DU DROIT DE PROPRIETE
EVANGILE SKI. oN' SAINT LUC.— Chapitre XVI, vebskt 1er.
En ce temps-là, Jésus dit, en s'adresiant à ses disciples : Vu homme riche avait un économe qui fut accusé devant lui. comme ayant dissipé les bien < de son maître. L'ayant d< ne fait venir, il lui dit : Qu'est-ce que j'entends dire de Rendez-moi compte de votre administration; car je ne veii-i plus déque vous gouverniez mon bien. Alors cet économe 'lit en lui-môme : Qn rai-je, mon maître mutant l'administration de son bien? Je ne saurais travailler à la terre, et j aurais honte de mendier. Je sais Lien ce que je ferai, afin que lorsqu'on m'aura ôté mon emploi, il y ait des gens qui me reçoivent chez eux. Ayant don ■ fait venir l'un après l'autre tous ceux qui devaient à son mai ire, ii dit au premier : Combien devez-vous à mon maitre ? II lui répondit Cent barils d'huile. L'économe lui dit: Reprenez votre obligation; metteivous là vite, et faites-en une autre de cinquante. Il dit ensuite à un autre : Va. vous combien devez- vous '? ï' répondit: Cent mesures de froment. Reprenez votre billet, lui dit-il. et aites-en un autre de quatre-vingts. Et le maitre io ta c.-t économe iufùl I avait agi prudemment; caries enfants du
siècle sont plus s;:ucs dans la conduite de leurs affairi s que les en ànts de hmièro Et moi je vous dis aussi : Faites-vous des amis avec les richesses d'iniquité, afin que lorsque vois viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les demeures éternel: ■>.
Mes frères,
Quel est cet Econome dont il est parlé dans l'Evangile que nous venons de lire, et quel est ce Maître qui lui fait rendre compte ? Vous le savez, ce maitre c'est Dieu, et l'économe c'est l'Homme.
Dieu est le maître de tous les biens de ce monde, c'est sa main bienfaisante qui les a prodigués d'une manière si
admirable ; mais il viendra un jour où nous devrons rendre compte de la manière dont nous nous serons servis de ces biens.
Les biens que Dieu nous confie sont de trois sortes. Les premiers sont les biens de la fortune, c'est-à-dire les propriétés, l'or, l'argent ; l'homme attache une très-grande importance à ces biens, et cependant ce sont les moins précieux de tous. Les seconds sont les biens de la mil are : le cœur, l'esprit, les talents ; à quelques-uns Dieu a donné la force physique, à d'autres il a donné des sens exquis ; à quelques-uns il a donné le génie, à d'autres il a donné les qualités du cœur ; ces dons sont nombreux et variés, mais tous doivent concourir au bonheur de la société. Les biens de la nature sont plus précieux que les biens de la fortune ; à quoi sert, en effet, d'avoir des richesses, si l'on n'a pas la santé, ou si l'on n'a pas les facultés qu'il faut pour en jouir. Les troisièmes sont d'un ordre plus élevé encore que les biens de la nature : ce sont les biens surnaturels, la grâce qui nous fait arriver à notre fin dernière. Voilà les biens les plus précieux que l'on puisse supposer.
Mais nous ne pouvons parler aujourd'hui de toutes ces espèces de biens, cela nous mènerait trop loin ; nous ne parlerons que des biens de la fortune ; ce sont d'ailleurs les seuls dont il s'agisse dans l'évangile que nous avons cité. Et encore nous ne toucherons qu'un seul point concernant ces biens de la fortune : nous allons examiner, mes frères» la question grave du droit de propriété. Nous vous exposerons la doctrine de l'Eglise sur ce sujet, et nous trouverons l'occasion de îedresser bien des erreurs qui se sont glissées même parmi les bons catholiques.
D'abord, quels sont ceux qui sont capables d'acquérir le droit de propriété ? Ce sont les personnes. La propriété est la jouissance des biens, en droit et en fait, par une personne. Or il y ^ deux espèces de personnes : la personne phi/si-nie et la, personne morale. La personne physique, c'est l'individu. Par sa nature, chaque homme a droit à tout ce qui
lui est nécessaire pour atteindre sa fin ; il a donc le droit de propriété.
La personne morale se compose de plusieurs individus ; tels sont la Famille, l'Etat, l'Eglise. Les trois personnes morales que nous venons de nommer ont chacune le droit de propriété pour atteindre leur fin respective, et ce droit ne dépend pas de la volonté de l'homme. La famille vient de Dieu ; et je vous ai fait voir dans une autre conférence l'erreur de la franc-maçonnerie qui ravale la famille, en faisant du mariage un contrat tout humain. Dieu. en instituant la famille, lui a donné une fin et des droits, des moyens pour arriver à cette fin.
