QUINZIEME CONFERENCE
Organisation de l'Eglise et organisation de la Franc-Maçonnerie.
Beatus vir, qui non abiit in consilio impiorum, et in via peccatorum non stetit, et in cathedra pestilentiae non sedit.
Heureux l'homme qui ne, s'est point laissé aller au conseil des impies, qui ne s'est point arrêté dans la voie des pécheurs, et qui ne s'est point assis dans la chaire de pestilence.
l'-alm. I. 1.
Mes frères,
Nous lisons ces paroles dans le premier psaume de David. Dans ce psaume, le Roi-Prophète nous indique clairement la double société dont nous a parlé le pape : d'uu côté les enfants de Dieu, de l'autre le royaume de Satan. Vous avez remarqué l'opposition qui existe entre ces deux sociétés: la Religion a pour principe fondamental la Révélation ; la Franc-Maçonnerie s'appuie uniquement sur la raison humaine, sur le Naturalisme ; le bonheur que la Religion nous promet se trouve au delà de la vie présente ; l'idéal du bonheur promis par la Franc-Maçonnerie se trouve sur la terre, et consiste dans la basse satisfaction des sens. Nous avons examiné ces doctrines si directement opposées, et nous croyons avoir touché tous les points principaux ; il nous reste maintenant à voir l'organisation de ers deux so-
ciétés, la manière dont elles se présentent aux regards. En étudiant leurs doctrines, nous avons examiné la partie intime de ces sociétés, en étudiant leur organisation, nous verrons leur extérieur, ce qui nous sera fort utile pour pouvoir les reconnaître du premier coup d'œil, et discerner immédiatement celle des der.x à laquelle il nous est bon d'appartenir.
Le Psalmiste commence par le mot Bénins, bienheureux ; en effet, le désir du bonheur occupera toujours l'esprit de l'homme, et les efforts qu'il fait pour arriver à ce bonheur rempliront toujours son existence II donne deux causes au bonheur de l'homme : la première négative et la seconde positive. La première consiste à ne pas fréquenter les impies : Bénins vir qui non nbiil in consilio impiorum ; c'est déjà un bonheur d'éviter la société des méchants, de fuir les conseils des méchants, de ne pas se faire docteur au milieu des méchants ; l'homme qui s'en tiendrait à cela, cependant, n'aurait qu'une vertu négative. Heureux véritablement l'homme qui, ne se contentant pas de cela, met toute son affection dans la loi du Seigneur, et médite jour et nuit cette loi sainte, sed in lege Domini voluntas. é/us, et in lege ejus meditàbitur die ac nocte. Ainsi le véritable bonheur, c'est la loi de Dieu qui le donne ; l'homme qui a la volonté de la mettre en pratique aura la plus grande somme de bonheur dont on puisse jouir ici-bas, et il arrivera au bonheur éternel.
Examinons donc aujourd'hui l'organisation des deux sociétés qui prétendent donner le bonheur à l'homme par des moyens opposés, afin que nous puissions reconnaître celle des deux qui cherche à nous tromper, et qui est notre grande ennemie sur la terre. Examinons d'abord l'organisation de l'Eglise, et ensuite celle de la Franc-Maçonnerie.
Mes frères, il existe dans le monde une société qui porte le nom d'Eglise : elle n'est pas connue seulement de ses propres enfants ou des membres qui la composent, mais aujourd'hui tous les hommes qui sont sur la terre en ont
CONFERENCES l'Jl
entendu, parler : c'est un fait immense, universel et divin. qui remplit l'histoire depuis près de deux mille ans. Cette Eglise est une société d'hommes unis entr'eux par la profession d'une même foi, par la participation aux mêmes sacrements et par la soumission à un même chef visible Elle n'est pas limités dans ^oi expansion: tout le genre humain, tous les pays quels qu'ils soient doivent entrer dans son sein; elle n'est pas limitée par les autres autorités humâmes : les empereurs et les rois doivent lui obéir comme les simples particuliers; de sorte que son autorité n'a pas d'égale sur la terre.
