‹ Conférences sur l'encyclique Humanum genusChapitre 59 sur 62 · DE LA VOCATION · texte numérisé non relu

DE LA VOCATION

Magister bone, quid boni faciam ut habeam vitam seternam?

Bon maître. quel bien faut-il que je fasse pour acquérir la vie éternelle.

Matth. XIX. 1G.

Mes frères,

Yoilà bien la question la plus importante que l'on puisse poser, savoir qu'est-ce que l'homme doit faire pour arriver à la possession de la vie éternelle. Cette question fut posée à Notre Seigneur Jésus-Christ par un jeune homme à la fleur de l'âge, issu d'une noble famille, et à la tête d'une fortune considérable. Il s'agissait pour ce jeune homme de chosir un état de vie, car il avait reçu une bonne éducation; voilà pourquoi il interrogeait notre divin Sauvi 'ur.

Tout homme devrait se poser de temps en temps à luimême cette même question : Que faut-il que je fasse pour arriver au ciel ? Ecoutez la réponse que reçut le jeune homme: Si vous voulez entrer dans l<i vie, observez /es commandements. Notre Seigneur pose ici un principe qui regarde tous les hommes, car tout homme qui vient en ce monde doit observer les commandements, c'est une chose absolue, et sur laquelle il ne peut y avoir de doute ni d'illusion. Le jeune homme ayant reçu cette réponse veut être éclair.'-

davantage ; il demande quels sont ces commandements qu'il faut observer. Il les connaissait bien, car il avait été élevé dans la crainte de Dieu, mais il désirait en entendre rénumération de la bouche même du divin Maître. Notre Seigneur lui en donne un résumé, et il appuie particulièrement sur la charité : " Vous ne ferez point d'homicide, vous " ne commettrez point d'adultère, vous ne volerez point, " vous ne rendrez point de faux témoignage, honorez votre " père et votre mère, et, vous aimerez votre prochain eoms" me vous-même pour l'amour de Dieu " Matth. XIX, 18, 19.

Le jeune homme ayant entendu ce résumé de la loi de Dieu, dit alors : J'ai gardé tous ces préceptes depuis mon bas âge ; que me manque-t-il encore ? L'évangéliste saint Marc ajoute ici que Notre Seigneur regarda le jeune homme avec intérêt, et qu'il l'aima. De son regard divin, il pénétra jusqu'au fond de ce jeune cœur, et il vit avec admiration que l'adolescent avait dit la vérité Alors il lui dit : Il vous manque encore une chose : " Si vous voulez être " parfait, allez, vendez ce que vous avez et donnez-le aux " pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; venez en- " suite et suivez-moi. Mais lorsque le jeune homme eut " entendu ces paroles, il s'en alla tout triste, car il avait de " grandes richesses." Matth. XIX, 21, 22.

Il baissa les yeux, il réfléchit, et tourna ensuite le dos à Notre Seigneur. Depuis ce moment, il n'en est plus question dans l'Evangile.

Il v a donc dans l'Eglise deux états de vie bien distincts : l'état de la vie commune^ où l'on observe les commandements, et l'état de la vie par/aile, où, de plus, on met en pratique, les conseils évangéliques.

Tout le monde est appelé dans le premier état, où l'on entre par le baptême. Que demandez-vous à l'église de Dieu, dit le prêtre à celui qui demande le baptême; celuici répond : la foi. Que vous procure la foi, reprend le prêtre ; et l'on répond : la vie éternelle. Si donc, continue alors le prêtre, vous voulez entrer dans la vie. gardez les comman-

déments. C'est ainsi que nous sommes entrés clans l'état de la vie commune, et nous avons promis alors d'observer tous les commandements de Dieu.

