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I. Gymnastiques Allemande et Suédoise

Nous ne devons plus démontrer la nécessité de l’éducation physique, qui est devenue une des branches primordiales de l’hygiène. Elle est justement considérée comme une pratique indispensable, aujourd’hui que notre existence moderne, rapide et exclusivement cérébrale, entraîne insensiblement toute cette dégénérescence générale qu’accusent indiscutablement des faits très nombreux, parmi lesquels nous citerons l’abaissement continu de la taille moyenne et le chiffre impitoyablement croissant des jeunes gens impropres au service militaire.

L’Education physique comprend les méthodes de gymnastique, les jeux et sports et les travaux manuels. Nous ne nous occuperons, dans ce travail, que des méthodes de gymnastique.

L’homme est un type bien défini, à locomotion bipède, à anatomie et physiologie essentielles identiques sur tout le globe. En vertu de l’évolution progressive de tout être organisé, il faut qu’il soit adapté, le mieux possible, à son milieu. Dans ce but, il faut le perfectionner constamment et augmenter sans cesse sa résistance vitale.

Le but de l’éducation physique est bien défini : « c’est la recherche et la conservation de la santé, de l’énergie et de la force, le développement harmonique du corps, le rendement maximum en travail utile, la résistance à la fatigue, l’adresse et la meilleure utilisation d.e ses forces, l’équilibre des facultés morales, intellectuelles et physiques et, en dernière analyse, la transmission de ces qualités à la race, par hérédité. » (Lemarinel).

La gymnastique ne peut plus être considérée simplement comme une série plus ou moins longue de mouvements divers, destinés à développer le corps humain. La conception qu’on s’en fait aujourd’hui s’estélargie parallèlement à l’élargissement qu’a subi l’idée du mouvement lui-même; il faut se rappeler que le mouvement est « l’aboutissement de l’activité des centres nerveux qui président à la vie consciente et à la vie automatique, qu’ils sont eux-mêmes parmi les principaux agents qui modifient les cellules nerveuses, notamment celles de la couche corticale grise des hémisphères cérébraux. » (Kaisin).

Il est nécessaire que l’homme soit constamment maître de son corps et de ses mouvements, qu’il sache se servir de ses organes et de ses fonctions et qu’il en ait fait l’épreuve, pour en connaître le rendement maximum.

Une méthode rationnelle de gymnastique doit donc être basée exclusive-

(*) Série de conférences données, par l’auteur, aux médecins militaires de la garnison de Bruxelles.

ment sur l’expérimentation et la science, sur la biologie humaine, sur la physiologie et la psychologie qui lui révèlent la dynamique individuelle, sur la sociologie qui lui montre le rôle social de l’homme et ses transformations successives dans l’évolution des sociétés.

Elle doit donc remplir un rôle hygiénique, utilitaire et même esthétique, puisque la beauté physique est constituée précisément par la réunion, chez le même individu, de tous les caractères communs à sa race et par le perfectionnement de ses organes adaptés au milieu.

Or, nous savons que cette force vitale, que nous devons nous efforcer à augmenter, ne réside pas dans les formes extérieures, ni dans le volume exagéré d’un ou de quelques segments du corps, mais qu’elle résulte exclusivement de la parfaite harmonie, du développement rationnel et de l’équilibre le plus exquis des fonctions organiques elles-mêmes : la respiration, la circulation, la nutrition, l’innervation, la musculature, etc. Pour développer ces fonctions, nous devons modifier chaque segment du corps dans le sens le plus favorable à toutes les fonctions et, dans ce but, nous servir de contractions musculaires très judicieusement choisies, dosées et exactement localisées. Le mouvement musculaire n’intervient donc pas ici pour luimême ; il ne constitue qu’un moyen destiné à corrigea, à redresser et à fixer certaines altitudes rationnelles des différentes parties du corps. La gymnastique doit être corrective, c’est-à-dire qu’elle doit améliorer le maintien, l’allure, corriger leurs défauts et prévenir les déformations.

Pour cela, nous devons profiter de toutes les propriétés des muscles et de la contraction musculaire : tonicité, synergie, antagonisme musculaires, modification des os, du muscle et de ses annexes, par les différents modes de travail musculaire.

Rappelons qu’un muscle possède deux points d’insertion qui peuvent être alternativement fixes ou mobiles. Dans chacun de ces cas, 1 effet de la contraction du muscle peut varier considérablement et son action, sur les fonctions, peut être extraordinairement différente. Ainsi, lorsque le petit pectoral prend son insertion fixe sur les côtes immobilisées, il produit l’adduction de l’épaule en dedans, en avant et en bas ; s’il prend, au contraire, son insertion fixe sur l’omoplate, il soulève les côtes et devient inspirateur.

Dans l’exercice physique, il y a deux éléments à considérer: 1° la contraction du muscle, 2° le mouvement. Il peut y avoir contraction sans mouvement, lorsque la résistance annule la puissance, c’est la contraction statique. Il peut y avoir mouvement sans contraction, comme dans la mobilisation passive des segments du corps; c’est le mouvement passif . La contraction constitue la cause du mouvement actif qui est volontaire, tandis que le mouvement passif est un mouvement communiqué. Lorsque la contraction produit un effort suivi d’un mouvement, elle est appelée contraction dvnamiquc ; cette dernière peut être excentrique on concentrique suivant que les insertions du muscle s'éloignent ou se rapprochent l’une de l’autre pendant son travail.

La tonicité musculaire est la propriété dont jouit le muscle de rester dans un certain état de demi-contraction ou de tension constante, au repos et sur le vivant. A l’état normal, la position des membres et de chaque

segment du corps dépend donc de la tonicité des différents groupes musculaires. Dans notre vie ordinaire, où les mouvements de flexion sont notablement prédominants, la tonicité des fléchisseurs l’emporte généralement sur celle des extenseurs ; de là, raccourcissement des fléchisseurs avec légère flexion des doigts, des coudes, de la tête, du tronc, etc.

En vertu de la synergie musculaire , un muscle, à l’état normal et sur le vivant, ne se contracte presque jamais seul ; toujours, d’autres muscles interviennent pour permettre à l’une de ses insertions d’être fixée. Pour fléchir, par exemple, l’avant- bras, je dois préalablement rendre fixes les insertions supérieures du biceps à l’omoplate, en contractant les muscles qui immobilisent cette omoplate. Il est à noter que, à l’origine, la synergie musculaire peut s’étendre très loin ; mais une bonne éducation physique doit, par une juste coordination, diminuer et éliminer toutes les contractions inutiles.

C’est en vertu de V antagonisme musculaire que, dans certaines conditions, un muscle ne se contracte pas sans que son antagoniste entre en action pour pondérer, contrôler et coordonner le mouvement. Lorsqu’on donne volontairement un coup de poing, dans le vide, le biceps pondère et arrête le mouvement exécuté par le triceps huméral.

Les lois de l’antagonisme musculaire sont complexes et nombreuses et elles sont très utiles aux mécanothérapeutes.

Nous allons passer rapidement en revue les différents effets du mouvement actif : effets locaux, effets de voisinage et effets généraux.

A. — Effets locaux. — 1° Effets physiques. — Le muscle, en se

contractant, peut se raccourcir du 1/3 de la longueur de sa portion charnue, sa portion tendineuse restant inextensible et incontractile. Le raccourcissement d’un muscle est donc proportionnel à la longueur de sa fibre rouge.

2° Effets chimiques . — Les effets chimiques de la contraction musculaire sont liés aux phénomènes de chaleur dont ils sont la cause. Nous

savons que le muscle est le tissu dont la respiration intime et l’oxydation

sont le plus élevées. Ces phénomènes d’oxydation peuvent, dans certaines conditions, être décuplés pendant l’activité des muscles. Aussi, le muscle peut-il devenir, pour la nutrition, un puissant, régulateur qui est, de plus, soumis à la volonté.

3° Effets physiologiques . — Le premier effet de la contraction musculaire est l’accélération et l’augmentation de la circulation sanguine du muscle. Ce n’est pas un effet mécanique du muscle, mais un appel physiologique. En effet, tout organe, qui fonctionne, provoque, parun acte réflexe, une vasodilatation de son tissu et un afflux considérable de sang. La tension artérielle diminue au moment de la contraction, tandis qu’elle augmenterait si l’accélération était due à la répulsion du sang par les muscles. La circulation du muscle en travail peut devenir extrêmement abondante. Aussi, en résulte-t-il un surcroît de nutrition ; le muscle devient plus fort, plus volumineux, plus apte à se contracter et à remplir toutes ses fonctions.

B. — Effets de voisinage. — 1° Sur les os. — Nous savons aujourd’hui combien l’os, considéré précédemment comme immuable, est

réellement malléable et combien il subit facilement l’influence des organes environnants, non seulement pendant la croissance, mais encore pendant toute la vie. .le ne citerai pas l’usure osseuse produite par les poches anévrysmales, la formation des néarthroses dans les luxations non réduites, celle des sillons osseux où se logent les vaisseaux, la néoformation de gouttières osseuses pour les tendons luxés définitivement ; je ne rappellerai pas les déformations professionnelles, scolaires ou sportives, (travaux manuels, scoliose scolaire, escrime, cyclisme, etc.). Les crêtes osseuses, auxquelles s’insèrent les muscles, sont d’autant plus volumineuses que les contractions musculaires sont plus violentes. Les saillies osseuses diminuent avec l’abolition des contractions musculaii es et les os d’un membre paralysé perdent leur relief. Les contractions musculaires violentes et fatigantes hâtent l’ossification des cartilages épiphysaires ; la croissance des os est arrêtée et la taille, par conséquent, en subit les désastreux effets. L’anatomie nous a appris que l’humérus a subi une torsion de 180 degrés environ ; cette torsion est certainement le résultat d’actions musculaires rotatrices ancestrales et d’une adaptation spéciale. Cette torsion de l’humérus est d’autant plus forte que l’individu est plus âgé ; elle dépend donc de causes rotatrices agissant pendant la vie.

2° Sur les articulations . — Les mouvements très amples forment des articulations à petit rayon, comme les articulations condyliennes et les principales articulations des membres.

Les mouvements limités, au contraire, forment des articulations à grand rayon, comme toutes les articulations des vertèbres entre elles.

Un mouvement, ample dans un certain sens, crée, dans ce sens, un condyle à rayon plus petit. Exemple : la tête humérale, chez l’homme, est sphéroïdale ; chez le singe, qui emploie encore ses membres supérieurs pour marcher, la tête de l’humérus est aplatie ; chez les quadrupèdes, elle est encore plus plate et à rayon plus grand. La force des ligaments articulaires est en raison inverse de celle des muscles qui relient les os. Les ligaments articulaires sont remplacés, du c’ôté de l’extension (au coude et au genou, par exemple), par les tendons des muscles extenseurs. Le développement du cartilage articulaire est en rapport avec la pression qu’il subit ; cette pression empêche son ossification. Dans l’immobilité articulaire, le cartilage articulaire s’ossifie et produit l’ankylose ; le cartilage diminue également chez le vieillard.

3° Sur les vaisseaux. — Par leur contraction, les muscles exercent une pression directe sur les veines et les vaisseaux lymphatiques du voisinage ; la vitesse centripète du sang et de la lymphe est accrue.

O. — Effets généraux. — 1* Circulation. — La circulation est activée

dans le muscle qui travaille; c’est pour ce motif, lorsque le jet de sang d’une

saignée diminue, qu’on lait mouvoir l’avant-bras et que la quantité de sang

débitée augmente. Cette accélération du cours du sang, d’abord locale, se fait %

sentir de proche en pioche et les effets se généralisent bientôt dans toute la circulation. La circulation générale est activée; elle agira favorablement sur tous les organes, dont la nutrition s’accomplira plus parfaitement. Un

exercice rationnel favorise la circulation du cerveau et, par conséquent, le travail cérébral ; les péripatéticiens discutaient en marchant !

Si l’exercice devient plus intense, la congestion du cerveau s’accroît proportionnellement et peut provoquer ce qui constitue « l’entrain » et même amener une sorte d’ivresse ou de folie ; un quart d’heure de valse enivre ; un cheval nerveux s’anime et peut « s’emballer » après un temps de galop ; c’est le résultat d’une congestion cérébrale.