Celte soeiétô existe d'après le principe monarchique : son chef se nomme le Pape, ou le Pontife Romain, ou le Souverain Pontife, et il exerce un pouvoir qui est reconnu dans toutes les parties de l'univers. Tout particulier de n'importe quel pays, tout sujet de n'importe quel roi. s'il a été baptisé, est sujet du Pape et doit lui obéir. Sous ce ch« f il y a des chefs subordonnés qui sont les Evêques : mais les évêques n'ont pas une juridiction universelle comme le chef qui les a établis ou consacrés: ils ont une juridiction limitée à une portion de pays qu'on appelle un Diocèse. Dans les pays nouveaux il y a les Vicaires Apostoliques, dont la juridiction, quant au territoire, est limitée d'une manière moins précise ; mais dans l'état régulier des choses, chaque évèque a une étendue de terre sur laquelle il a autorité, et à laquelle il donne les soins du ministère pastoral.
L'Evêque partage son diocèse en paroisses, et met à la tête de chacune un Curé qui doit donner à chaque fidèle les moyens de se sanctifier. Les Curés se font aider dans leur charge par des Vicaires.
Voilà donc comment est organisée l'Eglise Catholiquetout le monde peut étudier cette organisation qui n'a rien de secret. Le pape actuellement régnant est Léon XIII, celui qui l'a précédé se nommait Pie IX, et nous pouvons remonter ainsi de pape en pape, avec la plus grande facilité, jusqu'à Jésus-Christ qui vivait sur la terre il y a 188^
Le premier pape s'appelait d'abord Simon. La première fois que Jésus le vit. il lui dit : Vous vous appeliez Simon mais déi-oimais vous vous appellerez Pierre, et il ne lui en dit pas davantage. Quand Pierre eut confessé solennellement la divinité de notre divin Sauveur en disant : Vous êtes le Christ, le fils du Dieu vivant, Jésus lui dit alors pourquoi il avait changé son nom : Tu es Pierre, lui dit-il, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Voilà le fondement de l'Eglise, il est bien connu de tous, et celui qui a posé ce fondement l'est encore davantage. Jésus-Christ, le fondateur de l'Eglise, est né dans la Judée II avait été annoncé dès l'aurore du genre humain, et ce fut, après la chute d'Adam, le motif de consolation que Pieu donna à notre pauvre terre. Les Patriarches et les Prophètes ont ensuite prédit qu'il naîtrait chez les Juifs, et ils ont précisé le temps et les circonstances de cet événement. Ce Messie promis depuis longtemps à la terre naquit d'une vierge nommé Marie, au temps fixé par les prophètes ; il donna des preuves irréfragables de sa divinité, et il annonça qu'il venait établir le règne de Dieu.
Hélas ! le règne de Satan était établi .depuis longtemps sur la terre, et l'humanité gémissait sous ce joug affreux. Jésus-Christ vient rétablir le règne de Dieu, et la première condition qu'il pose pour cela, est que l'on fasse pénitence. Il prêche pendant trois ans, il fait les œuvres admirables que les prophètes avaient annoncées : il redresse les boiteux, il donné l'ouïe aux sourds et la vue aux aveugles, et quand il a accompli tout ce qui avait été prédit de lui, il fonde une société qu'il appelle son Eglise. Il choisit pour cette œuvre ce qu'il y a de plus faible aux yeux des hommes : douze pêcheurs ignorants et sans aucune influence au milieu de leur peuple. Et pourquoi choisit-il ainsi des hommes de rien pour les mettre à la tête de son église? Pour prouver à tous les hommes qu'elle est l'œuvre de Dieu.
Quand l'Eglise est fondée, il donne à ces douze pêcheurs des pouvoirs inouis jusque-là : Tout pouvoir, leur dit-il,
m'a été donné ait ciel et sa;- la terre ; or, comme mon l'e ■ ■. m'a envoyé, ainsi je vous envoi;1 : allez donc, enseignes tout ce que j'ai enseigné moi-même; celui qui croira sauvé, et celui qui ne croira pas sera condamné. Voilà : de deux mille ans que les apôtres de Jésus-Christ son l'œuvre, leuT parole a retenti dans tous les pays du monde, tous les hommes sont donc en état de voir aujourd'hui l'Eglise établie par le Fils de Dieu.
