ONZIEME CONFERENCE
Des sources de l'autorité dans la société civile.
Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit, non est enim potestas nisi a Doo : quœ autem sunt. a Deo ordinatae sunt.
Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures ; car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui a établi celles qui sont sur la terre. Rom. XIII. I.
Mes frères,
Dans notre dernière instruction nous avons considéré l'édifice de la société domestique, et nous avons vu que l'église câtEôTïque lui donne pour fondement le roc inébranlable de la parole divine ; nous avons vu, d'un autre côté. que la franc-maçonnerie lui assigne pour base le sable mouvant de la parole humaine : nous avons donc conclu que l'Eglise seule constitue la société domestique dans un état de stabilité et de bonheur.
Aujourd'hui, nous allons considérer un autre édifice, plus vaste que le premier, la société civile. Nous nous trouvons, ici encore, en présenctTcTe deux architectes : le Catholicisme d'un côté, la Franc-Maçonnerie de l'autre, et nous allons examiner comment ils s'y prennent, chacun à sa manière, pour donner de la stabilité à ce grand édifice.
Méditez bien, mes frères, et retenez les paroles suivait-
tes de l'apôtre saint Paul: " Que toute âme soit soumise aux " puissances supérieures ; car il n'y a point de puissance " qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui a établi celles qui " existent. Celui donc qui résiste aux puissances résiste à " l'ordre de Dieu : et ceux qui y résistent attirent une juste " condamnation sur eux-mêmes. Car les princes ne sont pas " à craindre, lorsqu'on ne fait que de bonnes actions, mais " seulement lorsqu'on en fait de mauvaises : voulez-vous " donc ne point craindre les puissances ? Faites bien ; et " elles vous loueront ; car le prince est le ministre de Dieu. " établi par lui pour votre bien. Mais si vous faites mal, " vous avez raison de craindre, parce que ce n'est pas eu " vain qu'il porte l'épée. Car il est aussi en cela le ministre " de Dieu ; et il l'a reçue pour exécuter sa A'engeance, en. " punissant celui qui fait de mauvaises actions. Il est dou<*- " nécessaire de vous y soumettre, non seulement par la ■' crainte du châtiment, mais aussi par le devoir de la cons " cience. C'est aussi pour cette même raison que vous " payez le tribut aux princes, parce qu'ils sont les ministres " de Dieu, toujours appliqués aux fonctions de leur miuis- " tère " Rom. XIII, 1-6.
Voilà, clairement exprimés, les principes de la Religion! sur l'origine de la société civile. Arrêtons- nous donc à considérer, pendant quelques instants, de quelle manière certains hommes reçoivent le pouvoir de commander à l^ftis semblables.
D'où vient l'autorité du père dans la famille ? À-t-il le droit de commander par cette seule raison qu'il est le plus fort ? qu'il a plus de sagesse, plus d'expérience que son enfant ? Si c'était pour cette raison, tout homme qui est plus fort qu'un enfant aurait le droit de lui commander. Non, la force, l'expérience, la sagesse ne donnent pas l'autorité au père de famille. Quelle est donc la source du droit d'un père sar son enfant ? La source de ce droit est en Dieu. C'est Dieu qui ordonne aux enfants d'obéir à leur père et à leur mère. C'est Dieu qui a dit au père : Il vous appartiendra de commander dans votre famille. Un père chrétien
dira donc à sou fils : Ecoute, mou enfant : tu dois faire ce que je te dis, car Dieu veut que tum'obéisses ; si tu résistes à mes ordres, c'est à Dieu même que tu désobéis, et tu attires sur toi une malédiction qui s'attachera à tes pas durant toute ta vie.
Daus la société civile, ou retrouve le même principe d'autorité que dans la société domestique ; seulement, il y a ici quelque chose d'un peu plus compliqué, car naturellement dans l'ordre social, les hommes sont tous égaux et indépendants les uns des autres. Comment se fait-il qua certains hommes acquièrent le droit de commander à d'autres hommes, qui sont naturellement leurs égaux ? Ce droit, cette autorité leur vient aussi de Dieu. Oui, nous en avons le témoignage de saint Paul, l'autorité descend de Dieu comme de sa source, et se répand sur les hommes choisis à cette lin.
Mais de quelle manière arrive-t-elle à ces hommes et leur est-elle conférée ? C'est ce qu'il sera bonde vous exposer ici.
Xous vous dirons tout d'abord, cependant, comment la franc-maçonnerie prétend que les hommes sont investis de l'autorité, afin que vous compariez sa doctrine avec celle de l'église que nous vous exposerons ensuite.