La société religieuse, cela souffre encore moins de difficulté, a été aussi instituée par Dieu ; elle a droit à tous les moyens nécessaires pour atteindre la fin qu'elle se propose.
L'Etat lui-même vient de Dieu, mais d'une manière un peu différente. La Famille et l'Eglise viennent de Dieu quant au fond et quant à la l'orme ; en eiiét c'est Dieu luimême qui a déterminé que la famille serait composée essentiellement d'un homme et d'une femme ne formant qu'une seule chaire, et que l'homme serait le chef de ce corps moral. L'Eglise est une monarchie établie et réglée par Jésus- Christ lui-même.
L'Etat vient de Dieu quant au fond, mais sa forme vient des hommes, et elle peut varier dans les différents temps. Ainsi le gouvernement peut être monarchique, aristocratique ou démocratique, c'est-à-dire que l'autorité peut s'incarner dans un seul homme qu'on nommera roi. empereur, etc ; elle peut résider dans un certain nombre des grands de la nation ; enfin elle peut être répartie encore plus largement dans le peuple.
Les différentes espèces de gouvernement ont chacun • leurs avantages ; il y a des peuples à qui la monarchie va mieux, d'autres préfèrent la république. L'Eglise approuve toutes les formes de gouvernements, bien qu'il-- ne soienl
pas tous également parfaits, pourvu qu'ils s'établissent d'une manière légitime.
Maintenant si l'on examine les trois personnes morales dont nous venons de parler quant à l'ordre des temps, la première qui nous apparaît est la société religieuse. Il y ont un temps, comme je l'ai dit ailleurs, où la Famille et l'Etat n'existaient pas encore, bien qu'Adam eût déjà été créé ; mais il y a toujours eu une société religieuse depuis que l'homme existe. Le premier homme fut en même temps le premier pontife, car dès que l'homme eût été créé, il eut nécessairement des rapports avec son créateur, et il lui Tendit un culte.
Chose remarquable, c'est quand toute l'autorité religieuse reposait en Adam que Dieu le rendit possesseur de toute la nature. En effet, Dieu s'adressant à Adam et à Eve, leur dit alors : " Dominez sur tous les poissons de la " mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui " se meuvent sur la terre. Je vous ai donné toutes les " herbes qui portent leur graine sur la terre et tous les " arbres qui portent des fruits et qui renferment en eux- '* mêmes leur semence, chacun selon son espèce. " Gen. I, 28, 29. L'homme eut donc, depuis ce moment, le domaine de tous les biens terrestres.
Mais il y a trois espèces de domaines : le domaine utile c'est l'usage de la chose ; le domaine administratif, c'est le domaine de celui qui administre la chose, qui peut la changer, la vendre comme il lui plait ; enfin le domaine absolu, celui de Dieu sur la création. Vous comprendrez facilement la différence entre les deux premiers domaines, si nous en cherchons des exemples dans la famille.
Tous les membres de la famille, le mari, la femme, les enfants, ont le droit de propriété, mais ils ne l'ont pas au même degré. Vous achetez pour un enfant un chapeau, un livre ; il peut dire : C'est mon chapeau, c'est mon livre ; mais peut-il les changer, les vendre ? non, car il n'en a que le domaine utile. Le domaine administratif, ce sont les
parents qui le possèdent. Ils doivent former l'enfant ; cette charge importante leur donne des droits particuliers. Le père étant le premier dans la famille, c'est à lui surtout qu'est dévolu le domaine administratif, mais il ne doit pas agir en despote ; il doit se souvenir que la femme est sa compagne et son conseiller.
Quan t au domaine absolu, Dieu ne s'en départit pas Dieu reste toujours le maître ; c'est à lui qu'il appartient de dire à tout être créé : Rends-moi compte de ce que tu as reçu ; et si nous n'avons pas administré sagement les biens qu'il nous avait confiés, nous aurons en effet an compte terrible à rendre.
C'est directement de Dieu que les trois personnes morales mentionnées plus haut tiennent leur droit de propriété ; mes frères, c'est là un principe qui est ignoré ou bien oublié d'un trop grand nombre de personnes.
La Famille ne tient pas son droit de l'Etat ; la Famille ^ en effet, était avant. l'Etat. L'Eglise ne tient pas non plus son droit de l'Etat : elle était avant l'Etat et avant la Famille. Ces trois personnes ont droit à tout ce qui leur est nécessaire pour arriver à leur fin ; cela ne vient pas des hommes, mais de Dieu qui les a constituées. Quant à l'augmentation qu'elles pourront donner à ces biens, quant à la plus-value si vous voulez, elles y ont droit en vertu de la loi naturelle, et on ne peut les en dépouiller sans violer cette loi.