Quand nous étudions attentivement l'histoire de l'Eglise, nous trouvons une autre preuve évidente de sa divinité : Les causes qui détruisent les œuvres humaines peuvent rien contre elle Elle a traversé des épreuves ter. ribles, auxquelles nulle société humaine ne pouvait naturellement résister, et elle a toujours surnagé, toujours survécu ; l'assistance spéciale du Maître suprême, son fondât» est la seule manier.' plausible d'expliquer son ineomp; ble vitalité.
Quand elle a paru sur la terre, il y avait un pouvoti organisé an milieu de l'humanité : Rome avait son emi reur qui régnait sur tout le monde connu, et qui faisais peser sur les peuples un véritable joug de fer. Saint Pierre vient s' fixer au cœur d ! cet immens • empire : pauvre juif, sans fortune et sans instruction, il vient pour renverser ce colosse, pour brider c- jouir de fer. Lîs quatre cinquièra • de l'univers étaient alors réduits en esclavage; les ma, avaient droit de vie et de mort sur leurs esclaves, el . tenaient dans une position plus abjecte que celle de la brute: Saint Pierre venait rendre la liberté à ces milli d'esclaves; avec ses onxi compagnons, il entreprenait de réformer et de sanctifier le genre humain. Apres dix-huit siècles, nous pouvons contempler leur couvre grandiose colossale, nous pouvons admirer la transformation qi ont opérée.
Quand Dieu envoya, les Barbares, ces terribles peuple» du Nord brisèrent le grand empire Romain, et alors ils .-.,■ trouvèrent en face de l'Eglise. Celle-ci s'appliqua à le«
civiliser, à les moraliser; elle fonda des monastères au milieu des forêts, et donna ainsi naissance à la plupart des grandes villes de l'Europe ; elle ouvrit des asiles pour le soulagement de toutes les misères, et établit des écoles pour donner l'éducation aux enfants ; elle apprit à ces barbares que nous sommes tous frères, et qu'il ne faut pas nous détruire les uns les autres; elle travailla ainsi pendant des années, et transforma tellement ces peuples qu'elle en lit les peuples civilisés de l'Europe.
Dansées temps éloignés, des anglais avaient été réduits en esclavage, et étaient vendus comme tels dans la grande ville de Jiome ; le pape saint Grégoire voyant ces barbares qui étaient de beaux hommes, annonçant la force et l'intelligence, demanda de quel pays on les avaiont amenés : On lui dit que c'étaient des anglais, en latin angli ; non angli sedarigeli, répondit-il. ce ne sont pas des anglais mais des anges. Il envoya vers ce peuple si intéressant le saint missionnaire Augustin, et l'Angleterre fut conquise à la religion de Jésus Christ et à la civilisation. Yoilà l'œuvre de KEglise.
Les caractères dominants de l'Eglise Catholique sont la Visibilité et l'Unité : c'est une ville bâtie sur une haute montagne, tous les hommes peuvent la voir et marcher vers elle. C'est en effet le bercail où doivent se réunir toutes les brebis : Et //V unum ovile et unvs pastor, il n'y aura plus qu'un troupeau et qu'un pasteur. Joan. X, 16.
Saint Jean, en rappelant l'origine, divine de Jésus- Christ, l'appelle le Verbe, et il le caractérise ainsi : Erat lux veva qued illuminât omneni hominem venientem in hune munm, il était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde. L'Eglise a été fondée par Jésus-Christ, ^a mission caractéristique est de communiquer la lumière ; elle éclaire les intelligences. Quand Notre Seigneur envoie
Vpôtres, ne leur dit-il pas : Arous êtes la lumière du monde? C'est le premier et le plus pressant besoin de l'homme de connaître la vérité.
Dans l'exposé que je vous ai fait des doctrines de l'Eglise, vous avez dû être frappés de la manière claire et satisfaisante dont elle répond aux questions les plus importantes que l'homme puisse se poser sur la terre Qu'est-ce que Dieu, lui demanderez- vous ? Elle vous répond : Dieu est un esprit infiniment parfait, créateur et maître absolu de toute chose Cette réponse est nette et précise. Mais dans quel embarras le rationaliste n'est-il pas pour répondre ? Qu'est-ce que Dieu ? Il ne le sait vraiment pas. Il vous dira peut-être que Dieu, c'est la Nature. Ou bien il dira, dans un excès de démence, qu'il n'y a pas de Dieu, que Dieu existe dans notre imagination seulement.
