AU CANADA
Mon Pats,
Vous jouissiez, au milieu de l'affaiblissement général des nations, d'une étonnante vitalité ; et, malgré votre jeunesse, vous déployez une force et une vigueur remarquables. A vous voir marcher, avec tant d'assurance, dans les voies providentielles que Dieu vous a ouvertes, on dirait que vous avez atteint, depuis longtemps, la fermeté de l'âge mûr.
Pourtant les luttes, jusqu'ici, ne vous ont pas été épargnées. Séparé, depuis un siècle, du tronc qui vous a donné l'existence, vous avez lutté pour conserver ou reconquérir les libertés religieuses et nationales que la France, en des temps meilleurs pour elle, avait si généreusement implantées dans votre
noble et patriotique sein. Les rancunes anticatholiques de l'Angleterre, les aveuglements et les injustices de sa politique coloniale ont dû, à la longue, céder devant votre fiôre et héroïque attitude ; et aujourd'hui, en dépit de malentendus, de divisions déplorables, vous avez des aspirations que vos fils saluent avec enthousiasme, parce qu'ils espèrent, pour elles, la sanction de l'avenir.
Si maintenant vous cherchez où réside le secret de votre prodigieuse force, vous trouverez qu'il est tout entier dans cette union intime, constante, chez vous, de la Science et de la Religion : toujours vous avez renconté dans le clergé de grands citoyens, et parmi les laïques, de grands chrétiens, qui ont, les uns et les autres, prouvé que le peuple canadien, quoique peu nombreux et peu fortuné, ne se laisserait jamais vaincre.
C'est que les peuples vivent de principes : les principes sont le pain des nations. Il y a deux sortes de principes ; les uns sont la base de la vie passagère et périssable ; les autres, de la vie incorruptible et éternelle : la Religion communique ceux-ci et la Science donne ceux-là. Aussi les lumières de la Science et de la Religion, en mariant leurs rayons lumineux, produisent-elles partout une chaleur vivifiante et communiquent-elles aux sociétés de bienfaisantes clartés.
Voilà pourquoi, le sachant et le voulant pour vous, ô mon Pays, mes amours, comme a dit un de vos plus intrépides et plus glorieux fils, j'ai tâché d'en-
seigner dans les pages que je vous offre aujourd'hui, comment cette divine union de la Religion et de la Science se réalise dans les esprits.
Cet hommage de ma faiblesse serait indigne de vous, s'il ne portait, avec l'expression d'une parole sans éloquence et d'une élocution sans art, le témoignage d'un dévouement capable de tout tenter et de tout oser pour votre fortune.
Avec l'espoir que votre haute protection rendra féconde la pensée que j'ose vous présenter et vous confier dans ces Conférences, laissez-moi me dire,
ô Canada, mon Pays,
le plus humble, mais non le moins aimant de vos fils,
Alph. Villeneuve Inst.
Montréal, 24 Juin, 1871, en la fête de St.} Jean-Baptiste, divin Précurseur de la> Science incarnée et Patron des Canadiens S