‹ Conférences sur la gymnastiqueChapitre 3 sur 3 · SS · texte numérisé non relu

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II serait bien intéressant de savoir, si ces deux symptômes principaux ne sont pas entre eux dans un rapport de causalité.

Les sensations agissent sur le cerveau intellectuel ; les lumières diverses, les sons, les couleurs, les saveurs, les sensations musculaires ont un rôle dont on se sert couramment dans le traitement de l’aliénation mentale.

(( Toute excitation — dit Féré — détermiue non pas seulement la tension d’un muscle ou d’un groupe de muscles, mais une érection générale de l’organisme tout entier. L’expression de plaisir ou de satisfaction ne se traduit pas seulement par l’aspect de la face, mais encore par l’attitude de tout le corps où domine l’extension, tandis qu’à l’état inverse, la dépression correspond à un relâchement musculaire général, qui se traduit par la prédominance du tronc et des membres dans la flexion et, dans la face, par la flaccidité des mêmes muscles. Dans les asiles d’aliénés, on retrouve l'extension chez les anciens persécutés à idées de grandeur et le contraire chez les mélancoliques avec stupeur. »

L’influence excito-motrice des mouvements passifs est due précisément à ce qu’ils provoquent un rappel de i’image motrice. Cette influence des mouvements passifs trouve son applcafion dans le traitement de certaines impotences fonctionnelles.

a Dans l’hypnotisme, si on place le patient dans une attitude exprimant uue certaine émotion, on excite réellement l’émotion respective ; l’intuition motrice éveille immédiatement les concepts correspondants. Cela est d’accord avec ce que nous observons dans la genèse psychique des enfants en bas-âge. » (Maudsley).

Remarquons enfin, que si l’activité psychique a une influence sur l’énergie des mouvements volontaires, « les mouvements volontaires peuvent avoir une influence sur l’activité psychique : un certain nombre d’individus se mettent instinctivement en marche, lorsqu’ils veulent concentrer les efforts de leur intelligence ; l’exaltation des manifestations de la mémoire a surtout été facilement constatée. L’activité musculaire augmente souvent l’excitabilité psychique chez les aliénés agités. On reconnaît que le repos au lit, préconisé par Ludwig Meyer, a une action calmante. »

Le mouvement étant la condition nécessaire de toute représentation mentale de toute image, il peut-être difficile de séparer, dans la conscience, l’effet de la cause ; mais ils ne sont pas moins distincts.

« , T’attire particulièrement l’attention sur ce fait qu’en s’apposant aux mouvements qui accompagnent une représentation mentale, on peut supprimer cette représentation. Mosso cite de nombreux exemples, tirés dans les différentes vésanies, phobies, neurasthénie, etc. »

La volonté met les cellules motrices en action ; elle fonctionne pendant l’exercice musculaire et elle est donc perfectible par l’exercice, suivant la loi biologique générale.

< La volonté est un acte psychomoteur perfectionné, qui s’accomplit dans la sphère de la conscience; les mobiles des mouvements sont des conceptions entrées nettement dans la conscience. » (Kraft-Ebing).

La volonté n’agit sur le muscle que par l’intermédiaire de l’écorce cérébrale, les centres psychomoteurs; la volition ou mise en action de la volonté ébranle les cellules de la substance grise. L’excitation de la zone motrice corticale crée des mouvements et même l’épilepsie ; la volonté doit arriver au même point de départ.

Les muscles sont esclaves de la volonté dans la coordination ; les centres nerveux subissent l’influence du mouvement et s’organisent dans le sens habituel. Pour Maudsley, la volonté représente la plus haute coordination des idées, des sentiments et des mouvements.

La volonté n’est pas en réalité un acte spontané, elle peut être assimilée à un acte réflexe, à longue échéance; l’énergie volontaire trouve ainsi sa source, dans toutes les sensations et impressions antérieures.

La volonté contracte les muscles, mais elle peut les empêcher de se contracter par son pouvoir d’inhibition ; la coordination générale en est une preuve.