Vous demandez : D'où vient le monde ? L'Eglise répond clairement : Dieu l'a tiré du néant par sa parole toutepuissante. Certains rationalistes diront que le monde est éternel, que personne ne l'a fait. D'autres diront que le monde n'a rien de réel. Vous voyez bien, mes frères, que ee sont des insensés qui ne savent ce qu'ils disent.
Quand vous pariez de l'homme, l'Eglise nous dit qu'il a été créé à l'image de Dieu. Le rationaliste, lui, prétend que l'homme descend du singe.
Vous voyez la différence qu'il y a entre l'Eglise et les sociétés des impies ; l'Eglise est une société lumineuse, l'homme y voit clairement d'où il vient et où il va : les autres sont des soeiétés de ténèbres et d'erreur.
S'il n'y avait réellement plus d'espoir au delà de la tombe ; si l'on pouvait nous dire : A'ous allez passer quelques jours sur la, Terre, vous allez mourir ensuite, et au delà c'est le néant : quel triste soit ne serait pas le notre ! L'Eglise soutient l'homme voyageur en lui montrant un bonheur éternel et infini, mais la doctrine des hommes qui n'ont pas la foi est la plus désolante des doctrines.
Tout le monde peut voir l'organisation de l'Eglise tout le monde peut discerner ses caractères qui sont la Visibilité, 1T ni té dans son chef et (fins sa doctrine, l'Àp
licite dans son origine, et la S^i Mt<-t é dans son enseignement et dans un grand nombre de ses membres.
Le paroissien obéit an Prêtre, le Prêtre obéit à i'Evéqne, et l'Evêque obéit au Pape: en suivant cet ordre on a le bonheur ici-bas, et Ton marche v^vï le bonheur éternel. Dieu a dit aux apôtres et à leurs successeurs : Qui vous é oute me oute : l'autorité divine est donc incarnée en eux. Ceux qui ont ainsi l'autorité sont les organes de l'Eglise -' >uf montrer le chemin du bonheur
Tant qu'il y aura des hommes sur la tenv. l'Eglise existera, car c'est la cité de Dieu. Le pape en parle ainsi au Commencement de i'encycliqn ■ Humanum genus: ""Après " que. par la jalousie du démon, le genre humain s'est mi- '" sérablement séparé de Dieu auquel il était redevable de 'l sou existence et des dons surnaturels, il s'est partagé en " deux camps ennemis, lesquels ne cessent pas de combatu tre, l'un pour la vérité et pour la vertu, l'autre pour tout "' ce qui est contraire à la vertu et à la vérité. Le premier M est le royaume de Dieu sur la terre, à savoir la véritable h Eglise de Jésus-Christ, dont les membres, s'ils veulent " lui appartenir du fond du cœur et de minière à opérer •' leur salut, doivent nécessairement servir Dieu et son Fils u unique de toute leur âme. de tonte leur volonté."
Xous vous avons fait connaître l'organisation de société fondée par Dieu, et qui est la < ité de Dieu ici-bas. Nous allons maintenant examiner l'organisation de la Franc-Maçonnerie, et vous allez être frappés de l'opposiiion qu'il y a entre les caractères de cette société, et Ceux de l'Eglise Catholique. Je vous citerai d'abord ce qu'en dit notre saint l'ère le pape Léon XIII :
" A notre époque, les fauteurs du mal paraissent s' alises dans un immense effort, sous l'impulsiou et avec " l'aide d'une société répmdue lui un grand nombre de "* lieux et fortement organisée, la société des Francs- Maçons.
