TROISIÈME. CONFÉRENCE
L'instruetion obligatoire est une violation du Droit naturel et du Droit divin.
L'Etat ne peut porter aucune loi coereitive sur Féducation en vertu de son droit de profction. — L'Etat ne peut rendre l'instruction obligatoire en vertu de son pouvoir de dyation. —{%'{Inshuction obligatoire avec monopole, —£L'instruction obligatoire sans monopole, —Une objection.
#) , é , Première Conférence.
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J # PREMIERE CONFERENCE Fraile le 17 Ffyter 180,
Qu'est-ce que l'Education d’après le Droit Chrétien ?
SOMMAIRE. -—[mportance de Ja question. -L'edlucation aux veux de l'esprit moderne. L'éducation aux seux des l'esprit chrétien. Relation nécessaire entre l'éducation et la religion. Une objection.
Wonsreur de Président, Messieurs,
Invité déjà depuis quelqne temps par M.
le Président du Cercle Catholique à vous adresser quelques paroles sur l'instruction obligatoire, j'ai d'abord hésité,
J'avais conscience que mes occupations journalières, toujours jalouses de mes moments de loisir, laisseraient difficilement
à ma disposition le temp: nécessaire à
approfondir cette grave question d'une maniere digne de Fimportanec ave hiquelte elle s'impose à tous Ies esprits sétieux, digne de Pauditoire d'élite qui habituelle:
ment honore de sa présence cette salle du Cercle Catholique de Oucbec.
Je vous avouerai done, Messiours, qu'en abordant ce sujet ce soir, je n'ai pas la prétention de vous instruire 5 je nos meme entretenir l'espoir de vous intéres ser; je ne puis avoir d'autre vue que celle d'accomplir le devoir que m'impose linvi tation dont on m'a honoré
Et si AM le Président a, en cela, péché par un excès de bienveillance à mon égard, je regrette que sur vous, Messieurs, doive retomber la tache d'eXpier la faute ce soir.
Je ferai en sorte, toutefois, que la pénitence vous soit la plus courte possible.
Aujourd'hui méme, comme vous le savez, souvre pour nous une époque de l'année spéctalement consacrée à la pénitence, et.
cette coïncidence me donne l'espoir que
votre imdulgence saura assaisonner ce qu'il
pourra se trouver de trop fade dans le
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mets que je viens vous servir, le soir du Mercredi des Cendres
d x € De tout temps, Messieurs, l'éducation
3 de Ta jeunesse à été une question de Ja
plus haute importance. De tout temps, elle s'est acquis un droit à la considération de tout esprit sérieux. Dé tout temps elle
s'est imposée d'elle-même 4 Ja réflexion de
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tous les hommes qui, pour obdir, soit aux exigences d'un devoir officiel, soit ÿ l'im-
pulsion d'un goût personnel, prennent une
part quelconque dans le ouvernement de la société, dans la formation de l'opinion publique, dans la direction du courant ï d'idées qui doit circuler au sein de la ” population.
Mais, de nos jours surtout, elle revét un caractère d'une importance majeure au triple point de vue de la famille, de Ja société et de la religion.
Que voyons-nous de nos jours ?
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— L'esprit qui se dit moderne, mais qui n'est pas moderne du tout-- esprit de révolution et de destruction, vieux comme l'homme déchu, vieux comme Satan luimême -demande l'assistance de là force brutale. Et la force brutale se met aveuglément à son service, pour commettre une double effraction, un double vol.
On défonce les portes du sanctuaire de la famille, et on lui ravit des droits de tout temps reconnus inaliénables aux veux de la saine raison, des droits que quarante sièclessont proclamés inviolables, par: la voix du sentiment commun de toutes Îes nations,
On pénètre sacrilèégement, effrontément, sur un terrain qu'il n'est permis à aucun pied profane de fouler : et l'on va disputer au Christ lui-même les droits sacrés qu'il a
donnés à son Eglise.
Et la discussion - cette servante de la vérité--se vend au service du mensonge, dans la bouche des violateurs du droit naturel et du droit divin.