Maintenant, il y en a quelques-uns qui sont appelés à une vie plus parfaite : c'est pour cela que Xotre Seigneur dit: 11 vous manque quelque chose ; vous êtes bon. mais Dieu vous appelle à quelque chose de supérieur : si donc vous voulez être parfait, vendez ce qne vous avez, donnezle aux pauvres, et suivez-moi. Est-ce un précepte qui est fait à ce jeune homme ? Xon. Personne n'est obligé de vendre son bien pour le donner aux pauvres : cependant, il est de fait que Dieu appelle quelques-uns à le faire. Il est important pour ceux qui sont appelés dp suivre cette vocation. S'ils la manquent, faut-il en conclure qu'ils seront damnés ? Xon, mais la suite du saint Evangile nous montre bien qu'alors le salut est beaucoup plus difficile, et qu'il faut même une espèce de miracle pour l'opérer. Voici: Quand le jeune homme entendit les paroles de Jésus, lui (jui était jeune, riche, enfant de noble famille, il sentit une grande lutte se livrer dans son âme. Il était bon, mais il y avait déjà quelque chose de désordonné en lui ; il y avait déjà dans son cœur un trop grand attachement aux richesses ; sa conscience ne lui en avait pas encore fait de reproche, et il pouvait dire à celui qui scrute les reins et les cœurs : J'ai observé les commandements ; cependant Notre Seigneur voyait ce commencement de désordre, et il aurait voulu éloigner ou prévenir le danger. Une lutte s»1 fit donc entre la Nature et la Grâce. La G-râce avait éclairé le jeune homme, et elle lui avait proposé un grand sacrifice suivi d'une belle récompense. D'un autre coté la Nature lui disait : Tu es jeune, tu vas peut-être vivre encore cinquante ou soixante ans ; tu es riche, tu peux te procurer des jouissances, tu peux aspirer aux honneurs, et il faut que tu renonces à tout cela ! Le monde appelait cet adolescent aux honneurs et aux plaisirs, Dieu l'appelait aux sacrifices et aux humiliations ; malheureusement, il succomba et entra dans un état qui n'était pas le sien. Qu'arriva-til '. On ne

gêna pas sa liberté ; mais quand il eut disparu, Jésus fit entendre ces paroles étonnantes : " En vérité je vous dis que '" le riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. " Et je vous le répète : Il est plus facile pour un chameau " de passer par le chas d'une aiguille, que pour un riche '; d'entrer dans le royaume des cieux." Les disciples étaient étonnés, et ils s'exclamaient : Qui donc pourra être sauvé ? Jésus reprit alors : " Cela est impossible pour les hommes, " mais pour Dieu tout est possible."

Notre Seigneur pose ici un principe général, pour nous faire comprendre le danger des richesses ; puis il l'applique à un cas particulier, afin de montrer en même temps combien le salut est difficile pour un homme qui a perdu sa vocation.

Notre Seigneur parle encore de la vie parfaite, quand il dit : " Si quelqu'un vient à moi, et qu'il ne haïsse pas " son père et sa mère, et son épouse, et ses fils, et ses frères, " et ses sœurs, et même sa propre âme, il ne peut être mon " disciple. " Luc, XIV, 26. " Si quelqu'un d'entre vous ne ;i renonce pas à tout ce qu'il possède, il ne peut être mon '• disciple. " Luc, XIV, 33.

Il y a donc des hommes qui sont appelés à mortifier leur corps parun3 vie austère, à mortifier leur volonté par l'obéissance ; c'est cet enseignement que je veux vous exposer aujourd'hui, et cette doctrine vous expliquera un phénomène que vous avez, sans doute, remarqué bien des fois. Combien d'hommes ne sont capables de rien dans la vie ; on est à se demander, en les voyant, pourquoi ils ont été mis dans le monde. Ils sont un danger pour la société, au lieu d'en être la force. Ces hommes sont en dehors de leur vocation ; ils sont comme des membres démis dans ce corps moral qui s'appelle la société.

Dans le corps humain chaque membre a sa place et sa fonction, et contribue ainsi à la santé, à la force et aussi à la beauté du corps ; dans la société chaque homme forme un membre, et a ses fonctions bien déterminées. C'est ce

que disait l'apôtre saint Paul : " Dieu a établi dans son •■ Eglise, premièrement des apôtres, secondement des pro- '" phètes, troisièmement des docteurs ; ensuite ceux qui ont ' ' la vertu de faire des miracles, puis ceux qui ont la grâce " de guérir les maladies, ceux qui ont le don d'assister les " frères, ceux qui ont le don de gouverner, ceux qui ont le " don de parler diverses langues, ceux qui ont le don de " les interpréter. " I Cor. XII, 28. Quand chaque homme est à son poste, où Dieu le veut, la société est à l'aise, comme un corps dont tous les membres sont à leur place ; elle aura alors les oreilles pour entendre, les yeux pour voir et se guider, la langue pour donner de bons conseils, les mains pour faire les œuvres de miséricorde, les pieds pour la soutenir ferme, tout le corps aura du bien-aise et sera prêt à l'action.