2° Respiration. — Le muscle en travail peut décupler sà consommation d’oxygène et sa production d’anhydride carbonique (CO2) ; le muscle aclive considérablement la respiration et cette suractivité respiratoire est proportionnelle à la masse musculaire en contraction ; elle sera maximale si l’on produit beaucoup de travail en peu de temps.

Nous savons que la présence de cet excès de CO2 dans le sang irrite le bulbe rachidien, c'est-à-dire le centre respiratoire bulbaire qui, par réflexe, active le fonctionnement des poumons et du cœur.

3° Chaleur et sécrétions . — Le muscle, en se contractant, élève la température du sang et, par conséquent, la température générale du corps. Si cette température dépasse la limite physiologique, le sang surchauffé irrite les centres bulbaires thermiques qui, par reflexe, provoquent la vaso-dilatation de la peau, la congestion des glandes sudoripares et la sécrétion de la sueur, qui ont pour résultat final d’abaisser et de régler la température du sang et de l’économie.

Si toutes les causes de déperdition du calorique sont insuffisantes pour compenser la surproduction de chaleur, la température générale du corps s’élève et devient fébrile ; un excercice mal gradué ou trop intense peut donner la fièvre.

Le mouvement actif augmente la circulation générale, congestionne les organes glandulaires et favorise nécessairement les sécrétions ; l’excercice rationnel accentue la sudation, la diurèse, etc.

4° Système nerveux. — Le mouve?nent passif ou communiqué retentit sur le nerf du muscle; cette excitation impressionne une cellule médullaire, puis une cellule cérébrale qui, par la répétition de l’acte, deviendra un centre musculaire.

L’excitant habituel du mouvemeut actif e st la volonté. Née dans les centres psycho-moteurs de l’écorce cérébrale — région rolandique, — l’excitation de la volonté descend le long des cordons antérieurs de la moëlle épinière, traverse les centres musculaires de la moëlle (D1 Sano), longe le nerf moteur et irrite le muscle qui se contracte. Pflügei pense que le nerf peut renforcer cette excitation (phénomène de V avalanche). Si cette théorie est vraie, nous pouvons affirmer que celte faculté des nerfs, comme toute autre fonction, peut se développer par l’habitude et la répétition. Elle expliquerait déjà pourquoi l’homme c( entraîné » possède une force plus grande, relativement au volume de ses muscles et pourquoi, chez lui, une excitation de la volonté provoque une contraction plus énergique que lorsqu’il n’est pas entraîné.

On recherche depuis longtemps comment la volonté agit sur les cellules cérébrales ; ce mystère n’a pas encore été pénétré. Nous savons que l’excitation musculaire est proportionnelle au degré de la volonté ; la peur et les sentiments déprimants peuvent diminuer la volonté et paralyser l’homme le

plus fort; de même, un homme faible de complexion peut suppléer à sa faiblesse physique par une grande force de volonté.

Tout le système nerveux — et le cerveau notamment, — se complète, après la naissance, sous l’influence de l’activité fonctionnelle. Le système nerveux de l’adulte ne possède pas plus de cellules que celui de l’enfant, mais il est plus perfectionné. Le système nerveux se développe sous l’influence de l’activité de tous nos organes indistinctement et principalement de nos organes des sens, de nos muscles, etc.

Nous comprenons aisément le rôle important des sensations fournies par les organes des sens et les exercices musculaires, sur l’achèvement structural de la couche corticale du cerveau et le développement des centres de sensations et des centres d’associations dans le cerveau (Dr Demoor).

Les centres corticaux du mouvement volontaire sont'aussi les centres de la sensibilité générale et sont donc sensitivomoteurs. Ils interviennent fortement, par leur activité, dans la genèse de la pensée complexe, volontaire et attentive : notions du temps, de l’espace, du moi, etc. (Dr Demoor).

Chaque centre psycho-moteur de l’écorce cérébrale tient, sous sa dépendance, un centre moteur médullaire et les mouvements de toute une région du corps ; il domine ainsi la synergie et l’antagonisme musculaires de toute cette région .

La constitution définitive du cerveau est donc fonction du mouvement; l’activité dn système musculaire et du système articulaire est donc indispensable à la formation de la légion rolandique du cerveau envisagé comme organe de la pensée. (Dr Demoor). En fortifiant le corps et le muscle, la gymnastique concourt à former les centres cérébraux. C’est pourquoi elle doit harmoniser, discipliner, rythmer exactement les mouvements et être extrêmement précise.

Gymnastique précise pour rendre la pensée précise, afin que les différents centres corticaux s’individualisent progressivement dans le cerveau. C’est l’exercice qui doit faciliter cette évolution en se spécialisant progressivement et en augmentant sans cesse la correction.

Le rythme du mouvement est l’expression d’un réglage qui dépend du fonctionnement cérébral ; faire acquérir le rythme, c’est favoriser l’évolution normale du cerveau.

Nous soupçonnons déjà combien nous pouvons agir, parle mouvement musculaire, sur le système nerveux, sur le cerveau, sur la volonté, sur l’attention et sur le caractère de l’homme. Le traitement des arriérés et des anormaux, des sourds muets, des tabétiques, des aphasiques, par l’éducation ou la rééducation des mouvements, nous le prouve tous tes jours.

U éducation physique devient ainsi un problème de psycho physiologie excessivement i?npor tant et très complexe.

Marey a brillamment démontré toutes les transformations que le muscle peut subir suivant son mode de contraction. D’une manière générale, en vertu de l’adaptation ontogénique, caractérisée précisément par l’élimination de tout ce qui n’est pas utile et approprié, nous pou van a affirmer que la partie inutile et inactive de la fibre musculaire se transforme en fibre tendineuse. Le repos absolu fait dégénérer le muscle en tendon. Un simple changement

dans l’étendue du mouvement modifie la constitution du muscle ; dans l’ankylose incomplète d’un membre, dont les mouvements sont, limités, les muscles perdent une partie de leur longueur charnue qui est envahie par le tendon (pied bot, main bote). Dans la vieillesse, la fibre musculaire diminue progressivement de longueur et est remplacée par la fibre tendineuse: le diaphragme de l’adulte est plus musculeux que celui du vieillard, chez qui le centre aponévrotique est plus étendu ; le mollet du vieillard est situé plus haut, car le tendon d’Achille, plus long, s’est étendu aux dépens de la partie charnue.

La morphologie du muscle peut varier également suivant la forme du travail habituel. La fonction faisant l’organe, les muscles, qui exécuteut. les mouvements les plus étendus, conservent les fibres musculaires les plus longues et une forme fusiforme; la danseuse n’a pas de mollets très saillants ni globuleux, parce que ses muscles, très longs, sont développés tout le long de la jambe, grâce aux contractions musculaires de la danse qui sont habituellement très amples. Nous savons d’ailleurs que l’amplitude du mouvement dépend de la quantité dont le muscle peut se raccourcir, c’està-dire de la longueur de sa fibre rouge. Les muscles, qui exécutent des cou tractions intenses et de peu d’étendue, — principalement des contractions concentriques, — se raccourcissent et deviennent globuleux; ils sont courts, quels que soient leurs points d’insertion, ces derniers pouvant être reportés très loin l’nn de l’autre par un tendon très long. Le droit interne de la cuisse, par exemple, possède un mouvement peu étendu ; sa partie charnue est courte, mais elle est prolongée par une longue parhe tendineuse qui va s’insérer à la patte d’oie de la jambe.

En conséquence, les muscles gros et courts ne peuvent exercer que des efforts brefs avec un mouvement réduit (muscles de la mâchoire, grand lessier); tandis que les muscles longs et fusiformes produisent des efforts plus fents avec un mouvement plus étendu (couturier, sterno-cléido-mastoïdien, grand droit de l’abdomen).

L’habitude des contractions violentes raccourcit définitivement les muscles dont les antagonistes finissent par se relâcher, en créant les attitudes et les déformations professionnelles, (main fléchie et fermée des terrassiers, bras fléchi et dos voûté des athlètes de la méthode allemande, etc.).

Nous devons donc bien connaître l’action de la contraction et du mouvement musculaires sur l’individu et nous en servir judicieusement, pour modifier rationnellement les différentes parties du corps : la colonne vertébrale, l’épaule, le thorax, l’abdomen et les membres.

La colonne vertébrale s’associe à beaucoup de nos mouvements ; c’est elle qui donne l’altitude. La pesanteur a, sur l’individu, une action fléchissante, qui est encore accentuée par la tendance naturelle de l’organisme à la flexion ; le fœtus reste fléchi dans l’utérus, le repos et le sommeil fléchissent tous les segments du corps. Les attitudes fléchies, en général, ne demandent aucun effort musculaire ; les attitudes d’extension, au contraire, sont dynamogènes, car elles exigent, l’effort musculaire. Le fœtus a dû lutter, contre la flexion, par des extensions intermittentes, (mouvements du fœtus) ; il doit «. s’entraîner d à l’extension et ses extenseurs doivent être proportionnellement plus développés. Le bâillement s’accompagne de celte extension instinctive

de tons les segments, qui étire les muscles et. améliore leur nutrition. L’homme, comme beaucoup d’animaux, a s’étire » et « s’élend » à son réveil. Cette extension produit un grand bien-être, qui est encore accru par l’inspiration et l’expiration profondes du bâillement. Nous pourrions ajouter que l’attitude en flexion, en général, exprime les sentiments de gêne, de douleur, de faiblesse, de tristesse, de mélancolie, d’humilité, tandis que les attitudes en extension expriment la vie, le plaisir, la volonté, la révolte, l’orgueil, la joie, la fierté, la for(^?. La défensive se prend en flexion ; l’offensive, en extension. Nous devons donc lutter contre les forces de la pesanteur et de la flexion du tronc en avant et rétablir l’équilibre normal entre les groupes musculaires de la colonne vertébrale, par des mouvements spéciaux de redressement, afin d’éviter que ses courbures ne s’exagèrent et n’entravent, les fonctions organiques. On redresse la courbure cervicale, cou vexe eu avant, en contractant. les muscles prévertébraux, c’est-à-dire en rentrant le menton et en relevant simultanément la nuque. Ce redressement de la courbure cervicale a un effet favorable sur la respiration, par les muscles scalènes et sternocléido-mastoïdiens, dont les insertions supérieures s’élèvent et deviennent fixes ; ces muscles, élévateurs des côtes supérieures, augmentent donc proportionnellement leur action inspiratrice. Pour redresser la courbure lombaire, également convexe en avant, il faut coni racler les muscles fléchisseurs de cette partie, c’est-à-dire les muscles de la région antéro-latérale de l’abdomen. Nous étudierons plus loin les qualités d’une bonne ceinture musculaire abdominale et sa grande valeur sur la respiration. En rectifiant, le plus possible, la colonne dorsale, qui est relativement peu mobile et concave en avant, on élargit mécaniquement l’éventail des espaces intercostaux et on augmente la capacité thoracique. En résumé, le redressement de toute la colonne vertébrale sert à lutter contre la pesanteur, en même temps qu’il contribue favorablement à la respiration, par l’élévation des côtes supérieures et l’élargissement des espaces intercostaux. Tout le monde a pu, pratiquement, constater qu’en redressant le rachis, la par i i e thoracique du vêlement se tend sur la poitrine.