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Renversant la force du Droit pour ériger a sa place le droit de la Force, elle prend ses franches coudées, fait table rase des principes que la raison humaine à toujours
respectés, s'arrogc le privilége de tout atta-
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quer, de tout ébranler, de tout renverser,
Ah! à la vue des efforts suprémes de l'antique serpent personnifié dans la francmaçonnerie, qui, du fond de ses antres ténébreux, tient dans sa main le ressort caché
d'où part Ie mouvement des révéiitions
modernes ; à la vue de son achat nt a s'emparer des jeunes générations, pur les
préparer à faire triompher la cause de l'erreur et du mensonge, comment ne pas reconnaitre que l'éducation est devenue aujourd'hui le champ de bataille où s'est portée, dans toute sa fureur, la lutte du mal contre le bien-—cette lutte commencée au début du monde par les deux camps antagonistes des enfants de Dieu et des enfants des hommes, et qui doit prolonger jusqu'au grand jour de la séparation Cternelle des
bons et des méchants ?
Si, jetant un regard en arrière au début de l'ére chrétienne--cette tre de régénération, de lumière cet de progrès véritable — que voyons-nous ?
A peine le Christianisme est-il établi par son Auteur, à peine les Apôtres sc mettent-ils à l'œuvre pour accomplir leur grande et divine mission d'instruire le monde, de suite le génie anti-chrétien tente
d'opposer une barrière à cet enscignement.
Hissance de la force concentrée dans
ns romaines est maitresse du royaume de ec monde. Satan, prince de ce royaume, a recours au glaive : il presente à l’Église enseignante la pointe de
l'épée.
L'Eglise s'abstient de prendre l'épce
contre l'épée.
Tout en continuant l'œuvre de son enseignement, elle se contente d'opposer à ses ennemis les armes de la patience. Et le sang des martyrs, versé durant trois
siccles, forme une seconde mer rouge où
viennent s’engloutir les nouveaux Pharaons avec leur armée de bourreaux, où viennent se noyer la colcre et les efforts impuissants de Rome païenne.
L'Eglise sort triomphante de cette lutte brutale de la force contre la vérité.
Elle élève sa chaire doctrinale sur le trône mème des pers“cuteurs vaincus, au centre de Rome chrétienne, Et du haut de cette chaire partent les flots de lumière qui vont cclairer le monde, ct y faire naître .
la véritable civilisation.
Le génie anti-chrètien n'est p ort.
Les suppôts de Satan tombent en combattant pour lui ; mais Satan avec sa rage
leur survit.
Il a vu l'épéc se briser contre Île roc de l'Église. Il aura recours à une autre arme plus terrible : l'arme de l'ignorance.
Du fond des ténèbres d'un paganisme obscur ct abrutissant, il fait surgir des hordes de barbares, à l'aide desquels il
tente d'envelopper, avec le monde entier.
l'Eglise de Dieu dans une nuit universelle.
L'Eglise présente l'arme de la Vérité.
Et, comme la nuit s'efface de l'horizon a l'arrivée du soleil matinal, Ja barbarie des nouveaux peuples enfantés au Christ par son pouse à jamais féconde, se dissipe, comme par enchantement, sous la douce influence des rayons vivifiants de la lumicre partie de Rome, du centre de
l'infaillibie autorité de l'Eglise enseignante.
de Dicu, de nouveau triom-
cfforts du génie anti-chrétien, voit toiftes les nations européennes s'inclincr avec respect devant son enseignement. |
Lille continue de le distribuer à tous :
aux individus, aux familles, aux nations.
Les choses alors vont trop bien pour faire le compte ïe l'ennemi du christianis me.
Tout se trouve dans l'ordre: il faut
tenter un nouveau moyen de désordre.
C'est la troisième guerre contre l'autorité doctrinale de l'Église.
Déclarée il y a trois siècles, elle se continue encore de nos jours.
C'est la plus acharnée, parce qu'elle est la plus radicale.
C'est la révolution dans le domaine des idées et des principes--révolution autrement funeste dans ses conséquencés que
celle opérée par l'insurrection des masses,
Elle commence par nier l'autorité suprème de l'Église dans M dc | et le protestantisme leve l’étenc a de la révolte,
Elle se transporte ensuite dans ledomaine politique, d'où elle exclue la religion ; et l'État sans Dieu est inauguré.