Avez- vous remarqué la diversité des dons et des talents parmi les hommes ? Est-ce que cela dépend des individus ? Non. cela vient de Dieu. Dieu a voulu que la société fut un corps, un être moral ; c'est à chaque homme, à chaque membre à employer les talents et les aptitudes que Dieu lui a donnés. Quand les hommes sont sages, ils consultent la Providence, et alors Dieu les éclaire.

Quelquefois dans une position Dieu demande des sacrifices : c'est ce qu'il fait pour les hommes appelés à la Aie parfaite. Le chapitre de l'Evangile où i) est parlé de la vocation mérite d'être étudié à fond, car nous y trouvons tout le plan de la Providence sur la société. Au commencement Jésus est consulté sur le mariage, et il l'établit sur sa véritable base. Ensuite des mères présentent leurs petits entants, et il enseigne qu'il faut les mener Dieu : Laissez venir à moi les petits enfants. Après ce passage, on arrive au jeune homme qui dit : Que vie maixitie-t-il encore7, que dois-je faire? Ainsi doivent parler les jeunes gens; ils doive;.! consulter Dieu et demander : Que me faut-il maintenant ?

Parents chrétiens, quand il s'agit pour vos enfants de faire le choix d'un état de vie, vous ne devez pas imposer

votre volonté ; vous ne devez pas chercher un misérable intérêt pécuniaire, une satisfaction pour votre vanité, mais vous devez les aider à connaître et à suivre la volonté de Dieu.

Jeunes gens, quand vous avez reçu votre éducation collégiale, vous êtes arrivés à un moment bien solennel ; car du choix que vous allez faire dépend votre avenir, de ce choix d'un état de vie dépend votre sort pour l'éternité. Si Dieu approuve votre choix, vous aurez les aptitudes nécessaires, vous aurez la grâce, vous serez heureux. Mais si vous entrez dans un état qui ne soit pas le vôtre, vous serez contrariés de mille manières, vous n'aurez pas les talents requis par votre état, vous serez malheureux. Yoilà comment il se fait que tant d'hommes sont incapables de gagner leur vie ; ce sont des membres démis, ils sont une cause de faiblesse et de souffrance pour tout le corps social.

La première chose qui doit occuper l'attention de votre âme, c'est de saA'oirsi vous êtes appelés à la vie commune, à la vie de la généralité des hommes, ou si vous êtes du petit nombre de ceux que Dieu a choisis pour les élever à une plus grande perfection. Car saint Paul dit : Née quisquam sumit s>bî honorent, sed qui vocatur a Deo tanquam Aaron. Hebr. V, 4 ; nul ne s'attribue à soi-même cet honneur, mais il faut y être appelé de Dieu comme Aaron ; voilà pourquoi l'Eglise prend tant de soin pour constater la vocation. La vie la plus parfaite et la plus sainte, la plus sublime dignité qui existe, c'est celle de l'état sacerdotal. Le. prêtre est séparé du monde, et il vit dans le monde pour le sanctifier ; il est l'embassadeur de Jésus-Christ, ou plutôt c'est un autre Jésus-Christ, sacerdos dlter Christvs. Il reçoit la lumière d"en haut et il la répand sur le peuple chrétien, il annonce la parole de Dieu et son œuvre journalière est de sauver les âmes.

Dans la vie parfaite il y a un autre degré moins élevé, c'est l'état religieux.

Aux débuts de l'Eglise, les chrétiens comprenaient si

bien qu'il fallait détacher son cœur de tous les biens de ee monde, que plusieurs venaient déposer leurs biens aux pieds des Apôtres, pour les mettre en commun avec les autres fidèles. Cependant, dans le partage que l'on faisait de ces biens aux pauvres et aux veuves, il vint à y avoir des murmures ; de là l'institution des Diacres, qui devaient être occupés du ministère des tables, pendant que les Apôtres s'occupaient de la prière et du ministère de la parole.

Les hommes seuls peuvent être appelés au sacerdoce, mais aux autres degrés de la vie parfaite les femmes peuvent être appelées comme les hommes.

