériels, réels on factices. Aussi les populations tendent-elles, par les mille penchants de la sensualité, à se procurer toutes les jouissances. De là cette séparation de plus en plus profonde de l'économie sociale de l'ordre moral et, par suite, le malaise général qui mine sourdement toutes les sociétés. De là ces commotions soudaines, ces ébranlements multipliés dont nous sommes les témoins et dont malheureusement nous ne tarderons pas à être les victimes.
Ramener les sociétés au principe chrétien, est la seule chance du salut qui reste au dix neuvième siècle, s'il ne veut pas laisser après lui d'irréparables ruines.
Je voudrais pouvoir dès maintenant démontrer la vérité Ùg cette assertion en prouvant que la prospérité, le progrès et le bien-être des nations comme des individus ne sont possibles que par la loi du sacrifice ou le principe du renoncement, mais c'est â peine si le temps me permet d'eu dire un simple mot. Peut-être entrepiendrai-je prochainement ce travail et tenlerai-je d'offrir à mon pays, avec le tribut de ma faiblesse, l'hommage de mon dévouement à toutes les nobles et saintes causes.
Cependant, je ne puis ne pas indiquer aujourd'hui quelques-uns des auteurs où l'on pourra puiser la science économique.
L'école des économistes qui ont plus ou moins donné dans le sensualisme, compte parmi ses adeptes les plus en renom: MaUlius, Quesnay, Adam S nilh, Senior, A. Clément, Thoruton, Sïuarù MM, Say et Twlss ; l'école s )cialiste française a pour porte étendard : Four 1er, Proudhon et Louis Blanc ; eutin l'école où, le principe chrétien est reconnu et posé comme le seul et unique fondement de l'éco îomie, a vu se ranger sous son noble drapeau, des hommes comme Louis Cibrario, Woloski, Villermé, Chevalier, dis. Périn, Cancalon, Dunoyer, Vubbé Corbière, Eyron et un grand nombre d'autres qu'il est impossible, faute de temps, de mentionner
Et la question ouvrière, que je ne puis que nommer, ne --mérite- t-elle pas la préoccupation de tous les esprits sérieux
( t sincèrement dévoilés an bien ? Que les besoins qui tourmentenl l'ouvrier et le pauvre. que les souffrances qui les agitent, que les aspirations vers lesquelles ils tendent soient l'objet de la sollicitude et du dévoue nent de Lui-; les hommes éclairés. Il y a aujourd'hui entre le travailleur et l'homme de profession, entre le pauvre et le riche, des ira. lentrntlns. des ombrages et des défiances qui menacent, même en Canada, de devenir des colères et de bouleverser, de fond en comble, l'édifice social ; et si la classe instruite. si les riches ne descendent pas vers l'ouvrier, s'ils ne lu' font pas entendre des paroles de p ùx et de conciliation, s'ils ne vont pas à ["artisan et an pauvre avec franchise, avec amour, avec dévouement, avec charité, les préventions grandiront, elles deviendront des jalousies terribles, elle se changeront en r.ne haine implacable ; nos grèves se multiplieront et ayant envahi tonte la classe ouvrière, elles ne tarderont pas à alimenter au milieu de nous le feu maudit des révolutions, et, avec nos espérances, s'évanouira notre avenir.
Si, au contraire, nous répandons sur la classe ouvrière les minières et les dons de l'instruction ; si nous versons sur elle à pleins flots l'arôme des bons exemples et le parfum de la charité, Oh ! alors l'ouvrier. L'artisan, le pauvre aura confiance en nous, il se jettera volontiers dans nos bras, il laissera ruisseler sur nos poitrines quelques-unes de ses sueurs nobles et fécondes, et pendant qu'avec amour nous murmurerons à ses oreilles les doux noms de Christ, de frère et de ciel, un éclair de bonheur luira sur sa physionomie voilée parla fumée des usines et la poussière de l'atelier.son cœur battra généreusement et dans les profondeurs de cette âme consolée naîtront la résignation, l'espérance et toutes les nobles et secourab es vertus qui sauvent les sociétés en christianisant le travailleur et le pauvre.
Concluons Messieurs, par nue parole catholique.
« Entre la cité du mal -et la cité de Dieu, dit Keller, la gin rre est permanente Mais elle a pris de nos jours des proportions plus larges et plus décisives: les hommes et les
peuples y sont engagés, avec toutes les armes d'une civilisa tion perfectionnée. En des temps simples et grossiers, la société a pu vivre, des siècles, sur des fragments de vérité alors suffisants pour préserver Tordre, la famille et la pro prié té. Aujourd'hui, ce n'est pas trop de la vérité complète pour arrêter la dissolution Sociale.
«Oux qui ne voient pas le péril, et qui mettent leur zèle à en trouver et à en combattre d'imaginaires, se font sans le savoir les alliés de l'ennemi, qui ne demande qu'à non? diviser, et à cheminer sans être aperçu jusqu'au cœur de la place. En guerroyant contre l'ultramontanisme, c'est l'Eglise qu'on attaque, qu'on enchaîne, qu'on paralyse En voulant maintenir l'équilibre entre les ultraaâ on tains et les révolutionnaires, on favorise directement le mal religieux, politiqueelsociale,que signale PEglise.etcontre lequel toutes nos forces devraient se réunir. On laisse libre carrière aux destructeurs de toute autorité et de toute liberté, et l'on condamne la société à des violences, à des châtiments, infiniment plus nombreux et plus tristes que ceux qu'on prétend lui éviter.
« Pour la liberté illimitée du bien, comme pour la repression raisonnable et modérée des excès du mal, les intérêts de l'Eglise et de l'Etat sont les mêmes. Séparés, l'une et l'autre seront certainement vaincus, et ce n'est pas trop de leur union pour tenir tête aux orages du dix-neuvième siècle. »