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Et comment en serait-il autrement? Si croire n’est pas une règle de l'intelligence, si la foi n’est pas une loi de la pensée, par quel moyen le fils reconnaîtra-t-il avec certitude son père, le frère son frère, le père ses propres enfants? Sera-ce par une démonstration, par l'évidence acquise à la pointe d'un syllogisme subtil?
Mais, en ces matières, il n’y a d’autres démonstrations que celles qui s'appuient sur la foi aux lémoignages. On ne peut acquérir d’évidence que celle qui nait et sort d’un ensemble d'indices également propres à produire la foi, et incapables de persuader par des raisons directes et des preuves tirées de la nature des choses. Que chacun s'interroge soi-même et s'adresse cette question : Pourquoi, jusqu'ici, ai-je vu dans cet homme mon père, dans cette femme ma mère? Pourquoi leur ai-je payé le tribut de la piété filiale ? Cédai-je, par hasard, à des arguments géométriques ou métaphysiques?
Chrys , Hom, IX in Epist. ad Philip.; saint Augustin, de Utilitat. credendi; saint Cyrille de Jérus., Catech. IV; saint Cyrille d'Alexandrie, Comm. an cap. VI; Joan.; Thcodor., Serm. L, therapeuticus. { Note de l'Auteur.)
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Non, certes; mais c’est que l’accord de témoignages innombrables, et l'absence de tout indice qui puisse faire naître un doute, m’imposent la nécessité de le croire, et ne me laissent pas le pouvoir de le nier. Force est donc de placer la foi parmi les lois de la pensée, ou de proclamer la destruction de la première et de la plus chère des sociétés humaines, de la famille.
Et vous ne pourrez pas davantage, après avoir nié cette loi, sauver et maintenir la société civile. Le commerce et les rapports des citoyens entre eux exigent absolument, pour subsister et se conserver, que les promesses soient observées, que la parole donnée se respecte, que les titres de possession ne soient pas révoqués en doute, et que le serment soit la suprême sauvegarde et le gage suprême de la sécurité. Or, quelle est la base sur laquelle porte tout cet ensemble, le fondement sur lequel il s'élève? Vous n’avez point d'autre fondement que la croyance réciproque, point d’autre base que la foi mutuelle. Sans croyance et sans foi, la promesse n’est qu'un néant, et
M EE néant la parole, néant les titres de possession,
néant l'acte auguste du serment. Il vous serait
infiniment plus facile d'élever un vaste édilice sur un sol mouvant, et de vous tenir sur une pente rapide et glissante, que de faire vivre les hommes ensemble sans les réunir par les liens de la croyance et de la foi.
Et que dirai-je de l'amitié, ornement de notre vie, consolation de nos tristesses, douceur de nos joies, après laquelle soupire toute âme noble et bien née? L'amitié se nourrit de la foi, comme l'abeille du suc des fleurs : elle dépend de la foi, comme le rayon du soleil. Défiance et amitié sont si incompatibles, que vouloir les unir, c’est tenter l'impossible, c’est essayer l’union de la lumière et des ténèbres, de l’harmonie et du désaccord, de la droiture et de la fourberie.
Que vous faut-il de plus? Je ne craindrai pas de vous imposer cette alternative : ou vivez de foi, ou éteignez votre intelligence dans un silence éternel. Quelle autre chose est, en effet, la parole, sinon une perpétuelle dépendance de
l'autorité de celui qui parle? Enlevez toute au-
torité à celui qui vous parle, et la parole n'est plus que le résonnement d’une cloche ou le murmure d’une forêt. Il demeure donc incontestable qu’exclure la foi du nombre des lois de l'intelligence et de la pensée, c’est arracher jusque dans ses racines toute société, toute communauté humaine.
J’ajoutais en commençant, et vous ne le trouverez pas moins certain, que nier cette loi de la croyance, c’est rendre l’éducation absolument impossible. Veuillez écouter ce docteur de l’Église et du monde, saint Augustin : « Il n’est que deux voies qui puissent me conduire à la science : l’autorité et la raison. L'autorité est la première dans l’ordre des temps; la raison l’emporte en excellence. Pour les hommes ignorants, et c’est le grand nombre, l'autorité est sans contredit plus certaine et plus salutaire ; aux hommes instruits, la raison convient davantage. Et, toutefois, comme il n’y a point d'homme au monde en qui l'ignorance ne précède la science, il en résulte que, pour quiconque est désireux de s’instruire, l'autorité seule lui ouvre la porte de toute doctrine. » Ce raisonne-
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ou le incones lois racher toute
le trou- 1 de la lument de l’É- Il n’est ire à la est la l'emigno té est taire ; t dapoint e prénque e lui pnie-
EN je ment si invincible de saint Augustin (1) emprunte une nouvelle force à l’accord unanime, non-seulement des Pères et des docteurs de l’'Église, mais aussi des philosophes païens. Les uns exigealent de leurs disciples, pendant des années entières, le silence le plus rigoureux et la docilité la plus parfaite; d’autres professaient clairement et en termes exprès que la première condition nécessairement requise pour apprendre, c'est de croire. Il en est, je le sais, à qui ces paroles feront venir sur les lèvres une expression de pitié; mais je n'aurai pas de peine à vous faire voir que, s’ilest :isé de sourire, le plus souvent ce léger dédain est aussi peu justifié qu’il est facile, et que ces mêmes paroles renferment une incontestable et invincible vérité.