ux-'-i. en effet, ne prennent plus la peina de dissimuler u leurs intentions, et ils rivalisent d'audace entre eux cou-
CONFÉRENCES l'.)7
" tre l'auguste majesté de Dieu. C'est publiquement, à ciel " ouvert, qu'ils entreprennent de ruiner la sainte Eglise " afin d'arriver, si faire se pouvait, à dépouiller complètei: ment les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont " redevables à Jésus-Christ Sauveur. Gémissant à la vue " de ces maux et sous l'impulsion de la charité. Nous Nous •• sentons souvent porté à crier vers Dieu : Seigneur, voici " que vos ennemis fou! un grand fracas. Ceux qui vous haïssent ont " levé la tète. Ils ont ourdi contre votre /ie///>le des complots pleins " de malice et ils ont résolu de perdre vos saints. G/tt. ont-ils dit, " venez et chassons-les du sein des nations. (1)
" Cependant, en un si pressant danger, en présence " d'une attaque si cruelle et si opiniâtre livrée au christia- '* nisme, c'est Notre devoir de signaler le péril, de dénon- •" cer les adversaires, d'opposer toute la résistance possible " à leurs projets et à leurs industries, d'abord pour empê- " cher la perte éternelle des âmes dont le salut Nous a éré "confié; pais, afin que le royaume de Jésus-Christ, que " Xous sommes chargés de défendre, non seulement de- •• demeure debout et dans toute son intégrité, mais fasse "' par toute la terre de nouveaux progrès, de nouvelles con- " quêtes.
" Dans leurs vigilantes sollicitudes pour le salut du " peuple chrétien, Xos Prédécesseurs eurent bien vite re- " connu cet ennemi capital au moment où, quittant les té- " nèbres d'une conspiration occulte, il s'élançait à l'assaut '■ en plein jour. Sachant ce qu'il était, ce qu'il voulait, et " lisant pour ainsi dire dans l'avenir, ils donnèrent aux " princes et aux peuples le signal d'alarmes, et les mirent " en garde contre les embûches et les artifices préparés " pour les surprendre."
D'après un enseignement que nous devons suivre, voilà ce que c'est que la Franc-Maçonnerie, et avec elle toutes les Sociétés S icrètes, car elles ont un but uniqu : elles sont pour la plupart en rappoit avec la Franc-Maçon-
(i) i',. i.xxxii. -;
nerie. Si je les compare à un arbre, la Franc-Maçonnerie
en est le tronc et les antres sociétés en sont les branches.
Le caractère dominant des Sociétés Secrètes, c'est l'amour des ténèbres. L'Eglise aime la lumière, elle porte la lumière partout où elle parait ; mais les Sociétés Secrètes se cachent dans l'ombre, elles rampent dans les ténèbres à la façon des êtres malfaisants; et si nous n'avions eu les révélations faites par un certain nombre des membres de la "Franc-Maçonnerie, qui s'étant convertis et étant sortis de la société en ont dévoilé les secrets, au risque de leur vie, nous ne saurions pas encore à quoi nous en tenir sur son organisation et le but qu'elle poursuit.
La première condition que la Franc-Maçonnerie exige de ses adeptes, c'est le secret. Mes frères, quand on fait le bien on ne se cache point, on ne craint point la lumière du soleil ; mais quand on poursuit un mauvais but, quand on emploie des moyens inavouables, alors on recherche les ténèbres : Celui qui fait le niai, dit Jésus-Christ, hait la lumière.
Ce secret absolu auquel lelranomaçon s'engage parles serments les plus terribles, ne doit pas s'observer seulement à l'égard des profanes, mais encore à l'égard de tous les membres d'un grade inférieur.
La Franc-Maçonnerie comprend deux ordres : la Ma* çonnerie extérieure ou symbolique et la Maçonnerie occulte ou Maçonnerie rouge. La Maçonnerie symbolique ne comprend que trois grades, qui sont ceux d'Apprenti, de Compagnon et de Maître ; mais la Maçonnerie rouge en comprend un grand nombre.