Ribot ajoute : « La volonté se résoud en voûtions. La volition est un état de conscience final qui résulte de la coordination plus ou moins complexe d’un groupe d’états, conscients ou inconscients, qui, tous réunis, se traduisent par une action ou un arrêt. »

Plus concise est cette définition de Maudsley et de Lewes : « La volonté est la réaction motrice des sentiments et des idées. Les réflexes cérébraux les plus élevés sont les réactions idéomotrices, bases des voûtions. »

Voyons maintenant quel rapport peut exister entre l’attention et le mouvement musculaire.

Lorsque l’attention est appliquée aux objets extérieurs, on contracte le muscle frontal, on soulève le sourcil, on ouvre l’œil et la bouche. Si l’attention est appliquée aux objets intérieurs et qu’on « réfléchit » le contraire se produit, on abaisse le sourcil, on ferme l’œil et la bouche. On pourrait, par un examen minutieux, observer des contractions dans les muscles de la tête, du tronc et des membres. Galton a fait, à ce sujet, des remarques et des calculs très suggestifs. Les recherches expérimentales de Féré fournissent de nombreux exemples de l’action dynamogénique des mouvements. Ceuxci agisseut par le sens musculaire sur le cerveau, qui les reçoit, et ils augmentent l’activité cérébrale. Même, les mouvements passifs, imprimés à des membres paralysés, ont pu, dans certains cas, en ravivant les images motrices, restituer l’activité perdue. Le rôle fondamental des mouvements dans l’attention consiste à maintenir l’état de conscience et à le renforcer.

Comme organe moteur, le cerveau est initiateur des mouvements, qui accompagnent la perception, l’image ou l’idée ; puis, ces mouvements, souvent intenses, reviennent au cerveau par le moyen du sens musculaire.

L’image n’est pas une photographie, mais une reviviscence des éléments sensoriels et moteurs qui ont constitué la perception. La lecture de la pensée, qui n’est qu’une lecture des états musculaires, paraît extraordinaire, simplement parce que le public ignore ce fait

psychologique élémentaire, que toute image contient une tendance au mouvement (exemples nombreux dans les sports, les combats, les assauts, les duels, etc.)

La pensée abstraite, dit Setschenof, est un réflexe réduit à ses deux premiers tiers.

L’attention s’accompagne même d’effort thoraco-abdominal.

En résumé, partout et toujours des contractions musculaires. Même dans les cas où nous restons immobiles, on trouvera, si l’on s’observe avec soin, que les réflexions intenses s’accompagent d’un commencement de parole, de mouvement, etc.

ce Le mécanisme de l’attention — dit Ribot -- est essentiellement moteur, c’est-à-dire qu’elle agit toujours sur des muscles et par des muscles, et on pourrait choisir comme épigraphe de cette étude, la phrase de Maudsley : « celui qui est incapable de gouverner ses muscles est incapable d’attention. *

Les concomitants physiques de l’attention se ramènent à trois groupes de phénomènes : vasomoteurs, respiratoires et moteurs.

« Acquérir le pouvoir d’attention, — dit Lewes, — c’est apprendre à faire alterner les ajustements mentaux avec les mouvements rythmiques de la respiration. C’est une expression heureuse que celle qui, en français, désigne un penseur vif mais superficiel, comme incapable d’une œuvre de longue haleine. »

Féré, dans son ouvrage sur la pathologie des émotions, cite de très nombreuses expériences, qui montrent que la tension musculaire générale forme bien la constitution physiologique de l’attention. Il termine en disant qu’elles n’étonneront pas ceux qui connaissent les conditions physiologiques de la lecture de la pensée, qui n’est en somme que la lecture des mouvements.

