MES FRÈRES
L'évangile de ce dimanche nous offre un trait bien reraarquale : c'est le zèle des Juifs à aller entendre Notre Seigneur Jésus-Christ. Accablé par le nombre des auditeurs, Jésus monta dans la barque de saint Pierre, il la fit éloignai du rivage, et de là il instruisait la fouit1.
Cet exemple des juifs devrait être imité parles Chré-
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tieus, car la parole de Dieu continue à se faire entendre dans le monde. Qu'elle soit servie dans un vase d'or ou dans un vase commun, cette parole est toujours également précieuse. La parole de Dieu porte en elle-même sa force et sa vertu, et c'est toujours avec le même zèle, le même empressement qu'il faut aller l'écouter. La parole de Dieu est une semence, semen est verbum- Dei \ quelle que soit la main qui l'ait jetée, elle germera, elle produira des fruits, si elle rencontre un terrain et des circonstances favorables. Voyez : Notre Seigneur prêchait et les juifs venaient en grand nombre pour l'écouter ; cependant sa prédication produisit moins d'effet que n'en devait produire plus tard la prédication des apôtres. Il prêche pendant trois ans : beaucoup de personnes admirent sa parole pleine de sagesse et prononcée avec une autorité souveraine, mais il n'y a guère que les Apôtres et un petit nombre d'autres personnes qui se convertissent. Et ceux-là même, comment étaientils convertis ? Quand vient l'épreuve, tous, à l'exception de saint Jean, abandonnent lâchement leur maitre et le laissent à la merci de [ses ennemis. La parole avait été semée par une main divine, mais elle était tombée dans des âmes mal disposées, elle fructifiait bien peu. Au contraire, dès le premier sermon de saint Pierre, après la descente du Saint- Esprit, les juifs se convertissent paT milliers.
Ces succès étonnants avaient été annoncés d'avance à saint Pierre par la pêche miraculeuse du lac de Génézareth. Pendant toute une nuit il avait péché sans rien prendre, mais à la voix de Jésus-Christ il jette de nouveau le filet, et il prend une quantité si prodigieuse de poissons, que sa barque était prête à sombrer. Quand on travaille par obéissance à la parole de Jésus, on fait des merveilles. Saint Pierre se jette aux pieds du divin maitre et il lui dit : Eloignez-vous de moi, car je suis pécheur. Il était tout effrayé du miracle qui venait de s'opérer sous ses yeux.
Là, Notre Seigneur donne à ses apôtres leur admirable mission: " Ne craignez pas, " dit-il à saint Pierre, "vous
serez désormais employé à une autre pêche où vous retirerez des hommes, ex hocjam honnîtes eris capiens. "
Une chose donc qui doit distinguer tous les chrétiens, c'est le zèle à écouter la parole de Dieu et le soin de la mettre en pratique. Celui qui n'écoute pas la parole de Dieu bâtit sur le sable, comme je vous l'ai dit plusieurs fois ; et celui qui écoute la parole de Dieu et la met en pratique bâtit sur le roc : en vain les pluies de l'adversité tomberont du ciel, en vain les vents des tribulations souffleront avec violence, en vain les torrents des passions se déchaîneront, d'une manière terrible, la maison ne sera pas renversée.
Après ce préambule qui aura sans doute son utilité auprès de vous, je vais continuer mes conférences sur l'Encyclique Humanum genus. Ce commentaire commence sans doute à vous paraître un peu long-, mais l'enseignement qui nous est. venu de la chaire de saint Pierre le 20 avril 1884 a une portée vraiment immense. J'avais presque décidé de m'en tenir à ce que je vous ai dit jusqu'ici, cependant en y réfléchissant, j'ai trouvé qu'il restait des sujets d'une extrême importance que je ne .pouvais me dispenser de traiter; il y a entr'autres la question si grave de l'Education.
Quelle doit être l'éducation de l'enfant ? C'est là une question dont on ne peut exagérer l'importance, car l'homme sera ce que l'éducation l'aura fait ; et la société sera ce que seront les hommes qui la composent.