L’épaule forme une ceinture osseuse très mobile qui n’est articulée, au thorax, que par l’extrémité interne de la clavicule ; toutes les autres parties, qui l’unissent au thorax, sont constituées par des muscles. Les différentes positions de l’épaule changent notablement les rapports de la tête et du bras avec le tronc et, de plus, modifient profondément la forme du dos. Le trapèze, les sus- et sous- épineux, les petit et grand ronds, le sous-scapulaire, le rhomboïde rattachent l’épaule au tronc. Lorsque ces muscles sont affaiblis, le poids du bras, dans la station droite, tend à. attirer l’épaule en bas, en avant et en dedans; il courbe le rachis, augmente la voussure du dos et affaisse le thorax ; les bords spinaux des omoplates s’écartent et deviennent saillants. La contraction des rhomboïdes, angulaires et trapèzes tend, au contraire, à rapprocher les bords spinaux de la colonne vertébrale. Au point de vue éducatif et hygiénique, nous devons augmenter la puissance et la tonicité de ces muscles, en les rendant plus courts et plus forts ; leur tonicité doit être prédominante sur celle des muscles antérieurs du thorax, pour permettre aux premiers de fixer solidement l’épaule en arrière. Celle fixation de l'épaule rend fixes les insertions non costales des pectoraux, du

grand dentelé el du grand dorsal ; l’insertion costale de ces muscles devient mobile et leur permet, par conséquent, de remplir tout leur rôle inspirateur. En reportant, en arrière, leur insertion fixe, on allonge proportionnellement la partie charnue de ces muscles inspirateurs, d’où une plus grande amplitude dans la contraction, un soulèvement plus accentué des côtes et une respiration proportionnellement plus ample et plus abondante. En résumé, la gymnastique doit tendre à raccourcir et à rendre plus puissants les muscles dorsaux fixateurs de l’épaule, en même temps qu’elle doit allonger te plus possible les muscles pectoraux et inspirateurs, en les rendant fusiformes. Nous constaterons plus loin que, contrairement à ces

principes, la méthode allemande, par ses exercices aux agrès, raccourcit et

rend globuleux les pectoraux, qu’elle ne peut employer que comme muscles adducteurs de l’épaule, leurs insertions fixes étant costales. Pour fixer les épaules et rapprocher les bords spinaux des omoplates, il faut, autant que possible, mouvoir constamment les coudes dans le plan transversal des épaules et les rapprocher du tronc, l’humérus étant en rotation en dehors. C’est ce qu’applique très soigneusement la gymnastique suédoise.

Il est très important, lorsque l’on analyse les mouvements, de se mettre en garde contre l’illusion donnée, par certains exercices de la méthode allemande, qui « effacent » les épaules, mais dont l’action musculaire active n’est pas dorsale. Lorsqu’on place, par exemple, une canne entre le dos et les coudes attirés en arrière, les omoplates se rapprochent passivement par l’efïet mécanique de la canne et non par la contraction des muscles dorsaux.' Il en est de même de très nombreux mouvements, (voir fig. 1 à 8), qui font, au contraire, se contracter les pectoraux et qui, par conséquent, au lieu d’améliorer l’attitude, ne font qu’en aggraver les défauts. 11 est donc extrêmement important de bien analyser les muscles qui produisent l’effet actif.

Fig. 3.

Fig. 7. Fig. 8.

Nous devonsaugmenter la tonicité des musclesantéro-latérauxde l’abdomen et fortifier la ceinture musculaire abdominale , parce qu’elle contribue à redresser la colonne lombaire et qu’une ceinture abdominale robuste permet au centre phrénique du diaphragme de prendre, sur les viscères de l’abdomen convenablement soutenus, un point d’appui fixe ; elle diminue donc proportionnellement le mouvement d’abaissement exagéré du diaphragme et force ainsi celui-ci à amplifier la seconde partie de son action, c’est-à-dire l’élévation des côtes.

Il y a donc, en éducation physique rationnelle, une tendance à diminuer la respiration exclusivement diaphragmatique, au* profit d’une respiration costale que trous estimons, certes, plus avantageuse. Nous avons vu que le redressement et la fixation de la colonne vertébrale permet, aux scalènes et

aux sterno-cléido-mastoïdiens, d’augmenter l’élévation des côtes supérieures; que la fixation des omoplates en arrière contribue également à accroître considérablement la respiration costale ; enfin, qu’une ceinture abdominale puissante renforce ces effets. Nous pensons qu’il est hygiénique de diminuer le mode diaphragmatique et abdominal exclusif de notre respiration, en faveur d’une respiration costale et principalement d’un type costal supérieur, surtout si nous songeons que notre appareil respiratoire est devenu un lieu de moindre résistance et qu’un des fléaux les plus redoutables et les plus voraces, la tuberculose, se cantonne victorieusement dans les sommets pulmonaires insuffisamment ventilés. Et n’est-ce pas cette insuffisance de respiration costale qui a atrophié insensiblement les muscles intercostaux, sur-costaux, etc., pour les transformer en membranes fibreuses ? Les personnes, dont le type respiratoire est devenu exclusivement diaphragmatique à cause de la distension des parois musculaires abdominales, ressentent une gêne pénible et grave dans leur respiration, dès que le mouvement d’abaissement du diaphragme est limité, même légèrement (repas copieux, ascite, compression du ventre, péritonite, etc.), puisque, chez eux, la respiration costale ne peut, pour suppléer à l’insuffisance respiratoire, s’opérer facilement à cause de l’ankylose partielle des articulations costales et thoraciques, qui sont restées immobilisées pendant longtemps. La femme, en général, a gardé, par atavisme et par sélection, un type respiratoire costal supérieur, car le mouvement d’abaissement de son diaphragme est considérablement limité pendant une partie de la grossesse; de plus, le port du corset y contribue également, en comprimant l’abdomen et en immobilisantles côtes inférieures.

La sangle abdominale joue également un rôle extrêmement important dans la digestion et dans les fonctions diverses de l’abdomen, (défécation, vomissement, miction, grossesse), ainsi que dans différents actes expiratoires (toux, cri, expectoration, éternuement, etc.). C’est pourquoi, certains troubles digestifs — la dyspepsie, la constipation rebelle, les hémorrhoïdes, la congestion des organes abdominaux, — sont inhérents à la sédentarité et. à la position assise habituelle, dans lesquelles le poids du corps remplace l’action des muscles abdominaux qui s’atrophient consécutivement. La tonicité musculaire abdominale agit encore favorablement sur la circulation veineuse profonde, qui profite de toute pression extérieure pour progresser vers le cœur droit. Sans parler de l’esthétique relative du ventre proéminent, nous ne devons pas oublier que cette faiblesse musculaire affaiblit concurremment les aponévroses et prédispose, par conséquent, à différents accidents, tels que hernies, éventration, etc. Mécaniquement, le poids du ventre volumineux provoque une lordose lombaire de compensation et exagère, par conséquent, les courbures vertébrales. Nous étudierons plus loin faction rotatrice des muscles abdominaux, qui sont également rotateurs du tronc ou du bassin.

Nos membres ont, chacun, leur fonction spéciale. Le membre inférieur est dévolu à notre locomotion et est considéré, pour cette raison, comme notre train social. Notre activité moderne, extraordinairement rapide, tend malheureusement à restreindre notablement notre mode de locomotion naturelle, en faveur d’une locomotion artificielle, beaucoup plus rapide, il est vrai, mais qui atrophie proportionnellement nos membres inférieurs.

Il serait utile et urgent de rechercher la limite que cette atrophie ne peut dépasser, sans danger, pour l’organisme tout entier. Cette atrophie constitue une évolution logique, mais n’oublions pas que évolution n’est pas synonyme de progrès

Le membre supérieur, qui constitue le train individuel, ne doit pas remplir habituellement le rôle de soutien de tout le corps, qui est dévolu au membre intérieur et qui n’est pas en rapport, avec sa fonction, avec sa musculature et avec l’anatomie délicate des articulationsscapulaireset humérales. Au point de vue philogénique, notre squelette se rapproche beaucoup plus de celui des animaux marcheurs, comme l’autruche, que de celui des grimpeurs ou des voiliers.

Nous comprenons déjà combien il est absurde de développer le muscle ponr lui-même, de pratiquer son c( élevage », alors que le mouvement et le développement musculaires doivent principalement servir à rectifier le rachis, resserrer l’abdomen, fixer les épaules, dilater le thorax, développer, en général, toutes nos fonctions et, parmi elles, la plus importante, la respiration. Nous devons tendre constamment à augmenter notre capacité vitale ou, d’une façon plus précise, ce qu’on appelle, en physiologie, l’air respiratoire, c’est-à-dire notre respiration moyenne ou ordinaire. La valeur d’un thorax ne résidant pas dans son aspect extérieur mais dans l'intensité de la ventilation pulmonaire qu’il peut produire, nous devons assouplir le thorax et augmenter le soufflet pulmonaire ; de deux soufflets, le plus efficace n’est pas nécessairement le plus grand, mais celui qui peut mettre en mouvement la plus grande quantité d’air. Nous devons accroître la surface alvéolaire active des poumons, en déplissant les vésicules pulmonaires closes et habituellement inactives et dont les plus nombreuses se rencontrent aux sommets pulmonaires, comme le prouvent les épreuves radioscopiques et docimasiques. La physiologie nous enseigne que l’ampliation thoracique ne peut s’exécuter que a. de dehors en dedans », c’est-à-dire par la contraction des muscles inspirateurs, puisque le poumon reste passif dans la poitrine et que son ampliation suit docilement celle de la cage thoracique. En éducation physique rationnelle, nous devons donc assouplir le thorax et augmenter l’ampliation thoracique par des inspirations profondes et des exercices choisis, qui font intervenir puissamment les muscles inspirateurs; nous comprendrons ainsi facilement toute la valeur de la gymnastique respiratoire, prescrite par la méthode suédoise et dont nous parlerons ultérieurement. Pourtant, tous les exercices qui, comme la course, le saut, etc., augmentent le chimisme respiratoire, semblent devoir favoriser l’ampliation thoracique. .Nous expliquerons plus loin pourquoi nous ne lenr donnons pas la préférence pour développer la fonction respiratoire. La gymnastique rationnelle nous apprend à perfectionner et à éduquer notre respiration et, au pointde vue éducatif, à éviter la production de Yeffort thoraco-abdominal . Si, après une inspiration, on ferme la glotte, l’air pulmonaire peut être comprimé par l’expiration ; si l’expiration devient forcée, par l’action simultanée de tous les muscles expirateurs et, notamment, des muscles abdominaux, nous aurons constitué l’etïort thoraco-abdominal. Cet acte, qui se produit, par exemple, lorsqu’on soulève un poids très lourd ou lorsqu’on exécute un grand effort musculaire, a pour effet de supprimer toute l’élas- ‘

ticitédu thorax et de l’abdomen, en les rendant solidairement rigides. Dans ces conditions, le thorax immobilisé offre un point d’appui fixe et très solide anx membres supérieurs ; c’est pour celte raison, nous le verrons plus loin, que tous les exercices aux agrès de suspension allemands nécessitent constamment l’effort Ihoraco abdominal. Or, cet effort élève considérablement la pression intrapleurale et la pression de l’air, dans le thorax ; la respiration est arrêtée, le cœur se ralentit et peut même s’arrêter, car le sang est chassé de la poitrine et ne peut y rentrer ; de là, résultent nue congestion passive de la tête, du cou, des organes abdominaux, etc., le gonflement des veines — varices, hémorrhoïdes, varicocèles — et des troubles du système nerveux : éblouissements, vertiges, bourdonnements, etc. Si l’effort cesse brusquement, le sang afflue rapidement et sous une grande pression, dans le thorax ; de là, des troubles cardio-pulmonaires très notables et qu’il estdangerenx de répéter. C’est pourquoi, il faut, lorsqu’il s’est produit, cesser l’effort sans brusquerie, en maintenant la glotte ouverte et, pour cela, il suffit de compter à haute voix ou de chanter- ; c’est ce que pratiquent les ouvriers manuels qui pr oduisentde grands efforts musculaires; au moment le plus énergique, le bûcheron et le boulanger poussent le « ban ! » et cessent l’effort progressivement. Tissié a démontré que le pouls capillaire ne présente pas de toubles pendant l’effort, si le sujet continue à respirer. Tout le monde peut constater combien cette éducation respiratoire se fait rapidement ; l’effort thoraco-abdominal, qui est fréquent et instinctif chez tout débutant, est vite corrigé et évité.

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans rappeler le danger qu’il y a à dépasser un volume musculaire normal ; la nutrition du muscle dépend de nos fonctions respiratoire, circulatoire, nerveuse, etc. L’hypertrophie musculaire rompt l’équilibre physiologique aux dépens des organes internes, qui ne peuvent plus suffire au travail et se surmènent rapidement. Delà, cette pathologie ingrate qui termine habituellement la carrière de beaucoup d’athlètes : insuffisance pulmonaire et phtisie, surmenage du cœur et cardiopathies nombreuses, surmenage nerveux et psychoses diverses.