Maintenant, entrons dans quelques développements touchant les droits des différentes personnes, et relevons quelques erreurs.
Parlons d'abord de l'individu : il a droit d'une manière générale, à tout ce qui peut le mettre en état d'arriver à sa fin. Tant qu'il est dans la famille, il relève de l'autorité paternelle, et il attend tout de ceux qui lui ont donné le jour
Le père et la mère doivent donner à l'enfant tout ce qui lui est nécessaire pour le soutien de sa vie et pour le
développement des membres de son corps. Ils doivent avoir des soins analogues par rapport à son âme : travailler à la développer et à l'élever à Dieu, puis éloigner tout ce qui pourrait lui être nuisible.
Dans l'éducation de l'enfant et dans la surveillance à exercer sur lui. les parents peuvent se faire aider par des personnes de confiance.
Quand l'enfant est devenu grand, il appartient à son père de lui procurer un établissement. Parents, écoutez mes paroles : les biens que vous avez reçus par héritage ou que vous avez amassés par une honnête industrie, vous devez les conserver pour votre famille ; saint Paul va jusqu'à dire que celui qui n'a pas soin des siens et de ceux de sa maison est pire que les infidèles. Avez-vous usé de ces biens selon la volonté de Dieu, les avez-vous économisés pour les léguer à vos enfants quand ils se détachent de la famille comme le fruit mûr se détache de l'arbre qui l'a porté ? Si un père ruine sa famille en se livrant au vice ; si, par sa paresse, il laisse périr l'héritage de ses enfants, quel compte n'aura-t-il pas à rendre à Dieu.
La famille à droit de posséder tout ce qui est nécessaire à sa fin ; elle peut avoir une demeure, des fonds, des valeurs en argent, car elle a besoin de tout cela pour élever et instruire ses enfants.
Par rapport à la famille, on a peu de reproches à faire aux législateurs : ils ont fait peu de chose pour en limiter le droit de propriété. Hélas ! ils se sont montrés beaucoup plus mal disposés envers l'Eglise.
Ce devrait pourtant être la même chose, car l'Eglise c'est une famille en grand. Elle nous régénère dans les eaux du baptême, et elle doit nous conduire au ciel ; elle a droit à tout ce qui peut lui servir pour arrivera ce but.
Ce qu'on admet pour le père de famille on doit l'admettre pour l'Eglise : elle a reçu le soin des hommes, elle doit les nourrir spirituellement, elle doit les élever et les
instruire; c'est une mère, elle doit soulager leurs misères si nombreuses : elle a donc droit d'avoir des propriétés mobilières et immobilières, des séminaires et des collèges pour instruire la jeunesse, des orphelinats pour recuillir les enfants délaissés, des hôpitaux pour soigner les malades et les infirmes, des monastères pour mettre les âmes à l'abri de la contagion du monde et leur faire pratiquer la perfection évangélique ; elle a droit à tout ce qui peut rendre ces différentes œuvres prospères.
Quand les premiers chrétiens allaient déposer leurs richesses aux pieds des apôtres, pour le soutien des veuves et des orphelins, pensez-vous que les apôtres allaient demander à Hérode ou à César le droit de posséder ces biens et d'en disposer ? Notre Seigneur lui-même recevait les offrandes que des âmes charitables lui donnaient comme moyen de subsistance ; eh bien ! demanda-t-il à Pilate la permission de posséder ces biens ? non, ce droit vient de Dieu. Le pouvoir civil peut-il, au moins, limiter le droit de propriété de l'Eglise ? Le limiter c'est le détruire en partie : l'Etat ne le peut certainement pas. Vous savez, cependant, que la plupart des gouvernements modernes s'arrogent ce pouvoir, les uns par ignorance, les autres en haine de Jésus- Christ.
Les parents et l'Eglise doivent s'occuper simultanément de l'éducation des enfants ; leur œuvre doit être commune. Mais l'Etat, qu'a-t-il à faire ? Il doit aider le Père et le Prêtre, sans jamais se mettre à leur place.
L'Etat est comme un jardinier : le jardinier met des engrais, éloigne les vers et tous les animaux nuisibles, mais il laisse à l'arbre le soin de produire ses fruits ; de même l'Etat doit laisser à la Famille et à l'Eglise le soin de former les enfants que Dieu leur a donnés ; seulement il les favorisera dans leur œuvre, et il éloignera ce qui peut leur être nuisible. Il a la force, il la mettra à leur disposition.