Xotre Saint Père le Pape Léon XIII nous apprend en ces termes les principes de la franc-maçonnerie sur le point en question : "Viennent ensuite les dogmes delà science " politique. Voici quelles sont en cette matière les thèses " des naturalistes : Les hommes sont égaux en droits ; tous, " et à tous les points de vue, sont d'égale condition. Etant " tous libres par nature, aucun d'eux n'a le droit de com- " mander à un de ses semblables, et c'est faire violence aux " hommes que de prétendre les soumettre à une autorité 11 quelconque, à moins que cette autorité ne procède d'eux- " mêmes. Tout pouvoir est dans le peuple libre ; ceux qui " exercent le commandement n'en sont les détenteurs que " par le mandat ou par la concession du peuple, de telle
" sorte que si la volonté populaire change, il faut dépouilk' 1er de leur autorité les chefs de l'Etat, même malgré eux. " La source de tous les droits et de toutes les fonctions " civiles réside, soit dans la multitude, soit dans le pouvoir " qui régit l'Etat, mais quand il a été constitué d'après les " nouveaux principes. "
Ainsi, d'après la franc-maçonnerie, le peuple est la source du pouvoir, il confère l'autorité à qui il veut, et la retire quand cela lui plait. Voyez-vous la contradiction qu'il y a dans les principes de la franc-maçonnerie ? Si tous les hommes sont égaux, si nul d'entre eux n'a le droit de commander à ses frères, comment le peuple peut-il conférer ce droit ? On ne peut donner ce qu'on n'a pas. Si le principe d'autorité n'existe dans aucun des individus qui composent le peuple, ils ne le posséderont pas davantage en se réunissant. Si le droit de commander, dans chaque individu, équivaut à zéro, vous ne pouvez arriver à une somme positive par l'addition, car si vous additionnez des zéros, tous n'arriverez jamais qu'à zéro pour résultat final.
Selon la franc-maçonnerie le droit de commander n'existe donc pas ; or, dans la réalité, certains hommes commandent à leurs semblables : il faudrait donc croire que ce sont les plus forts qui. imposent injustement leur volonté aux plus faibles. Cette société basée sur la force brutale, mes frères, c'est la société des loups, ce n'est pas la société des chrétiens. Sous un régime semblable, si le peuple se partage en deux camps égaux il n'y aura personne pour juger le différent, et la guerre s'y établira en permanence. Ce principe, on le voit, est révolutionnaire et perversif de tout ordre. Il est vrai, cependant, que dans la société politique Dieu a laissé aux hommes la liberté de choisir la forme du gouvernement. Ce gouvernement peut être monarchique, présidé par un roi. un empereur ; il peut être aristocratique, il pyut être républicain. Une fois que le choix a été fait, cependant, il faut nécessairement tenir compte des droits acquis, et on ne peut changer la forme d'un gouvernement à volonté.
Ou entend dire fréquemment : Dans les républiques, c'est le peuple qui gouverne ; cela est faux, mes frères. Le peuple choisit ceux qui seront revêtus de l'autorité, mais il ne la confère pas, il ne peut la conférer lui-même ; à plus forte raison, n'est-ce pas lui qui gouverne. La source de tout pouvoir est en Dieu, il ne faut pas s'écarter de ce principe.
C'est bien ce que Moïse enseigne au livre du Denteronome, lorsqu'il dit : " Choisissez d'entre vous des hommes " sages et habiles, qui soient d'une vie exemplaire et d'une tf probité reconnue parmi vos tribus, afin que je les établis- " se pour être vos juges et vos commandants. " Dent. I, 13. Moïse était dans cette circonstance le représentant de Dieu, c'est pourquoi il devait conférer l'autorité aux juges.
Voici donc ce qui a lieu dans les gouvernements électifs : le peuple choisit les sujets, et une fois qu'ils sont choisis, Dieu les revêt de l'autorité. Quand ils ont ainsi reçu l'autorité, ils sont les ministres de Dieu, ils doivent être respectés et obéis. Ils n'ont pas droit de faire des lois à tort et à travers, ils doivent se conformer à la justice et à la loi de Dieu ; s'ils font des lois qui gênent la juste liberté du peuple, qui nuisent au progrès de la nation, qui blessent même la justice, ils sont des ministres infidèles du Dieu juste et bon ; mais cela ne veut pas dire qu'il soit libre au peuple de leur enlever l'autorité. Toute infraction aux lois de la justice n'entraîne pas la perte de l'autorité. Un père peut être dur, injuste pour ses enfants, et alors il pèche contre la loi de Dieu ; mais il n'est pas déchu pour cela de ses droits de père.