Oui, c'est l'éducation qui fait l'homme. Par leur nature tous les hommes sont semblables, mais une fok qu'ils sont entrés dans le monde, il se fait en eux un travail qui leur donne une forme particulière ; ce travail, c'est celui de l'éducation. Le petit enfant ne parle pas ; avec le temps, cependant, sa langue va se délier peu à peu, il viendra à parler ; et quelle langue parlera-t-il ? celle de sa mère : si sa mère est canadienne il parlera notre langue, il parlera le français, si elle est anglaise il parlera l'anglais. De même l'enfant qui vient de naître ne peut avoir ni connaissance.
ni vertus, ni défauts : il recevra de sa mère la vie morale comme il en a reçu la vie physique. Si sa mère est chrétienne il sera chrétien, si sa mère est infidèle il sera infidèle ; si sa mère est civilisée il sera civilisé, si sa mère est sauvage il sera sauvage. Quand l'enfant est instruit et bien élevé, il fait nécessairement quelque chose de grand et de bon, mais si son éducation est négligée, s'il reçoit de mauvais exemples ou de mauvais préceptes, il sera le fléau de la société où il vivra.
Je sais qu'il faut tenir compte du naturel des enfants : il y en a qui sont nés avec un penchant au bien et dont l'éducation est relativement facile ; d'autres sont nés avec un penchant au mal, ils résistent à tous les bons conseils, à tous les bons exemples, et ils remplissent d'amertume le cœur de leurs parents. Cela arrive, mes frères, mais c'est plutôt une exception : en général, la bonne éducation étouffe les germes des vices dans le cœur des enfants, et ils sont, aimons à le répéter, ce que l'éducation les a faits.
Il s'élève ici une question importante, savoir qui doit élever l'enfant. Deux courants de doctrine partagent ici les savants ; les uns disent : Il faut que l'homme ait de quoi gagner sa vie ; développez ses forces physiques, donnez-lui la science des choses profanes, apprenez-lui à faire de l'argent, cela suffit pour son éducation. D'autres, — et ce sont eux qui ont raison — , disent au contraire : L'homme ne vit pas seulement de pain ; il faut à l'homme un moyen de gagner sa vie, mais il lui faut, avant tout, le moyen de servir Dieu et de sauver son âme. — L'homme a deux fins : une fin temporelle et sa fin dernière ; il y en a malheureusement qui ne vont pas au-delà de sa fin première et temporelle.
Notre Seigneur a bien voulu faire connaître lui-même ce qu'il faut penser de l'éducation, quand il a dit : U homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Certes, voilà des paroles bien remarquables.
Avant de développer ces paroles qui forment un véri-
table programme d'éducation, il faut examiner les circonstances dans lesquelles elles ont été prononcées.
Notre Seigneur venait de recevoir le baptême de Jean, et. à la fin de cette sainte cérémouie, Dieu lui avait rendu témoignagne en faisant entendre les paroles suivantes : Celvi-ci est mon fils bien-aimé en qui f ai mis tontes mes complaisances. Il se relira alors dans le désert, afin de se préparer à sa mission divine par le jeûne et la prière.
Par le jeûne on affaiblit le corps, et par la prière l'âme s'élève vers Diru et reçoit la force dont elle a besoin : c'est le vrai principe de la vie morale.
Mais voyez au milieu de quelles circonstances Notre Seigneur veut faire son jeûne de quarante jours: il se retire dans un lieu horrible, sur des rochers nus, dans un désert sans aucune végétation.
L'homme fut créé dans un jardin, où il trouvait ce qui était nécessaire non seulement à sa vie, mais encore à son agrément. Là, il se trouva en présence de deux maîtres : l'un le véritable maître, son Dieu et son Créateur, lui dit : Ne mange pas du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, car du moment où tu en mangeras, tu seras soumis à la mort. L'autre, le Démon, se présente à son tour et lui dit : Mange du fruit de cet arbre, et tu deviendras semblable à Dieu. L'homme se tourna vers le naturalisme, il voulut chercher son bonheur dans les jouissances de la terre, et cette terre alors fut maudite à cause de lui.
Quatre mille ans plus tard, voilà encore Satan qui vient donner un conseil ; ce n'est plus dans un paradis, cVst dans un désert aride ; Dieu veut, cette fois, révéler à l'homme le vrai principe de l'Education.