Dans la vie religieuse on pratique trois conseils évangéliques : lo on se détache des choses de la terre ; quand une personne se décide à pratiquer ce premier conseil, l'Eglise lui fait prendre, pour un temps limité ou pour toujours, l'engagement de renoncer aux honneurs et aux richesses ; c'est là le premier Vœu de la vie religieuse, le vœu de pauvreté ; 2o on se renonce à soi-même : c'est l'objet du second vœu de la vie religieuse, le vœu de chasteté, par lequel on s'engage à la mortification du corps ; 3o on soumet sa volonté à celle d'une autre personne : c'est ici l'immolation de l'âme ; l'engagement à suivre ce troisième conseil forme le troisième vœu de la vie religieuse, le vœu d'obéissance. Voilà ce que c'est que l'état religieux ; un état où l'on s'engage à la pratique des consoils évangéliques. Tout le monde n'est pas appelé à cette vie, mais encore une fois il est important d'y entrer quand on est appelé de Dieu.

Je crois devoir prendre quelques instants peur vous faire voir la beauté et l'importance de cet enseignement.

La société est un Corps, et ceux qui sont dans l'état où Dieu les appelle sont les membres utiles de ce corps. Mais dans la société il y a des besoins auxquels les individus et la famille ne peuvent satisfaire; ces besoins se montrent à mesure que la société devient plus nombreuse. Prenez, par ex< mple. une ville de 500,000 âmes : il est bien difficile de (aire l'ace aux besoins moraux d'une population si consi-

dérable. De petits enfants seront abandonnés par des parents sans entrailles, on bien, étant nés de parents inconnus, ils seront sans soutien et sans asile. Chez les Païens, chez les Chinois par exemple, on jette ces pauvres petits êtres à la voierie, on les fait dévorer par les animaux. Chez les païens encore, quand la famille devient nombreuse, ou que les moyens de subsistance sont un peu faibles, la loi ferme les yeux, et l'on étouffe aussitôt après leur naissance les enfants qui sont trop délicats ou qui ne paraissent pas bien conformés. C'est là, mes frères, un état de société horrible. Hélas ! les sociétés modernes verront cela encore, si elles retournent au paganisme, comme elles ont des tendances à le faire.

L'Eglise n'abonne pas les petits enfants délaissés par leurs parents ; elle forme les bonnes Sœurs de Charité qui recueillent ces petits êtres et deviennent pour eux de tendres mères.

Les orphelinats sont dans l'essence du Christianisme Vous avez même vu, il y quelques années, un grand évêque de France, Mgr Forbin Janson, former la société de la Sainte-Enfance, exprès pour recueillir les petits enfants que les Chinois laissent périr dans leurs villes populeuses et lointaines.

Quand les enfants sont sortis du berceau et commencent à grandir, les parents devraient rester auprès d'eux pour les surveiller et leur inculquer des principes chrétiens ; cependant, beaucoup d'ouvriers sont obligés de quitter leur maison paur aller gagner le pain de la famille, et les petits enfants restent exposés à tous les dangers du corps et de l'âme ; eh bien ! dans les grandes villes, vous trouverez des asiles où l'on recueille ces pauvres enfants pendant les heures de travail, et de bonnes religieuses remplacent les mères qui sont retenues dans les ateliers et les usines.

Voilà ces enfants devenus plus grands : l'Eglise leur ouvre les portes des écoles tenues par des Frères ou des

Sœurs. L'éducation s'y donne à bon marché ; et on leur enseigne les préceptes de la religion et les premiers éléments des sciences humaines.

Il faut maintenant les préparer à un état de vie : voilà l'Eglise avec ses ordres savants, capables d'enseigner aux jeunes gens tout ce qu'il faut pour entrer dans les professions, et pour arriver jusqu'au seuil du sanctuaire, si Dieu les y appelle.

Les ordres religieux sont dans l'esprit de l'Eglise, c'est pourquoi les pays vraiment catholiques les encouragent tant. Heureux ces pays ! les enfants y entreront dans l'état où Dieu les appelle.

On dira : C'est fort bien que les ordres religieux s'occupent des petits enfants, des malades, des pestiférés ; mais il y en a qui se séparent du monde, qui vivent complètement retirés, les Carmélites, par exemple : à quoi cela sert-il ?

Quand Dieu disait à Abraham : Trouve-moi dix justes dans la coupable Sodome, et ma main ne frappera pas ; s'il y avait eu un ordre religieux dans son enceinte, la ville aurait été sauvée, le feu du ciel n'y serait pas tombé. Ces saintes religieuses s'imposent des pénitences pour apaiser la justice de Dieu, elles sont peut-être les membres les plus utiles de la société. J'ai déjà comparé les ordres religieux contemplatifs à des paratonnerres, qui s'élancent vers le ciel et arrêtent la colère de Dieu. Si, en Europe, il n'y avait pas de ces ordres religieux, les peuples pervertis de ce continent auraient certainement reçu des châtiments plus terribles encore que ceux dont ils ont été frappés.