Au point de vue éducatif pur, — et, devant envisager les méthodes de gymnastique, nous ne pouvons nous placer qu’à ce point de vue, — pour perfectionner l’individu, nous ne pouvons choisir que les exercices et les mouvements utiles et nécessaires, sans enseigner les mouvements inutiles et sans nous soucier d’autres exercices nombreux, qui peuvent être partiellement hygiéniques par eux- mêmes, mais qui déformentou qui viennent à l’encontre du but esthétique ou social de l’éducation physique ; tels l’escrime uuimanuelle, les exercices ou les sports asymétriques ou unilatéraux. Lt, à ce propos, constatons que l’homme, qui, à l’origine, est un type symétrique, se complaît a atrophier tout un côté de son individu ; toute notre vie est unilatérale etasymétrique ; et il n’est pas rare de rencontrer une atrophie frappante et une impotence considérable de tout le côté gauche, chez certains droitiers. Notre marche s’en ressent déjà ; lesdeux demi-passont sensiblement inégaux.

Le cerveau a, naturellement, déjà subi, par atavisme, l'influence de cette unilatéralité et son lobe correspondant est moins développé. Cette habitude ancestrale, en se perpétuant, nous transformera fatalement en un type asymétrique et unilatéral. Cette vérité est comprise et appliquée dans certains milieux, où l’on donne la préférence aux exercices et aux sports symétriques et où l’on corrige l’asymétrie de certains autres (escrimes bimanuelles, etc.). Nous parlons au nom de l’hygiène, qui ne peut se préoccuper des résultats sportifs, n’ayant aucun rapport avec l’éducation physique rationnelle et scientifique.

Nous devons donc adopter la méthode qui possède les moyens les plus simples et les plus logiques, pour atteindre, le plus rapidement possible, le but: développer et perfectionner l’organisme, tout en le préparant à l’exécution d’applications utiles. Il faut donc choisir, pour chaque partie mobile du squelette, les mouvements qu’on doit pratiquer de préférence pour se bien développer ; tous les mouvements anatomiques d’une articulation sont possibles, mais ils ne sont pas tous bons et utiles; nous verrons, plus loin, que c’est un des plus grands défauts du système belge de Happel. Chaque exercice doit être minutieusement analysé au point de vue de son utilité, de son but physiologique et du bienfait que peut en retirer î’organisme tout entier. C’est pourquoi, une méthode de gymnastique est indispensable et ne peut être remplacée ni par les jeux, ni par les sports, qui sont caractérisés par une spécialisation — principalement individuelle, — d’après le plaisir maximum et la loi du moindre effort. Le sport, contrairement à la gymnastique, ne se préoccupe pas de perfectionner ; les muscles agissent instinctivement suivant leur structure, sans règles bien définies et sans permettre de localiser et de calculer le travail musculaire et ses effets.

L’analyse de tous les mouvements et exercices dans les sports est impossible, car ils peuvent varier avec chaque individu; chaque homme choisit sou sport suivant sa structure individuelle et conformément à la loi du moindre effort; les petits leviers et les muscles globuleux et raccourcis recherchent les exercices et les sports de force, (haltères lourds, gymnastique aux agrès de suspension,) tandis que les grands leviers et les muscles fusiformes choisissent les sports de vitesse (courses, natation, escrime, etc.) ; les petits leviers sont favorables à la force ; les grands leviers, favorables à la vitesse.

La gymnastique est faite d’analyse et de science; le sport est fait d’émotivité et de synthèse.

Cependant, nous estimons que les sports doivent s’ajouter à la gymnastique— principalement pour l’adulte, — et compléter une éducation physique rationnelle, parce qu’ils possèdent une action psycho-dynamique très intense sur le caractère et sur toutes les fonctions morales; cette action est maximale dans les sports collectifs qui se pratiquent en équipes.

Ayant terminé l’élude de toutes ces données scientifiques générales, nous pourrons très aisément comparer les deux méthodes d’éducation physique, la méthode allemande et la méthode suédoise, et démontrer la supériorité incontestable de la méthode pédagogique suédoise.

Nous considérons la méthode allemande dans sa pureté, telle qu’elle était à l’origine et que nous l’avons vu appliquer et que nous l’avons pratiquée, pendant de très nombreuses années, (depuis l’âge de 15 ans, dans une des meilleures sociétés de gymnastique du pays). Car, par la fatale évolution et sous prétexte de perfectionnement, elle tend, tous les jours, au contact de la méthode suédoise, à s’adultérer étrangement et à devenir, dans son affolement, un être hybride, incomplet et monstrueux. Un Belge, tlappel, a composé une méthode mixte, qui constitue, il est vrai, un labeur considérable, mais qui est basée exclusivement sur l’anatomie des muscles et sur la forme géométrique des mouvements. Happel admet six directions fondamentales, dans chacune desquelles chaque exercice est pratiqué successivement : en avant, en arrière, latéralement à droite et à gauche, en rotation à droite et à gauche. Happel n’envisage et n’approfondit pas les effets physiologiques des exercices ; ces effets et leur intensité peuvent devenir totalement différents, d’après la direction du mouvement ; ils peuvent être inutiles et devenir même funestes dans certaines directions. Happel a, d’ailleurs, conservé les engins de la gymnastique allemande, qu’il a perfectionnée.

« Aucun segment de membre n’est superflu, aucune articulation n’est inutile, il n’y a donc pas de raison de négliger, daus l’éducation, un seul des mouvements cju’a prévus la nature. Mais faut-il leur donner, à tous, la même importance en gymnastique? En principe oui, en pratique non ; car il faut tenir compte des nécessités courantes delà vie, des déformations nombreuses provenant des attitudes, des métiers, des jeux, des sports, etc. La théorie de Pestalozzi, d’après laquelle tous les mouvements, que le corps peut faire, sont bons, est aujourd’hui reconnue fausse, car ce qui est possible peut être souvent défectueux, peu esthétique et même dangereux. Il faut choisir des mouvements dont le but utile, le but correctif est bien défini. N’oubliez pas qu’on ne peut pas manger tout ce que l’on peut avaler. »

La gymnastique allemande comprend, d’abord, des exercices d’ensemble, d’assouplissement, appelés exercices de plancher, pratiqués de pied ferme et constitués par des mouvements variés de tous les segments du corps, auxquels s’ajoutent parfois des masses additionnelles;(cannes, massues, haltères, barres à sphères, etc.) ; ensuite, des exercices très nombreux aux quatre agrès de suspension: barres parallèles, barre fixe ou « rec », anneaux et trapèze. A ces exercices, s’ajoutent les divers sauts, (sauts à la corde, au ce mouton », au cheval, à la perche, etc.) et des mouvements aux barres parallèles verticales, aux cordes verticales lisses, à consoles, à nœuds, aux échelles de corde, etc. Pour faciliter les sauts, on se sert de sautoirs et de tremplins et, pour amortir les chutes, de tan, de sciure de bois, de sable et de matelas ou tapis amortisseurs. Nous ne parlons pas de la boxe, de l’escrime, des barres à sphères, des haltères lourds et de la lutte, qu’on peut pratiquer individuellement dans certaines salles de gymnastique et qui relèvent du sport.

Nous devons établir une distinction entre les exercices de plancher, par lesquels débute habituellement la leçon de gymnastique et auxquels peuvent et non doivent participer, simultanément et collectivement, tous les élèves, et les exercices aux engins, pratiqués «en sections», individuellement

et successivement par chacun des gymnastes. Le «plancher» est toujours moins fréquenté que « les sections» et abandonné aux faibles et aux vétérans! Aucune règle physiologique, aucune base scientifique ne président au choix et à la succession des exercices de ces deux catégories. Les contractions musculaires sont brusques, saccadées, violentes. Or, nous avons vu que les contractions violentes et brusques ne peuvent jamais être complètes, ni donner toute l’amplitude du mouvement, puisqu’elles nécessitent l’intervention constante et trop violente des muscles antagonistes, chargés d’enrayer la vitesse dangereuse du mouvement. De plus, ces contractions violentes habituelles augmentent la section des muscles, les rendent globuleux et les raccourcissent, aux dépens d’un allongement de leurs antagonistes ; de là, cette attitude caractéristique des segments en demi flexion que présentent généralement les virtuoses de la gymnastique allemande. La physiologie nous enseigne que la nutrition du muscle est la plus complète, lorsque la contraction est lente et maximale, c'est-à -dire lorsqu’elle produit successivement l’élongation et le raccourcissement complets du muscle; ce qui est incompatible avec la violence, la brusquerie et la conlracture. Enfin, les contractions violentes hâtent l’ossification des os chez l’enfant, entravent leur croissance et diminuent proportionnellement la stature et la taille de l’individu, La statistique prouve indiscutablement que la taille moyenne des ouvriers et de leurs enfants — principalement ceux chargés de travaux fatigants et rudes, — est inférieure à celle delà classe aisée. Les peuples, qui pratiquent des exercices rationnels, ont une taille moyenne très élevée, (Scandinaves, Anglais). Dans une famille, où les parents et les enfants sont d’une taille au-dessus de la moyenne, il arrive souvent que l’un d’entre ces derniers, qui s’est livré, avec passion, pendant son adolescence, à la gymnastique aux agrès, a vu sa croissance arrêtée et sa taille rester petite.

On pourrait parer à tous ces effets funestes de la contraction violente, en produisant consécutivement une élongation des mêmes muscles et en y rétablissant ainsi une bonne nutrition ; nous verrons que la méthode suédoise applique ce principe dans tous ses exercices et, notamment, dans ses mouvements dérivatifs. Il n’est pas possible, dans ce travail, d’analyser le mécanisme de tous les exercices de plancher, de les critiquer et de montrer l’inutilité ou l’action pernicieuse de certains d’entr’eux. Nous constatons que la méthode allemande ne se préoccupe pas de la valeur physiologique des exercices, n’étudie pas leur action, ni leurs effets sur les segments du corps et sur les fondions. On ne précise pas, on ne localise jamais exactement la contraction musculaire ; on ignore les exercices éducatifs et utiles et on ne produit du mouvement musculaire que pour lui-même. Dans la rotation du tronc, par exemple, dans la station debout, les pieds seuls sont immobilisés sur le sol ; l’exercice de la rotation du tronc est exécuté de telle façon que la rotation de la face peut atteindre 180 degrés. Dans un exercice semblable, la rotation se répartit dans les articulations du cou de-pied, des hanches, de la colonne vertébrale et de la tête. Or, la rolatation du tronc proprement dite, c’est-à dire la rotation des parties dorsale et lombaire de la colonne vertébrale ne peut pas, anatomiquement, dépasser 28 degrés. Mais, dans cet exercice, aucun segment n’est fixé; de nombreux

muscles rotateurs sont mis en action, dans tous les segments; on ne peut pas préciser leur insertion fixe, on ne peut ni constater leur contraction, ni calculer le degré de celte contraction. Souvent même, on ajoute, à l’exercice, un élan, donné par les bras étendus horizontalement et on rend ainsi le mouvement déconcertant et indéchiffrable à l’analyse. Souvent, les principes d’anatomie élémentaire sont totalement ignorés. Nous avons vu pratiquer la flexion ordinaire du tronc en avant, pour développer les muscles abdominaux ! Alors que, dans ce cas, ces muscles restent absolument inactits puisque la flexion est produite par la pesanteur et par le poids du tronc; ce sont, au contraire, les muscles postérieurs du tronc, extenseurs de la colonne vertébrale et antagonistes de la pesanteur, qui entrent énergiquement en jeu. Beaucoup d’exercices, passés au crible de l’analyse, au lieu de rester les mouvements musculaires dynamiques qu’ils veulent paraître, ne deviennent plus que des exercices statiques ou des exercices d’équilibre. Ainsi, dans la flexion des jambes, (fig, 9), . les bras sont étendus en avant et reportent, par

conséquent, le centre de gravité du corps en avant et en haut, d’où tendance à la chute en avant; pour éviter cet effet, le tronc se penche en arrière et rétablit l’équilibre. Exercice d’équilibre, là où l’on recherche un effet dynamique. Il en est de même dans l’élévation de la jambe, (fig. 10); le tronc et la tête se penchent du côté opposé et forment contre-poids; souvent, cet équilibre est encore facilité par les bras, se mouvant dans le plan transversal. Ici » encore, exercice d’équilibre, alors que l’on devrait rechercher un effet dynamique.