« L’exaltation de l’activité motrice, dans le processus physiologique de l’attention, était importantà constater expérimentalement. Elle semble démontrer que c’est à tort, que l’on fait intervenir l’hypothèse de l’action d’arrêt, de l’inhibition, dans la physiologie de l’attention. Nous voyons que dès que la tension des muscles fait défaut sur un point, les effets de l’attention s’atténuent. Une éducation, qui négligerait l’exercice, supprimerait l’attention ; ce serait une éducation régressive. »

Toutes les conditions, qui portent un obstacle au phénomène de l’effort musculaire, gênent, en même temps, l’attention et, par conséquent, atténuent l’activité intellectuelle. Toutes les conditions, qui amènent un trouble dans la fonction respiratoire, sont dans ce cas. Guye a vu des troubles de l’attention et de la mémoire survenir, chez des enfants, en conséquence d’obstruction des fosses nasales et disparaître par un traitement approprié ; l’adénoïdisme rend l’enfant distrait, inattentif, et conduit même au crétinisme. Si l’attention peut augmenter, dans une partie, les processus vitaux, la sensibilité, elle, peut, lorsqu’on la détourne de cette partie, en diminuer la sensibilité normale ou morbide. C’est par les modifications des processus vitaux, qui accompagnent l’attention, que Ton peut se rendre compte des succès plus ou moins durables

des suggestions, de la médecine d’imagination. M. Lefèvre l’apôtre de la suggestion et de l’hypnotisme, le sait mieux que nous.

Des expériences de Féré prouvent que l’attention exagère la puissance du mouvement. Il les a pratiquées sur des sujets sains et sur des sujets hystériques où les phénomènes sont exagérés et grossis. Janet a rappelé un fait, raconté par Rey-Regis, ayant trait a un malade, qui ne pouvait faire certains mouvements avec sa main que lorsqu’il la regardait.

Voici à quelles conclusions nous arrivons. L’attention dépend d’états affectifs ; les états affectifs se réduisent à des tendances ; les tendances sont au fond des mouvements conscients ou inconscients. L’attention, spontanée ou volontaire, est donc liée à des conditions motrices, dès son origine même.

Nous ne pouvons nous empêcher de citer ce passage de Féré : «J’étais en train de rédiger un protocole d’autopsie, je voulais écrire poumon droit ; j’écrivais pou mou 3. Les mouvements de la main nécessaires pour figurer le chiffre 3 et pour écrire le mot droit, n’ont aucune analogie, mais les mouvements nécessaires à l’articulation des mots droit et trois, en ont une grande. Cette observation semble montrer que la représentation mentale d’un son articulé s’accompagne de mouvements de muscles, spécialement adaptés à l’articulation, et que lorsqu’on veut représenter graphiquement un son, on l’écrit d’abord avec la langue. Lorsqu’on regarde écrire un enfant ou un manouvrier peu exercé, on les voit contracter tous les muscles et tirer la langue en l’agitant d’une manière désordonnée en apparence ; en réalité, ils amplifient les mouvements d’articulation pour renforcer les images graphiques, qui ont été apprises en dernier lieu et sont moins intenses que les images motrices des sons articulés. Certains sujets, atteints de cécité verbale, c’est-à-dire ayant perdu la mémoire visuelle des signes écrits, exécutent, avec les mains, les mouvements nécessaires pour écrire les mots qu’ils veulent lire, et arrivent ainsi à réveiller l’image des mouvements d’articulation ; ils lisent avec leur main, comme dit Charcot. Ces malades font l’opération inverse à celle que nous venons de signaler.

« D’autres individus, qui ont perdu la mémoire des sons articulés, atteints de surdité verbale, arrivent à comprendre, s’ils réussissent à reproduire avec leurs lèvres, les mouvements qu’ils voient faire à leur interlocuteur. Ils entendent avec leurs muscles de l’articulation. » — Beaucoup de sourds, d’ailleurs, sont dans ce cas. Tous ces faits concordent pour établir que les représentations mentales coïncident avec les mouvements.