Si nous examinons historiquement à quoi ont été <".n-
ployés les richesses de l'Eglise, nous voyons qu'elles ont toujours été employées pour le bien de l'humanité.
Avant la Révolution, il y avait de grandes corporations religieuses, et alors on ne voyait pas de paupérisme. Ces biens administrés par des moines étaient proprement le bien des pauvres. Par une erreur fatale, on a enlevé ces biens à leurs légitimes possesseurs, on les a donnés à des individus qui les ont dispersés en bien peu de temps, et alors on a vu la plaie hideuse du paupérisme dans la société ; alors on a vu la guerre entre le riche et le pauvre, parce que la source où puisait le pauvre était tarie.
Ces religieux qui viennent au secours des misères humaines ne demandent que leur nourriture, et quand ils meurent, le produit de leur travail reste pour les pauvres. Leurs biens sont donc réellement le bien des pauvres, des orphelins, des malades, des pestiférés, et il est étonnant qu'on ait réussi à l'aire croire qu'en les dépouillant on ferait le bonheur de la société.
Mais l'Etat, quelle est donc sa mission ? C'est de protéger les citoyens, de maintenir l'ordre, de défendre la propriété, de protéger le pays contre les invasions, Il faut des moyens pour cela : l'Etat a don? le droit d'imposer des taxes pour former un trésor, et les citoyens ont le devoir de les payer. Peut-il imposer des taxes absolument comme il le voudra ? Non, mes frères, il ne peut imposer que les tax?s nécessaires ou grandement utiles, et s'il en impose d'inutiles, il est coupable.
Dans quelque degré que vous preniez part au gouvernement du pays, représentants du peuples, ministres, vous devez administrer les biens de l'Etat comme ferait un bon père de famille. Ceux qui, par favoritisme, prodiguent le bien de l'Etat, créent des places inutiles, ceux-là prennent une grande responsabilité devant Dieu. Ils seront bien eii'rayés d'entendre un jour le juge éternel leur dire : Rendsmoi compte de ton administration ! As-tu toujours cherché l'avantage de la communauté ?
Mes frères, dans quelque position que vous soyiez. ne laites jamais à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît à vous-mêmes. Quand donc on en vient à considérer le bien de la cité, le bien de l'état comme une proie qu'il s'agit de saisir et de partager, on est tombé dans une terrible et fatale erreur.
11 y a d'autres personnes morales que celles qui viennent d'être énumérées, par exemple les sociétés de commerce, les sociétés de chemins de fer, etc. Celles-ci. pour exister, ont besoin d'être reconnues par l'Etat. Elles sont diii'érentes des trois autres: l'Etat peut limiter leurs droits, car elles viennent de lui.
Mais en est-il de même pour la Famille ? pour l'Eglise ? Non, je vous l'ai déjà démontré.
Quant à l'Eglise, son droit de propriété a quelque chose de particulier : c'est un droit sacré. Lorsque Dieu dit : Ma maison est une maison de prière, il désigne nos temples. Les iidèles ont l'administration de leurs biens, mais ce qui est à l'Eglise s'appelle le bien du Christ ; le pape en est le premier administrateur : les évêques et les prêtres les administrent sous sa direction dans les différents diocèses et dans les différentes paroisses, Si on prend ces biens, non seulement on commet un vol, mais on fait encore un sacrilège ; on prend le bien de Dieu
Examinons maintenant les doctrines maçonniques touchant le droit de propriété.
N'admettant pas l'autorité de Dieu, les francs-maçons m' diront pas que le droit de propriété vient de lui. ils disent qu'il vient du peuple. Il y a cependant une certaine divergence entre eux sur ce point : les uns font venir ce droit de César, du chef civil de la nation, les autres le font venir du peuple et tombent dans le socialisme, car ils admettent sans restriction que tous les hommes ont des droits égaux.