Cependant, pour être juste, nous devons avouer qu’actuellement, quelques rares professeurs, moins ignorants, ont compris ces absurdités et font tous leurs efforts pour y remédier. Mais nous tenons à rappeler que nous envisageons la méthode, dans sa pureté originelle.

Nous n allons plus refaire le procès des agrès de suspension, qui servent,

le plus fréquemment, à des exercices presque exclusivement de suspension et d’appui, sans l’aide des jambes. Aucune contraction musculaire ne peut y être exactement localisée, ni précisée, et il est absolument impossible d’analyser ces exercices. L’immobilisation et la fixation d’une partie du tronc est impraticable aux agrès allemands. Ainsi, par exemple, dans les suspensions aux anneaux, au rec, au trapèze, il est impossible de fixer le bassin et de localiser un mouvement quelconque, la flexion de la cuisse, par exemple ; il se produit un jeu désordonné des muscles abdominaux, dorsaux et lombaires. Le redressement de la colonne vertébrale ne peut être obtenu, puisque la flexion de la tête, la voussure du dos et la lordose lombaire -- le rein creusé, — sont très souvent indispensables, pour exécuter économiquement toute l’acrobatie de ces exercices, (renversements, rétablissements, culbutes, rouleaux, etc.). Dans la presque totalité de ces exercices, le thorax est immobilisé par l’effort thoraco-abdominal, afin d’offrir un point d’appui solide aux muscles des membres supérieurs et de l’épaule. De là, cette hypertrophie globuleuse et ce raccourcissement antiphysiologique des pectoraux et tous les funestes effets de l’effort thoraco-abdominal cités plus haut. Même, dans certains mouvemements, — le renversement, la sirène aux anneaux, (fig. 6), — laçage thoracique est outrageusement comprimée sur la sangle formée par les pectoraux distendus. Cette méthode est athlétique, car elle recherche le maximum de force pour quelques groupes musculaires, — principalement des bras, — auxquels elle donne un développement exagéré et qui n’est pas en rapport avec la physiologie de ces segments. Tous ces exercices exigent la contraction prépondérante des muscles antérieurs et fléchisseurs. Or, nous savons que c’est précisément contre cette flexion, manifestation statique de la pesanteur, que nous devons lutter, en éducation physique. Toute cette gymnastique, qui se pratique « en l’air », sans l’aide active des jambes, altère insensiblement notre type originel; notre épaule, segment, relativement délicat, devient un organe de locomotion aérienne et le soutien habituel de tout le poids du corps. La et fixation de l’épaule » est. impossible, puisque les muscles antérieurs de la région supérieure du thorax et du membre supérieur n’agissent jamais que comme adducteurs de l’épaule en avant ; de là, cette attitude caractéristique que donnent les épaules basses et tombant en avant et cette voussure dorsale exagérée. On essaie, parfois, de corriger ces défauts trop manifestes, en « effaçant » les épaules en arrière ; or, très souvent, ces exercices correctifs, comme nous l’avons analysé précédemment, ont un résultat cou traire, puisque la cou tract ion musculaire active né s’exerce pas dans les muscles postérieurs du tronc, (fig. 1 à 8). Cè surdéveloppement et cel le altération lundi mnelle des membres supérieurs et des épaules se font, aux dépens du fonctionnement des membres inférieurs, qui sont généralement inactifs et s’atrophient. Les virtuoses de la gymnastique allemande ont généralement les membres inférieurs faibles et assez grêles, comparativement aux proportions massives et déformées des parties supérieures du corps. Au point de vue évolutif, cette méthode nous transformerait insensiblement en un type grimpeur, aux membres supérieurs crochus et outrageusement musclés, comme les grands singes anthropoïdes. C’est pourquoi Tissié l’appelJe spirituellement une gymnastique de singe.

Noos avons détaillé les funestes conséquences du raccourcissement des pectoraux globuleux, de l’allongement anormal et de l’atrophie des fixateurs de l’épaule, de la voussure dorsale, de l’exagération des courbures vertébrales, de l’ankylose des articulations costales. Cette dernière est exagérée encore par l’etïort thoraco-abdominal et par le type respiratoire trop exclusivement diaphragmatique ; il en résulte une respiration incomplète, brève et superficielle, un essoufflement continu qui, ici, n’est nullement en rapport avec le travail musculaire et les combustions internes. Nous croyons inutile de rappeler que l’essoufflement estproduit par l’auto-intoxication par l’anhydride carbonique, qui, lui même, est directement proportionnel au volume musculaire en contraction. Il serait donc hygiénique, pour éviter cet essoufflement, de ne pas détourner les muscles respiratoires, de leur rôle, en les employant à d’autres mouvements ; (pectoraux, grands dentelés, grands dorsaux). Il faudrait éduquer sa respiration et éviter l’intervention constante de l’effort thoraco-abdominal, qui arrête la respiration, — précisément au moment où le travail musculaire intense peut décupler la production d’anhydride carbonique! — Un dernier facteur d’essoufflement est l’attention qu’exige constamment cette gymnastique acrobatique et difficile. Nous connaissons l’antagonisme qui existe entre la respiration et l’attention, celle-ci ralentissant notablement la première et augmentant, par conséquent, la tendance à l’essoufflement. Une curieuse application de ce principe se rencontre dans les écoles de Suède. Pendant les leçons très difficiles, lorsque l’attention des élèves ,ténd à se relâcher, l’instituteur fait exécuter quelques exercices respiratoires, pour reposer momentanément le cerveau, (fig. 11). Et, n’est-ce pas là le but instinctif des profondes inspirations et des soupirs qui entrecoupent tout travail cérébral soutenu ?

‘ Fig. 11 (*).

(*) La plupart de ces clichés sont extraits des ouvrages de M. le Major-Adjoint d’Etat- Major Lefebure : « L' Education physique en Suède)) et « Méthode de Gymnastique éducative)) et ont été très obligeamment mis à notre disposition par l’auteur, à qui nous tenons à exprimer ici toute notre gratitude.

La congestion passive de la tête, résultant, comme nous l’avons dit plus haut, de l’effort thoraco-abdominal, est encore accrue fréquemment par des positions anormales; (tête en bas, renversement, mouvements giratoires divers.) Cette congestion et cette hypertension peut devenir, dans certaines conditions, un danger sérieux, principalement pour l’homme mùr, dont les artères ont déjà perdu une partie de leur souplesse et qui peut craindre des ruptures vasculaires, dans le poumon et dans le cerveau. L’homme mûr, en général, ne peut plus et ne sait pas s’adonner à cette gymnastique.

Certes, nous devons pouvoir résister à l’effort thoraco-abdominal; nous devons pouvoir placer la tête en bas, sans crainte d’hémorrhagie cérébrale, mais ces actes ne doivent pas être constamment répétés et ne doivent pas constituer la base d’une éducation physique rationnelle. De même que tous les exercices qui exigent beaucoup de dépense nerveuse et la contraction exagérée de quelques groupes musculaires, la gymnastique allemande crée le pouls asthénique et atténue le dicrotisme, comme le prouvent les diagrammes de Marey.

Certes, quelques mouvements de cette méthode pourraient devenir physiologiques et favorables, si on pouvait conserver, au corps et surtout aux épaules et à la colonne vertébrale, une attitude correcte ; l’appui tendu aux barres parallèles (fig.12) par exemple. Une grande correction, si néces-

saire dans ces mouvements, est très difficile et très rare, car elle exige une très grande force et une synergie musculaire bien coordonnée, sans parler des professeurs expérimentés et éclairés qu’elle nécessite. Celte gymnastique est difficile. Mlle nécessite beaucoup d’efforts de coordination, dans des mouvements fantaisistes qui se compliquent interminablement et deviennent un sport acrobatique compliqué Les acrobates de cirque et de music-hall, d’ailleurs, se servent, pour l’exhibition de leurs prouesses, de ces mêmes engins de gymnastique ; (trapèze, barre-fixe, anneaux, etc.).

Cette gymnastique est fatigante et cependant exerce peu. Cette fatigue provient de nombreux défauts énumérés précédemment : violence de l’exercice, effort musculaire poussé à l’extrême et tendant constamment à l’athlétisme, essoufflement continu et anormal, congestion perpétuelle des parties

supérieures du corps ainsi que du cerveau, difficulté de ces exercices. Nous avons vu antérieurement que les mouvements et les exercices difficiles, c’està-dire ceux qui exigent un travail nerveux intense, déterminent rapidement la fatigue.

Elle fatigue aussi, parce qu’elle réclame un travail considérable, anormal, à quelques muscles des bras et des épaules relativement peu volumineux. Cette gymnastique difficile et fatigante ne délasse pas; elle est particulièrement mauvaise pour les enfants, les écoliers surmenés par les travaux intellectuels, les hommes d’études, en général.

Dans la méthode allemande, le saut est presque toujours facilité par le sautoir ou le tremplin, Ces engins, servant à augmenter l’impulsion du saut, remplacent, partiellement, l’action des muscles, actifs dans le saut, — les extenseurs des jambes et les muscles du massif lombaire, — et donneet ainsi une dangereuse illusion et une fausse sécurilé. Le plus souvent, le saut est prati qué constamment « du même pied » et la chute est amortie dans du tan ou sur différents matelas, qui n’ont pour effet physiologique que d’atrophier le coussinet cellulo-graisseux de la plante du pied, en lui enlevant la plus grande partie de son rôle. Ce saut, qui devient, dans ces conditions, exclusivement sportif, n’a plus aucune valeur dans la pratique, où l’on ne possède généralement ni tremplin, ni matelas amortisseurs, et où généralement, on n’a pas l’occasion de choisir le pied sur lequel va se pratiquer l’impulsion ! Dans ce genre de saut, rien n’est précisé; l’attitude correcte et physiologique n’est jamais exigée ; les bras sont étendus en avant, pendant la chute; pour contre-balancer cette action des bras, le tronc et la tête se penchent en arrière et ici encore, action statique et d’équilibre, souvent instable, plutôt qu’une action musculaire dynamique, sûre et précise, (fig. 9).

Dans toute cette gymnastique acrobatique, toute la science du mouvement consiste, presque toujours, à éluder l’énergie et la difficulté au moyen d’artifices et de « trucs ». Cette gymnastique ne peut pas être considérée comme une méthode éducative; c’est un sport aérien et acrobatique qu’il faut ranger parmi les sports individuels. Comme ceux-ci, au point de vue moral, elle tend à développer surtout les sentiments égoïstes, contrairement aux sports collectifs, en groupe et par équipes, qui stimulent principalement les sentiments altruistes.

Dans cette gymnastique, comme dans tous les sports, un certain type excelle ; le type trapu, petit, à leviers courts, à muscles scapulaires globuleux et à membres inférieurs atrophiés. Les engins se chargent de cette adaption ; ils produisent, par leurs exercices, une ossification hâtivedu squelette et forcent, ainsi, les leviers, à rester courts et à s’adapter. Les autres types humains, à leviers longs et à muscles fusiformes, ne peuvent s’y adapter facilement et sont forcés d’abandonner les salles de gymnastique. En vertu de la loi du moindre effort, une des bases fondamentales des sports, il se crée une séparation bien nette entre deux types humains bien différents. C’est par cette adaption matérielle du corps, à l’acte souvent répété, que se forme la sélection et que se différencient insensiblement les types extrêmes de même race, tels le type de force et le type de vitesse, que nous rencontrons, non seulement chez l’homme, mais dans toute la série animale: cheval de course et cheval

de labour, dogue et lévrier, bœuf et cerf, etc, etc. Et ce sport, comme près que tous les autres sports, ne peut être pratiqué « intensivement » qu’à l’âge

adulte.