La première forme de la Franc-Maçonnerie est donc la forme symbolique : à tous ceux qui entrent dans cet ordre on ne propose rien d'absolument alarmant pour la conscience : on leur dit que la société où ils entrent est une société de secours mutuel ; qu'il s'agit pour les membres de s'entr'aider. de se protéger mutuellement au besoin, de se procurer de l'emploi dans les temps de chômage, de favoriser le suc -es des membres de la société dans le eom-
merce, et dans les différentes positions sociales. Yoilà bien comment un grand nombre se sont laissé prendre : on leur disait que dans cette société on ne s'occupait pas de religion, et que chacun pouvait librement pratiquer la sienne, et on leur promettait de grands avantages matériels. Le pape nous dit que ces personnes qui sont entrées dans la Franc-Maçonnerie avec une certaine bonne foi ont cependant péché gravement, parce qu'elles sont inexcusables de ne pas écouter l'Eglise qui leur interdit les sociétés secrètes
La première obligation donc que la franc-maçonnerie impose à ses adeptes, c'est le secret. Le nouveau francmaçon s'engage à le garder d'une manière absolue ; et s'il avait le malheur de le viole]-, il se verrait exposé à une vengeance terrible, à la mort même. Peut-on entrer dans une société qui commence par imposer une pareille obligation, sous des peines aussi terribles ? Tourrait-on garder un secret, si, comme cela arrive souvent, on compromettait par là le salut de la société civile \
Jésus-Christ dit A ses apôtres : Allez, prêchez l'Evangile à toute créature, prêchez sur les toits : il veut que son Eglise soit connue partout, car elle vient donner la liberté a ux hommes ; mais voici une autre société qui commence par imposer le secret, qui gêne la liberté par des serments horribles, n'est-ce pas l'église de notre ennemi, l'église de Satan '.
Quelle est. en effet, la direction donnée, même dans la société symbolique ? On cherche a faire pénétrer des adaptes de la franc-maçonnerie dans les sociétés littéraires, dans les clubs, dans toute espèce de sociétés ; on y répand adroitement l'idée qu'il est mieux de ne pas parler de religion, sous prétexte que la société renferme des membres de différentes croyances, et l'on travaille ainsi à éloigner les âmes de toute croyance religieuse. On cherche ensuite à faire p ■;dre l'amour des joies pures de la famille, en donnant amusements dans 1< s clubs ; ei quand on a fait ce premiei pas, ( n s'applique à démoraliser complètement ces malheu*
reux. Je vous ai déjà exposé ce plan infernal de la franc-maponnerie, mais il importait de le rappeler aujourd'hui à votre mémoire.
La Maçonnerie symbolique est comme un masque, au moyen duquel on cherche â entraîner les âmes simples et défiance ; c'est une enseigne anodine, pour appeler dans les rangs de la société le plus grand nombre d'hommes possible ; ceux qui ne montrent pas les dispositions requises seront tenus dans ce vestibule de la vraie Maçonnerie, et ils ne verront que des masques.
Dans la Maçonnerie rouge ou occulte, on dévoile le véritable but de la secte, savoir la destruction de l'ordre social et de l'ordre religieux ; mais on y va prudemment et par degrés, pour ne pas effrayer les nouveaux venus. C'est ici la vraie Maçonnerie : celle qui agit, celle qui combat, celle qui dirige et qui commande ; elle se sert des dupes qu'elle tient dans la maçonnerie symbolique.
Je vous ai dit que le premier caractère de la franc-maçonnerie est le secret inviolable qu'elle impose à ses membres ; le second est l'obéissance absolue qu'elle exige ; ses membres jurent une obéissance aveugle à tous les ordres qui seront donnés par les chefs, sans qu'on sache même quels sont ces chefs et quels ordres ils peuvent donner.
Et ce sont les francs-maçons qui viennent reprocher aux ordres religieux l'obéissance qu'ils exigent de leurs membres ! Mais les religieux ont une régie connue d'avance, d'après laquelle tout l'ordre se dirige ; il savent qui leur commande, et celui qui leur donne des ordres a lui-même embrassé la vie parfaite. L'obéissance qu'on demande n'est pas sous peine de mort ; supposé qu'on leur commande quelque chose qui répugne à leur conscience, ils peuvent en appeler à une autorité supérieure ou sortir de l'ordre. Le franc-maçon, au contraire, reçoit des ordres il ne sait d7où, et on lui dit cruellement : Obéis ou meurs. Et ce sont
hommes qui déblatèrent contre le despotisme de l'Egli-
Mes frères, s'il y a encore un peu de liberté dans le inonde, c'est à l'Eglise que nous la devons ; mais la Franc-
Maçonnerie, c'est le Despotisme incarné. Souvenons-nous que le franc-maçon fait serment d'obéir a n'importe quel ordre qu'il recevra de ses chefs, même à l'ordre d'assassiner son bienfaiteur ou son père.
