L'INTELLIGENCE HUMAINE ET LA VÉRITÉ SURNATURELLE
Parmi les innombrables différences qui distinguent l'intelligence de la faculté de sentir, il en est une si frappante, qu’il suffit de la plus légère attention pour la reconnaitre et la con.
1 stater. C'est la différence même qui se trouve
entre l’objet des sens et l’objet de la pensée. A
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= 0 = chaque sens, en effet, correspond son objet particulier, fort restreint, et qui n’a rien de commun avec les autres sens. Il est fort restreint, car ni la vue ne s’étend à ce qui n’est pas lumière, ni l'ouie à ce qui n'est pas sons ; l’odorat se borne à juger des odeurs, le goût des saveurs, le toucher des corps étendus et résistants. Et cet objet ne saurait être en même temps commun aux autres sens, car c’est une loi constante et universelle de la nature que, ni les couleurs ne se perçoivent par les oreilles, ni les sons pas le palais, ni les odeurs par les yeux.
Or, toute autre est la condition de l’intelligence, tout différent son pouvoir. Car non-seulement l'intelligence perçoit et saisit tous les objets que perçoivent les sens, mais encore elle s'élève infiniment au-dessus des choses sensibles, atteint jusqu'à l'invisible, et ne connait d’autres limites que celles de l’être et du vrai. Le néant seul se dérobe à son élan. Tout ce qui existe, le monde, l'homme, Dieu, forment l'objet de sa vision et le but de son activité. De là l’infinie variété des sciences, conquêtes à la fois
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et patrimoine de l'intelligence ; de là l'encyclopédie du savoir humain ; de là, dans cette encyclopédie elle-même, cette multitude d’ordres divers et de classes distinctes.
Dans ce nombre, et au premier rang, rappelons celle qui nous est connue sous les différents noms de religion, de théologie, ou de science des rapports de l’homme, image et créature de Dieu, et de Dieu, qui l’a créé à son image ; science tellement élevée au-dessus de toutes les autres, que c'est à bon droit qu’on l'en nomme la reine. Elle est reine, en effet, car son objet est Dieu ; et, si Dieu est l’être souverain, il n’est pas moins la vérité souveraine. Elle est reine par la nécessité : car enlevez à l’homme la connaissance de Dieu, enlevez-lui la connaissance de ses rapports avec Dieu, et il demeure resserré dans les limites du monde sensible, et il tombe de toute la hauteur de l'être intelligent dans les régions infimes de la brute. Elle est reine par son utilité : car, sans Dieu, sans l'infini, sans l’Éternel, il n’y a plus, pour l’homme, qu’infortune et misères.
Eh bien! maintenant, c’est de cette reine des
PR De sciences qu’il va être question, et on demande si, dans ses rapports avec elle, l'esprit humain peut se regarder comme soumis aux règles de la foi et aux lois de la croyance.
Mais je m'aperçois que la recherche de ia concision a nui à la clarté dans l'exposé de la question, et m'a empêché de m’exprimer dans des termes propres à rendre ma pensée évidente et palpable à tous. Je reviens done sur mes pas, et je précise davantage. Je le répète, la question est de savoir si les lois de la foi et de la croyance, dont l'application est si étendue, peuvent encore subsister quand il s’agit de la religion; si, même quand il s’agit de la religion pour connaître ce à quoi il doit s’en tenir sur Dieu et sur les devoirs qui le lient étroitement à Dieu, il peut arriver que l’esprit humain soit obligé de se laisser gouverner par les règles de la foi, de se reposer sur les lois de la croyancé ; ou bien si, pour tout ce qui est religion, Dieu, et devoirs envers Dieu, on doit le regarder comme nécessairement exempt des lois de la croyance, et uniquement laissé à luimême, à son évidence, et aux déuuctions de
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sa raison. Cette question, si importante en elle-même. acquiert une nouvelle gravité par l'opposition radicale et contradictoire des solutions que l’on a essayé et que l’on essaye encore de lui donner. Il ne saurait y avoir de doute sur le sens dans lequel on doit la résoudre pour qui voudra suivre attentivement les raisons que nous allons développer.
Avant toutes choses, il est un point évident : lorsqu'on parle de la religion considérée dans les deux parties qui la constituent, la croyance et les devoirs, ce que nous devons penser de Dieu, ce que »e:° ‘vons rendre à Dieu, il ne saurait être que:::: 2 de foi purement humaine, de foi qui naisse seulement de l’homme et se repose, en dernière analyse, sur le témoignage de l’homme. Le témoignage humain, et, partant, la foi purement humaine, se doivent circonscrire dans les limites des choses sensibles, et, à parler rigoureusement, n’ont aucune valeur s’ils viennent à sortir des faits qui tombent sous les sens. Or, qui ne voit combien il est impossible de mettre la Divinité parmi les choses sensibles, et, au nombre des faits sensibles,
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ce que nous devons croire de Dieu et ce à quoi nous oblige le culte dû à sa majesté souveraine? Tout cela est au-dessus des sens et ‘es faits sensibles, e‘ conséquemment, est au-dessus du témoignage humain et de la foi humaine, s’élève à des régions plus hautes et vit dans une sphère supérieure.
Aussi, la question proposée, si on la comprend nettement, peut et doit se trarsformer en celleci : En ce qui concerne la Divinité et les devoirs religieux, l'intelligence humaine peut-elle être soumise à des lois obligeant la croyance, dont l’origine et la raison dernière se doivent chercher dans un témoignage supérieur au témoignage humain, c’est-à-dire, dont l'origine et la raison dernière se doivent chercher dans le témoignage de Dieu ? Ce qui revient à demander si Dieu, par un témoignage différent de celui qui retentit dans la nature, qui retentit dans l’ordre du monde, qui résonne au fond de notre conscience, qui brille dans les lumières de la raison, peut imposer à l’homme la profession de certaines vérités, la pratique de certains devoirs; peut, dans de certaines occasions,
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