Satan vient donc renouveler la lutte : il se doute que Jésus-Christ est celui qui, naissant de la femme, doit écraser la tête du serpent, mais il n'en a pas la certitude. Jésus n'a rien mangé depuis quarante jours, Satan se présente à lui tenan: des pierres dans ses mains : Si tu ><
Dieu, lui dit-il, commande que ces pierres se changent en pain. Mais Notre Seigneur lui répondit avec force et sagesse : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute paroi? qui sort de la bonche de Dieu. Matth. IV, 4.
La matière suffit, disent un trop grand nombre d'hommej de notre temps : perfectionnons la matière, changeons des pierres en pain s'il est possible, c'est tout ce que nous avons à faire ici-bas. Notre Seigneur relève l'humanité : il rappelle que l'homme n'a pas seulement la vie du corps, mais qu'il a encore la vie de l'âme. Jésus ne dit point que le pain n'est pas nécessaire, mais il dit que le pain ne suffit pas. Quand bien même vous donneriez à un enfant le moyen de devenir millionnaire, si vous ne lui donnez que cela, à la fin il n'en sera pas plus avancé. L'homme ne vit pas seulement de pain, il vit aussi de Ja parole de Dieu, car il a deux vies.
Le pain qui nourrit le corps doit, sans doute, être donné à l'enfant, mais son père et sa mère doivent lui apprendre aussi d'où il vient et où il va. et si on le laisse dans l'ignorance de ces choses, si on ne lui fait pas entendre la parole Dieu, il grandira dans la nuit ; il n'aura pas vécu à proprement parler, il arrivera devant Dieu les mains vides, la récompense éternelle ne sera pas pour lui.
L'homme se nou rrit de la parole de Dieu : donnez la vérité à son intelligence, alors il pourra se soutenir au milieu des luttes de la vie, et il arrivera à sa fin. Pour nous, Catholiques, il ne peut y avoir de difficultés sur ce point : il faut que les enfants soient élevés dans la connaissance et l'amour de Dieu ; il faut que dans les institutions, dans les écoles, on fasse entendre la parole de Dieu ; alors l'homme vivra en véritable homme, et il arrivera au but. — Le principe de toute éducation, c'est qu'il faut développer à la fois la vie du corps, la vie du cœur et la vie de l'esprit. Ces trois choses doivent se faire simultanément.
Le pape Pie IX, de glorieuse mémoire, écrivait aux évéques d'Autriche, dans sa lettre du 17 mars 1856 : t: N'ap-
u poitez pas moins d'attention, bien-aimés Fils et Vénéra- " blés Frères, à prendre toutes les mesures nécessaires pour " que la jeunesse de vos diocèses, à quelque sexe, à quelque " condition qu'elle appartienne, soit élevée de plus en plus u catholiquement. Employez donc votre vigilance afin que " cette jeunesse, pénétrée surtout de la crainte de Dieu et " nourrie du lait de la piété, ne soit pas seulement instruite. " avec soin des éléments de la foi, mais encore amenée à ""une complète connaissance de notre sainte religion; " qu'elle soit formée à la vertu, aux mœurs pures, à une " manière de vivre chrétienne, et qu'elle soit mise en garde " contre toutes les flatteries et tous les périls de la perver- "■ sion et de la corruption. "
Le môme pape écrivait à l'archevêque de Fribourg, en date du 14 juillet 1864 : " Mais si ce détestable mode d'en- " seignement. séparé de la foi catholique et de la puissance u de l'Eglise, est une source de maux pour les particuliers " et pour la société, lorsqu'il s'agit de l'enseignement des u lettres et des sciences, et de l'éducation que les classes éle- " vées de la société puisent dans les écoles publiques, qui u ne voit que la même méthode produira des résultats beau- " coup plus funestes si elle est appliquée aux écoles popu- " laires ? C'est surtout dans ces écoles que les enfants du " peuple de toutes les conditions doivent être, dès leur plus " tendre enfance, soigneusement instruits des mystères et " des préceptes de notre sainte religion, et formés avec dili- " gence à la piété, à l'intégrité des mœurs, à la religion et " à l'honnêteté de la vie. Dans ces écoles, la doctrine reli- " gieuse doit avoir la première place en tout ce qui touche " soit l'éducation soit l'enseignement, et dominer de telle u sorte que les autres connaissances données à la jeunesse y " soient considérées comme accessoires. "
A'oilà comment un saint pape imposait l'obligation de veiller sur les petites écoles, de voir à ce qu'on y enseignât avant tout la religion, le catéchisme qui est un abrégé de l'enseignement religieux.