Enfin, pour compléter son œuvre, elle veut chasser la religion des écoles, et créer l'éducation sans Dieu, Yenseignement athée.
On le voit, l'arme principale mise en jeu dans cette nouvelle guerre, c'est la végation.
L'Église, toujours sage dans le choix de
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ses moyens de résistance, oppose Z'afirrmation.
Elle affirme, ct affirmera toujours, les droits imprescriptibles qu'elle tient de Dieu, et qu'il ne lui est pas permis d'abdiquer,
Elle les affirme par la voix infaillible de son Chef,
Elle les affirme par la voix de ses ministres.
Elle les affirme par Ja voix de ses enfants laïques demeurés fidèles à son enseignement.
Elles®les affirme dans tous les pays du monde, par la parole, par des écrits, par des assemblées.
Et, je puis le dire hautement, Messieurs, elle les affirme encore ce soir, dans cette enceinte, par cette réunion de Catholiques qui ne craignent pas de protester contre les nouvelles tentatives d'envahissement que font, en ce temps-ci, dans le pays de nos pères, les politiciens d'aventure que les commotions sociales qui ont bouleversé la France ont fait éclore et mis en avant au service de l'esprit satanique.
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Le camp ennemi compte malheureusement un nombre digne d'une autre cause que celle de l'erreur, à un tel point que l'on peut dire, en toute vérité, avec M.
Anguste Nicholas, que “le monde d'aujourd'hui est à refaire." Eh! bien, Messieurs, cest à nous, Gui voulons étre catholiques non-sculement à l'Église, mais catholiques en politique, catholiques en éducation, catholiques partout, en d'autres termes, catholiques conséquents avec nous-mêmes, c'est à nous, dis-je, qu'incombe la grande tâche de travailler à refaire le monde social dans sa partie malade. Lit nous accomplirons notre part de cette tâche en soutenant, avec constance et fermeté, envers et contre tous, la cause de Ja vérité, qui, seule, à l'exclusion de l'erreur, a le droit de régner sur le monde.
Rétablissons donc les principes même élémentaires. Car ce sont précisément les vérités les plus élémentaires que l’on semble S obstiner, dans certains cercles, à mettre de côté.
PS Qu'est-ce que l'éducation ?
De quelle autorité relève l'éducation?
Que faut-il penser de l'éducation faite obligatoire par l'Etat ?
Tels sont les trois questions que je me propose de résoudre, me restreignant à la première, ce soir, afin de ne pas abuser trop longtemps de votre indulgence,
Qu'est-ce que l'éducation ?
—Voilà, Messieurs, une question des plus élémentaires, il est vrai, mais elle est fondamentale.
De la fausse solution qu'on lui a donnée sont sorties, les unes après les autres, toutes les erreurs modernes en matière d’enseignement.
C'est aussi en rétablissant les vrais principes sur ce point fondamental qu'il nous sera logiquement possible de les rétablir sur tous les autres.
Rien n'éclaire plus une question que de la préciser exactement: ce que je vais essayer de faire par une distinction.
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Aux yeux de l'esprit moderne, la notion de l'éducation est circonscrite dans les limites de celle de l'enseignement,
Et cet enseignement, quel est-il ?
Un sytème fonctionnant sous le contrôle absolu de l'Etat, dans le but de former et de diriger, les opinions politiques des individus : en d’autres termes, un moyen mis à la disposition de la société pour servir à ses propres intérêts, sans tenir Compte, au détriment même, des intérêts des individus.
On comprend aisément qu'un pareil système, basé sur le renversement des choses, ne saurait conduire au but que ses auteurs ont en vue, s’il n’est libre de toute entrave, libre de cette liberté d'invention moderne, qui consiste à proclamer la liberté d'action Pour tous, afin de se donner le droit de tout asservir.
La religion, avec ses principes venus
d'en haut —principes immuables et essentiellement restrictifs qu'elle impose au nom de Dieu a religfon gène tout naturellement la libre action de cet enseignement systématique.