Dans un état, un roi infidèle peut abuser de son autorité, il peut maltraiter son peuple, mais il ne perd pas, par le fait même, sou droit au trône. Quand les gouvernants manquent à leurs devoirs, le peuple peut prendre les moyens justes d'alléger le joug qui pèse sur lui. mais la révolte n'est pas un de ces moyens.
La république chrétienn.3 repose donc sur l'autorité de
Dieu. Une république ainsi constituée est nécessairement ferme et durable ; mais si elle repose sur le principe de la franc-maçonnerie, chaque fois que le peuple changera de goût, chaque fois qu'il y aura un mécontentement quelconque, on aboutira à une révolution.
Nous avons un bel exemple de la stabilité et de la gloire des royaumes chrétiens dans la patrie de nos pères, l'ancien royaume de France. Sous Clovis, quand la nation française commence à se former, on y admet les principes chrétiens ; ses institutions portent toutes l'empreinte de la relio-ion ; eh bien ! pendant quatorze siècles cette nation marche à la tête des peuples de l'Europe.
Ce royaume de France, dont on a pu dire qu'après le royaume du ciel c'était le plus beau royaume qui existât, reposait sur le principe chrétien de l'autorité; le roi y était bien réellement le représentant de Dieu : il recevait l'onction royale avec grande solennité dans la ville de Eeims, et alors il avait quelque chose de sacré aux yeux de son peuple ; tous lui obéissaient et tous le respectaient. Le royaume était dans l'ordre voulu de Dieu, la paix et la prospérité y fleurissaient d'une manière admirable.
Mais la France, après quatorze siècles de gloire et d'honneur, la France tout imprégnée des principes chrétiens, est tombée dans une espèce de vertige : elle a égorgé ses nobles, elle a tué son roi, elle a massacré ses prêtres, elle a renversé ses autels, et elle a voulu établir une république monstrueuse, un gouvernement sans Dieu. C'était un projet inoui, mais elle a tenu à le réaliser: de là cette ère de changements affreux, de révolutions sanglantes, qui se continue encore à l'heure qu'il est, et jette les peuples dans la stupéfaction et la terreur.
Vous savez quels massacres on a organisés pour établir ce nouveau gouvernement : vous savez qu'on a égorgé sans pitié tous ceux qui ne paraissaient pas l'aimer ; mais à la fin il est tombé enseveli sous ses propres forfaits. On a balayé ces hommes de la terreur qui faisaient peser sur la
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France un joug tel que jamais nation n'en avait porté de semblable, et on a établi une république despotique qui devait tout régénérer. Une révolution est survenue ; la république a chancelé immédiatement; elle était bâtie sur le sable.
Alors Dieu a suscité pour arrêter la terrible révolution un grand capitaine, un grand génie militaire, Napoléon 1er. Celui-ci a d'abord marqué la volonté de bâtir sur le roc, devait élever un édifice majestueux et durable ; mais s< : orgueil l'a aveuglé : et, lui aussi, il a bâti sur le sable : il est donc tombé à son tour, et depuis lors ou a peine à compter les républiques et les fantômes de monarchies qui se sont succédés dans la malheureuse France. C'est que la France n'est pas revenue de ses erreurs de 1789 ; elle retrouvera la paix et la stabilité quand elle s'appuiera de nouveau sur la base dès principes chrétiens ; et si elle ne reprend pas ces principes vivifiants et régénérateurs, elle périra bientôt, noyé.' dans le sang de ses propres entants. Si l'Angleterre est restée paisible et forte, c'est qu'elle a toujour reconnu le principe de l'autorité ; Die// cl mon droit, telle a toujours été la devise de son peuple.
Je voudrais présenter ici une autre considération : creusez au bas de l'édifice social, mes frères, vous v trouverez le serment comme pierre fondamentale. Impossible de lier deux hommes l'un à l'autre sans recourir à Dieu.
On veut former un gouvernement : voilà que les ministres sont choisis, voilà qu'ils ont été élus régulièrement ; le gouvernement a-t-ii la vie? Pas encore. Où donc le nonveau gouvernement prendra-t-il cette vie qui lui manque : Dans le ciel, par le serment. Les ministres vont donc prêter le serment d'oihee, et alors seulement le gouvernement aura la vie et entrera en fonction.
Quand le peuple obéira-t-il à une puissance '. Quand il sera lié par le serment; alors il obéira par conscience, parce que Dieu lui commande d'obéir. Ce serment d'allégeance une l'ois prêté passe de père en lils. sans qu'il soit nécessai-
re de le renouveler ; et l'obligation d'y obéir demeure, tant qu'il ne survient pas une cause capable d'en délier les âmes.