L'abbé Moulavt, dans un livre remarquable intitulé •' l'Eglise et l'Etat, " dit en s'appuyant sur le Syllabm : " Non seulement il appartient uniquement à l'autorité " ecclésiastique, en vertu d'un droit essentiel, de diriger " l'enseignement de la théologie et l'éducation du clergé, " mais de plus cette autorité a le droit d'intervenir dans la " direction des écoles publiques où se fait l'éducation de " l'enfance et de la jeunesse chrétienne ; car les chrétiens " sont aussi sujets de l'Eglise ; et l'Eglise a même le droit " exclusif de diriger leur éducation en ce qui concerne " l'enseignement et la pratique de la religion. Conséquem- " ment, le pouvoir civil doit admettre son intervention, à " titre d autorité, dans la discipline des écoles, dans le régi- 4i me des études, dans le choix ou l'approbation des maîtres, " afin d'écarter tout ce qui blesse la loi ou la morale chré- " tienne. La bonne constitution de la société civile ne " demande nullement, elle ne permet même point que les '• écoles populaires ou les établissements d'enseignement " supérieur soient soustraits à l'autorité de l'Eglise et à son '* influence salutaire, pour être pleinement subordonnés " aux volontés du pouvoir civil, se façonner selon les vœux " ou les caprices des gouvernants, et suivre le courant des " opinions, des idées ou des erreurs générales de l'époque. " En effet, comme l'Eglise nous a donné la vie surnaturelle, il lui appartient de nous donner le pain qui doit soutenir cette vie ; il lui appartient de, veiller à la discipline des écoles, afin d'éloigner les dangers qui menacent la vie surnaturelle de la jeunesse chrétienne.
L'enfant ayant une double vie, relève des parents et de l'Eglise, mais il ne relève point de l'Etat. C'est ici un enseignement qu'il ne faut jamais perdre de vue. Mais pourquoi parler de ces choses ? Tout no va-t-il pas bien dans notre Canada ?
Mes frères, il faut l'avouer, les erreurs contraires à cet enseignement commencent à se glisser dans nos populations ; on y remarque surtout des tendances malheureuses, qui nous mèneraient à l'abîme si nous n'y prenions garde.
CONFÉRENCES lôî
N'est-il pas vrai que même des catholiques pratiquants, parmi nous, confient leurs enfants à des institutions protestantes, sous prétexte qu'ils y apprennent mieux les matières commerciales? ( C'est une chose connue de tout le monde, que la discipline ecclésiastique, dans ce pays, défend aux catholiques d'envoyer 1er; rs enfants aux écoles protestantes ). Ainsi, dans l'esprit de ces parents, l'avantage d'une éducation religeuse ne balance pas les avantages d'une instruction commerciale. Or, dans la réalité, ce dernier avantage même est purement chimérique, car on peut affirmer sans crainte que nous avons des écoles catholiques auxquelles on ne trouve rien de supérieur sur notre continent. Xos congrégations religieuses, nos "Frères des Ecoles chrétiennes, " par exemple, ont des méthodes d'enseignement qui ont été regardées, à Londres même, au centre du pays le plus commercial du monde, comme étant ce que l'on a pu trouver de plus parfait jusqu'aujourd'hui. Et ce n'est pas surprenant, puisque ces hommes étudient toute leur vie, se dévouent uniquement à l'éducation de la jeunesse, et s'y dévouent par conscience et par vœu.
Ce qui doit dominer dans votre âme, mes frères, c'est le soin du salut de vos enfants ; le premier enseignement que vous devez tenir à leur donner, c'est l'enseignement religieux. Ces remarques que je vous fais conviennent à notre pays, car on voit des tendances à y introduire un enseignement naturaliste, c'est ce qu'on veut bien appeler Y enseignement pratique. Léon XIII dit formellement que l'éducation relève des parents et de l'Eglise ; retenez cela, mes frères, car on viendra trop souvent vous dire qu'il relève de l'Etat.