Ces principes abominables firent trembler la société
française en 1848 ; on vit sortir des Loges une foule avinée qui hurlait : Partagez également les propriétés, donnez-nous notre part ! Notre Saint Père le Pape disait dans son encyclique Quod apostolici muneris : " Quant à la tranquillité pu- '' blique et domestique, la sagesse catholique y a encore " très-prudemment pourvu par les idées qu'elle adopte et " qu'elle enseigne sur le droit de propriété et sur le parta- '; ge des biens qu'on a amassés pour la nécessité et l'utilité " de la vie. Car tandis que les socialistes présentent le '' droit de propriété comme étant une invention humaine, " et répugnant à l'égalité naturelle entre les hommes, et " que dans leur convoitise d'arriver à la communauté des 11 biens, ils prétendent qu'on ne saurait supporter la pau- " vreté patiemment, et qu'on peut impunément violer les " possessions et les droits des riches, l'Eglise, avec beau- " coup plus d'utilité et de sagesse, reconnaît que l'inégalité " existe entre les hommes qui naissent naturellement dis- " semblables par la force du corps et de l'esprit, et que " cette inégalité existe aussi dans les bions qu'ils possèdent, " et Elle veut en outre que le droit de propriété et de do- " maine, qui vient de la nature même, soit maintenu intact " et inviolable dans les mains de ceux qui possèdent; car Elle " sait que le vol et la rapine ont été défendus par Dieu, au- '■ teur et vengeur de tout droit, au point qu'il n'est pas " même permis de désirer le bien d'autrui, et que les vo- '• leurs et les ravisseurs sont exclus, comme les adultères et " les idolâtres, du royaume des cieux."
Dans son encyclique Humanum genus, Léon XIII parlant de l'origine de l'autorité, montre que les francs-maçons la font venir de la multitude, puis il conclut de la manière suivante : '"Or, que ces doctrines soient professées " par les francs-maçons, que tel soit pour eux l'idéal d'après " lequel ils entendent constituer les sociétés; cela est pres- " que trop évident pour avoir besoin d'être prouvé. Il y a " déjà longtemps qu'ils travaillent ouvertement à le réali- " ser, en y employant toutes leurs forces et toutes leurs res- '• sources. Ils feraient ainsi le chemin à d'autres sectaires
vt plus nombreux et plus audacieux qui se tiennent prêts à " lirer de ces faux principes des conclusions encore plus " détestables, à savoir le partage égal et la communauté " des biens entre les citoyens, après que toute distinction " de rang et de fortune aura été abolie."
Quand on abandonne le sentier catholique, mes frères, on arrive à ces absurdités.
Pour chercher la source du droit de propriété, il faut remonter à celui dont le Psalmiste a dit : DominJ est terra, et pleniiudo ejiis, orbis terrarum et universi qui habita/d in eo ; la terre et tout ce qu'elle contient est au Seigneur. Oui, toute la terre et tous ceux qui l'habitent sont à lui. Ps. XXIII, 1. C'est Dieu qui est le maitre suprême ; or il a voulu que les individus, et que des personnes morales comme l'Eglise et l'Etat, eussent le droit de propriété ; cela s'est fait, mes frères, pareequ'il l'a voulu : omnia quœcumque voluit fecil.
Avant de terminer, mes frères, je veux vous rappeler que la provenauce des biens de l'Eglise est ordinairement des plus saintes, des plus touchantes. Un chrétien arrivé à l'heure terrible de la mort se trouve les mains vides de bonnes œuvres, et pour le salut de son âme, il veut se faire des amis parmi les pauvres ; il confie ses biens à l'Eglise, pour qu'elle les répande par l'aumône.
Un riche n'a pas fait de ses biens l'usage qu'il en devait faire ; à l'heure de la mort la lumière se fait dans son âme, il lègue une partie de ses richesses à l'Eglise, afin qu'elle fasse en sa place le bien qu'il aurait dû faire luimême.
L'Etat doit reconnaître ces dispositions, il doit respecter les dernières volontés d'un mourant, il doit s'incliner devant les droits les plus sacrés que l'on puisse trouver sur la terre.
L'Eglise n'est pas une mineure, l'Etat ne doit pas la tenir en tutelle: il faut qu'elle ait la libre administration de ses biens, quels qu'ils soient.
Hélas! vous savez ce qu'on a fait en France, en Espagne, et dans la plupart des pays de l'Europe: on a dépouillé l'Eglise, l'Etat s'est emparé de tout ; mais on a vu le paupérisme marcher à la suite de ces spoliations.
Les biens mêmes de la Propagande, les aumônes dos chrétiens de tout l'univers, au moyen desquelles on envoyait des embassadeurs de Jésus-Christ aux peuples infidèles, ont excité la convoitise du gouvernement italien.
En voyant notre ^aint-Père le Pape injustement dépouillé de ses états et prisonnier dans son propre palais, les ordres religieux dépouillés et chassés de leurs asiles de paix, tous les trésors de l'Eglise aux mains des contempteurs du Christ, on demande quelles entreprises funestes nos ennemis ont encore à tenter !
Pleurons sur les malheurs de notre temps, mes frères ; fuyons les doctrines perverses qui ont amené un si déplorable état de choses ; et, nous appuyant sur les vrais principes, efforçons nous de conserver fort et san* mélanges le sentiment catholique au sein de notre chère patrie.
Ainsi soit-il.