Cette gymnastique est considérée comme dangereuse à cause de cette suspension continuelle et souvent anormale. Aussi, arrivait-on à ce paradoxe incroyable, d’exempter, du cours de gymnastique, les enfants les plus faiblement constitués, c’est-à-dire précisément ceux chez lesquels l’exercice physique est le plus indiqué. Cette exemption était justifiée par la crainte légitime des accidents et des déformations. Cette éventualité du danger excuse les matelas amortisseurs, le tan et la sciure de bois, qui, soit dit en passant, soulèvent constamment une poussière, condamnée par l’hygiène. La crainte du danger rend également l’exercice forcément individuel, car le professeur ou le moniteur doivent surveiller, sans cesse, le gymnaste qui se trouve à l’engin. A cause, non seulement de la crainte du danger, mais encore de la construction des engins eux-mêmes, qui ne permettent qu’à Un seul «travailleur)) de s’exercer, toute cette gymnastique est fatalement individuelle et provoque ainsi une perte de temps considérable, et, dans certains cas, des chances de refroidissement pour ceux qui « attendent leur tour ».

Ce sport aérien, difficile et athlétique, ne peut être appliqué à l’éducation physique de la femme. Et, pourtant, une méthode rationnelle doit pouvoir être généralisée, le sexe ne créant aucune différence essentielle très notable entre les individus.

«Laissons — disait à peu près Le Marinel, — cette gymnastique d’acrobatie aux adultes vigoureux, qui peuvent, si cela leur plaît, la pratiquer comme un sport, y trouver du paisir et peut-être y conserver la santé. Qu’elle reste l’apanage des athlètes, qui ont pour unique objectif la force, l’hypertrophie de certains muscles et la réalisation d’exercices acrobatiques non accessibles aux autres, mais qu’elle ne soit pas enseignée, comme une méthode éducative, à tous : aux faibles, aux femmes, aux vieillards et à de pauvres petits écoliers chétifs, délicats, à peine nourris et qui 11e peuvent en retirer aucun bénéfice. »

Disons, en terminant, que les locaux, à cause du travail individuel, doivent être soigneusement chauffés et ne peuvent être convenablement ventilés, sous peine de refroidissementdangereux ; vouscomprendrez immédiatement quel degré de viciation doit présenter cette atmosphère confinée, chauffée, où tourbillonnent les poussières des matelas et du tan, et où s’exhalent les évaporations sudorales et les quantités considérables de produits vola'ils et d’anhydride carbonique, proportionnellement croissant avec le travail musculaire. Lorsque l’on envisage tous les grands défauts de la méthode allemande et tout le mal qu’elle doit occasionner, on est heureux de constater qu’elle ne fâit peut-être pas tout le tort auquel on s’attend, grâce aux leçons qui sont relativeménnt rares, au travail individuel qui est forcément de minime durée et à la sélection qu’elle opère, n’étant fidèlement suivie que par les plus robustes et rebutant rapidement les faibles, qui s’y hasardent.

Jusqu’ici, la méthode suédoise a été peu étudiée et peu répandue, principalement dans les pays latins, qui ne comprennent pas la langue suédoise; l’éloignement du pays y a, sans doute, aussi, contribué. Beaucoup de personnes de bonne foi, mais imbues de préjugés, avaient été en Suède, l’avaient jugée superficiellement, sans se donner la peine d’en approfondir ni les bases, ni la méthode. Pour analyser* la gymastique de Ling et en apprécier la valeur éducative, il est indispensable d’y être préparé par des connaissances encyclopédiques assez étendues de sociologie et de biologie humaines, (anatomie, physiologie, hygiène, mécanique, etc.).

L’Institut central et royal de Gymnastique de Stockholm est une véritable faculté universitaire, dont les diplômes équivalent à ceux de nos facultés. Malheureusement, l’on a longtemps confondu la gymnastique médicale suédoise avec la gymnastique pédagogique éducative, applicable aux a bien portants»; cette erreur s’est, perpétuée longtemps dans bien des pays, mais elle n’existe plus en Belgique.

La gymnastique suédoise comprend trois parties : la gymnastique

pédagogique, dont nous nous occuperons dans ce travail, la gymnastique militaire ou les escrimes et la gymnastique médicale, qui forme toute cette kinésithérapie, mécanothérapie, massage, orthopédie, merveilleuse gymnastique corrective, basée sur la malléabilité de l’os, sur la loi d’adaptation du muscle à la forme du travail habituel, et sur l’action profonde du mouvement musculaire sur toutes les fonctions.

La méthode pédagogique suédoise, créée par Ling, ne se sert que de quelques appareils très simples, tels que l’espalier, (fig. 16), la homme ou poutre horizontale, (fig. 18), le cadre, (fig. 13), le banc de gymnastique, (fig. 26), le cheval, le plint, le mouton ou bock, les cordes lisses, les échelles horizontales. Tous ces appareils peuvent être facilement rangés,

le long des murailles ou dans les sous sols, et laissent disponible tout le plancher de la salle, où l’on peut s’exercer plus facilement aux mouvements d’assouplissement d’ensemble, de marches, de courses, de jeux, etc.

Ces engins sont collectifs, car leur construction permet à un grand nombre d’élèves d’y travailler simultanément ; ceux-ci sont répartis en longues files et peuvent être facilement surveillés et observés. Les appareils sont construits pour offrir, en toutes circonstances, un point d’appui à hauteur

convenable, quelle que soit la taille de l’élève. Et comme on ne rencontre ici, ni acrobalisme, ni sport aérien, aucun accident n’est à redouter. Le travail n’est pas et ne doit pas être individuel ; on proscrit donc les matelas amortisseurs, le tan et on évite ainsi les poussières condamnées par l’hygiène. Le chauffage de la salle est rarement indispensable et la ventilation peut se pratiquer abondamment et sans danger, grâce aux bienfaits du travail continu, collectif et progressif. Les appareils constituent des moyens et non des buts; ils sont adaptés à l’homme, ce n’est pas l’homme qui doit s’adapter à l’engin. Ils sont destinés à faciliter l’exécution de mouvements utiles, en offrant un soutien ou un appui fixe. Ils ne sont même pas indispensables à l’éxécution des exercices, car ils peuvent être remplacés par des appuis vivants,une moitié des élèves servant d’appui à l’autre moitié ; de sorte qu’une leçon de gymnastique peut être donnée facilement partout, en classe, sur une pelouse, dans une cour, etc. (Fig. 11).

Nous savons que les modifications, que l’hygiène doit apporter aux fonctions, ne peuvent se faire que lentement et progressivement ; aussi, nous voyons les leçons suédoises être complètes et progressives; elles comprennent toujours des exercices s’adressant intégralement au corps entier, en raison des fonctions et de U importance des organes , en tenant soigneusement compte des effets des différents exercices sur la respiratton, la circulation, etc.

Les contractions musculaires ne sont jamais violentes, brusques et incomplètes ; on recherche, au contraire, les contractions lentes et à amplitude maximale, â moins que l’on ne veuille obtenir spécialement le raccourcissement et la forme globuleuse pour certains muscles, tels que les fixateurs dorsaux de l’épaule, les extenseurs de la colonne dorsale. Et alors, pour corriger la mauvaise nutrition musculaire, que provoque cette contraction violente et continue, la méthode fait exécuter, immédiatement après ces mouvements, des exercices dérivatifs, qui ont. pour but d’allonger les muscles et de rétablir une nutrition complète et bienfaisante ; c'est pourquoi, l’extension dorsale est suivie de la grande flexion du tronc en avant.

Par cette méthode, on développe surtout les muscles extenseurs, qui doivent lutter contre la pesanteur et contre notre tendance naturelle à la flexion. Le mouvement musculaire n’est considéré que comme un moyen très sensible et très fidèle, pour développer nos fonctions primordiales. Notre première fonction, la respiration, est surtout l’objet de toutes les sollicitudes de la méthode suédoise, qui, ne nécessitant jamais l’effort thoraco abdominal, enseigne à le corriger et à l’éviter, et éduque constamment notre respiration par les profondes inspirations et les exercices respiratoires qu’elle fait exécuter. Les contractions lentes et complètes ont fait supposer, aux ignorants, que la méthode suédoise était une gymnastique « bonne tout au plus pour les faibles ou pour les malades.» C’est une erreur grossière, car, en intensifiant progressivement les exercices, — qui, d’ailleurs, restent sans cesse physiologiques, — on peut les rendre extraordinairement énergiques ; à preuve, les extensions dorsales et les exercices des muscles abdominaux.

Le rythme, au point de vue physiologique aussi bien qu’au point de vue mécanique, doit être proportionné à l’amplitude du mouvement, aux segments à. mobiliser et tenir compte des effets produits sur la

respiration et du rythme de celle-ci. Les mouvements à rythme lent favorisent la circulation et sont décongestifs; les mouvements de la colonne lombaire décongestionnent la tête. D’autre part, les temps d’arrêt entre les exercices, permettent une grande précision et facilitent la correction des fautes et des défauts de coordination. Le rythme ne peut devenir plus rapide que lorsque l’exercice est correctement exécuté.

Par cette méthode, on agit d’une manière précise et sûre, qualitativement et quantitativement.

A une gymnastique précise doivent correspondre des commandements brefs ou lents, mais précis et à émission facile ; le commandement est une sorte de suggestion, qui doit, jusqu’à un certain point, réveiller psychiquement l’exercice, chez le sujet.

Chacun des exercices de cette gymnastique a été scientifiquement étudié, décomposé et analysé méticuleusement. Cette analyse comprend, pour chaque mouvement, un triple problème : un problème mécanique, qui considère les leviers, la puissance et son point d’application, le point d’appui qu’il faut localiser exactement, les résistances à vaincre et le centre de gravité qu’il est indispensable de bien préciser; un problème physiologique, qui étudie avec soin les modifications que l’exercice peut apporter aux différentes fonctions ; un problème éducatif, qui recherche l’utilité de l’exercice au point de vue du fonctionnement général de l’individu, de l’économie de nos forces et de notre énergie qui ne doivent jamais être gaspillées.

Le système de Ling a pour objet et pour effet de fixer le centre de gravité, d’après les points d’appui du corps, pris dans une des cinq positions fondamentales et de l’immobiliser à l’aide des muscles, chargés d’assurer la fixité des segments. Les cinq positions fondamentales sont : station sur les pieds (debout), sur les genoux (à genoux), sur le siège (assise), sur le dos (couchée), en suspension, les mains en appui au-dessus de la tête. Toutes les autres attitudes sont des positions dérivées. Le système est donc basé sur la combinainaison des positions fondamentales , des positions dérivées et des mouvements exécutés dans ces positions ; celles-ci ont donc pour but d’immobiliser un ou plusieurs segments du corps et d’offrir un point d’appui fixe aux muscles, qui doivent entrer en contraction, et aux segments qui doivent se mouvoir. Le mouvement lui-même peut se décomposer en trois phases : la position initiale ou de départ, V exécution proprement dite du mouvement et la position finale . La position initiale ou de départ doit être maintenue fixe et correcte, pendant tout le mouvement, pour permettre de graduer, de diriger, de localiser, de préciser le travail musculaire et d’en calculer l’intensité et les effets. Pour expliquer notre pensée, nous reprenons les exemples que nous avons donnés plus haut. Après avoir pris la première position fondamentale sur les deux pieds, si nous soulevons la cuisse droite latéralement, (fig 14), la tête, le tronc, les bras et la cuisse gauche doivent rester immobiles, afin de permettre de mesurer et de localiser l’effort exigé des muscles abducteurs de la cuisse droite et de lui donner toute son intensité. Si, au contraire, en élevant la cuisse droite, nous inclinons, en même temps, le tronc et la tête à gauche et que nous étendions les bras latéralement, (fig. 10), le mouvement devient un

exercice d’équilibre, dont l’action musculaire est évidemment minime mais complexe, car il exige, pour être analysé, une recherche très difficile du centre de gravité et une détermination presque impossible

de toutes les actions partielles de la pesanteur, (fig. 10 ; c. g.). Nous avons décrit, pratiquée dans la méthode allemande, la rotation du tronc, qui déroute toute analyse. Ici, au contraire, avant d’exécuter cette rotation, on prend une position initiale où l’on fixe soigneusement le bassin, soit par ses muscles fixateurs, soit — s’ils ne sont pas suffisamment entraînés, — par des positions de fentes, d’appui contre la bomme, de position assise, etc. Après avoir fixé le bassin, on exécute le mouvement de rotation qui est, ainsi, exactement localisé à la rotation des colonnes dorsale et lombaire. On peut, de plus, immobiliser la tête et la colonne cervicale, en fixant ces segments de sorte que leurs rapports, avec les épaules, ne changent pas, pendant toute la rotation. Comme vous le voyez, constamment une gymnastique exquisément précise, qui ne peut que favoriser la précision dans le système nerveux.