La coordination du mouvement implique l’action du cerveau, avant d’être exécuté par le muscle. Il faut faire interveuir la mémoire, qui rappelle quels muscles sont aptes à l’exécuter, le sens musculaire, le jugement qui déterminent d’autres qualités du mouvement. L’exercice physique se double donc d’un véritable travail intellectuel. La coordination est une opération de 1 esprit bien plus qu’une fonction des muscles. Ces notions servent de base au traitement des arriérés et des enfants anormaux, que l’on parvient à perfectionner cérébralement au moyen du mouvement musculaire. Mais alors, il est nécessaire de leur demander, non des exercices de force et de vitesse, mais des exercices où la précision des mouvements tient une grande place ; on arrive à corriger leur maladresse intellectuelle,

en corrigeant leur maladresse musculaire. Le Dr Bourneville a réussi à utiliser ainsi une quantité de déchets sociaux ; il a créé, à l’hospice de Bicêtre, un centre d’éducation spéciale aux enfants arriérés.

(( Dans l’idiotie et l’imbécillitédedegrés divers — dit Ribot — les sens malformés ne transmettent que des impressions obtuses. L’état du pouvoir moteur, ce facteur essentiel de l’attention, mérite d’être noté. Il présente toujours des anomalies : paralysies, convulsions, contractures, épilepsie ou un automatisme borné, qui répète sans fin les mêmes mouvements : balancer constamment le corps en s’accompagnant d’un chant monotone ; frapper les murs ; ouvrir et fermer indéfiniment le même meuble, etc. Chez eux, nulle puissance de coordination, ni de contrôle. »

Nous connaissons la valeur de la suggestion chez l’hystérique. Dans les parésies et les paralysies hystériques, aucun moyen de suggestion n’est plus efficace, pour ramener le mouvement, que l’exécution du mouvement luimême. C’est la fonction qui répare l’organe.

Et ce même principe réappâraft dans le traitement de la neurasthénie, de l’hystérie, de la mélancolie, de la chorée par le mouvement, dans la rééducation du tabétique, des arriérés, des anormaux, dans le traitement des névralgies, des sciatiques, des paralysies et d’affections nerveuses diverses. ' L’électricité faradique n’est elle pas un succédané de la contraction musculaire? Dans les affections psychiques, caractérisées par l’affaissement de la volonté, l’exercice musculaire peut rendre de grands services. Il favorise l’activité intellectuelle. Rousseau, Lenain, Mozart travaillaient en marchant, Goethe allaita cheval, Klopstock et Herder patinaient ; Aristote recommandait le mouvement aux ailleurs dramatiques, pour se mettre en émotion. Si l’activité psychique s’exalte sous l’influence d’un exercice physique modéré, c’est que dans les mêmes conditions la sensibilité est exaltée sous toutes ses formes. Modérée, cette activité intellectuelle s’accompagne d’un sentiment général de plaisir, même lorsqu’il s’agit d’un exercice qui, par lui-même, n’offre aucun intérêt. L’imbécile qui lisait la «Pathologie cellulaire » de Virchow était vivement intéressé ; un autre lisait continuellement un livre anglais et il ne connaissait pas un mot de cette langue, etc.

Le rythme du mouvement dépend du cerveau ; on rééduque le choréique par des mouvements rythmés, d’abord passifs, puis actifs. Laisné a traité, avec beaucoup de succès, de nombreux cas de chorée anormale et rebelle, par la gymnastique. Par la gymnastique, la volonté reprend son empire sur le muscle. Les tabétiques peuvent recouvrer une partie ou la totalité de leurs facultés de coordination, sans que la sensibilité de la peau et des muscles soit revenue. Il faut conclure que la coordination a son siège ailleurs que dans les impressions sensitives ; ces facultés siègent dans les centres nerveux et psychiques. On rééduque le tabes comme on réapprend un exercice difficile désapris : le piano, l’escrime, etc.

La même apphcation est faite dans toutes les incoordinations motrices : chorée, tics, asynergie cérébelleuse, spasme, tremblements, myoclonie, dysarthries, défaut de prononciation, etc.

L’application volontaire et l’effort attentif ont, une première fois,

réglé l’ensemble du mécanisme moteur à l’état normal. De même, il est rationnel d’admettre qu’ils pourront, quand ce mécanisme est altéré, réussir, dans une certaine mesure, soit à le rétablir dans son type primitif, soit, à défaut de pareil succès, à créer un nouveau mécanisme, en pratique plus ou moins équivalent. On retrouve cette suppléance dans le cerveau, pour le centre du langage ; les autopsies prouvent que le cerveau droit supplée au centre de Broca gauche, qui aurait été détruit.