Pie IX dit de plus que les petites écoles ont pour but principal l'enseignement du catéchisme. En effet, mes frères, tous ne sont pas appelés à dominer dans la société ; l'immense majorité est appelée à obéir ; ce qu'il faut à tous ces hommes qui ne seront jamais appelés à commander dans leur pays, c'est surtout la connaissance de la religion;
c'est cette science qui doit leur apprendre à se conduire eux-mêmes, chose nécessaire à tous les hommes.
Je crois qu'il est important de rappeler en ce moment une circonstance intéressante de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, où nous trouvons la vraie théorie de l'éducation de l'enfance. Après avoir prononcé les paroles que je vous citais dans ma dernière conférence : " Que l'homme donc ne sépare point ce que Dieu a uni, " Notre Seigneur aperçut de petits enfants que leurs mères conduisaient vers lui. Cependant, les apôtres trouvant que ce grand nombre d'enfants allaient importuner leur maître, commandaient à tous de se retirer; mais alors Jésus éleva la voix : N'empêchez pas, dit-il, les petits enfants de venir à moi ; il les reçut donc tous, et il les bénit avec une tendresse de père.
Après avoir établi la famille sur sa véritable base, Notre Seigneur ne pouvait mieux faire que d'inviter les mères à lui amener les petits enfants.
Femmes chrétiennes, imitez en cela les femmes juives, conduisez vos enfants à Jésus. Vous devez d'abord faire donner à vos enfants la grâce du saint baptême, et, dès qu'ils comprennent quelque chose, vous devez les mener à Dieu. Apprenez leur à appeler Dieu te bon Dieu, à le nommer notre Père ; mettez-leur ainsi dans la bouche des expressions tendres, qui touchent leurs jeunes cœurs, et qui excitent en eux cet amour que nous devons avoir pour l'Etre infiniment bon qui nous a créés et rachetés. La première éducation à donner, c'est l'éducation chrétienne.
Que pensez-vous, maintenant, des gens qui trouvent que l'on enseigne trop le catéchisme ; que c'est un temps perdu ? Eh bien ! il s'est trouvé de ces hommes là dans notre pays. Le temps employé à l'étude du catéchisme est un temps perdu ! Demandez aux Communards de Paris s'ils ont passé leur temps à étudier la religion : on les a élevés autrement, eux ; on leur a appris autre chose que le catéchisme : trouvez-vous qu'on a fait une bien belle œuvre ?
Il est curieux maintenant de savoir quelle est la
doctrine de la franc-maçonnerie, sur les points importants que nous venons de traiter. Léon XIII va nous l'apprendre.
" La secte concentre aussi toutes ses énergies et tous " ses efforts, " nous dit-il. "pour s'emparer de l'éducation "de la jeunesse. Les francs-maçons espèrent qu'ils pour- " ront aisément former d'après leurs idées cet âge si tendre " et en plier la flexibilité dans le sens qu'ils voudront, rien " ne devant être plus efficace pour préparer à la société " civile une race de citoyens telle qu'ils rêvent de la lui " donner. C'est pour cela que, dans l'éducation et dans " l'instruction des enfants, ils ne veulent tolérer les minis- " très de l'Eglise ni comme professeurs, ni comme surveil- " lants. Déjà dans plusieurs pays, ils ont réussi à faire con- " fier exclusivement à des laïques l'éducation de la jeunes- '; se, aussi bien qu'à proscrire totalement de l'enseignement " de la morale les grands et saints devoirs qui unissent " l'homme à Dieu. "
En France, on formule tout cela en trois mots : Education gratuite, obligatoire et laïque.
Education gratuite : Est-ce que cela veut dire que le peuple n'aura rien à payer? Oh ! non. On lui prendra des millions de piastres pour bâtir des palais ; on lui fera payer trois fois, quatre fois plus cher qu'il n'eut payé autrement : seulement cela entrera dans le budget de l'Etat de manière à ôter aux particuliers tout contrôle sur l'emploi des sommes qu'ils pavent. L'éducation réellement gratuite, c'est la religion qui la donne, car dans son sein vous trouverez des personnes qui se dévouent à la cause de l'Education, vous trouverez les Frères et les Sœurs qui font vœu d'instruire la jeunesse, et qui ne demandent pour cela que leur nourriture et quelques piastres pour leur pauvre vêtement. Oui, c'est là l'éducation gratuite. Mais si l'on prend pour une éducation gratuite celle qui est donnée sous ce nom par l'Etat, on payera bien cher l'erreur dans laquelle on. sera tombé.