Nous avons déjà dit qu’une leçon de gymnastique doit être complète ; mais la manière, dont les exercices sont groupés et se succèdent, n’est pas indifférente, si l’on veut obtenir un effet salutaire maximum ; c’est pourquoi, Lingacréé le plan de la leçon et a classé les exercices, pour pouvoir ainsi régler l’intensité et la progression de l’effort musculaire, en même temps que les effets concommittants sur la respiration et la circulation. Le diagramme ci dessous (fig. 15) indique le graphique d’une leçon de gymnastique de quarante minutes, avec la durée de chaque exercice et ses effets sur l’activité cardio-pulmonaire.

Le professeur élabore un « schéma » qui se règle sur l’âge, le degré d’assouplissement et d’entraînement, la vigueur des élèves, etc; il prépare la leçon de gymnastique, en indiquant la durée des exercices et en intercalant judicieusement les exercices dérivatifs. Certains exercices peuvent être impunément intervertis, à la condition que leur action physiologique soit analogue. Cela est parfois nécessaire, lorsque les élèves sont trop nombreux pour les appareils. Les extensions dorsales peuvent

être interverties avec les suspensions; les exercices abdominaux, avec ceux de la partie supérieure du dos ou ceux des muscles latéraux.

On augmente la progression et l’intensité des exercices par des positions initiales plus difficiles, des mouvements nouveaux, une énergie, une correction, une vitesse plus grandes, une durée plus longue, la répétition du même mouvement, la combinaison de mouvements s’adressant à différentes parties du corps et enfin par des mouvements asymétriques. Chaque fois que le poids du corps intervient comme résistance à vaincre, l’exercice peut offrir une difficulté progressive par mains aux hanches, mains aux épaules, mains aux clavicules, mains à la nuque, bras étendus verticalement au-dessus de la tête.

Au bout de quelque temps, un nouveau schéma s’impose et la progression se poursuit ainsi logiquement. Le système suédois tient compte également de ce fait, qu’un bon mouvement, exécuté dans une attitude vicieuse, donne un exercice pernicieux. Nous allons résumer rapidement la leçon de gymnastique pédagogique suédoise.

I. Exercices d’ordre et exercices préparatoires ; elle débute par ces exercices d’ordre et de correction ; on prend la position correcte et réglementaire : allonger la colonne cervicale, rentrer le ventre pour éviter la lordose lombaire, effacer les épaules, etc. ; conserver quelque temps cette attitude constitue déjà un exercice rationnel; on se numérote, on s’aligne, on marche; tous ces exercices ont pour but d’éveiller l’attention et les fonctions cardio-pulmonaires, d’échauffer, de préparer les muscles et de se

oc dégourdir » ; mouvements préparatoires: mouvements légers et simples des jambes, des bras, de la tête, du tronc, etc. Puis vienneut les exercices fonda?nentanx qui sont utiles au développement complet du corps. Ling a sérié méthodiquement tous ces exercices, depuis les plus faibles jusqu’aux plus énergiques et a déterminé leur ordre physiologique. Ils comprennent tous les exercices qui suivent les exercices préparatoires dans le diagramme tracé plus haut. (Je classement indique naturellement l’influence dominante de ces mouvements, car il est certain que d’autres muscles interviennent, conformément aux lois de synergie

et d’antagonisme musculaires. Parmi les exercices fondamentaux, s’intercalent les exercices dérivatifs , chaque fois qu’il est nécessaire de rétablir la circulation normale du sang ou de calmer la respiration, modifiées profondément par les exercices précédents. Il est physiologiquement prouvé, par exemple, que des exercices énergiques des membres inférieurs — exigeant donc une circulation locale abondante, — ont pour effet de décongestionner le cerveau. Les mouvements des jambes constituent donc des exercices dérivatifs pour l’écolier, par exemple, et doivent être, par conséquent, pratiqués au début de la leçon. Nous allons passer rapidement en revue les exercices fondamentaux.

Les exercices de jambes développant notre train social; la synergie musculaire a très souvent recours à la puissance des membres inférieurs; l’homme doit être endurant et adroit, principalement lorsqu’il se trouve sur ses deux jambes. Ils sont destinés à décongestionner le cerveau et sont indispensables et physiologiques, comme premiers exercices, pour l’homme d’étude ou l’écolier. Les mouvements énergiques des jambes décongestionnent le cerveau et les mouvements lents, accompagnés d’inspirations profondes et judicieusement rythmées, calment et régularisent le cours du sang.

II. Les exercices d'extension de la colonne dorsale{fi%A$)(\\\\ se pratiquent habituellement à l’espalier, ont pour effet de redresser la colonne vertébrale et d’augmenter l’ampliation thoracique. La contraction concommitante des muscles abdominaux empêche le ventre de proéminer et évite la lordose

lombaire. Ils font affluer le sang dans les gros vaisseaux profonds du corps. Nous avons vu pourquoi les extensions dorsales sont suivies de grandes flexions du tronc en avant et de mouvements des jambes (exercices dérivatifs).

III. Les suspensions (fig. 17 à 23, lre série) qui suivent une progression méthodique, depuis la suspension, avec appui des jambes, jusqu’aux flexions des bras dans la suspension par les bras seuls, ont pour effets mécaniques de redresser la colonne vertébrale et d’augmenter la capacité thoracique, grâce à l’élévation mécanique des côtes par les muscles inspirateurs. (C’est sur ce principe, d’ailleurs, qu’est basée la respiration artificielle de Sylvester),

Fig. 23.

Fig. 22.

Les mouvements d’élévation des bras et la suspension simple, par les bras étendus, fixent l’humérus et l’épaule et permettent, aux muscles inspirateurs qui s’y insèrent, d’attirer fortement les côtes vers le haut. Dans ces attitudes, nous pouvons écarter les épaules et porter le bras en rotation en dehors, pour enrouler sur l’humérus le tendon des grand pectoral et grand dorsal, qui agissent ainsi plus favorablement sur les côtes. Il faut que l’attitude reste physiologique et correcte, la tête droite sans contracture, les jambes pendant sans oscillation, le thorax porté en avant, les.coudes dans le plan transversal, les humérus en rotation en dehors.

Il ne faut pas ajouter de poids additionnel aux pieds; ce poids aurait pour résultat de réduire les mouvements des côtes et de rendre la respiration exclusivement diaphragmatique. Dans les suspensions, rentre également l’ascension aux cordes lisses, les escalades, etc. Grimper à la corde lisse (fig. 23) constitue un exercice, qui, au point de vue du placement des épaules, doit être considéré comme mauvais; il nécessite quelquefois l’intervenfion de l’effort thoraco-abdominal et — dans certains conditions — exige, des membres supérieurs et des épaules, un travail considérable et anormal au point de vue physiologique et éducatif. Pourtant, nous pouvons être appelés à devoir le pratiquer et il doit donc être considéré comme une « application » indispensable de la gymnastique. Cet exercice peut être rendu symétrique et plus hygiénique en employant les deux cordes et en alternant successivement la main et la jambe supérieures, ce qui ne peut d’ailleurs que faciliter l’exécution du mouvement dans la pratique. (fig. 21). Il en est de même des suspensions renversées, qui placent la tête en bas, (fig. 24 et 25). Ces mouvements sont des exercices d’application, indispensables au point de vue utilitaire, mais dont il faut suivre scrupuleusement une progression rationnelle.

IV. Les exercices d> équilibrées^. 26)développent et affinent le sens musculaire et la coordination et possèdent, par conséquent, une action disciplinante sur l’attention et sur tout le système nerveux. Ils procurent la stabilité, la souplesse, l’adresse, la symétrie, l’élégance. Leur progression

doit être minutieusement suivie, afin d’éviter ou de combattre le vertige.

V-. Les exercices de marches et de courses rythmées. La marche et la course, dans la méthode suédoise, sont préparées par une gymnastique assouplissante préalable, qui a pour but d’intensifier le pas, en augmentant son déroulement et d’assurer le partait équilibre du corps, en supprimant toutes les oscillations et toutes les contractions inutiles. De là, une aptitude plus grande à la marche et à la course, économie dans la dépense de force et rendement maximum.

VI. Les exercices des muscles dorsaux , (fig. 28 et 29) ont pour but le

Fig. 28.

Fig. 29.

redressement de la colonne vertébrale et la fixation de l’épaule en arrière, dont nous avons déjà étudié toute la valeur.

VII. Les exercices des muscles antérieurs (fig. 17, 30 à 32) développent la ceinture abdominale, dont nous connaissons toute l’importance. Il faut se mettre en garde, contre certains exercices, qui illusionnent et dont les contractions musculaires actives ne sont pas abdominales.

Fjg. 30.

Fig. 31.

Fig 32.

Fig. 33.

VIII. Les exercices des muscles latéraux, (fig. 13, 33 à 35) qui se prati-

Fig. 34.

Fig. 35.

quent notamment au cadre, entre les échelons duquel le corps passe en serpentant, (fig. 13), assouplissent et rectifient le rachis. Ils développent et assouplissent tous les muscles rotateurs du tronc et fléchisseurs de la colonne latéralement; ils épargnent ainsi, à l’homme bien entraîné, les « tours de reins », les « lumbagos », les ce efforts musculaires », etc. C’est également, par ces mouvements judicieusement choisis, que l’on corrige rapidement, en Suède, la scoliose scolaire.il est très important, dans ces exercices, de bien fixer le bassin, soit par ses muscles fixateurs, soit par une attitude qui facilite cette fixité.

IX. Les exercices de suspensions (2e série), plus énergiques que les premiers.

X. Les exercices dérivatifs lents des jambes , qui s’intercalent entre les autres exercices, pour reposer des exercices précédents, régulariser et calmer le cœur et préparer, en même temps, aux sauts.

XI. Les sauts (fig. 36 à 38) constituent les exercices les plus intenses du schéma suédois. Ils se pratiquent à la corde, au cheval, au plint,

à la bomme simple ou jumelée, etc. Les sauts, comme la marche et la course, sont préparés par une gymnastique assouplissante et progressive préalable, qui a pour but de fortifier les muscles extenseurs des jambes

Fig. 37.

et les muscles du massif lombaire, qui interviennent si énergiquement dans le saut : station sur la pointe des pieds, flexion et saut sur place, en avant, de côté, en arrière. Le saut se pratique sans élan ou avec

un élan très court — de 1 à 3 pas — et alternativement du pied gauche et du pied droit. L’attitude, pendant tout le saut, reste correcte et parfaitement équilibrée ; il faut rester maître de sa tête, s’aider le moins possible des bras pour s’élever et pour reprendre l’équilibre perdu, et ne fléchir les jambes que de la quantité indispensable, pour amortir le choc de la chute ; il faut se redresser en équilibre (fig. 38). Nous avons expliqué (fig. 9) les conséquences qu’entraîne l’élévation des bras en avant, pendant cette chute ; il faut, au contraire, conserver les bras le long du corps, de manière à abaisser le plus possible le centre de gravité et assurer davantage l’équilibre. La méthode de Ling. a condamné le tremplin, le sautoir et le matelas amortisseur et a rendu ainsi le saut éducatif et pratique. Ces exercices ont une grande influence sur les fonctions physiologiques, grâce aux contractions musculaires intenses, qu’ils exigent des membres inférieurs ; ils ont une action morale considérable, par l’observation, l’énergie, le courage, la confiance en soi, qu’ils développent.

Le tremplin et le sautoir sont des engins artificiels, qui nous illusionnent, en remplaçant, en grande partie, l’action musculaire; nous ne devons pas sauter, grâce à l’élasticité d’un engin, mais par la détente et la contraction énergique de nos membres inférieurs et de notre massif lombaire. Nous devons nous exercer à sauter également bien des deux pieds, pour développer normalement notre corps, autant qu’à un point de vue d’application pratique.