Le serment est si nécessaire parmi les hommes, que les francs-maçons eux-mêmes l'emploient pour lier leurs adeptes.
Dans l'Eglise Catholique le serment n'est généralement pas imprécatoire : celui qui prête serment dit seulement qu'il renonce à sa place dans le paradis, s'il ne dit pas la vérité telle qu'il la connait. Dans la franc -maçonnerie il en est autrement. Cette société s'occupe fort peu du paradis, mais il est un outil dont elle s'occupe beaucoup : le poignard. Celui qui est initié fait serment d'obéir aux ordres des loges, de garder les secrets de la société, sous peine d'avoir la gorge coupée, d'avoir le sein gauche et le cœur arrachés, d'être éventré et d'avoir les entrailles brûlées : tant que le franc-maçon n'a pas prêté ces serments imprudents et horribles, il est considéré comme libre. La société des francs-maçons a emprunté l'emploi du serment aux sociétés chrétiennes. En efïet,pour former la société domestique, les époux viennent au pied de l'autel et se jurent fidélité. Dans la société civile, nous l'avons déjà vu, ponr établir un homme gouverneur, ministre, magistrat, juge, on lui fait prêter serment, et alors il exerce légitimement l'autorité.
Quand la société est établie sur le roc ; quand c'est sur nu pacte divin qu'elle repose, les pluies peuvent tomber, les lleuves peuvent se déborder, les vents peuvent soufrier avec violence, elle est prête à résister à tous les assauts. Un peuple vivant dans un pareil état de société sera libre et prospère : mais s'il veut se suicider il n'a qu'à entrer dans l'état révolutionnaire ; il n'aura plus ni ordre, ni paix, ni sûreté.
L'autorité vient donc de Dieu, et l'ordre chrétien repolir un acte religieux, le serment ; le peuple en obéissant à l'autorité obéit à Dieu : quand cela est admis, il semble
que l'on peut compter sur sa soumission, car l'obéissance à Dieu honore un peuple. D'après les principes maçonniques l'autorité vient du peuple, la volonté du peuple fait la loi : cette loi changeante et qui n'a rien de sacré ne mérite ni respect ni obéissance. Aussi a-t-on vu, depuis que ces principes se sont répandus, les révolutions se multiplier d'une manière effrayante ; et il y a eu plus de tentatives de régicides depuis trente ans, qu'il n'y en avait eu durant les mille ans qui ont précédé.
Défions-nous de ces doctrines, mes frères ; elle sont ordinairement présentées d'une manière séduisante, comme favorisant la liberté, mais elles mènent au plus terrible de tous les esclavages.
Le véritable moyen d'avoir la paix et le bonheur dans la société, c'est de suivre fidèlement les saines doctrines de l'Eglise ; c'est de voir en nos chefs les représentants de Dieu. S'ils abusent de leur autorité, il ne faut pas les décrier, mais prendre les moyens convenables de les ramener dans la bonne voie. Il faut agir à leur égard comme des enfants bien nés agissent à l'égard de leur père : ils ne vont pas le décrier s'il commet quelque faute, ils tâchent de le ramener à de meilleurs sentiments, sans manquer au respect ni aux égards qu'ils lui doivent. Ils emploient, avant tout, l'arme puissante et douce de la prière.
Saint Paul résume ainsi tous nos devoirs envers l'autorité : que toute âme, dit-il, soit soumise aux puissances supérieures. Or il y a trois puissances supérieures : le Père, le Roi et le Souverain Pontife. Ces trois puissances viennent de Dieu ; et nous ne devons pas les redouter, car elles ont été établies pour notre bien.
Mes frères, élevez vos enfants dans le respect de cette autorité ; apprenez-leur à respecter les magistrats, en leur disant que le pouvoir de ces hommes vient de Dieu. Eloignez de votre famille les journaux qui prêchent des doctrines malsaines, les livres qni renferment des principes révolutionnaires. Dans l'oidre religieux, le devoir est plus
impérieux encore: respectez le pape, les évêques, et les prêtres, avez pour ces représentants de Dieu une vénération sans bornes, et inculquez ce respect et cette vénération à vos enfants. Si les enfants sont instruits de leurs devoirs, et s'ils voient Jésus-Christ dans la personne de ses ministres, ils feront de bons et utiles citoyens, et Dieu bénira notre peuple.
Ainsi soit-ie.
DOUZIEME CONFEREN