Dans la grande Révolution, le peuple français se souilla du sang de son roi ; eh Lien ! Louis XVI avait été condamné à mort quelques années auparavant, dans une loge maçonnique. On donna ensuite l'ordre d'exécuter cet arrêt:
la secte avait choisi ses bourreaux.
Le troisième caractère de la franc-maçonnerie, c'est l'Universalité: elle est répandue dans tout l'univers, et elle est une, comme des francs-maçons haut placés l'ont affirmé plus d'une fois. Il lui faut ces deux caractères d'universalité et dV////r. car elle est une contrefaçon de l'Eglise Catholique; mais, mes frères, la Franc-Maçonnerie ressemble à l'Eglise comme la nuit ressemble au jour. Le jour, en effet, est l'image frappante de l'Eglise : on y a la lumière du soleil, on y marche sans crainte et sachant toujours très-bien où l'on va. La nuit avec ses horreurs est l'image non moins frappante de la franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie est enveloppée de ténèbres plus épaises quecelles d'une nuit sans étoile, on v marche toujours dans l'incertitude et la crainte. Les, ordres les plus terribles arrivent : d'où viennent-ils ? On ne le sait pas. Qui donnera les ordres demain ? quels ordres seront donnés ? contre qui seront-ils donnés? On ne le sait pas. Les francs-maçons ne savent pas eux-mêmesoù demeurent leurs chefs : ce sont des inconnus dont ils ne verront jamais le visage, et nous avons toute raison de croire que ce sont, pour la plupart, des juifs.
Il est important qu :■ nous vous parlions de ces choses. mes frères: un auteur bien renseigné, Saint- André, dans son ouvrage intitulé "Franc-Maçons et Juifs." donne la liste d< s loges maçonniques dans les différents pays du monde et à des époques différentes, or, nous voyons par ces li que le Canada, en 1863, comptait 180 loges: c'était beaucoup pour un pays si petit ; mais en 1879 il en comptait 535, et
cela d'après les documents maçonniques. N'est-ce pas un augmentation alarmante ?
On dira peut-être que la franc-maçonnerie anglaise et américaine n'est pas aussi perverse que celle du continent européen ? Mes frères, la franc-maçonnerie est une, le pape lui-même nous en avertit, elle a partout les mêmes principes, seulement elle ne les montre au grand jour qu'autant qu'elle le peut sans danger. Au lieu de chercher à nous faire illusion, écoutons plutôt les graves paroles d'un évoque américain, Mgr Martin évèque de Natchitoche. Après avoir parlé des persécutions que l'Eglise éprouve dans tous les pays du monde, il s'écrie avec autant d'éloquence que de vérité :
■' En présence de cette persécution d'une universalité "jusqu'ici inouie, de la sim ultanéifé de ses actes, delà " similarité des moyens qu'elle emploie, nous sommes for- " cément amenés à conclure l'existence d'une direction '' donnée, d'un plan d'ensemble, d'une forte organisation '" qui exécute, d'un but arrêté vers lequel tout tend. Oui, " elle existe cette organisation avec son but, son plan, et " la direction occulte à laquelle elle obéit ; société compacte "malgré sa dessémi nation sur le globe; société mêlée à ',' toutes les sociétés sans relever d'aucune ; société d'une " puissance au-dessus de toute puissance, celle de Dieu " exceptée ; société terrible qui est pour la société religieu- " se, comme pour les sociétés civiles, pour la civilisation " du monde, non pas seulement un danger, mais le plus " redoutable des dangers ; société tant de fois anathémati- '' sée, et mille fois digne de l'être. Aveugle qui ne le voit " pas, et malheur à vous de ce que beaucoup qui pouvaient " et devaient voir, ou n'ont pas vu, ou ont vu trop tard. " Le nom générique qu'a emprunté cette secte exécrable est " sur toutes les lèvres: Franc- Maçonnerie; le nom qu'elle " tient de sa nature et de son auteur, c'est destruction {Lettre " pastorale de Mgr Martin, évêque de Nalchitoches. aux Etats- " Unis. 1875). "
L'auteur que j'ai déjà cité, Saint-André, après avoir
calculé le nombre des adeptes de quelques autres sociétés, telles que les Nihilistes, les Carhonari, les Féniens, évalue à trente millious au inoins le nombre des hommes enrôlés dans les sociétés secrètes en 1879. Et cependant, d'après les auteurs les mieux renseignés, un très-petit nombre seulement connaissent le dernier mot de ces sociétés et en ont, en main les forces dirigeantes. Toute cette masse d'hommes obéit aveuglément à ce petit nombre, qui en forme le gouvernement despotique et arbitraire.