Tous ces traitements ne constituent qu’une application de la méthode générale de rééducation, en thérapeutique, fondée sur les idées de mémoire, de plasticité et d’adaptation organique et fonctionnelle, et il n’est aucune fonction qui ne soit régie par le système nerveux.

Les expériences du laboratoire de Mosso prouvent qu’un exercice modéré accroît la vitalité des centres nerveux et l’énergie des forces motrices. Mosso cite également les recherches comparatives faites, dans les écoles de Chicago, par le Dr John Punton, les recherches statistiques opérées en Russie, en Angleterre, etc. Le Dr Francis Warner, de Londres, a fait une enquête sur 50.000 enfants. Il constate que les enfants, dont le développement est difficile, sont aussi les moins intelligents et il croit que l’éducation physique, lorsqu’elle est bien appliquée, dans les écoles, fait décroître le nombre des enfants obtus et celui des enfants qui présentent des troubles nerveux.

Mosso rappelle les paroles du recteur de l’université de Colombie, à Washington : « Je ne pense pas que les exercices puissent entraver en rien le travail intellectuel aux jeunes gens ou lui nuire. Je crois, au contraire, qu’ils constituent un profit décisif pour la jeunesse, dont ils augmentent le fonds de santé et chez laquelle ils développent la faculté mentale de l’application. »

Et qui oserait encore nier l’action psychodynamique des jeux et des sports en commun ?

Le Dr Lagrange rappelle qu’il est incontestable que les facultés psychiques se perfectionnent et se développent par les exercices physiques. La volonté se développe et se manifeste par une plus grande persistance dans l’effort, par une plus grande ténacité dans les actes musculaires. Le sujet qui, chaque jour, au mépris des souffrances et de la fatigue, soutient des efforts musculaires énergiques et prolongés, acquiert Une aptitude plus grande à vouloir. Cette volonté se traduit par le courage physique. Les traits d’audace ou les actes d’énergie sont généralement posés par des hommes livrés à des travaux pénibles, des manouvriers ou des sportsmen.

M. Lefèvre écrit plus loin :

« Si la gymnastique suédoise avait pris la peine de faire retourner les athlètes pour les voir de dos, elle aurait bien remarqué que les muscles de la région postérieure avaient acquis un développement égal ou sensiblement égal à ceux de la poitrine. »

• Eli bien ! nous avons, pendant vingt ans, vu «de d-os» un grand nombre d’athlètes de la suspension. De tous les muscles postérieurs, nous n’avons trouvé développés normalement que le grand dorsal et la partie supérieure du trapèze, qui interviennent dans la suspension ; quelquefois les extenseurs de la colonne lombaire étaient assez développés, lorsqu’ils devaient maintenir le rein creusé. Tous les autres muscles étaient notablement affaiblis, entr’autres les fixateurs de l’omoplate, les abdominaux, les extenseurs de la colonne et tous les muscles du membre inférieur.

Nous vous montrons quelques clichés diapositifs d’athlètes vus de dos, athlètes qui ont pratiqué la méthode empirique pendant plusieurs années ; d’autre part, nous vous montrons ceux d’éléves de l’Ecole Normale, qui, après quelques mois de gymnastique suédoise, présentent la merveilleuse musculature dorsale que vous pouvez admirer. (Fig. 45).

Et enfin nous relèverons, dans le travail de M. Lefèvre, ces paroles très graves :