Il importe donc d'annuler, de faire disparaître cette influence restrictive. Le choix du moyen est vite fait. On prend Île plus radical. Il tranche dans le vif: plus de prètres, plus de religieux; plus de religion dans l'enseignement.
Et c'est par ce coup de force que l'Etat sans Dieu veut créer l'école sans Dieu, qu'on peut appeler, avec plus de justesse, l'école contre Dieu !
Rien ne répugne plus à ce que cet enseignement athée tombe sous le contrôle
exclusif de l'omnipotence de l'Etat. Aussi
le monopole de l'instruction est-il le terme
des tendances modernes, si toutefois il est logique de supposer un terme où puisse s'arrêter l'action destructrice du génie procressiste révolutionnaire.
Et voilà comment, au nom de la liberté—
esse eds
ce mot magique que l'on proclame partout, que l'on fait inscrire sur tout--on veut nous confisquer nos libertés les plus sacrées, nous asservir dans la plus noble partie de nous-mêmes, crécr le plus révoltant de tous les esclavages, la plus humiliante de toutes les tyrannies : la tyrannie des âmes.
Et voilà comment le dieu Etat, après Sêtre débarrassé du Dieu d'en haut et de ses lois, ñe craint pas de fouler aux pieds les droits de la famille, d'enlever à l’'autorit. paternelle ses enfants, qu'il appelle /a chose de la république.
Êt voilà comment, toujours au nom sonore de la civilisation et de la liberté, on veut ramener le monde à la barbarie
et à la servitude,
Le monopole de l'enseignement fut inauguré en France par Napoléon 1er, génie puissant enfanté par le mouvement originaire de 80, et élevé par les flots révolutionnaires à la charge de présider aux destinées de Ja race française, pour imprimer sur son front, d'une manière per-
manente, le sceau de la révolution accomplie. Aussi, le monopole universitaire, créé par le décret de 1808, a-t-il été la boîte de Pandore d'où s'échappa le poison qui infesta la génération suivante, et enfanta les convulsions sociales qu'endure
encore aujourd'hui la pauvre France.
Vora, Messieurs, l'éducation telle qu'on
veut la reconstituer.
En France, en Prusse, et dans bien d'autres pays, on indique ouvertement le but auquel on vise, et on veut l'atteindre
d'un seul bond.
Chez d'autres peuples, on procède plus lentement.
On use de ménagements. On fait un travail sous-main, tout en faisant une profession, par forme, de principes catholiques, afin de ne pas froisser, par trop de brusquerie, le sentiment chrétien de la masse.
Mais le but définitif vers lequel on prépare un acheminement n’en est pas moins iden-
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tique avec celui de l'école ouvertement radicale.
Et je ne crains pas, Messieurs, d'être exagéré en avançant qu'il n'est peut-être pas un seul pays au monde, sans en excepter le nôtre, où des tendances de cette nature n'aient commencé à poindre sur l'horizon de l'école progressiste, qui a su
trouver partout des adhérents.
Je suis heureux de prendre ici occasion de dire que le peuple canadien n'a qu'à se féliciter de l'esprit franchement chrétien de ceux qui ont aujcurd'hui la haute main sur l'instruction publique dans notre Province, Que l'Eglise soit toujours secondéc.
sur Île terrain de l'éducation, par des hommes d'Etat aussi hautement caractérisés par leur droiture d'esprit et leur dévouement aux intérêts catholiques, que l'est l'honorable Surintendant actucl de l'instruction publique, que j'ai l'honneur de voir, Ce soir, au nombre de mes distingués auditeurs, et elle verra toujours les écoles assises sur des basses solides, les seules
véritables bases : les bases chrétiennes,
Il reste à voir maintenant, Messieurs, ce qu'est l'éducation aux yeux de l'esprit chrétien.
Elle consiste dans le développement ct lc perfectionnement des facultés intellectuclles, morales et physiques de l'individu, de maniere à lui faciliter l'obtention de sa
fin.
J'insiste, Messieurs, sur cette pensée, parce qu'elle est fondamentale : pour faciliter à l'individu l'obtention de sa fin, la fin pour laquelle il est créé.
Une démonstration serait, je crois, un hors-d'œuvre en face de l'évidence de cette vérité.