Quand Dieu choisit un enfant pour l'état sacerdotal ou pour l'état religieux, ne vous y opposez pas, parents chrétiens ; seulement dirigez-le avec sagesse. D'un autre côté, n'imposez pas votre volonté pour le faire entrer malgré lui dans un état si saint : laissez-le libre, laissez faire la grâce de Dieu.

Ceux qui entrent dans la vie commune ont aussi un

choix à faire, car lasociété a des besoins variés II y en a qui seront rois on gouverneurs, d'autres seront juges, d'autres seront appelés à faire des lois, d'autres, en grand nombre, seront dans les conditions pins humbles de négociants et de cultivateurs. Mais tout le monde est-il appelé indistinctement à l'emploi de législateur \ A voir ce qui se passe, on se convainc que tousse croient appelés : les moins sages, les moins capables aspirent avec plus d'ardeur que les autres à le devenir. C'est pourtant un emploi qui demande une science profonde, beaucoup de religion et un jugement peu ordinaire ; la responsabilité des législateurs est grande et redoutable. Si on parle d'éloigner de ce poste périlleux des hommes reconnus comme incapables, ils crient que nous gênons leur liberté. Pas du tout, messieurs : votre liberté sera sauve quand vous agirez selon les vues de Dieu ; or il n'est pas selon Dieu de nommer législateurs des hommes qui ne peuvent comprendre le sens ni la portée des lois qui se font dans nos parlements. La société sera heureuse s'il y a des hommes éclairés et religieux à sa tète ; mais si elle est livrée à la démagogie, elle sera dans un affreux danger. Quelques-uns se distinguent par la science, d'autres par le conseil, d'autres par la prudence. Il y en a qui seront le bras de la société par leur fermeté, d'autres en seront le pied par leur fortune ; que chacun soit à sa place, l'ordre et la paix régneront partout.

Là dessus, vons le voyez, la doctrine de l'Eglise est claire; quelle est maintenant la doctrine des francs-maçons^ Je vais vous lire ce qu'en dit l'Encyclique Humanum gémis : ': Ainsi, dùt-il lui en coûter un long et opiniâtre labeur, la " franc-maçonnerie se propose de réduire à rien an sein de " la soceété civile le magistère et l'autorité de l'Eglise, d'où '' cette conséquence que les franc-maçons s'appliquent à " vulgariser et pour laquelle il ne cessent pas de combattie, " à savoir qu'il faut absolument séparer l'Eglise et l'Etat. " De ce fait, ils mettent hors des lois et ils excluent de l'ad- " ministration de la chose publique la irès-salutaire influen- " ce de la religion catholique, et ils aboutissent logique-

•' ment à la prétention de constituer l'Etat tout entier en " dehors des institutions et des préceptes de l'Eglise. Mais '• il ne leur suffit pas d'exclure de toute participation au '• gouvernement des affaires humaines l'Eglise, ce guide " si sage et si sûr ; il faut encore qu'il la traitent en ennemie '• et usent de violence contre elle. De là, l'impunité avec " laquelle, par la parole, par la plume et par l'enseignement, "• il est permis de s'attaquer aux fondements mêmes de la " religion catholique. Xi les droits de l'Eglise, ni les pré- " rogatives dont la Providence l'a dotée : rien n'échappe à " leurs attaques. On réduit presque à rien sa liberté d'ac- '• tion. et cela par des lois qui, en apparence, ne semblent '• pas trop oppressives, mais qui, en réalité, sont expressé- " ment faites pour enchainer cette liberté. Au nombre des •• lois exceptionnelles faites contre le clergé. Nous signale- " rons particulièrement celles qui auraient pour résultat de •• diminuer notablement le nombre des ministres du sanc- " tuaire, et de réduire toujours davantage leurs moyens in- " dispensables d'action et d'existence. Les restes des biens " ecclésiastiques, soumis à mille servitudes, sont placés " sous la dépendance et le bon plaisir d'administrateurs " civils. Les communautés religieuses sont supprimées ou '• dispersées.