« En effet, le second point dont on est frappé à la lecture des ouvrages traitant de la gymnastique, c’est l’abscence de vues générales, de principes vraiment élevés qui, dominant toute la méthode, permettraient d’en déduire les applications particulières et de relier celles-ci entre elles. A côté de naïves manifestations d’un prodigieux engouement, de conclusions enthousiastes, mais exagérées dans leur importance et en elles-mêmes hâtives, les théories de la gymnastique suédoise ne sont, sauf quelques exceptions, qu’un recueil de formules sans véritable justification scientifique, de commandements à prétention physiologique et de préceptes arbitraires. C’est une série de petits dogmes que Ling voudrait imposer à notre conscience. Ils ne satisfont notre raison que s’ils sont vus à travers les aveuglements de la foi. A défaut d’autre mérite, on ne contestera jamais à Ling celui d’avoir su suggestionner ses contemporains et ses successeurs. Par certains Côtés, ils sont grands ces hommes qui, sans sortir de la commune médiocrité, savent faire croire à leur talent, à leur génie. Ce ne sont pas des partisans que Ling a formés, ce sont des apôtres qu’il a rencontrés, des gens hypnotisés qui défendent avec conviction, avec éclat, avec courage, avec entrain, des théories erronées dont ils apercevraient la fausseté en faisant un simple retour sur euxmêmes. »

* Oser, après avoir lu — en sautant des pages ! — quelques traités de vulgarisation sur la gymnastique suédoise, sans la connaître, sans vouloir la connaître, sans s’être donné la peine de l’apprécier dans un gymnase ou d'après ses résultats, sans l’avoir pratiquée, oser porter sur elle un jugement aussi catégorique, oser dresser contre elle un réquisitoire aussi incisif, ce

• n’est pas faire oeuvre d’homme de science, ni de philosophe ; c’est, avec une ironie bien facile, ridiculiser et renier les oeuvres de science profonde et sincère de savants intègres tels que Marey, Zander, Mosso, Ludwig, Heger, Spehl, Demoor, Lagrange, Laveran, Maudsley, Landois, Ribot, Bain, Féré, Déjerine, Schmidt, Binet, Basedow, Littré et une foule d’autres. C’est oublier que la méthode suédoise est appliquée, dans toute sa pureté, presque dans tous les pays d’Europe, en Russie même, en Amérique ; elle est obligatoire dans les concours interuniversitaires à côté des sports complets tels que le rowing ; ses principes servent de base à la mécanothérapie, à la kinésithérapie et à la gymnastique médicale.

Et pourtant, il ne faut pas être spécialisé en éducation physique pour en

reconnaître toute la haute valeur ; il suffit de juger impartialement le9 résultats qu’on en obtient.

Le Dr de Vaucleroy, au XVtlI* congrès de la Société royale de médecine publique, en 1908, disait : ce Médecin de l’armée, pendant quarante ans, j’ai assisté à de nombreuses incorporations et j’ai pu voir combien notre race, qu’on nous dit si pure, sans tare, forte et vigoureuse, laisse au contraire, à désirer sous le rapport de la constitution et de la vigueur physique. D’au- Ire part, pendant les vingt-cinq années, que j’ai passées à l’Ecole militaire, comme professeur d’hygiène, j’ai surveillé les leçons de gymnastique ; j’ai pu y voir les résultats peu satisfaisants produils par l’ancienne méthode. Depuis l’avènement de la méthode suédoise, j’ai été à même d’apprécier les progrès réalisés par les jeunes gens, pratiquant la nouvelle gymnastique, non seulement qnau t à leur constitution physique et à leur force musculaire, mais surtout au point de vue des grandes fonctions vitales, notamment de la respiration, qui est peut éti e la plus importante. De plus, au mois de juillet dernier, j’étais à Stockholm et j’y ai assisté à un spectacle, qui m’a laissé une impression profonde. J’ai vu un défilé de 20.000 personnes et j’ai été émerveillé de voir la vigueur, la force, la prestance de tous ces gens, pris dans toutes les classes de la société. J’étais, je le répète, profondément ému et, si je compare ce que j’ai vu à Stockholm, aux cortèges que nous voyons en Belgique, je dois avouer que la comparaison n’est pas du tout à l’avantage de notre pays et que la palme revient — et de bien loin, — aux populations suédoises. ))

Le Major-adjoint d’Etat Major Lefebure, auquel nous tenons à rendre un hommage d’autant plus sincère que nous ne sommes plus sous ses ordres, nous décrit ainsi l’impression produite par la gymnastique suédoise, aux jeux olympiques d’Athènes, en 1906 :