Qu'est-il besoin, en effet, de prouver que l'éducation doit tendre au bien de l'individu ?
Et où se trouve le véritable bien de l'homme, sinon dans la fin de son exis-
tence, et dans les moyens d'y arriver ?
Il ne faut pas oublier que les individus ne sont pas faits pour les sociétés, mais les socictés sont faites pour les individus, comme moyen mis à leur disposition pour leur faciliter les voies qui les conduiront à leur fin. Là se trouve la raison d'étre des sociétés, sous quelque forme qu'elles
cxistent.
Je répète qu'il y a, dans l'éducation en.
visagée dans sa généralité, trois parties se rapportant respectivement aux facultés intellectuelles, aux facultés morales, aux facultés physiques.
L'éducation intellectuelle et morale : voilà la partie principale.
L'éducation physique : voilà la partie secondaire.
L'homme cest un animal raisonnable.
Or, la raison, chez lui, prime l'animalité et doit la gouverner.
Ce sont là des notions élémentaires.
Perfectionner l'intelligence, c'est lui donner une Connaissance parfaite de sa fin et
des moyens de l’atteindre. C'est pour cela
mi OT ve
que Dieu à donné l'intelligence à l'homme ; et ce serait agir contrairement aux desseins de Dieu que de la diriger vers un autre ordre de choses, du moins, pris d'une
manière absolue,
Pertectionner la volonté, c'est diriger ses aspirations vers cette même fin, développer en elle les vertus morales qui lui feront
accomplir les actes propres à l'y conduire.
Or quelle est la fin de Fhomme ?
Si janalyse, d'abord, à la seule lumière de la philosophie, les phénomènes dont l'ensemble constitue l'acte propre à la nature raisonnable, je découvre chez celle-ci une tendance qui la pousse à Îla connaissance et à la possession de Ta vérité.
Et remarquez, Messieurs, que la vérité se présente ici émancipée de l'étroite sphère du particulier et du fini, pour prendre les dimensions du général, de Puniversel, de l'infini.
L'intelligence, en effet, perçoit l'être
sous une raison universelle.
Elle perçoit de soi un bien illimité. le bien en général.
C'est précisement cette généralisation, cette perception de l'universel, qui caractérise la connaissance intellectuelle et Ia dis-
Ungue de Ja connaissance sensitive.
La volonté se porte d'elle-méme vers le méme bien universel, tet que perçu par lintellect. * L'étre raisonnable, dit le plus grand philosophe, Saint Thomas d'Aquin:
“par T4 même qu'il connait la raison “universelle du bien et de l'être, se rap- ” porte immédiatement au Principe univer-
‘sel de l'existence. :
Or nulle faculté, nulle puissanec ne peut ètre satisfaite d'une manière adéquate que par l'acquisition de l'objet vers lequel elle se porte naturellement en vertu de l'impulsion que l'Auteur de la nature a imprimée en elle en la créant. Il existe donc au fond de la nature raisonnable un besoin Imneé qui la pousse irrésistiblement, invinciblement, nécessairement, à la connaissance et à la possession de l'infini,
Pour extirper cette tendance de l'âme humaine, il faudrait changer la manière d'être avec laquelle elle est sortie des mains créatrices de Dieu. Il faudrait modifier sa nature ; il faudrait la détruire.
Supposons une flèche marchant, par suite d’une impulsion indéfinie, dans la direction de l'Est, En vertu de cette impulsion, elle tendra vers tous les points qui se trouvent dans cette direction ; maïs elle y tendra comme vers des points de passage.
Elle ne peut s'y arrêter, puisque le repos détruirait notre hypothèse.
Ainsi en est-il de la volonté humaine, avec la différence qu'il ne s'agit plus ici d'une hypothèse, mais d'un fait psychologique dont l'accomplissement remplit toute la vie de l'homme sur la terre.
La tendance de sa volonté au bien en wénéral lui donne une impulsion indéfinie vers tous les objets qui lui offrent le bien sous quelque rapport ; mais elle ne peut s'arrêter à aucun objet limité comme à sa
in : s'y arrèter serait lutter contre sa propre nature, qui la pousse sans cesse vers le
bien sans limite, le bien infini.