'• A l'égard du Siège Apostolique et du Pontife E-o- " main, l'inimitié de ces sectaires a redoublé d'intensité. '■ Après que. sous de faux prétextes, ils ont dépouillé le Pape '; de sa souveraineté temporelle, nécessaire garantie de sa 11 liberté et de ses droits, ils l'ont réduit à une situation " tout à la fois inique et intolérable, jusqu'à ne qu'enfin, en " ces derniers temps, les fauteurs de ces sectes en soient " arrivés au point qui était depuis longtemps le but de leurs " secrets desseins, à savoir de proclamer que le moment est '• venu de supprimer la puissance sacrée des Pontifes Ro- " mains et de détruire entièrement cette Papauté qui est " d'institution divine. Tour mettre hors de doute l'existen- " ce d'un tel plan, et à défaut d'autres preuves, il suffirait " d'invoquer le témoignage d'hommes qui ont appartenu à

u la secte, et dont la plupart, soit dans le passé, soit à une ""époque plus récente, ont attesté comme A'éritable la vo- " lonté où sont les francs-maçons de poursuivre le catholi- " cisme d'une inimitié exclusive et implacable, avec leur u ferme résolution de ne s'arrêter qu'après avoir ruiné de " fond en comble toutes les institutions religieuses établies " par les Papes."

L'enseignement de la Franc-Maçonnerie est-il en opposition assez directe avec celui de l'Eglise ?

Les ordres religieux font l'œuvre de l'Eglise : elle les encourage, elle les bénit. La Franc-Maçonnerie poursuit les ordres religieux d'une haine satanique. Quelles injures n'at-elle pas vomies contre ceux qui s'enrôlent ainsi sous l'étendard de Jésus-Christ ! Elle a fait chasser les Jésuites de la plupart des pays de l'Europe et de plusieurs pays de l'Amérique, et nous savons qu'elle a voulu raser tous les ordres religieux de la France et de l'Italie. Pour la francmaçonnerie, on dirait que quand un homme a fait les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, il n'appartient plus à la grande famille humaine : c'est un paria, il faut le dépouiller de tout ; quelques-uns iront même jusqu'à le regarder comme un être malfaisant dont il faut débarasser la société : venu liora ut omnis qui interficit vos, arbitretur obsequium se pncstare Deo, et le temps vient que quiconque vous fera mourir croira faire une chose agréable à Dieu. Juan. XXI. 2. On voit bien que la franc-maçonnerie est la grande ennemie du Christ, puisqu'elle a une pareille rage contre ceux qui occupent la meilleure place auprès de lui : et erUis odio omnibus prorter uomen meum, et vous serez un objet de haîne pour tous les hommes, à cause de mon nom. Matth. X, 22.

En parlant contre la franc-maçonnerie, je ne fais allusion à personne, mais je m'attaque aux doctrines. Les mauvaises doctrines sont plus à craindre que les épidémies, plus à craindre que le choléra. Quand le choléra menace un pays on passe des règlements particuliers dans toutes les villes,

on établit des quarantaines, les mille voix de la presse répètent à tout le pays les précautions que chaque particulier doit prendre, et chacun trouve cela tout raisonnable ; et quand il s'agit de contagions qui menacent la vie de l'âme, on ne trouverait pas bon que nous élevassions la voix ! Nous désirerions bien qu'il n'y eût pas de franc-maçonnerie parmi nous, mais il y a mille indices qui nous montrent qu'elle est sérieusement à l'œuvre ; nous qui sommes les gardiens de la morale, nous serions donc inexcusables de ne pas vous avertir.

Dans le pays d'où sont sortis nos pères, on a arraché les religieux de leurs monastères, et on les a jetés sur la rue sans moyens de subsistance ; or la société qui a poussé nos frères d'outre-mer à ces abominations tend ses filets parmi nous, et nous ne crierions pas gare !

Mes frères, vous qui voyez l'opposition évidente qu'il y a entre les doctrines de l'Eglise et celles de la Franc-Maçonnerie, veillez sur vous et sur vos enfants.

La Franc-Maçonnerie est appuyée sur le Naturalisme, il n'est donc pas surprenant qu'elle n'admette point la vie parfaite. Elle veut aller plus loin, elle veut séparer l'Eglise de l'Etat, elle veut chasser Dieu de la Société.

Que chaque chrétien se rende digne d'entrer dans l'état où Dieu l'appelle, la franc-maçonnerie cessera ses ravages, et la société sera heureuse et prospère.

Ainsi soit-il.

Page 1