« L’équipe de 34 gymnastes suédois entre dans le stade et exécute à titre de démonstration hors concours , une leçon type de gymnastique pédagogique, d’après la méthode de Ling. Le succès qu’on leur fit à l’aspect de leur démai che, à leur entrée dans le stade et pendant les premiers exercices, ne fut guère plus grand que celui obtenu par les équipes des Danois et des Norwégiens. Mais lorsque, devant 70.000 spectateurs, les gymnastes Suédois se mirent simplement à marcher, puis à courir en cercle, (fig. 46), la vue de ces corps sveltes, harmonieusement développés et équilibrés, à la démarche simple et rythmée, se mouvant dans une attitude digne et fière, les applaudissements devinrent frénétiques, et bientôt toutes les poitrines poussèrent de longues et enthousiastes acclamations, témoignant de l’admiration que chacun éprouvait à la vue de ce spectacle inoubliable. Nous reproduisons quelques clichés de l’équipe suédoise à Athènes. Nous attirons spécialement l’attention, sur la figure 47 représentant ces gymnastes admirables au repos, écoutant un discours, car elle est de nature à montrer que certains éclectiques se trompent, quand. ils affirment que l’équilibre musculaire donné par la méthode suédoise est fictif et que les résultats, montrés par nos photographies, résultent de ce que nos gymnastes posent devant notre appareil. Si cette affirmation était sincère, il serait simple de la prouver en faisant poser également leurs élèves gymnastes devant un appareil. Tous les exercices furent exécutés par l’équipe suédoise avec un ensemble et une correction

qui prouvent d’autant plus en faveur de l’unité de la méthode et de la sérieuse diffusion en Suède, que ces gymnastes ne s’étaient réunis, au préalable, à Stockholm, que pendant six jours.

Fig. 46.

(( Quant à la valeur sportive de ces mêmes gym nastes, disons qu’ils parvinrent à se classer dans l’exéculion de tous les sports indistinctement, bien que les sports nationaux du Nord n’aient naturellement pu faire partie des concours à Athènes.

« Nous terminons en faisant remarquer que, sur dix équipes de gymnastes ayant exécuté des exercices d’ensemble avec et sans appareils, les équipes suédoises, des dames danoises et grecques avaient eu le bon sens de se placer hors concours,- considérant qu’il était plus judicieux de donner une démonstration de la valeur des méthodes plutôt qu’un concours pour la perfection de l’exécution, dans différentes méthodes.

« Néanmoins l’équipe norvégienne, qui exécutait la méthode suédoise et l’équipe danoise qui a adopté les exercices d’ensemble suédois ont été classés respectivement Ie et2e, les Italiens 3e et 4% les Allemands 5e et les Hongrois 6e. Le Jury international décernait donc la palme à la méthode suédoise et classait en dernier lieu l’empirisme acrobatique.

« La gymnastique suédoise a donc été couronnée aux jeux olympiques d’Athènes, en 1906, bien que trois équipes s’exerçant d’après cette méthode, dont l’équipe suédoise elle-même, se soient mises hors concours.

« La pentathle athlétique constitue un concours pour la plus grande somme de poinls sur l’ensemble des sports suivants : course, saut, lancement du disque, du javelot et la lutte. C’est la série classique des jeux olympiques de l’antiquité, qui reconnaissait le danger de la spécialisation à un seul sport , pour l’harmonie et l’intégrité du développement corporel.

«Sur vingt huit concurrents, dont deux Suédois, l’on constate deux victoires suédoises et une hongroise.

Fig. 47.

« Ce résultat confirme nos observations précédentes sur la valeur pratique de l’éducation physique suédoise, dont la gymnastique de Ling prépare normalement le corps à l’exécution, sans danger, de tous les exercices physiques d’application.

«Ces résultats brillants de l’équipe suédoise, dans tous les sports athlétiques, sont de nature à faire réfléchir nos adversaires, qui croient pouvoir découvrir beaucoup de lacunes, dans une méthode qui leur a fait connaître la voie du progrès scientifique, en éducation physique. »

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