Or, Messieurs, un seul être rér/ise l'infini. Un seul être ac/nalise le bien universel.
Cet être se nomme Dicu,
L'idée de Dieu s'impose donc impérieusement, avec toute la force de la vérité, comme la fin, méme naturelle, de l'être humain.
Donc, Messieurs,- -et remarquez bien la conséquence-—même en faisant abstraction des données de la foi, que les progressistes modernes veulent reléguer dans l'intérieur de Ja sacristie, et en nous basant sur la seule raison, qu'ils proclament être leur guide unique dans la direction qu'ils prétendent imprimer au mouvement social, l'idée de rapports entre l’homme et Dieu, cest-à-dire la religion, ne fût-ce que la religion naturelle, s'impose impérieusement, et avec toute la force de la vérité, comme l'élément essentiel de toute éduca-
tion, comme la base de tout enseignement,
comme devant y occuper une place tellement dominante que tout le reste paraisse accessoire,
Et je le demande, peut-il convenablement se présenter quelqu'un qui n'ait pas, je ne dis point renoncé au Christ et à la foi de ses pères, mais renié les lumières naturelles de sa raison, et qui puisse refuser de s'incliner devant la vérité de cette conclusion ?
Et quelle est la portée de cette conclusion ?
C'est que l'enseignement fondé sur l'exclusion de l'idée de Dieu, l'enseignement athée, est un outrage à la raison, est en contradiction manifeste avec la nature de l'être raisonnable, est une violation directe des droits de l'homme les plus inviolables, une gucrre ouverte contre l'humanité dans son sanctuaire le plus intime.
Vous le voyez, Messieurs, nos progressistes du jour, après avoir érigé la raison sur l'autel de leur culte, à la place de Dieu, ne craignent pas de tourner le dos à cette déesse de création moderne, comme
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ils ont tourné le dos à Dieu. 1{l leur est aussi facile de trahir les lois de la logique que de trahir les lois de Dieu
Et au fond de ces inconséquences, que découvre-t-on ?
—Un reflet terrible de conséquence que l'on dirait être un dernier effort de la raison outragée, qui, pour se venger en quelque sorte de ses insulteurs, leur refuse ses lumières dont ils ont abusé ; et, par une force irrésistible de logique qu'elle tourne contre eux, les amène aux dernières limites de l'erreur : la destruction, s'il était possible, de cette même raison devenue pour
eux rien autre chose qu'un vain mot.
C'est que, lorsque l’on a attente à Dieu, il n'y a plus rien qui puisse demeurer debout. It la raison elle-même, comme tout le reste, doit aboutir au naufrage.
Tant il est vrai que le dernier mot de l'erreur, le résultat de sa marche, le terme définitif de ses progrès, tout cela se trouve renfermé dans une idée, exprimé par un
mot : ce mot s'appelle ruine.
Mais allons plus loin.
Pour le chrétien, l’enseignement athée \ n'est pas seulement une insulte à sa raison ; Ë (1 c'est un outrage à sa foi. . É | __ Le chrétien regarde la destinée de l'homme à une double lumière : à la lumière natur:lle de la raison, et à la lumière supérieure de la révélation.
Ces deux lumières ne produisent aucun | serme de contradiction, parce qu'elles illu- | minent un mème object : la vérité. L'une
est le développement supérieur, le complé:
1 ment ultime de l'autre.
Le chrétien, ainsi éclairé, ne voit plus
l en lui un être borné au petit nombre d'an- | : : À k nées de cette vie : il porte ses regards sur {
la perspective qui s'élève au-delà de la tombe.
Avec la raison seule il peut, il est vrai, atteindre la connaissance de l'immortalité de l'âme ; mais d'un regard de géant qui dépasse les forces de cette raison, et tire
nténnnr:hnanrmgrnnnmnnenemerns
ss: ce
sa puissance intuitive du flambeau de la foi, il monte plus haut et aperçoit dans le fonds de l'éternité, le terme où doit aboutir toute créature raisonnable, le dernier mot de sa création, Il voit l'homme marchant sous le regard providentiel de Dieu vers une fin surnaturelle, où il. est appelé à connaître Dieu comme il se connaît lui-même, à l'aimer comme :il s'aime lui-même, ‘et à participer à la béatitude infinie de Dieu, au sein du repos éternel.