Et, pour vous faire toucher au doigt tout ce que je viens d'avancer, supposons que vous êtes chargé d'initier un jeune homme aux premiers éléments de la parole et du langage humain, et que ce jeune homme est ainsi fait, qu'il n'ac-
(1) Saint Aug. de Ordine, lib. H, 9.
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ceple aucune de vos instructions, si vous ne lui en donnez sur-le-champ la raison, et une raison nécessaire, et une raison tirée de l’essence même des choses. — Cette lettre, direz-vous, est un À, et c’est ainsi qu'on la prononce.— Pourquoi, répond le jeune homme indocile et revêche, pourquoi ne pas l’appeler plutôt Van ?— Mais, c’est que tous sont d’accord pour donner à celte lettre le nom et le son que je viens de te dire.— Jamais, non, jamais je ne vous croirai, si vous ne me le démontrez, et si vous ne me faites entendre le rapport naturel de ce signe avec le son que vous venez de m'indiquer. — De quel rapport parles-tu? Sans doute il est naturel de parler; mais d'imposer aux choses tel ou tel nom, de représenter ce nom avec ce signe plutôt qu'avec un autre, cela est laissé à l’arbitraire de celui qui parle. — Si les choses sont comme vous me le dites, réplique-t-il avec plus d’audace, pourquoi ne me serait-il pas permis, à moi aussi, d'imposer aux choses les noms qui me plaisent davantage? Continuez de donner :
ce signe le nom qui vous convient, pourvu que, de mon côté, on me reconnaisse le même droit.
ne lui e raisence 1s, est Pouret rean?— nner à s de te ‘roirai, ne me e signe uer. — est naoses tel e signe à l’arbises sont vec plus ermis, à Loms qui lonner à rvu que, ne droit.
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Qui ne comprend que, s’il persiste dans son obstination, s’il ne veut se soumettre à vs paroles, essayer de l’instruire c’est faire un sacrifice inutile de temps et de travail? N’avais-je donc pas raison de vous le dire : Mépriser l’autorité, c’est rendre toute éducation impossible.
Et à ne s'arrêtent pas les conséquences de celte erreur que j'ai entrepris de combattre; je ne crains pas d’aflirmer qu’elle tend à détruire l'humanité elle-même.
Que faites-vous, en effet, lorsque vous déclarez la pensée libre de la loi de la croyance? Vous niez les lois de la morale; vous niez la certitude des sens. Vous niez les lois de la morale : car admettez la certitude de leur existence, reconnaissez-leur le droit de nous commander, de nous diriger, et agissez en conséquence; ce sera pour vous une incontestable vérité que, dans bien des circonstances, il est également impossible aux hommes de vouloir ou de pouvoir persuader le mensonge : vous croiriez donc à leur parole, vous auriez foi en leur témoignage. C’est nier la certitude des sens : car admettez celle certitude, et vous
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admettrez aussi que, bien souvent, les connaissances acquises par les sens sont à l’abri de l'erreur ; et, conséquemment, vous croirez à ce qui vous sera présenté comme le résultat de leur légitime usage. C'est donc un point invinciblement démontré, qu’il n'y a nulle différence entre soustraire l’intelligence à la loi de la foi, la pensée à la règle de la croyance, et nier et anéantir les lois de la morale et la certitude des sens. Or maintenant, dites-le-moi, que penser de l'humanité, quand vous avez nié ces lois et rejeté la certitude des sens ? Ah! nous ne pouvons plus voir en elle qu’un vain nom, une idole, un jouet, un fantôme! Et voilà le gouffre sans fond dans lequel il vous faut vous précipiter si, au nombre des lois de l'intelligence et de la pensée, vous ne comptez la foi, vous ne placez la croyance.
Mais, si la croyance et la foi ont droit à réclamer leur place et à tenir leur rang parmi les lois de la pensée et les règles de l’intelligence, alors il ne nous sera pas difficile de savoir ce que nous devons penser de tous ces hommes qui font profession de ne se rendre qu’à l’évi-
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dence et aux déductions rationnelles et nécessaires du raisonnement. Une telle protestation pourrait sembler l'élan d’une noble intelligence, le fruit de profondes méditations et le résultat d'une philosophie peu commune. Mais, dans la réalité, c’est simplement la preuve indubitable que l’on ignore également et ce que nous enseigne l'expérience, et ce que réclame la nature intime des choses. Oui, l'expérience, aussi bien que la nature des choses, nous ordonnent de mettre la croyance et la foi au nombre de ces lois dont la pensée humaine ne saurait se passer, et donnent un démenti à la présomption, à l'arrogance de quiconque ne veut se rendre qu'à la lumière de l'évidence interne. Les yeux du corps voient non-seulement par la lumière directe, mais encore par la lumière réfléchie : ainsi l'œil de notre âme voit et entend nonseulement à la lumière de l'évidence interne, mais encore à la lumière de la croyance et de la foi.
Non, si l’on vous propose d'admettre quelque chose, il ne suffit pas, pour le rejeter, de répondre que cela n'est pas évident; mais il faut
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