XII. La leçon de gymnastique se termine par les exercices respiratoires, qui sont toujours prescrits, après les exercices violents, car ils servent à calmer la respiration et la circulation, dans les attitudes favorables à l’amplialion thoracique. La physiologie nous enseigne que les profondes inspirations diminuent très rapidement l’essoufflement et la dyspnée, et qu’elles constituent le seul moyen naturel que nous possédons, pour calmer le cœur et la tachycardie, provoquée par l'exercice énergique

Les exercices respiratoires sont classés également parmi les exercices dérivatifs ; nous avons démontré plus haut qu’ils constituent un dérivatif pour le cerveau. Nous ne rappellerons pas leur valeur primordiale sur la respiration, dont ils forment l’éducation. On peut encore augmenter l’amplitude des mouvements respiratoires, en ajoutant, aux inspirations profondes, des mouvements de bras, (fig. 39) (élévation, écartement,

abduction, qui éloignent l’insertion fixe des inspirateurs, doivent donc correspondre à l’inspiration). Cette gymnastique respiratoire replace l’élève dans des conditions physiologiques normales, avant sa sortie de la salle de travail.

Grâce à sa progression méthodique et à des exercices constamment physiologiques et très simples, cette gymnastique peut s’appliquer également à la femme ; elle subit alors, quelques légères variations, dans les suspensions et dans les exercices de sauts.

Mais, à côté de toute cette pédagogie si rationnelle et si simple, la méthode suédoise comprend des exercices qui peuvent servir à spécialiser l’individu dans sa profession (au point de vue militaire, spécialisation professionnelle du soldat,) et de nombreux exercices d’ application . Nous avons déjà analysé et critiqué la suspension et l’ascension à la corde lisse. Le rétablissement à la homme, à l’échelle peut subir les mêmes critiques, au point de vue physiologique pur ; mais un rétablissement sur les mains peut nous sauver la vie. Dans certaines circonstances, les bras — et même un seul bras — doivent pouvoir soulever ou soutenir tout le poids du corps. La position de la tête en bas rentre également dans cette catégorie de mouvements, qui ne doivent être pratiqués qu’exceptionnellement et comme exercices d’application ; ils ne peuvent, sous aucun pretexte, servir de base exclusive à une méthode d’éducation physique rationnelle. Toute notre vie ne se passe pas sur un agrès de suspension, ni dans un naufrage, un incendie ou un sauvetage !

Les nombreuses considérations, que nous venons de passer rapidement eu revue, prouvent abondamment que le plan général de la méthode suédoise est essentiellement scientifique et que, par cela même, elle exige des professeurs instruits et des maîtres expérimentés.

Les résultats qu’elle donne sont immédiats et intensifs et connus d’avance. Par la graduation logique et l’incessante variété de ses exercices, elle est diversifiante et récréative. Pourtant, on lui fait l’unique reproche d’être ennuyeuse. Certes, nous savons que le seul guide de la majorité des êtres humains est le plaisir’ et non la raison. La valeur d’une méthode ne sé mesure pas uniquement aux plaisirs qu’elle procure, mais aux résultats qu’elle produit. Une méthode scientifique doit se baser sur l’expérimentation, interroger les faits, dégager les lois. C’est la méthode du maître qui rend la science soit ennuyeuse, soit récréative. Enseignée par un professeur instruit et capable, la gymnastique rationnelle est intéressante et devient même éminemment amusante.

(( C’est précisément dans l’admirable graduation des exercices, dans leur éclectique variété, dans leur correction, que réside la supériorité de la gymnastique de Ling, et si cette supériorité ne saute pas aux yeux; c’est que la méthode, créée par le génial Suédois, n’a rien qui éblouisse le spectateur. Elle ne demande, au corps, que l’exécution correcte de mouvements simples, naturels à la santé et au développement harmonique du squelette et n’a, par conséquent, aucun de ces nouvements d’acrobatisme, aucun de ces tours de force que l’on peut montrer en public, parce qu’ils sont difficiles ou dangereux. De là vient, sans doute,

la réputation qu’on a cherché à lui faire, en la qualifiant de molle, de monotone et d’insuffisante, parce que ceux, qui la critiquent, ne l’ont jamais pratiquée. Par contre, ceux, qui l’ont étudiée rie près, ont saisi sa valeur scientifique, l’ont pratiquée sans parti pris et ont été, comme nous, convertis lentement, mais absolument, à une méthode si simple en apparence, mais si adéquate, en somme, aux conditions de développement physique et intellectuel de l’homme. Et l’on reste confondu de voir qu’il ait fallu tant d’années — presque un siècle — pour faire admettre un système si bien étudié, qu’on peut presque le prendre dans son entièreté ». « Li ng ne connaissait, certes pas, les lois d’action et de réaction du muscle sur le cerveau ; il ne se doutait certes pas que le mouvement est l’aboutissement de l’activité des centres nerveux, qui président à la vie consciente et à la vie automatique ; mais son génie d’observation lui avait fait constater ' les effets, que la science ne devait démontrer que cent ans plus tard, et établir des lois, qui se trouvent aujourd’hui justifiées. Nous comprenons aisément que Ling ait pu se rendre compte de la nécessité de respirer, pendant les exercices physiques, avant de connaître la composition chimique de l’air et qu’il ait pu déterminer les principes de la gymnastique éducative, sans connaître la théorie des localisations cérébrales. » (Le Marinel — Kaisin).

Nous avons vu qu’une méthode éducative rationnelle doit être scientifique et que, contrairement aux sports, qui varient avec de nombreux facteurs*, elle doit rester vraie sous toutes les latitudes ; la science n’a pas de nationalité. Gomme toute science, — et Ling l’avait très bien admis, — la méthode suédoise évoluera, se perfectionnera et profitera des progrès des sciences biologiques, ornais les principes et le plan en resteront ùnmuables .» (Demeny.)

« L’expérience suédoise ne doit pas être regardée avec des yeux de fétichiste. Chacun peut songer à améliorer, si possible, tel ou tel exercice. Rien n’est sacramentel. Mais, depuis cent ans, l’esprit critique opère là-bas (en Suède), sur une expérience quotidienne positive et épure le travail gymnastique à ce point, qu’il paraît, pour le moins, téméraire aux yeux de ceux qui ont la responsabilité de l’éducation nationale des peuples, de ne point s’approprier maintenant ces méthodes, de préférence à toute autre. (G. Van Overbergh) (Congrès mondial de Mous, 1905).

Tissié pense que les jeux et les sports agissent plus intensément, que la gymnastique, sur la volonté et le caractère et qu’ils sont le complément indispensable de la gymnastique. C’est ce que les éducateurs suédois ont compris, en introduisant les jeux, comme complément, comme application de la gymnastique rationnelle. Les jeux et les sports constituent une application de l’éducation physique ; ils varient avec les traditions du pays, le milieu cosmique, l’adaptation individuelle, etc. Mais nous ne devons pas oublier que l’éducation physique rationnelle prépare merveilleusement à l’entraînement et aux sports, dont elle est la base primordiale et indispensable, et qu’elle est, à ceux-ci, ce que la grammaire est à la littérature, ce que les gammes sont à la musique. (Tissié).

« Une méthode de gymnastique vaut ce qu’elle produit». Rappelons,

sans] commentaire, les chiffres classiques de la capacité vitale de quelques pays d’Europe : Allemands, 3222 c. c. ; Hollandais, 3250 c. c. ; Anglais, 3772 c. c. ; Suédois, 4250. c. c. Nous avons vainement cherché, dans les auteurs, la moyenne des Belges. Les mensurations, pratiquées à l’Ecole normale de gymuastique et d’escrime, sous le commandement de MM. Lefebure et Henrion, donnent, comme capacité vitale moyenne des élèves, 3805 c. c. D’après les mensurations pratiquées à l’Ecole normale de gymnastique et d’escrime, il résulte que la capacité vitale des élèves, pratiquant la méthode suédoise, augmente davantage et plus rapidement que celle de ceux qui ne s’adonnent qu’à la gymnastique allemande : 405 c. c. pour les premiers et 163 c. c. pour les seconds. Nous sommes d’ailleurs, d’accord en cela, avec notre collègue, le Dr Dettling, médecin-major de 2* classe à l’Ecole normale militaire de gymnastique et d’escrime, en France. La gymnastique suédoise augmente, sensiblement et plus que toute autre, la résistance générale de l’individu. Des expérences ont été pratiquées par les Suisses, a Ils formèrent, dans » une compagnie de l’armée, un peloton choisi de quarante-six conscrits, » rompus à la gymnastique empirique et les soumirent au même travail d que des conscrits quelconques, formant les autres pelotons de cette * compagnie. Au début de l’instruction, tout sembla aller fort bien et » à l’avantage des gymnastes, qui étaient plus alertes, plus adroits que » leurs camarades de la compagnie, non rompus aux rétablissements, » à la planche, à la grande volée, à la sirène. Mais bientôt, grâce à » une gymnastique rationnelle et assouplissante, l’équilibre se déplaça » en faveur des seconds et les moniteurs de gymnastique, malgré un » amour-propre que l’on comprendra aisément, durent s’avouer vaincus ; » surtout lorsqu’il s’est agi de faire preuve d’endurance à la marche » et à la course, comme aussi de résister à supporter le poids du » havre-sac et du fusil. » (Lefebure).

Ayant eu l’occasion de pratiquer de nombreux sports et d’en pénétrer, par conséquent, tous les arcanes, nous avons constaté que, en général, la gymnastique allemande ne prépare pas bien aux sports, et que, très souvent, ses virtuoses sont effacés et irrémédiablement vaincus par des types « neufs » (escrime, natation, canotage, patinage, boxe, football, cyclisme, etc.). Nous nous rappellerons longtemps les plaintes amères de notre ancien professeur d’escrime, qui désespérait de transformer jamais, en bon escrimeur, un homme qui s’adonnait à la gymnastique aux engins. La méthode suédoise, au contraire, grâce à ses contractions amples et complètes et à toute sa physiologie scientifique, ne peut qu’être favorable à la pratique des sports.

Cette méthode de gymnastique est en usage, depuis 80 ans, en Suède, où elle a produit des résultats merveilleux. Depuis 50 ans, la taille, qui est considérée, par les éleveurs, comme un caractère de race, diminue chez nous et augmente en Suède ; de lm670 qu’elle était en 1841, elle atteint lm701 en 1890. Le nombre des jeunes gens, impropres au service militaire, augmente dans notre pays et diminue sensiblement en Suède ; en 1833, il atteignait 35,7 0/0 et ce chiffre e9t tombé à 21,7 °/0 en 1895.

Depuis un siècle, également, l’hygiène faisait des progrès notables et

l’alcoolisme, en Suède, a diminué considérablement ; de 1798 à 1830, il se consommait 40 litres d’alcool à 50 degrés par habitant! En 1895, la consommation était tombée à 7 litres à 50 degrés, par habitant. A vec l’alcoolisme, diminuaient toute son escorte funèbre et son noir cortège: la tuberculose, la criminalité, la mortalité, la folie, etc.

Nous estimons que l’éducation physique, qui constitue une des branches les plus importantes de l’hygiène, doit avoir largement contribué à ce magnifique résultat.

Au commencement du XIXe siècle, la race Scandinave menaçait de sombrer. (( L’hygiène, disait un suédois, nous a fourni les matériaux indispensables pour combler la lacune, mais la gymnastique de Ling nous a fourni ceux nécessaires pour bâtir notre édifice actuel. Avec l’hygiène seule, notre race serait restée stationnaire, la réunion de ces deux remèdes lui a permis de progresser. »

Le Roi Oscar II disait à Hugues-’e Roux, au moment où celui-ci quittait Stockholm, pour rentrer en France : « Il faut que votre mission ait un résultat pratique : racontez bien haut que vous avez vu une race scientifiquement recréée et embellie, par une méthode qui ne donne pas de déceptions. Nous autres, gens du Nord, nous pensons souvent à tout ce que nous devons à la France. J’y songe plus qu’un autre, moi qui, dans les veines, ai du sang français. Comme nous aimerions à rendre, à votre pays, un de ces bienfaits intellectuels, à vous faire ce cadeau, ce vrai, cet utile cadeau, la méthode gymnastique de Ling ! »

Et la France délibère encore

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