Là, et là seulement, se trouve la raison finale de l'existence de l'homme sur la terre.
Or, l'ensemble des moyens étabiis icibas pour conduire l'homme à cette fin supérieure, constitue une religion surnaturelle et positive, la religion de Jésus-Christ, la religion chrétienne.
Le surnaturel s'impose donc impérieusement, et avec toute la force de la vérité, comme base de toute éducation, comme fondement essentiel de tout enseignement.
Donc, Messieurs, l'éducation est et doit ètre essentiellement religieuse, essentiellement chrétienne, ce qui revient à dire,
essentiellement ca/lolique.
Mais l'on ne peut détruire les éféments essentiels d’une chose sans anéantir la
chose «ile-même.
Donc, Messieurs, l'éducation sans religion, l'enseignement athée, ne peut être
que la ruine de toute éducation.
Maintenant des hautes sphères de ces considérations que je puis appeler spéculatives, hien que leur portée soit souverainement pratique, descendons sur le terrain de l'observation. Que vovons-nous ?
Dars quelle condition se trouve cet enfant qu'il s'agit d'élever, de former à la vie chrétienne et sociale ?
— L'enfant se présente devant l'éducateur portant en lui deux principes antagonistes : d'un côté, des germes d'inclinations vicieuses, enracinés dans sa nature par le péché d'origine : de l’autre, des germes de
Rafuñhtttis ram dns ue
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vertus déposés dans son cœur par les eaux régénatrices du baptème.
Transformer une nature rebelle et la préparer à subir les influences salutaires de la grâce ; faire entrer dans les sentiers du bien un cœur naturellement enclin au mal ; plier sous la loi rigide du devoir une volonté naturellement porté à ne prendre pour révle que le plaisir et l'égoisme ; faire aimer et pratiquer le bien, apprendre à se combattre et à se vaincre, à un jeune homme faible devant les tentations, alors surtout que le vent brûlant des passions commence à souffler; diriger ce jeune homme dans le chemin épineux de l'innocence et de la vertu; éteindre dans son cœur l'amour naturel de la volupté pour y allumer un double et saint amour : l'amour de Dieu, et l'amour de sa patrie et de ses semblables : Voilà, Messieurs, le ministère
de l'éducateur de ‘a jeunesse,
Est-il besoin de beaucoup d'arguments
pour démontrer qu'un tel ministère ne peut
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s'exercer qu'au sein d'une atmosphère de de foi et de religion ?
Le sentiment commun de tous les hommes bien pensants n'est-il pas là de plus pour affirmer hautement que la première qualité d'un professeur est qu'il connaisse Dieu et sa religion, et qu'il la pratique ; et la seconde qualité, qu’il soit dévoué absolument à son métier de professeur ?
Et ce dévouement, mis en regard de tout ce qu'il y a d’ingrat et de pénible dans les fonctions d’un instituteur, peut-il jamais cxister sans la charité ?
Or, Messieurs, la charité est une chose qui ne se crée pas par des lois et des règlements. La charité vient du ciel et ne vit sur la terre qu'au sein d'une atmosphère religieuse.
Hors de cette atmosphère, pas de charité ; et, sans la charité basée sur la foi.
point de dévouement réel, point d'éducateur, point d'éducation.
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Une objection se présente, peut-être, à votre pensée. Elle a été mise en avant plus d'une fois. La voici : ne peut-on pas séparer l'enseignement intellectuelde l'enseignement moral ct religieux ?
Je réponds, Messieurs, que cette séparation est théoriquement cet pratiquement impossible, sauf Île cas particulier de
certaines spécialités.
En thcorie, il est impossible de concevoir un enselwnement qui puisse se donner, abstraction faite de la religion, parce que la nature même des choses est telle que la religion s'introduit d'elle-même dans toutes les branches des connaissances humaines.
Aimée ou haïe, la religion s'impose partout.
Il nest pas possible de faire abstraction des notions qu'elle à fournies aux sciences. Soit qu'on les soutienne ou qu’on
les combatte, il faut se trouver en face de