Education obligatoire: C'est-à-dire que le Père sera obligé d'envoyer son enfant dans une école richement dotée sur le budget de l'Etat, et dans laquelle cependant il ne peut l'envoyer sans violer la loi de Dieu et de l'Eglise; ou bien il lui faudra payer une seconde fois et soutenir à ses frais et dépens une école dans laquelle la foi et les mœurs de cet enfant seront dûment sauve-gardés : car l'éducation chrétienne de l'enfant est sans aucun doute l'un des premiers devoirs du Père.
La part qui revient à l'Etat dans cette grande œuvre, est d'aider le Père- de l'amille dans l'accomplissement d'un devoir important. Mais que l'Etat vienne se substituer au Père de famille, c'est là véritablement une violation du droit naturel et divin !
Education laïque, c'est-à-dire de laquelle tout enseignement religieux sera banni. On veut mettre un antagonisme entre le prêtre et les fidèles. Dans une famille, peut-il y avoir antagonisme entre le père et ses enfants? Le prêtre est un père et les chrétiens sont ses enfants spirituels pour lesquels il se dévoue, pour lesquels il donnera jusqu'au sang de ses veines. Les principes de ceux qui veulent établir cet antagonisme, cette anomalie, sont des principes abominables. On veut chasser le prêtre des écoles pour pouvoir en chasser ensuite Jésus-Christ lui-même.
Bénissons Dieu qui a voulu que notre pays se couvrît de ces grandes maisons d'éducation, de ces collèges et de ces couvents qui font notre force en même temps que notre gloire. Les enfants vont y puiser largement la science humaine, mais ils apprennent avant tout à devenir chrétiens. Quand notre patrie a eu besoin d'hommes pour revendiquer ses droits outragés, nos collèges lui ont fourni des défenseurs qui par la force de leur parole ont jeté dans l'étonnement nos ennemis eux-mêmes ; dans les jours d'épreuve, c'est encore de là que viendra notre espérance.
On nous traite cependant de peuple ignorant et rétrograde ; on dit même que nous faisons tache dans la jeune
et brillante Amérique. Mes frères, nous sommes trop catholiques pour plaire à la société moderne ; tant que nous serons sous l'étendard de Jésus-Christ nous serons accusés, méprisés par l'impiété et par l'hérésie : les serviteurs ne sont pas plus que leur maître.
Mais avouez, nous dira-t-on, que dans la Province de Québec l'éducation n'est pas pratique. Quoi î elle ne serait pas pratique cette éducation qui rend nos jeunes gens capables d'entrer dans n'importe quel état de vie !
Le jeune enfant ne sait pas encore, ne peut pas savoir si tôt ce que Dieu demande de lui ; il s'en vient donc dans nos maisons d'éducation, son âme y grandit en même temps que sou corps ; et quand ila complété le cercle de ses connaissances, il dit à Dieu : Seigneur, que faut-il que je fasse.' Si Dieu lui dit d'entrer dans l'état sacerdotal ou dans l'état religieux, il est tout préparé: si Dieu lui dit d'entrer dans une profession ou dans le commerce, il est tout préparé aussi ; et ce ne serait pas là une éducation pratique !
Comprenons encore une fois ce qui1 nos ennemis veulent dire par cette accusation bizarre : ils veulent dire que notre éducation est trop catholique. Si nous n'enseignions aux enfants que le moyen de s'enrichir, on crierait sur les toits que nous avons l'éducation la plus pratique de l'unirers.
L'éducation pratique ainsi entendue, que les peuples dévoyés qui la prêtèrent, que les peuples gouvernés par la franc-maçonnerie la gardent pour leur propre malheur quant à nous, nous sommes encore assez sages pour n'en pas vouloir: l'homm ! ne vit pas seulement de pain
Méprisons donc ces accusations injustes: continuons à donner à nos maisons d'éducation l'encourag .«ment et l'admiration qu'elles méritent, continuons à donner aux enfants une éducation franchement chrétienne, et ne craignons rien pour l'avenir de notre peuple.
Atxsi soit-il.