La franc- maçonnerie est donc une immense organisation, avec un conseil central donnant des ordres auxquels les membres doivent obéir d'une manière absolue. Il va dans l'existence tt le développement de ces sociétés un accomplissement de la prophétie de l'Apocalypse, où il est dit qu'il viendra un temps où quiconque n'aura pas le sio-ne de la bête ne pourra ni acheter ni vendre.
Que l'ont en effet les francs-maçons ? Ils excommunient tout le reste de l'univers:! n général ils n'achètent que de leurs confrères maçons, ils ne protègent que leurs frères maçons ; c'est à tel point, qu'en France les Catholiques ont résolu de se protéger entre eux ; on tient des bureaux d'information, et les catholiques s'engagent à ne faire aucun commerce avec ceux dont les noms se trouvent parmi les membres des sociétés secrètes Défiez-vous de toute société qui a un secret. des serments, et un signe extérieur pour que les membres puissent se reconnaître ; quel que soit le nom qu'elle porte elle est condamnée et anathématisée par l'Eglise.
Voici une remarque qui m'a été fait»1 par un proi estant bien posé : Monseigneur, me dit-il. la foi aujourd'hui diminue dans toutes les religions. Vous le remarq parmi les catholiques, et nous le constatons d'une manière évidente parmi les protestants. Vous ave- raison, lui dis-je, la foi diminue ; mais savez-vous d'où cela vient '. Il fut surpris de cette demande. Ëh bien ! lui dis-je, cela vient de l'action des - "'tes. car ces sociétés ont pour but de
détruire la foi. Elles imposent à leurs adeptes le silence sut
toute question religieuse, elles font publier des journaux sans foi, de mauvais romans, et elles ruinent la foi dans l'âme des chrétiens. J'ai étudié, continuai-je alors, ces sociétés d'une manière particulière, et j'ai conclu que telle est l'influence qu'elles exercent dans le inonde. C'était une chose nouvelle pour ce protestant, il n'avait jamais songé à cela. Mes frères, nous n'avons qu'à jeter un coup d'œil sur ce qui se passe dans le monde, pour voir clairement que les maux terribles qui ébranlent la société sont dus à l'action de la Franc-Maçonnerie.
En terminant, je vous dirai ceci : Il ne faut pas aisément soupçonner le mal dans le prochain, mais vous avez votre âme à sauver; soyez prudent. Heureux V homme qui ne s'est point laissé aller au conseil des impies, qui ne s est point arrêté flans la voie des pécheurs, et qui ne s'est pas assis dans la chaire depeslilençe. Préservez- vous donc de ces sociétés abominables que les papes ont condamnées, et que la raison et la foi réprouvent également. Mais mettez-vous en rapport avec 1 <& hommes franchement catholiques : les méchants s'unissent par les serments les plus terribles, que les bons s'uniss uil par les liens de la sainte charité.
Fuyez toute espèce de sociétés secrètes ; s'il faut des sacrifices pour cela, n'hésitez pas un instant, faites-les de bon cœur, quand bien même votre fortune devrait en souffrir même considérablement. Le serpent sacrifie tout son corps pour sauver sa tête où est le siège de la vie ; imitez en ceci du moins la prudence du serpent. Les sociétés secrètes nous offrent des avantages qui durent un temps et qui passent, l'Eglise vous offre des avantages qui ne passent pas. Que sert à l'homme, vous dit Notre Seigneur Jésus-Christ, de gagner tout l'uni-
vers, si à la lin il vient à perdre son âme, quidenimprodest Iwmini si mundum universum lucrelur animœ vero suœ detrimentumpatialurl Maltli. XVI, 20. Attachez tous donc à la foi de la sainte Eglise, à la pratique de ses commandements, et c'est ainsi que vous marcherez sûrement vers le bonheur éternel que je vous souhaite de tout mon cœur.
Au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit. Ainsi